Des manifestants arborant le masque de Tweety, devenu un symbole d’opposition aux policiers, à Barcelone, jeudi
Pendant trente ans, les Catalans ont eu les yeux tournés vers le Québec. Il semble que ce soit l’inverse aujourd’hui. À l’occasion du référendum sur l’indépendance de la Catalogne qui doit se tenir dimanche, et malgré l’incertitude qui pèse toujours sur sa tenue, de nombreux Québécois se bousculent ces jours-ci dans la capitale catalane.
À 48 heures du jour J, le député péquiste Stéphane Bergeron, représentant personnel du chef de l’opposition, Jean-François Lisée, est déjà à Barcelone. Il arrive directement du Kurdistan irakien, où la population a voté à 92 % pour l’indépendance. «Comme quoi l’indépendance n’est pas une idée du siècle dernier, comme le prétend Philippe Couillard », dit-il.
Alors que 16 000 étudiants ont défilé mercredi à Barcelone pour réclamer le droit de voter, on attendait aussi la chef du Bloc québécois, Martine Ouellette, et la porte-parole de Québec solidaire Manon Massé. Des rencontres sont déjà prévues avec plusieurs responsables politiques, notamment la très respectée présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell i Lluís, fondatrice de la plateforme pour la défense de la langue catalane. Au moment d’écrire ces lignes, une rencontre avec le président catalan, Carles Puigdemont, n’était pas exclue.
À Barcelone, certains affirmaient que le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, pourrait lui-même faire le déplacement. Une rumeur aussitôt démentie par le principal intéressé au Devoir. Dimanche, Stéphane Bergeron visitera des bureaux de scrutin à Girone, un bastion nationaliste où Madrid aura certainement beaucoup plus de difficultés qu’à Barcelone à empêcher la population de voter.
Pas que des élus
Mais le référendum catalan n’intéresse pas que des élus. Des universitaires comme Jean-Rémi Carbonneau (Université du Québec à Montréal) et le constitutionnaliste Daniel Turp (Université de Montréal) n’ont pas voulu manquer l’événement. Le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Maxime Laporte, est aussi sur place, ainsi que l’ancienne présidente de la CSN Claudette Carbonneau. Une trentaine de Québécois de tous les horizons sont aussi arrivés depuis plusieurs jours sous la bannière du Réseau Québec-Monde, qui organise des séjours alliant tourisme et échanges politiques. Parmi eux, Jérémi Lepage, 20 ans, est venu avec quatre autres jeunes péquistes de la région de l’Estrie.
« Je n’étais pas né en 1995, au moment du référendum, dit-il. Mes parents m’en ont parlé. J’ai la nostalgie de cette époque où les Québécois se tenaient debout. Je ne voulais rater ce référendum pour rien au monde. Dimanche, c’est une occasion unique pour moi de vivre enfin un tel événement. » Depuis cinq jours, Jérémi a été frappé par la fierté qu’expriment les Catalans. « Ils ont été capables de ne pas se diviser et de se présenter unis. » Il est aussi surpris par la place qu’occupent les organisations nationalistes issues de la société civile. En Catalogne, la plupart des grandes manifestations ont été organisées par des organisations indépendantes des partis, comme Omnium Cultural et l’Assemblée nationale catalane (ANC) [qui n’a rien à voir avec le Parlement].
« J’aimerais qu’on tire des leçons de ce qui se passe ici, dit Jérémi. Au Québec, je sens que, comparativement aux Catalans, on est gênés de s’affirmer, on a peur de se prononcer et de prendre position. » Au cégep de Sherbrooke où il étudie la comptabilité, il passe pour un original. « J’ai des amis et des gens de ma famille qui ont même essayé de me dissuader de venir. Aujourd’hui, ce n’est pas bien vu de s’intéresser à la politique. Il y a beaucoup de cynisme. On a déjà connu des périodes plus fastes. »
Dimanche, que le référendum ait lieu ou pas, Jérémi sera avec son drapeau québécois parmi les centaines de milliers de personnes qui manifesteront sur la grande place de la Catalogne. En attendant de faire pareil un jour chez lui, dit-il.
