Jean Charest aurait été surveillé par l'UPAC

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Publié le 25 avril 2017 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Jean Charest, ex-premier ministre du Québec.... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)
Jean Charest, ex-premier ministre du Québec.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Vincent Larouche
L'Unité permanente anticorruption (UPAC) a scruté à la loupe les voyages de Jean Charest et aurait même projeté d'intercepter les conversations de l'ancien premier ministre, ont révélé les médias de Québecor hier, documents d'enquête criminelle à l'appui.
Le Journal de Montréal et TVA ont mis en ligne des documents confidentiels issus de l'enquête Mâchurer, entamée il y a plusieurs années pour faire la lumière sur des allégations de financement illégal du Parti libéral du Québec (PLQ) auprès de grandes firmes de génie, d'entrepreneurs en construction et de cabinets d'avocats.
L'UPAC a refusé de commenter la fuite de documents hier, mais La Presse a pu confirmer qu'ils concernent une enquête qui est toujours active à l'heure actuelle et qui n'a pas encore été transmise aux procureurs de la Couronne pour déterminer si des accusations criminelles seront portées.
Organigramme détaillé
Parmi les documents, un organigramme assemblé par la police place Marc Bibeau, ancien bénévole et grand argentier du PLQ, ainsi que Violette Trépanier, ancienne directrice du financement, tout en haut du système de «financement politique illégal». Jean Charest est placé dans une case faite de pointillés, juste en dessous, mais son rôle éventuel n'est pas défini. Aucune flèche ne pointe directement vers lui dans le diagramme.
Des fiches de police très détaillées sur MM. Bibeau et Charest ont aussi été exhibées. Elles précisent notamment que le premier conduit une Mercedes 2014 et le second, une Lexus 2015.
Les documents cités comprennent aussi une demande à l'Agence des services frontaliers pour obtenir toutes les entrées et sorties du pays des deux hommes, ce qui permet de voir qu'ils ont souvent voyagé aux mêmes dates. Les notes manuscrites d'une entrevue des enquêteurs avec l'ancien délégué du Québec à New York Bruno Fortier ont aussi été obtenues par les deux médias. M. Fortier y évoque la proximité entre les deux hommes, des soupers où M. Bibeau ramassait la facture et des fêtes organisées par ce dernier en présence de M. Charest et des «gros noms» du génie-conseil.
Les policiers auraient par ailleurs formulé le souhait d'épier les conversations des deux hommes pour compléter leur preuve, au début de l'année dernière, mais les documents ne permettraient pas de déterminer si ce souhait s'est concrétisé.
Autre information inconnue : nulle part les enquêteurs n'y expliquent ce qui serait reproché exactement aux deux hommes.
Démarrée il y a au moins trois ans
Dès 2014, Radio-Canada avait révélé qu'une enquête criminelle baptisée Mâchurer portait entre autres sur la participation de Jean Charest à une activité de financement sectoriel impliquant des dirigeants ou employés de SNC-Lavalin, avant son arrivée au pouvoir.
L'ancien chef de cabinet de M. Charest, Ronald Poupart, avait alors confirmé à La Presse avoir discuté de cette activité avec Jean Charest et Marc Bibeau, en 2002, l'année précédant l'élection du gouvernement libéral. «Il [Marc Bibeau] m'a dit : "On s'en va voir un ami [Guy Saint-Pierre, président du Conseil de SNC-Lavalin] pour essayer de le convaincre de faire de la sollicitation auprès de ses employés pour avoir de l'argent"».
M. Charest n'avait pas émis de commentaires au moment de publier ces lignes. L'avocat de Marc Bibeau, Me William Brock, a fait une brève déclaration : «Notre client est outré par le fait que de l'information obtenue en cours d'enquête pourtant confidentielle, y compris des renseignements personnels, soit délibérément coulée dans les médias dans le seul but de porter atteinte à sa réputation, sur la foi de conjectures.»
Notons que les documents obtenus par Québecor contenaient effectivement de nombreux renseignements personnels sur les cibles de l'enquête, mais que les journalistes les ont masqués dans les versions publiées hier.
Le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, est attendu le 4 mai à l'Assemblée nationale pour l'étude des crédits en sécurité publique. Les élus auront l'occasion de l'interroger sur plusieurs sujets.
- Avec la collaboration d'Isabelle Ducas, La Presse