samedi, février 27, 2016

Le Québec, nouveau terrain de jeu pour les conservateurs, selon Preston Manning

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OTTAWA – Les conservateurs de tous horizons se réunissent à la Conférence Manning à Ottawa pour la première fois depuis le 19 octobre dernier.
Leur but? Revigorer les troupes après la défaite électorale et préparer une nouvelle génération pour militer pour la réduction de la taille de l’État. Il sera aussi question de la course au leadership, puisque des candidats potentiels ont été invités à se parader devant leurs électeurs potentiels.
Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec Preston Manning, ancien chef du Parti réformiste et fondateur de cet événement qualifié de « Woodstock des conservateurs », à propos du mouvement conservateur au Québec, du successeur de Stephen Harper et de Donald Trump.
preston manning
Tout d’abord, parlons du thème de la conférence cette année : « Recharger la droite ». Que voulez-vous dire par cela?
Ça veut dire une foule de choses : mieux équiper les conservateurs pour qu’ils demandent des comptes à des gouvernements libéraux et socialistes, surtout sur le plan financier. Cela veut aussi dire qu’il faut voir comment les conservateurs peuvent regagner la confiance des Canadiens et ce qu’ils peuvent faire pour élargir l’étendue des valeurs et des politiques conservatrices.
"Je pense qu’il y a un potentiel pour renouveler le conservatisme au Québec."
Nous allons mettre l’accent sur la formation pour des actions politiques et le service public, mais aussi pour passer le flambeau à la prochaine génération de conservateurs.
Lors de la dernière élection, le Parti conservateur a fait des gains au Québec, mais a perdu des sièges partout ailleurs. Pourquoi, selon vous?
Les candidats du Québec ont fait un très bon travail pour vanter les bénéfices du conservatisme. Le Québec a eu des gouvernements libéraux ou séparatistes-socialistes pendant longtemps et les gens ont commencé à voir leurs faiblesses, au lieu de leurs forces.
Alors je pense qu’il y a un potentiel pour renouveler le conservatisme au Québec. Le plus que les gens vont se rendre compte que l’État n’est pas la réponse à tout, le mieux ce sera pour les conservateurs.
Les conservateurs devront élire le successeur de Stephen Harper l’an prochain et déjà, quelques potentiels candidats se sont manifestés. À votre avis, le nouveau chef devrait-il provenir de l’Ouest canadien ou de l’Est?
Je pense que ce sera aux membres de décider. Je ne pense pas que c’est le critère le plus important dans cette course. Nous avons mené un sondage à propos du leadership l’an dernier afin de savoir quelle est la qualité la plus importante chez les politiciens. Et il était intéressant de voir que la personnalité est plus importante que la connaissance des dossiers ou la compétence décisionnelle, par exemple.
"Alors qu’il y a tant de cynisme en politique, la personnalité semble être une qualité importante."
Alors mon humble avis pour les porte-paroles, les candidats et même les leaders conservateurs serait de se regarder dans le miroir et de voir quels sont les traits de caractère à privilégier dans le cadre de ces fonctions. Si l’on ne fait pas confiance à quelqu’un, on ne sera pas réceptif à son idéologie ou à ses politiques. La confiance repose sur la personnalité et l’éthique que sur la connaissance et la compétence.
Et ces jours-ci, alors qu’il y a tant de cynisme en politique, [la personnalité] semble être une qualité importante.
Parlant de personnalité, si la tendance se maintient, Donald Trump pourrait remporter la course à l’investiture républicaine aux États-Unis. N’y a-t-il pas des leçons à retenir pour le mouvement conservateur au Canada?
Je pense qu’il y a des leçons à tirer pour tous les partis politiques. Il faut faire attention à ne pas choisir un chef simplement parce qu’il est à l’opposé du chef d’avant. Ce n’est pas un critère suffisant pour choisir un chef.
Adressons les problématiques auxquelles le pays fait face et voyons qui a les valeurs, qui a des idées de propositions, qui a l’équipe pour s’y attaquer. C’est une façon beaucoup plus réaliste que de dire : « Nous n’aimons pas cette personne. Allons trouver quelqu’un qui est à 180 degrés dans la direction opposée! »On ne ferait jamais les choses de cette façon. Je ne pense pas que c’est un critère pour choisir des leaders politiques… ou le prochain président des États-Unis.L’ancien premier ministre Stephen Harper, même s’il a cédé sa place comme chef, fait office de «député fantôme» à la Chambre des communes. Devrait-il démissionner?Je pense que la décision lui revient et revient à ses concitoyens. Je n’aurais pas la prétention de le conseiller à ce sujet. Il est un homme d’expérience et politique et je ne pense pas qu’il a besoin de conseils de qui que ce soit à propos de son avenir.         SOURCE:  http://quebec.huffingtonpost.ca/