Des étudiants prennent la rueBarcelone — Des dizaines de milliers de lycéens et d’étudiants en grève ont manifesté jeudi dans le centre de Barcelone pour défendre le référendum d’autodétermination que les dirigeants séparatistes de la Catalogne veulent organiser dimanche, en dépit de son interdiction. Les jeunes se sont donné rendez-vous devant l’Université de Barcelone, un bâtiment historique du centre de la ville de Gaudi, sur fond de tensions exacerbées entre Madrid et les autorités régionales à trois jours du scrutin. « Nous voterons ! Indépendance ! », ont scandé les manifestants. Ils étaient près de 16 000, selon la police, et 80 000, selon les organisateurs. Ils se sont dispersés en fin de journée sans incidents. Par ailleurs, la Garde civile a saisi jeudi près de 2,5 millions de bulletins de vote et trouvé une centaine d’urnes, au cours d’une perquisition à proximité de Barcelone, trois jours avant le référendum d’autodétermination interdit de dimanche. La police a ainsi trouvé des urnes pour la première fois depuis qu’elle multiplie les opérations en Catalogne pour saisir du matériel de vote afin d’empêcher le référendum, organisé par le gouvernement indépendantiste catalan et interdit par la Cour Constitutionnelle.Agence France-Presse
Gabriel Nadeau-Dubois refuse d’être « instrumentalisé » par le gouvernement libéral, qui, depuis son arrivée à l’Assemblée nationale, n’a que de bons mots pour lui. « Libéraux et péquistes peuvent se le tenir pour dit : ça ne fonctionnera pas », a lancé le député de Gouin au terme de la période de questions.
Durant celle-ci, le premier ministre, Philippe Couillard, a salué l’« habileté » de M. Nadeau-Dubois à discuter de l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne.
Dans ce débat, le nouvel élu solidaire impressionne par sa « clairvoyance », selon M. Couillard. « On a franchement un nouvel acteur très éloquent qui parle du même sujet avec beaucoup plus d’habileté, à mon avis, et beaucoup plus de clairvoyance [que le Parti québécois] et que les Québécois vont écouter de plus en plus », a-t-il déclaré dans le Salon bleu.
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a reproché à M. Couillard de douter de la capacité de la population québécoise à prendre en main sa destinée.
Réduit à la « pauvreté », le Québec serait contraint d’« assécher [ses] services publics pendant probablement au moins une dizaine d’années [après avoir conquis son indépendance et] de sacrifier [ses] programmes sociaux », avait dit M. Couillard 24 heures plus tôt.
« Dans la tête du premier ministre, les Québécois sont des incapables, des incompétents, des gens tellement médiocres qu’à l’extérieur du Canada ils deviendraient miséreux et abandonnés », a lâché M. Lisée en Chambre jeudi avant-midi.
« C’est bien simple, jamais, jamais, on n’a eu un premier ministre qui a une aussi mauvaise opinion des Québécois, qui ne croit pas en son peuple, en sa compétence, en sa force. Le premier ministre devrait avoir honte d’avoir honte des Québécois », a ajouté M. Lisée.
Réplique de Couillard
M. Couillard ne s’est pas laissé démonter par la charge du chef péquiste, qu’il a attribuée à la présence de Gabriel Nadeau-Dubois dans le débat constitutionnel. Le chef du gouvernement croit avoir froissé l’ego de M. Lisée en « engageant » mercredi le « débat » constitutionnel avec la figure de proue de la mobilisation étudiante du printemps 2012.
