Gabriel Nadeau-Dubois refuse d’être « instrumentalisé » par le gouvernement libéral, qui, depuis son arrivée à l’Assemblée nationale, n’a que de bons mots pour lui. « Libéraux et péquistes peuvent se le tenir pour dit : ça ne fonctionnera pas », a lancé le député de Gouin au terme de la période de questions.
Durant celle-ci, le premier ministre, Philippe Couillard, a salué l’« habileté » de M. Nadeau-Dubois à discuter de l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne.
Dans ce débat, le nouvel élu solidaire impressionne par sa « clairvoyance », selon M. Couillard. « On a franchement un nouvel acteur très éloquent qui parle du même sujet avec beaucoup plus d’habileté, à mon avis, et beaucoup plus de clairvoyance [que le Parti québécois] et que les Québécois vont écouter de plus en plus », a-t-il déclaré dans le Salon bleu.
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a reproché à M. Couillard de douter de la capacité de la population québécoise à prendre en main sa destinée.
Réduit à la « pauvreté », le Québec serait contraint d’« assécher [ses] services publics pendant probablement au moins une dizaine d’années [après avoir conquis son indépendance et] de sacrifier [ses] programmes sociaux », avait dit M. Couillard 24 heures plus tôt.
« Dans la tête du premier ministre, les Québécois sont des incapables, des incompétents, des gens tellement médiocres qu’à l’extérieur du Canada ils deviendraient miséreux et abandonnés », a lâché M. Lisée en Chambre jeudi avant-midi.
« C’est bien simple, jamais, jamais, on n’a eu un premier ministre qui a une aussi mauvaise opinion des Québécois, qui ne croit pas en son peuple, en sa compétence, en sa force. Le premier ministre devrait avoir honte d’avoir honte des Québécois », a ajouté M. Lisée.
Réplique de Couillard
M. Couillard ne s’est pas laissé démonter par la charge du chef péquiste, qu’il a attribuée à la présence de Gabriel Nadeau-Dubois dans le débat constitutionnel. Le chef du gouvernement croit avoir froissé l’ego de M. Lisée en « engageant » mercredi le « débat » constitutionnel avec la figure de proue de la mobilisation étudiante du printemps 2012.
« Ce qui indispose profondément le Parti québécois, c’est qu’ils ne sont plus les seuls joueurs dans l’arène de l’indépendance du Québec, il y a une autre voie, une voie plus jeune, peut-être une voie plus large qui va s’ouvrir. C’est à eux de s’arranger avec ça, ce n’est pas avec moi », a-t-il lancé tout en ajoutant « en passant » que l’arrivée de M. Nadeau-Dubois « est bienvenue ».
M. Lisée s’est dit surpris de voir le premier ministre du Québec s’arroger le titre d’attaché de presse de Québec solidaire.
À l’approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada, M. Couillard soutient que les trois quarts de la population québécoise ont un profond attachement à la citoyenneté canadienne, qui est « beaucoup plus large, ouvert[e], inclusi[ve] que la version limitée de citoyenneté que nous propose l’opposition officielle ».
Refus de Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois dit voir clair dans le petit jeu du PLQ, qui couvre de fleurs QS depuis le rejet de toute discussion d’alliances stratégiques avec le PQ en vue des prochaines élections générales. Au PLQ, on fait le pari qu’une montée de QS dans les intentions de vote se fera essentiellement au détriment du PQ. « Québec solidaire va refuser de se faire instrumentaliser par le Parti libéral pour alimenter ses “ guéguerres ” avec le Parti québécois, a dit M. Nadeau-Dubois. De la même manière, on va refuser de se faire instrumentaliser pour expliquer les difficultés du Parti québécois. »
Le nouvel élu croit que son parti doit entrer dans les ligues majeures
19 juin 2017 | Jocelyne Richer - La Presse canadienne à Québec|Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Gabriel Nadeau-Dubois a été élu dans Gouin le 29 mai dernier.
Gabriel Nadeau-Dubois ne manque ni d’assurance ni d’ambition. Le nouveau député solidaire de Gouin voit grand, très grand. Pour son parti et pour lui-même.
Selon lui, Québec solidaire est aux portes du pouvoir, prêt à former le prochain gouvernement. Et quand QS prendra le pouvoir, à court ou à moyen terme, il sera prêt à occuper le siège de premier ministre du Québec.