Mélanie Joly préfère Radio-Canada à TVA, et ça ne plaît pas à Mario Dumont

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MELANIE JOLY
La ministre du Patrimoine Mélanie Joly préfère Radio-Canada à TVA. Et c'est une affirmation qui ne plaît vraiment pas à tous.
Répondant à des questions en rafale sur le site du magazine L'Actualité, la députée d'Ahuntsic-Cartierville n'a pas hésité une seconde. Radio-Canada ou TVA? «Ben là, c'est facile, c'est Radio-Canada», a-t-elle lancé.
Sans surprise, sa position sans nuance a déplu, surtout du côté de TVA.
Mario Dumont est allé jusqu'à imiter la ministre pour se moquer de sa réponse directe.
«Tu es l'arbitre d'une situation, a fait valoir M. Dumont en ondes. Tu vas devoir mettre des lois en place entre les différents joueurs. Distribuer des budgets. Il y a plein d'enjeux. Elle est probablement en train d'évaluer la possibilité de donner à Radio-Canada des dizaines de millions d'argent emprunté, parce qu'on est en déficit.»
Si l'animateur et ex-politicien a dit comprendre qu'elle pouvait avoir une préférence, il a déploré la manière de répondre de la ministre. Une réponse qu'il a associée à du mépris. «Je suis très choqué», a-t-il lancé, se demandant comment elle pouvait garder sa crédibilité dans son poste de ministre du Patrimoine.
En entrevue à la table de Mario Dumont en fin d'avant-midi, la ministre a assuré qu'elle était neutre.
Est-ce qu'il y a une bonne entente, «une espèce d'amitié» entre les libéraux et Radio-Canada, a questionné Mario Dumont? «Absolument pas», a répondu Mme Joly, soulignant un changement d'attitude général du gouvernement Trudeau face aux journalistes.
Et pourquoi le choix était facile? Parce que le dossier de Radio-Canada et le réinvestissement dans la société d'État occupent ses pensées ces jours-ci, a-t-elle répondu, avant d'indiquer qu'elle appréciait le travail des employés de TVA.
Le commentateur Jean Lapierre, de son côté, a aussi affirmé que la ministre devrait démissionner. «Quand la ministre responsable à l’air d’une majorette pour Radio-Canada, c’est un problème», a-t-il critiqué.

Les OUI Québec relancent les pourparlers sur la convergence souverainiste

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Hors de la convergence, point de salut. C'est du moins l'avis de Claudette Carbonneau, présidente des Organisations unies pour l'indépendance (OUI Québec).
Un texte de Davide Gentile
Les libéraux sont, selon elle, avantagés par la présence de trois opposants au lieu d'un seul comme c'était le cas auparavant. « Le PLQ a une clientèle plus captive, disons-le comme ça. Alors, ça devient une nécessité absolue de développer des convergences ».
Une table de concertation avec les quatre partis souverainistes est sur pied. Une rencontre a eu lieu et trois autres sont prévues.
Si on continue comme ça, les indépendantistes vont être sur les banquettes de l'opposition pendant longtemps.
Claudette Carbonneau
Québec solidaire craint pour sa survie
Andres Fontecilla, de Québec solidaire, exclut pour l'instant toute forme d'alliance électorale avec le PQ.
Ça impliquerait presque la disparition de QS d'un grand nombre de comtés au Québec. Ce qui rend impossible, sur la base du système actuel, un partage des comtés.
Andres Fontecilla, de Québec solidaire
Selon lui, les organisations de la société civile, à l'image des OUI Québec, doivent jouer un rôle important.
Comme plusieurs, il se réfère au cas de la Catalogne qui a récemment élu une majorité de députés indépendantistes. D'après lui, ça démontre que « l'existence de différentes organisations qui portent des points de vue différents est un aspect positif pour l'atteinte de l'indépendance ».
Nouvelle approche au PQ
Au Parti québécois, on refuse de brusquer les choses pour l'instant. « Parler d'alliance avant de se parler tout court, c'est mettre la charrue avant les bœufs », estime la députée péquiste Véronique Hivon.
Elle affirme que sa formation a changé d'approche dans ce dossier. « On était beaucoup dans le discours des brebis égarées qui doivent revenir vers le Parti québécois ». Le PQ n'est plus là, dit-elle.
On est dans la main tendue, dans des espaces neutres de discussion avec les autres forces indépendantistes. 
La députée péquiste Véronique Hivon
Véronique Hivon partage l'idée que la relance doit venir aussi de la société civile et des citoyens. « Il faut faire le constat que beaucoup de gens sont cyniques par rapport à l'exercice de la politique, mais ils croient encore dans le projet d'indépendance », observe-t-elle.
Mettre à contribution la société civile
Les OUI Québec pensent justement que la relance du mouvement indépendantiste peut être portée par les organisations citoyennes. Celles-ci ont joué un rôle déterminant en Catalogne, où les partis indépendantistes ont mis la main sur la majorité des sièges au Parlement catalan.
« Il y a quatre ans, l'option souverainiste [en Catalogne, NDLR] recueillait environ 20 % des voix », rappelle Claudette Carbonneau. « À l'élection de septembre dernier, ils étaient passés à 47 % et le principal moteur de la hausse a été la société civile », analyse-t-elle.
Elle pense qu'il faut recréer ce genre de mouvement au Québec, comme ça a été le cas avant le référendum de 1995 avec le groupe Partenaires pour la souveraineté.
Mais le système de proportionnelle qui existe en Catalogne rend la situation bien différente de celle du Québec. Au final, il faudra que les indépendantistes trouvent une solution. Selon Claudette Carbonneau, il faut « faire en sorte, du moins dans certains comtés, d'éviter de se concurrencer de façon éhontée ».
Courtiser la base de la CAQ
Certaines organisations souverainistes pensent qu'il faut plutôt séduire une partie de l'électorat caquiste.
C'est la position de Génération nationale, dont le président, Simon-Pierre Savard-Tremblay, pense qu' « il y a une masse de 20 % d'électeurs qui va vers un parti qui s'appelle la Coalition avenir Québec ».
Comme plusieurs autres indépendantistes, il est assez sceptique face à l'idée de convergence. « Tout le monde est pour la tarte aux pommes », dit-il.
« C'est important, mais il ne faut pas mettre trop d'efforts là-dessus, alors qu'une importante masse électorale se trouve ailleurs », souligne Simon-Pierre Savard-Tremblay, en parlant des sympathisants de la CAQ.