« Ce qui indispose profondément le Parti québécois, c’est qu’ils ne sont plus les seuls joueurs dans l’arène de l’indépendance du Québec, il y a une autre voie, une voie plus jeune, peut-être une voie plus large qui va s’ouvrir. C’est à eux de s’arranger avec ça, ce n’est pas avec moi », a-t-il lancé tout en ajoutant « en passant » que l’arrivée de M. Nadeau-Dubois « est bienvenue ».
M. Lisée s’est dit surpris de voir le premier ministre du Québec s’arroger le titre d’attaché de presse de Québec solidaire.
À l’approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada, M. Couillard soutient que les trois quarts de la population québécoise ont un profond attachement à la citoyenneté canadienne, qui est « beaucoup plus large, ouvert[e], inclusi[ve] que la version limitée de citoyenneté que nous propose l’opposition officielle ».
Refus de Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois dit voir clair dans le petit jeu du PLQ, qui couvre de fleurs QS depuis le rejet de toute discussion d’alliances stratégiques avec le PQ en vue des prochaines élections générales. Au PLQ, on fait le pari qu’une montée de QS dans les intentions de vote se fera essentiellement au détriment du PQ. « Québec solidaire va refuser de se faire instrumentaliser par le Parti libéral pour alimenter ses “ guéguerres ” avec le Parti québécois, a dit M. Nadeau-Dubois. De la même manière, on va refuser de se faire instrumentaliser pour expliquer les difficultés du Parti québécois. »
Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a répété qu’il n’y a «pas énormément de choses» distinguant les programmes économiques du PQ et de la CAQ.
L’« École de formation » du Parti québécois, qui a ouvert ses portes vendredi, enseigne notamment que les «pays de petite taille» s’en tirent mieux.
«L’indépendance a eu un effet bénéfique sur la très grande majorité des nations qui l’ont choisie: une tendance forte et prometteuse pour le Québec», peut-on lire dans l’une des fiches synthèses mises en ligne dans la rubrique « Argumentaires » du portail Web de l’École de formation.
Économie, libre-échange, péréquation, mondialisation, production laitière, crise du logement au Nunavik, réfugiés, contrats navals, subventions au pétrole : le PQ cherche à déboulonner des mythes — ou à en entretenir, selon ses détracteurs — advenant une victoire du Oui à un troisième référendum sur l’indépendance.
L’état-major du PQ a donné le coup d’envoi à son « École de formation » à la veille du conseil national de la formation politique, ce week-end à Trois-Rivières. Celle-ci offrira des ateliers«permettant à nos équipes dans toutes les régions du Québec de demeurer à l’avant-garde de l’organisation et de la communication politique», a soutenu le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, dans une vidéo où il a le sourire accroché aux lèvres. Les militants de la formation politique peuvent déjà trouver en ligne de «nouveaux outils» afin de «sortir, parler et convaincre».
Pierre Karl Péladeau pourra s’enorgueillir devant les participants du conseil national d’être parvenu à concrétiser sa promesse de mettre sur pied à la fois une École de formation et un Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et des indépendances nationales (IRAI).
Débat en vue
M. Péladeau, actionnaire de contrôle de Québecor, risque d’être mêlé à un débat sur une proposition de l’exécutif de la circonscription de Marguerite-Bourgeoys visant à forcer le PQ à«réaffirme[r] que l’évitement fiscal, notamment par l’utilisation de paradis fiscaux, constitue une atteinte à la justice sociale qui doit être dénoncée et combattue afin que chaque citoyen et chaque entreprise paie sa juste part d’impôt permettant de financer les programmes et les services de l’État».
«Ce n’est pas moi qui contrôle le Conseil national, ce sont les militants, a soutenu M. Péladeau au cours de la semaine. Ce sont eux qui vont prendre les décisions.»
Les délégués péquistes devront aussi débattre d’une proposition inusitée de l’exécutif de la circonscription de Viau consistant à déposer un «projet de loi visant à faciliter le rapatriement au Québec des Canadiens français vivant dans les autres provinces du Canada depuis plus de dixans et qui veulent continuer à vivre en français».