Marie-Chantal Toupin: le point sur les majuscules

Publié le 27 février 2016 à 10h00 | Mis à jour à 10h05
À 45 ans, Marie-Chantal Toupin accumule les années avec... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)
À 45 ans, Marie-Chantal Toupin accumule les années avec sérénité. «C'est un privilège de vieillir», croit-elle.
PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE
Hugo Meunier
HUGO MEUNIER
La Presse
Que ce soit ses coups de gueule ÉCRITS EN MAJUSCULES SUR FACEBOOK, ses propos jugés racistes, la perte d'une émission de rénovation en chantier ou les railleries la visant sur les réseaux sociaux ou dans des chroniques, Marie-Chantal Toupin devait avoir hâte de tourner la page sur ses épreuves de l'an dernier. Pour ses 20 ans de carrière, elle lancera demain une compilation de ses plus grands succès. Rencontre.
Marie-Chantal Toupin nous reçoit toute pomponnée, dans sa grande maison soigneusement décorée située dans un rond-point de Terrebonne.
Les propres peintures de Marie-Chantal Toupin ornent les murs. Un terrain de 38 000 pieds carrés s'étend derrière.
Une cigarette traîne sur la dépression d'un cendrier, près de la hotte de l'immense îlot. Un bâtonnet d'encens sur le comptoir de la cuisine aromatise la pièce.
L'interprète de Soirée de filles habite ici depuis cinq ans, avec ses caniches royaux Diva et Maurice.
Elle dit aimer donner des noms d'humains à ses chiens. «Je voulais appeler mes chiens Victor et Simone.» Elle s'esclaffe en apprenant que ce sont précisément les prénoms des enfants du journaliste venu l'interviewer.
La blonde chanteuse a fait plusieurs rénovations dans sa maison et se décrit elle-même comme une «patenteuse». Orgueilleuse, elle s'excuse du désordre, même si tout est franchement impeccable. «Je pourrais écrire mon nom», soupire-t-elle en promenant son doigt sur la poussière d'une des cinq étagères remplies d'escarpins dans une pièce.
Une chanteuse «gâtée»
La télévision perchée dans le vaste salon diffuse la chaîne Investigation. L'artiste n'est au courant de rien lorsqu'on lui demande son avis sur l'affaire Jutra, qui secoue la province le jour de notre rencontre.
À 45 ans, Marie-Chantal Toupin accumule les années avec sérénité. «C'est un privilège de vieillir», croit-elle.
Paradoxalement, son sous-sol serait le paradis de n'importe quel adolescent: table de billard, sauna sec, mais surtout un large éventail de consoles de jeux vidéo. «J'aime bien Call of Dutyet le jeu de golf aussi», énumère-t-elle en ramassant compulsivement ce qu'elle juge en train de traîner.
Son ancien gérant, Eduardo Da Costa, débarque avec les premiers exemplaires encore tout chauds de son nouvel album.
«C'est vraiment malade d'avoir la chance de faire encore des disques!», lance-t-elle.
Après 20 ans dans le showbiz, elle se décrit d'ailleurs comme «la chanteuse la plus gâtée au Québec». «Les fans sont encore au rendez-vous. Ils ne m'ont jamais jugée et m'ont toujours prise comme je suis», se félicite l'interprète de Maudit bordel, qui leur rend hommage avec la pièce Merci, une inédite de son dernier opus.
«Une belle année d'apprentissage»
Si l'année commence en force, l'année 2015 a été particulièrement éprouvante pour Marie-Chantal Toupin. «Une belle année d'apprentissage...», ironise-t-elle, sourire en coin.
Elle a d'abord enflammé les réseaux sociaux avec certains propos controversés, notamment sa réaction à la mort d'une femme qui s'est étranglée lorsque sa burqa s'est prise dans les roues de son go-kart (une mauvaise blague qui a pris des proportions énormes, aux yeux de la principale intéressée).
Elle s'est aussi réjouie de la fermeture d'une école musulmane en Autriche, en plus de lancer à l'occasion quelques cris du coeur déconcertants en «caps lock».
Cette utilisation contestable des réseaux sociaux lui aurait ainsi fait perdre la coanimation de l'émission Flip de filles en juin dernier (diffusée depuis sur la chaîne Moi & cie) et sans doute un brin de crédibilité.