Pour sa part, l’exécutif de Rosemont demandera au PQ de se ranger résolument en faveur d’un «mode de scrutin incluant un aspect proportionnel» à l’instar des autres partis politiques d’opposition : Québec solidaire et la Coalition avenir Québec. L’adoption d’une telle proposition facilitera certainement les efforts de convergence entre le PQ et QS puisque les solidaires en ont fait une condition sine qua non à toute discussion sur une éventuelle alliance électorale.
Le PQ courtise à gauche et à droite
Le PQ flirte auprès des sympathisants de QS, mais également auprès de ceux de la CAQ. Après s’être affiché au côté du chef caquiste, François Legault, M. Péladeau a répété qu’il n’y a «pas énormément de choses» distinguant les programmes économiques du PQ et de la CAQ. À l’instar de M. Legault, il continuera de dénoncer l’«effet libéral» sur l’économie québécoise : «19259 emplois perdus.»
M. Péladeau entend «parler économie» ce week-end, mais… À l’initiative de l’ex-militante à Option nationale Camille Goyette-Gingras, cent «jeunes et moins jeunes» ont appelé plus tôt cette semaine les délégués du PQ à «repenser» la stratégie vers l’indépendance privilégiée par leur formation politique. Ces questions de «tuyauterie» feront l’objet de discussions de couloir puisqu’elles seront débattues officiellement seulement lors du prochain congrès.
Claudette Carbonneau a présenté la campagne auprès de l’artiste Simon Beaudry, à l’origine du concept.
« Si Justin Trudeau était élu, ça risquerait d’être la balle dure sur la question constitutionnelle, car il s’est défini comme étant le digne fils de Pierre Elliott Trudeau.» C’est à tout le moins ce que pense Claudette Carbonneau, présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), autrefois le Conseil de la souveraineté du Québec, qui a dévoilé jeudi à Montréal une campagne de sensibilisation pour dénoncer l’actuelle campagne électorale fédérale sur le territoire du Québec. Baptisée « Une élection de trop », l’offensive publicitaire est l’oeuvre de l’artiste transdisciplinaire Simon Beaudry.
«Nous ne devons plus dépendre du reste du Canada pour être en mesure d’élaborer notre propre politique industrielle», a ajouté l’ancienne syndicaliste, citant en exemple le comportement du fédéral lors de la crise qui a touché le secteur des pâtes et papiers ou encore les investissements orientés vers l’économie du pétrole plutôt que dans l’industrie manufacturière québécoise.
Renaissance indépendantiste
Claudette Carbonneau affirme que la flamme souverainiste est loin d’être éteinte, et cela, même si le NPD et les autres partis fédéralistes obtiennent encore plus de voix que le Bloc québécois dans plusieurs sondages. «Nos comités OUI Québec se multiplient en région, le Parti québécois s’affirme de plus en plus, le débat est plus présent au Bloc québécois, Québec solidaire a lancé des campagnes pour en parler l’été dernier…», a-t-elle voulu rappeler.
Dans le camp fédéraliste, la promesse de «répliquer systématiquement aux arguments pour l’indépendance du Québec» du premier ministre Philippe Couillard prouve que le débat est plus présent qu’on ne le pense, tranche la présidente de l’organisation, écorchant également au passage le chef de la Coalition avenir Québec : «Même François Legault, qui s’était promis de vivre dix ans dans un no mans land sur la question de l’indépendance, veut désormais se doter d’un programme plus autonomiste.»
Simon Beaudry, l’artiste derrière les panneaux revendicateurs grands formats qui habillent désormais le Quartier latin, dit partager les mêmes convictions souverainistes, même si les enjeux s’expriment autrement pour lui. «Pour moi, tous ceux qui habitent ici sont des Québécois, peu importe les vêtements qu’ils portent, et même la langue qu’ils parlent. Je pense d’ailleurs qu’il manque d’indépendantistes anglophones dans le mouvement», a conclu l’artiste.
Même s'il entend faire la promotion de l'indépendance du Québec pour appuyer le Bloc québécois à l'élection fédérale, Pierre Karl Péladeau se donne encore trois ans pour définir le projet souverainiste.
Les Québécois qui veulent savoir si un Québec aura son armée, sa monnaie, quelle sera sa part de la dette fédérale devront attendre. L'Institut de recherches scientifiques appliquées sur l'indépendance promis par le chef du Parti québécois apportera les réponses d'ici le prochain rendez-vous électoral provincial prévu pour 2018, a promis M. Péladeau à l'entrée du caucus présessionnel des députés du PQ qui se tient aujourd'hui et demain à Rimouski.
Dans un point de presse tenu la veille sur le quai de Rimouski, le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe semblait plus avancé dans sa définition d'un Québec indépendant. Il a promis une garde côtière francophone avec des bases à Rimouski, Gaspé et aux Îles-de-la-Madeleine. La réflexion souverainiste devra préciser le sort qui attend toutes les infratructures fédérales en cas d'indépendance, a reconnu Pierre Karl Péladeau qui a évoqué les CF-18, les ponts, les aéroports et les bureaux de poste.
«Ça nous appartient»
À son avis, ces infrastructures ont surtout été financées par les Québécois. «Ce sont des contributions faites par le Québec tout au long de la Confédération, ce sont des centaines de milliards $, ça nous appartient (...) C'est surtout le Québec qui a financé le développement de la fédération canadienne», a soutenu le chef du Parti québécois.
Les réponses aux questions laissées en suspend viendront, a-t-il promis. «On aura, au moment opportun, le devoir et l'obligation de consacrer nos énergies pour faire une analyse détaillée en ce qui concerne la dette fédérale. Nous avons trois ans pour parfaire notre programme pour faire en sorte de démontrer les bienfaits et les bénéfices de l'indépendance.
«Le Parti québécois va réponde à toutes les questions qui sont susceptibles d'être posées, parce qu'elles doivent être posées et nous devons apporter une réponse attendue des concitoyens du Québec», a promis M. Péladeau.
Les ténors souverainistes ont fait défaut de promouvoir leur projet depuis le dernier référendum tenu en 1995, regrette le chef péquiste. «J'avoue que depuis 1995, nous n'avons pas énormément parlé d'indépendance du Québec. Le but de l'Institut est de faire en sorte, à l'image de l'exercice fait en Catalogne et en Écosse, que nous puissions entretenir avec les citoyens un dialogue puisque nous n'en avons pas parlé.»
L'Institut de recherches scientifiques et appliquées sur l'indépendance n'a pas encore été mis sur pied.
Fiducie
Par ailleurs, Pierre Karl Péladeau a reconnu que la fiducie sans droit de regard où il entend placer les actions qu'il détient chez Québécor n'a toujours pas été créée. «J'y travaille, nous sommes en été, beaucoup de gens sont encore en vacances, c'est une affaire compliquée. Parce qu'il s'agit d'une entreprise publique (cotée en bourse), nous voulons nous assurer qu'il n'y aura aucun préjudice pour personne.»
Pour sa part, le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe rendra visite aux députés du PQ en milieu d'avant-midi avant de s'envoler vers Havre-Saint-Pierre.
RIMOUSKI _ Le chef et le président du Bloc québécois, Gilles Duceppe et Mario Beaulieu, lancent samedi à Rimouski une campagne permanente pour l'indépendance.
Pour souligner ce lancement, une quarantaine d'équipes effectueront une opération de porte-à-porte à travers le Québec afin de convaincre les électeurs des bienfaits de l'indépendance.