Quelle leçon tire la principale intéressée de cette année houleuse? «Je n'ai aucun regret, mais je laisse tout ça derrière moi», affirme-t-elle, ajoutant que Derrière soi, l'autre chanson inédite de son nouvel album (écrite prophétiquement il y a 12 ans), devient hautement de circonstance.
Ce que j'aimerais tant refaire,
Ces instants où j'aurais pas dû me taire
Ce qu'il reste à faire
Aucun regret
Même si elle n'a aucun regret, elle rejette farouchement l'étiquette de «raciste» qu'on lui a accolée. «Je ne suis tellement pas raciste! J'ai sorti pendant sept ans avec un Portugais!», lance-t-elle en pointant Eduardo Da Costa et en citant quelques minorités culturelles de son entourage.
«En tout cas, j'ai appris que la politique et la religion, on ne parle pas de ça. Moi, ma religion, je la porte à mon cou.»
Aujourd'hui encore, elle estime dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Elle a des opinions sur tout, plusieurs choses l'horripilent, mais elle a décidé de les garder pour elle, en démontrant d'un geste de la main qu'elle garderait la bouche fermée, même après avoir tourné sa langue plusieurs fois.
Elle n'en veut pas aux chroniqueurs qui l'ont égratignée dans les médias. «C'est leur job. Le but du journalisme, c'est de faire du sensationnalisme. Comme toi, t'as pas le choix de me parler de tout ça, sinon tu ne ferais pas ta job», explique-t-elle en se versant un verre de blanc.
Si les écrits incendiaires qu'elle publiait sur Facebook faisaient grand bruit, ils dissimulaient une grande solitude et une profonde détresse.
Tout a commencé en 2013 lorsque la chanteuse a décidé de prendre une année sabbatique. Ce retrait de la vie publique s'est finalement étiré sur deux ans et demi, bien malgré elle. «On ne revient pas d'un break aussi facilement. Tu te retrouves seule sur le coin du comptoir. Tu te cherches des amis, il n'y en a pas. Tu fais quoi? Tu vas sur Facebook», confie la chanteuse, qui admet avoir fait une «mini-dépression».
«Je me suis mise dans la merde en restant toute seule dans ma bulle.»
Pendant sa sabbatique, Marie-Chantal a cultivé des idées noires, qu'elle a jetées par écrit. Des idées suicidaires? «J'y ai pensé. J'étais entrée dans un cercle vicieux. C'était pas blanc, c'était noir.»
Elle a alors décidé de consulter, ce qui lui a fait le plus grand bien. «J'ai retenu que la personne la plus importante sur terre, c'est moi.»
L'avenir en majuscules
Elle a fait le ménage dans sa vie et a congédié tout son entourage.
Seul Eduardo est revenu. Comme toujours. «Il m'a dit qu'il est revenu parce qu'il a commencé à peindre un tableau et qu'il n'avait pas fini de le peindre. C'est le seul qui croit en moi», raconte Marie-Chantal, émue. Eduardo n'est plus son gérant, mais plutôt un partenaire. «Je suis une tête forte, j'aime pas qu'on me contrôle.»
L'ingérable Marie-Chantal Toupin fonce aujourd'hui tête baissée vers l'avenir, après avoir puisé sa force dans les nombreuses difficultés qui ont jalonné son parcours.
Bien avant ses dérapages virtuels, elle chantait trois fois par semaine dans des bars dès l'âge de 7 ans. Une vingtaine d'années plus tard, elle a reçu des menaces de mort à cause du panneau provocateur «Regarde-moi droit dans les yeux», qui a lancé sa carrière, sur le pont Jacques-Cartier. Bref, Marie-Chantal Toupin en a vu d'autres. «J'aime ce qui est difficile. Je suis une provocatrice, peut-être même une dictatrice. Je suis rock and roll dans l'âme et je ne peux pas changer mon code génétique. Qui m'aime me suive!», résume-t-elle.
La dictatrice a néanmoins fait un peu de place à un nouvel entourage, qui gère sa carrière, mais surtout ses nouveaux comptes Facebook, Instagram et Twitter. «Je vais répondre aux gens, mais seulement en privé. Et je ne vais pas changer mes majuscules! C'est ma façon de m'exprimer!», plaide-t-elle, pendant qu'Eduardo opine.
«Elle m'a toujours envoyé des courriels comme ça...», soupire-t-il.

Fred Pellerin en musique et en beauté

Publié le 27 février 2016 à 10h00 | Mis à jour à 10h00
«J'ai un village dans la bouche», chante Fred Pellerin, après avoir énuméré... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)
PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

CHANTAL GUY
La Presse
«J'ai un village dans la bouche», chante Fred Pellerin, après avoir énuméré tous ses concitoyens qui font de la musique, de la directrice de la chorale à l'organiste de l'église, en passant par un voisin qui joue de la batterie. «Bienvenue à Saint-Élie-de-Chansons», résume le conteur de Saint-Élie-de-Caxton, qui présentait jeudi soir à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts la grande première montréalaise de son spectacle musical, Plus tard qu'on pense, titre de son troisième album.
Presque en s'excusant, il explique que ces chansons-là n'étaient pas destinées à mener à une tournée, mais qu'un soir où on l'a fait boire, il a signé un contrat de 49 spectacles, celui de Montréal étant le 14e. «On est rodé», a-t-il lancé, comme pour nous rassurer. Mais le public, qui le suit depuis si longtemps dans ses histoires, était parfaitement en confiance et tout autant prêt à le suivre dans ses chansons. Après tout, ses albums ainsi que ses billets de spectacles se vendent comme des petits pains chauds. On lève notre verre à celui qui l'a grisé, car plusieurs pièces de son album gagnent en puissance dans ce passage en concert.
Sobre et d'une infinie douceur, ce spectacle, où Fred Pellerin occupe la scène avec ses complices, Jeannot Bournival, Daniel Lacoste et Alexis Dumais. Soulignons le superbe travail de Martin Boisclair aux éclairages qui magnifient la prestation et enrobent chacune des chansons de l'atmosphère appropriée.
La salle était comble, ce qui a fait dire à Pellerin qu'elle contenait pratiquement plus de gens que son village tout entier. L'ambiance en était une de recueillement face à la beauté d'un répertoire qui prend de l'ampleur sous nos yeux.
Fred Pellerin est un être habité, il est vrai qu'il a un village dans la bouche. Ce sont ses mots, mais aussi ceux de David Portelance, René Richard Cyr, Manu Trudel, Tom Waits, Gilles Vigneault ou Gérald Joly. Comme on ne sort pas le conteur du chanteur, il y a bien des anecdotes qui introduisent quelques chansons, mais la plupart du temps, ce n'est pas nécessaire, elles se suffisent à elles-mêmes. Au commencement du monde, l'émouvanteJ'espère ne pas tomber en amour avec toi, la très engagée C'est combien?... Pellerin tâte de plusieurs instruments, guitare, mandoline, harmonica et même du gazou. On dirait qu'il a transporté avec lui l'esprit du studio de son village, où il compose avec son copain Bournival.
«Il n'y a pas de berceuse ce soir chez nous, mais je vais la faire quand même», a dit le papa Pellerin en exil, avant d'entamer Le grand cerf-volant, magnifique comme toujours. Il y a eu aussi Tenir debout - en voie de devenir un hymne - De fils en pèresGens du vieux rêveIl faut que tu saches... la liste était généreuse et se terminait au rappel par ce classique, Mille après mille, chantonnée par tous les spectateurs. Vers 23 h, il était, bien sûr, «plus tard qu'on pense», puisqu'on n'a pas vu le temps passer, comme c'est toujours le cas quand l'artiste est sur scène.

Diplomatie d’affaires

Le patron de Bombardier rencontre le chef de la CAQ, sans résultat probant

Le chef de la CAQ, François Legault, est allé rencontrer le grand patron de Bombardier au siège social de l’entreprise, à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Le chef de la CAQ, François Legault, est allé rencontrer le grand patron de Bombardier au siège social de l’entreprise, à Montréal.
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, veut que Québec et Bombardier retournent à la case départ. Il n’est pas rassuré par les développements des dernières semaines et réclame la renégociation de l’entente de 1 milliard $US. Mais l’entreprise ne voit pas les choses du même oeil.
 
« Je considère que la façon avec laquelle M. Couillard a négocié l’entente avec Bombardier, ce n’est pas à l’avantage des contribuables et des travailleurs du Québec », a déclaré le chef caquiste vendredi en point de presse, à sa sortie d’une rencontre avec le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare.
 
Même s’il dit avoir confiance en la direction de Bombardier, M. Legault a demandé à M. Bellemare de « reconsidérer » l’entente conclue avec Québec en octobre dernier. Il souhaite que l’entreprise garantisse le maintien de son siège social au Québec et le respect d’un plancher d’emplois dans la province. Il a également évoqué la nécessité de trouver une solution pour les employés d’Aveos, que Québec a selon lui « laissés tomber ».
 
« Je veux qu’on garde Bombardier, je veux que l’on continue de développer Bombardier au Québec, mais en même temps, on ne peut pas être naïfs. On ne peut pas investir 1,3 milliard en n’ayant aucune garantie si, dans trois ou cinq ans, les employés du Québec sont transférés ailleurs, a-t-il souligné. Je crois que Philippe Couillard aurait dû, dès le début, impliquer le PQ et la CAQ dans la négociation avec Bombardier. Il n’est pas trop tard, l’argent n’est pas encore déboursé. » Les deux versements de 500 millions $US sont en effet prévus le 1er avril et le 30 juin prochains.
 
Deux discours
 
Selon M. Legault, Alain Bellemare aurait dit vouloir réfléchir aux demandes de la CAQ. Quelques heures plus tard, un porte-parole de l’entreprise, John Paul Macdonald, a pourtant livré un discours bien différent.
 
« Je ne pense pas qu’il est question de rouvrir quoi que ce soit », a-t-il indiqué, en précisant que les rencontres sollicitées avec les chefs du PQ et de la CAQ ont pour but d’expliquer la situation dans laquelle se trouve Bombardier.
 