Selon Mario Beaulieu, il faut aller à la rencontre des citoyens, "faire du travail de terrain", pour mousser le projet de faire du Québec un pays. Selon lui, les gens sont de plus en plus "réceptifs" à parler d'indépendance.
La campagne se poursuivra tout l'été, des "assemblées de cuisine" sont même prévues, ajoute M. Beaulieu.
Le président du Bloc estime qu'un nouveau cycle politique vient de s'installer, et qui redonnera de la vigueur au projet de souveraineté du Québec, faisant allusion notamment au retour de Gilles Duceppe mais aussi à l'arrivée de Pierre Karl Péladeau comme chef du Parti québécois.
Parallèlement, Québec solidaire tient également une "mobilisation" nationale de promotion de l'indépendance ce week-end. Françoise David, Manon Massé et Andrés Fontecilla, entre autres, participent à plusieurs activités samedi et dimanche.
Pierre Karl Péladeau, Philippe Couillard et François Legault se sont salués vendredi, quelques heures avant les vacances estivales.
Le gouvernement libéral se refuse à ajouter une disposition au projet de loi 62 afin d’interdire le port du tchador aux employés de l’État, de crainte qu’elle ne réussisse pas le test des tribunaux.
Une interdiction du port du tchador serait à coup sûr «illégale», a fait valoir le premier ministre Philippe Couillard, lors de la présentation de son bilan de la session parlementaire vendredi.
Le tchador n’en est pas moinsun symbole d’oppression de la femme, à l’instar de la burqa et du niqab, a-t-il convenu 48 heures après le dévoilement du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État et les demandes d’accommodements religieux.
Mais le chef du gouvernement exclut la possibilité de recourir à la clause dérogatoire, ce qui lui aurait permis d’adopter un projet de loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés. «Nous n’emprunterons jamais cette voie», a-t-il affirmé sans ambages.
M. Couillard met au défi les partis d’opposition de rédiger, durant la relâche estivale des travaux parlementaires, un article de loi interdisant le port du tchador, qui serait inaltérable par les tribunaux. «Je les avertis tout de suite: “le tchador est interdit”, ça ne marche pas, sur le plan légal», a-t-il lancé.
Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, n’avait pas de libellé à proposer sur-le-champ au premier ministre libéral. «Ce sont des questions extrêmement délicates, qui requièrent des analyses approfondies», a-t-il soutenu.
M. Péladeau a jugé curieux de voir le premier ministre qualifier avec une incroyable assurance que toute interdiction du tchador est condamnée à être invalidé par les tribunaux.«Je ne savais pas que le premier ministre était un avocat spécialisé en droit constitutionnel», a déclaré le chef péquiste, se disant convaincu que les constitutionnalistes ne sont pas unanimes sur le sujet.
De son côté, M. Couillard a reproché au Parti québécois d’avoir déposé un certain nombre de projets de loi anticonstitutionnels à l’Assemblée nationale, dont la charte de la laïcité (projet de loi 60) à l’automne 2013. «L’un des premiers devoirs d’un gouvernement est de déposer des projets de loi qui respectent les lois actuelles et les chartes», a-t-il insisté.
La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, espère que la population québécoise«ne rejouera pas dans ce film-là». La charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois a suscité un «débat qui a été assez terrible», «émotivement très dur», tout particulièrement pour les femmes de confession musulmane, a-t-elle souligné.
La députée de Gouin veut voir l’Assemblée nationale être à l’automne le théâtre d’un«débat serein» permettant aux élus d’«aller au fond des choses». «Voulons-nous, ou non, un État laïc? Moi, je pense que c’est oui, au Québec», a fait valoir Mme David. «Je voudrais que le mot [" laïcité "] apparaisse, d’ailleurs [dans le projet de loi 62]. Si le gouvernement ose le faire, je pense qu’on pourra avoir un débat intéressant et intelligent. Si le gouvernement se refuse à tout compromis, là, ça va être vraiment difficile.»