« Nous avons une force de main-d’oeuvre mondiale et nous sommes obligés de faire des ajustements de temps en temps, a ajouté M. Macdonald. Aucune entreprise ne peut avoir les mains liées en matière de plancher d’emplois. »
 
Selon le porte-parole, les deux plus importants concurrents de l’entreprise, Boeing et Airbus, ne demandent « pas mieux » que de voir Bombardier faire l’objet de débats corsés.
 
François Legault a rencontré M. Bellemare après avoir reçu un appel de sa part jeudi. Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, devrait également obtenir un tête-à-tête la semaine prochaine.
 
Le premier ministre Couillard a fait valoir en matinée que les chefs du PQ et de la CAQ auraient dû rencontrer plus tôt la direction de Bombardier, tout en les accusant de déformer la réalité dans cette affaire.
 
Commandes perdues ?
 
Pendant ce temps, les déboires financiers de Republic Airways, qui s’est placée jeudi sous la protection de la loi américaine sur les faillites, continuent de soulever des questions.
 
L’entreprise a effectué en 2010 une commande ferme pour 40 avions CS300 — le plus gros modèle de la CSeries —, en plus d’une option pour 40 avions supplémentaires.
 
La compagnie dit qu’elle pourra fonctionner normalement pendant le processus de restructuration, mais qu’adviendra-t-il des commandes effectuées auprès de Bombardier ?« Nous n’avons aucun indice contraire [de la part du transporteur] concernant notre commande », a fait savoir M. Macdonald, de Bombardier.
 
Dans les documents qu’elle a déposés en cour, Republic Airways dit ne pas avoir pris d’engagements financiers à l’égard de sa commande ferme de CS300 en raison des retards de livraison auxquels fait face la multinationale québécoise.
 
Des informations rapportées plus tôt cette semaine par Reuters laissaient par ailleurs entendre qu’Ottawa annoncerait ses couleurs vendredi dans le dossier de Bombardier. Une porte-parole du ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Stéfanie Power, a toutefois indiqué que des discussions sont toujours en cours avec Bombardier « dans le but de mieux comprendre sa situation et ses priorités ».
 
Si le gouvernement fédéral acceptait de verser une aide financière semblable à celle de Québec, il est prévu que les deux gouvernements se retrouvent majoritaires au sein du conseil d’administration de la société en commandite créée pour soutenir la CSeries.

CONSEIL NATIONAL La machine de guerre du PQ se met en branle

27 février 2016 | Marco Bélair-Cirino à Trois-Rivières | Québec
Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a répété qu’il n’y a «pas énormément de choses» distinguant les programmes économiques du PQ et de la CAQ. 
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne
Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, a répété qu’il n’y a «pas énormément de choses» distinguant les programmes économiques du PQ et de la CAQ. 
L’« École de formation » du Parti québécois, qui a ouvert ses portes vendredi, enseigne notamment que les « pays de petite taille » s’en tirent mieux.
 
« L’indépendance a eu un effet bénéfique sur la très grande majorité des nations qui l’ont choisie : une tendance forte et prometteuse pour le Québec », peut-on lire dans l’une des fiches synthèses mises en ligne dans la rubrique « Argumentaires » du portail Web de l’École de formation.
 
Économie, libre-échange, péréquation, mondialisation, production laitière, crise du logement au Nunavik, réfugiés, contrats navals, subventions au pétrole : le PQ cherche à déboulonner des mythes — ou à en entretenir, selon ses détracteurs — advenant une victoire du Oui à un troisième référendum sur l’indépendance.
 
L’état-major du PQ a donné le coup d’envoi à son « École de formation » à la veille du conseil national de la formation politique, ce week-end à Trois-Rivières. Celle-ci offrira des ateliers« permettant à nos équipes dans toutes les régions du Québec de demeurer à l’avant-garde de l’organisation et de la communication politique », a soutenu le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, dans une vidéo où il a le sourire accroché aux lèvres. Les militants de la formation politique peuvent déjà trouver en ligne de « nouveaux outils » afin de « sortir, parler et convaincre ».
 
Pierre Karl Péladeau pourra s’enorgueillir devant les participants du conseil national d’être parvenu à concrétiser sa promesse de mettre sur pied à la fois une École de formation et un Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et des indépendances nationales (IRAI).
 
Débat en vue
 
M. Péladeau, actionnaire de contrôle de Québecor, risque d’être mêlé à un débat sur une proposition de l’exécutif de la circonscription de Marguerite-Bourgeoys visant à forcer le PQ à« réaffirme[r] que l’évitement fiscal, notamment par l’utilisation de paradis fiscaux, constitue une atteinte à la justice sociale qui doit être dénoncée et combattue afin que chaque citoyen et chaque entreprise paie sa juste part d’impôt permettant de financer les programmes et les services de l’État ».
 
« Ce n’est pas moi qui contrôle le Conseil national, ce sont les militants, a soutenu M. Péladeau au cours de la semaine. Ce sont eux qui vont prendre les décisions. »
 
Les délégués péquistes devront aussi débattre d’une proposition inusitée de l’exécutif de la circonscription de Viau consistant à déposer un « projet de loi visant à faciliter le rapatriement au Québec des Canadiens français vivant dans les autres provinces du Canada depuis plus de dix ans et qui veulent continuer à vivre en français ».
 
Pour sa part, l’exécutif de Rosemont demandera au PQ de se ranger résolument en faveur d’un « mode de scrutin incluant un aspect proportionnel » à l’instar des autres partis politiques d’opposition : Québec solidaire et la Coalition avenir Québec. L’adoption d’une telle proposition facilitera certainement les efforts de convergence entre le PQ et QS puisque les solidaires en ont fait une condition sine qua non à toute discussion sur une éventuelle alliance électorale.
 
Le PQ courtise à gauche et à droite
 
Le PQ flirte auprès des sympathisants de QS, mais également auprès de ceux de la CAQ. Après s’être affiché au côté du chef caquiste, François Legault, M. Péladeau a répété qu’il n’y a « pas énormément de choses » distinguant les programmes économiques du PQ et de la CAQ. À l’instar de M. Legault, il continuera de dénoncer l’« effet libéral » sur l’économie québécoise : « 19 259 emplois perdus. »
 
M. Péladeau entend « parler économie » ce week-end, mais… À l’initiative de l’ex-militante à Option nationale Camille Goyette-Gingras, cent « jeunes et moins jeunes » ont appelé plus tôt cette semaine les délégués du PQ à « repenser » la stratégie vers l’indépendance privilégiée par leur formation politique. Ces questions de « tuyauterie » feront l’objet de discussions de couloir puisqu’elles seront débattues officiellement seulement lors du prochain congrès.

MÈRES PORTEUSES Entre commerce et droits de la personne

Alors que plusieurs pays resserrent l’étau sur la maternité de substitution, le Québec, lui, veut mieux protéger les mères porteuses

27 février 2016 |Isabelle Paré | Santé
Le débat fait rage, et pas seulement au Québec et au Canada, sur la maternité pour autrui.
Photo: Olexander Zobin Agence France-PresseLe débat fait rage, et pas seulement au Québec et au Canada, sur la maternité pour autrui.
Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
Au moment où le Conseil du statut de la femme du Québec (CSF) appelle à une ouverture à l’égard des mères porteuses, l’Europe resserre l’étau sur la maternité pour autrui (MPA) dans l’espoir de freiner l’expansion d’une lucrative industrie axée sur la location de ventres bon marché.
 
Jusqu’ici ouverte aux mères porteuses bénévoles, la Suède vient tout juste, cette semaine, de se prononcer contre toute forme de maternité de substitution, payée ou pas. En Italie, où la pratique est déjà illégale, la Cour suprême est allée jusqu’à retirer l’enfant porté par une Ukrainienne à un couple infertile revenu au pays avec le nourrisson dans les bras.
 
Depuis les années 2000, la naissance d’une florissante industrie de la procréation pour autrui outre-frontière est venue changer la donne. Le tourisme procréatif, dopé par l’émergence d’agences et de cliniques offrant à des couples infertiles les services de mères porteuses de pays en développement, a ébranlé les certitudes et le socle sur lesquels reposaient les lois adoptées sur la MPA en Occident.
 
En décembre dernier, le Parlement européen pressait les pays membres de l’Union européenne à mettre fin à toute forme de maternité de substitution, « une pratique qui va à l’encontre de la dignité humaine ».
 
Depuis, le débat fait rage entre « pro » et « anti-GPA » (gestation pour autrui) européens, les premiers y voyant une pratique altruiste pour les couples en mal d’enfants, les seconds une « marchandisation du corps des femmes » et une nouvelle forme de « violence faite aux femmes », assimilables au commerce d’organes.
 
Aux États-Unis, des États comme la Californie et l’Illinois sont devenus l’eldorado de ce commerce où cliniques et sites Internet offrent ouvertement à des couples infertiles les services de gestation de jeunes femmes en santé. Le recours « aux partenaires gestationnels » revêt même un vernis glamour depuis que les stars comme Sarah Jessica Parker, Nicole Kidman, Elton John, Ricky Martin et, plus près de chez nous, Joël Legendre, ont confié avoir ainsi réalisé leurs rêves d’enfants.
 
Volte-face ?
 
Au Québec, le Conseil du statut de la femme (CSF), qui prônait depuis les années 80 l’interdiction totale des mères porteuses, vient d’assouplir sa position historique. Pragmatique, l’organisme estime qu’il est temps de réagir « à une réalité » désormais incontournable.
 
Des parents reviennent d’outremer avec des poupons dont le statut juridique reste à définir. Quel lien de filiation reconnaître à ces bébés fabriqués dans le ventre d’un tiers ? Quels droits reconnaître à ces mères qui « prêtent » leur ventre ? Ottawa, qui prohibe la rémunération des mères porteuses, autorise le remboursement de leurs dépenses, sans toutefois n’en avoir jamais précisé de montant.
 
Dans ce contexte légal plus que flou, le CSF propose d’ajuster les lois pour « mieux protéger les droits des mères porteuses et des enfants ». « La pratique a lieu et se passe. Alors encadrons-la », plaide la présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne. Mais dans le contexte mondial actuel, cette volte-face inquiète plusieurs groupes et associations de défense des droits des femmes.
 
Ventres en location
 
Instaurée dans plusieurs pays d’Occident depuis les années 80, l’interdiction de la MPA a fait naître en revanche une industrie transfrontalière, aujourd’hui en plein essor.
 