Philippe Couillard a «montré son malaise face à l’identité québécoise», se refusant de se porter «à la défense des valeurs québécoises», a affirmé le chef caquiste, François Legault. Il prie M. Couillard d’adhérer au «consensus Bouchard-Taylor».
Pays du Québec
La session parlementaire a vu raviver le débat sur la neutralité de l’État, mais également celui sur l’indépendance du Québec.
La course à la direction du PQ a propulsé le projet de pays du Québec à l’avant-scène politique de la session parlementaire, au grand désarroi de la Coalition avenir Québec.
«Évidemment, ça a polarisé encore une fois le débat au Québec entre ceux qui sont “pour” puis ceux qui sont “contre” la souveraineté du Québec. Puis, ça a eu un impact», a indiqué M. Legault, toujours sonné par la gifle de la défaite électorale dans la circonscription de Chauveau.
L’élu «nationaliste» se dit néanmoins «convaincu plus que jamais» que les Québécois choisiront «une troisième voie» pour «faire avancer le Québec». «Si je n’avais pas d’espoir, je ne serais plus ici», a-t-il confié, ajoutant vouloir rester en poste après les élections générales de 2018.
Le thème de l’indépendance risque toutefois de hanter les caquistes d’ici le prochain rendez-vous électoral. D’ailleurs, l’Institut de recherche scientifique et appliquée sur l’indépendance du Québec ouvrira ses portes «le plus rapidement possible», a promis M. Péladeau vendredi.
Automne chaud à l’horizon
La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, anticipe une dégradation du climat social à l’automne.«L’automne sera chaud à toutes sortes de points de vue, n’en doutons pas», a-t-elle lancé en conférence de presse vendredi.
La «mobilisation citoyenne» s’organise. Les Québécois indignés par les coupes dans le réseau de l’éducation et de la santé, mais aussi ceux appréhendant «la mise en place d’un État pétrolier» au Québec se dressent contre le gouvernement libéral. «Nous en sommes absolument convaincus.»
Quelques-uns des 540 000 employés des secteurs public et parapublic pourraient aussi battre le pavé afin d’exprimer leur mécontentement, si les négociations de leurs conventions collectives piétinent, a-t-elle fait remarquer. L’automne sera «lourd».
Le gouvernement libéral atteindra l’équilibre budgétaire, quitte à abolir des services en éducation et en santé, a lâché le premier ministre Philippe Couillard vendredi. «Ce qu’on veut, c’est […] que les personnes […]voient leurs services maintenus et même améliorés, lorsque c’est possible de le faire», a-t-il affirmé, après avoir été questionné sur des coupes dans des programmes d’aide aux personnes handicapées et aux enfants en difficulté. Pour les élus libéraux, «il est loin d’être justifié de même songer à retarder l’équilibre budgétaire». «La pire chose qu’on pourrait faire pour les services de santé et d’éducation — à part un autre référendum sur l’avenir du Québec —, ce serait de laisser aller les finances publiques», a conclu M. Couillard.
Indépendance. Créer un Institut québécois de recherche appliquée sur l’indépendance.Éducation. Entreprendre un chantier sur la gratuité scolaire à l’université et sur le financement de la recherche dans les établissements d’enseignement supérieur.Santé et services sociaux. Faire de la prévention en santé une priorité nationale. Établir des trajectoires de soins adaptés aux besoins des patients. Culture. Soutenir l’éducation à la culture et favoriser le rayonnement de la culture québécoise.Promotion de la langue. Consolider le statut du français comme langue officielle et commune. Environnement. Positionner le Québec comme chef de file mondial en transport électrique. Élaborer une loi zéro émission. Finances. Accélérer la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux.Économie. Promouvoir le concept de « préférence québécoise ». Régions. Mettre en place un instrument de soutien économique « Développement Québec ». Immigration.Préparer une politique d’accompagnement et de soutien économique, social, linguistique et culturel des néo-Québécois.