Plus de 25 000 enfants naîtraient chaque année en Inde seulement de mères porteuses, dont 50 % « commandés » par des couples étrangers. Aux États-Unis, on parle de 1400 naissances issues d’utérus « loués ». Une affaire qui rapporte gros, évaluée à 2 milliards par année.
 
L’Inde, où il en coûte de 12 000 $ à 30 000 $ pour obtenir les services d’une mère porteuse, plutôt que 150 000 $US en Amérique, est devenue le paradis de ce lucratif commerce du désir d’enfant, évalué à 400 millions par an.
 
« Cette pratique a explosé dans les années 2000 dans des pays comme l’Inde et la Thaïlande. Depuis, ces deux pays ont interdit l’accès des ressortissants étrangers aux cliniques de mères porteuses. Ils ne veulent plus être des destinations de choix du tourisme procréatif. Alors les nouveaux pays visés par l’industrie de la procréation sont maintenant l’Iran, le Népal », affirme la journaliste et auteure Kajsa Ekis Ekman, jointe en Suède par Le Devoir.
 
« Cette industrie très profitable, profondément raciste, utilise, grâce à la fécondation in vitro[FIV], des femmes de pays pauvres pour livrer des bébés blancs à des couples qui veulent payer mois cher. Certains couples font même appel à deux mères porteuses pour multiplier leurs chances de grossesse », dénonce l’auteure du livre L’être et la marchandise, prostitution et maternité de substitution, aussi fondatrice du mouvement Féminists Against Surrogacy.
 
Selon Mme Ekman, le phénomène est répandu en Suède où, chaque semaine, un couple se rend à l’étranger pour obtenir une MPA, par le biais de cliniques de fertilité ou d’intermédiaires. « Les gens reviennent au pays avec un enfant, et les services sociaux sont pris avec le problème. Les lois prévoient que la femme qui accouche est la mère de l’enfant, mais on ne peut plus retrouver cette mère. Les couples ne la connaissent même pas. Alors on accorde l’adoption par défaut. Ce n’est pas une façon de régler ce problème social. Je crois que la société doit envoyer un signal, doit se prononcer », estime-t-elle.
 
Femmes-anges ou femmes-contenants ?
 
Kajsa Ekman ne croit pas à cette forme de maternité déléguée, même lorsque faite « gratuitement ». Ces bienfaitrices de la reproduction sont souvent érigées en anges, alors qu’elles sont plutôt des récipients, dénonce-t-elle. « Pourquoi les femmes devraient-elles se sacrifier, faire tout gratuitement ? » À son avis, l’absence de rétribution n’évacue en rien le risque d’exploitation, ni le fait que ces femmes soient réduites au seul rôle de « contenant ».
 
« Je ne crois pas à l’altruisme. Dans tous les pays où la MPA sans rétribution est tolérée, la majorité des femmes sont payées sous la table. La perception de la MPA est en train de changer, ce n’est plus perçu comme quelque chose de moderne, d’altruiste ou de “ cute ”. C’est de l’exploitation pure et simple », tranche l’auteure féministe.
 
Dans L’être et la marchandise, elle assimile d’ailleurs la MPA à la prostitution. « C’est la négation de la volonté de la femme. Les femmes qui se prostituent se dissocient de leur corps pour vendre leur sexe. Avec la MPA, elles se dissocient de leurs corps pour porter un enfant qu’elles ne veulent pas. On fait fi de leurs émotions, de leurs droits », argue-t-elle.
 
Un statut à définir
 
Sans statut légal clair dans plusieurs pays, les mères porteuses, même recrutées localement, et leurs enfants à naître donnent lieu à des casse-têtes juridiques. En Europe, le quart des pays prohibent toute forme de MPA, alors que 25 % interdisent seulement la gestation contre rémunération.
 
Selon Sarah Jacob-Wagner, chercheuse et auteure de l’avis produit par le CSF, si la condamnation des ententes transfrontalières de mères porteuses fait consensus, l’approche stricte prônée par le Parlement européen envers la maternité de substitution sans rétribution n’est pas partagée par tous.
 
« Cette vision ne fait pas l’unanimité. Il existe une diversité d’opinions en France », dit-elle, notamment un courant pour reconnaître plus de droits aux mères porteuses et aux enfants nés de la gestation pour autrui.
 
« L’avis du CSF défend la MPA à titre gratuit, mais condamne la MPA commerciale. Nous avons consulté les études faites auprès de mères de substitution non rétribuées et d’enfants nés de MPA, qui semblent ne pas avoir de problèmes à moyen terme. On pense qu’il faut des efforts séparés pour lutter contre le tourisme procréatif », avance cette chercheuse.
 
Le Québec demeure la seule province canadienne où toute forme de maternité de substitution est interdite. Des couples québécois, affirme Mme Jacob-Wagner, se tournent déjà vers l’Ontario où un lien de filiation avec l’enfant né de la MPA leur est accordé. Peut-on fermer les yeux ?
 
La réforme du droit de la famille caressée par Québec, estime-t-elle, pousse en faveur d’une reconnaissance de cette réalité… que plus personne ne peut feindre d’ignorer.