Si ce scénario se présente, « c’est sûr que je ne reculerai pas », assure le jeune député avec aplomb, au cours d’une longue entrevue avec La Presse canadienne visant à faire le point sur ses débuts remarqués en politique active.
Mais il faudra d’abord qu’il soit désigné par sa base comme porte-parole aux débats des chefs de la prochaine campagne électorale et candidat premier ministre, comme l’était sa prédécesseure dans Gouin, Françoise David. Les statuts de Québec solidaire font en sorte que le parti n’a pas de chef, mais plutôt deux porte-parole, un homme et une femme, lui-même et Manon Massé. Les membres devront donc choisir entre les deux, à l’automne.
Dorénavant, Québec solidaire se présente devant les gens en disant : Nous sommes prêts à former le prochain gouvernement
Gabriel Nadeau-Dubois
Il ne se fera pas prier pour être candidat premier ministre. « Si les membres me le demandent, c’est sûr que je vais y aller », dit M. Nadeau-Dubois, qui n’entend reculer devant aucun défi.
« J’ai envie d’être ici un bon moment », dit-il à propos de sa présence à l’Assemblée nationale, où il semble à l’aise comme un poisson dans l’eau, même s’il n’a que deux semaines d’expérience parlementaire derrière la cravate.
« J’adore ça [la vie de parlementaire] », commente-t-il, parce qu’elle est synonyme d’action. Depuis qu’il a été assermenté, il n’a pas chômé, multipliant les points de presse, posant des questions directement au premier ministre en Chambre, et potassant déjà ses dossiers en commission parlementaire.
Même si Québec solidaire demeure un parti marginal sur l’échiquier politique, avec trois députés et seulement 7,6 % d’appuis aux dernières élections générales, M. Nadeau-Dubois estime qu’il faut désormais inscrire Québec solidaire dans les ligues majeures, « une force politique de premier plan ».
« L’étape qui commence pour nous maintenant, c’est la marche vers le gouvernement », dit-il, fuyant toute fausse modestie.
QS va ratisser large dès octobre 2018, prédit le député, et gruger des votes à toutes les formations politiques, pas seulement au Parti québécois. Des libéraux et caquistes seraient prêts à voter QS, selon lui.
« Dorénavant, Québec solidaire se présente devant les gens en disant : Nous sommes prêts à former le prochain gouvernement », affirme le député, qui entame sa carrière politique sans complexe.
Personnage controversé
Malgré son manque d’expérience, il n’est pas exactement du genre à rester dans l’ombre. « Mon intention, c’est de déranger », confie le député de 27 ans. « Je ne suis pas venu en politique pour me tenir tranquille dans mon coin. »
L’ex-leader étudiant du printemps érable sait parfaitement que les opinions sont très tranchées à son sujet. Certains l’adulent, d’autres le qualifient d’arrogant. Mais il s’en fout. « Il y a des gens qui vont me détester, mais ça ne me dérange pas », laisse tomber celui qui ne veut pas se laisser distraire par ce genre de considérations.
En politique, ce qui l’anime, ce qui le motive vraiment, c’est « changer le système dans lequel on vit », c’est « transformer le système politique et économique », dit l’homme de gauche, qui veut « prendre le pouvoir pour changer les choses » en profondeur au Québec.
La conjoncture est parfaite, selon lui. L’exemple de plusieurs pays, dont la France, où le mouvement En marche ! lancé par Emmanuel Macron il y un an a été couronné de succès, représente une source d’inspiration et confirme sa vision des choses.
« Partout à travers le monde, il y a un vent de changement qui souffle très, très fort », note-t-il, décelant dans plusieurs démocraties une « fatigue » envers les partis traditionnels.
Sur cette lancée, il n’a aucunement l’intention d’édulcorer le programme du parti ou de le recentrer pour gagner des votes. Ce programme, il y souscrit totalement, sans réserve. Pas question, donc, d’arrondir les angles.
Car le problème de QS ne réside pas dans le contenu radical de certaines de ses propositions, mais plutôt dans le défi de transformer ses idées en « politiques publiques concrètes » visant à améliorer la vie des gens « au quotidien ».
Est-il d’accord, par exemple, avec le programme du parti sur la nationalisation de différents secteurs d’activité, comme les mines ? Oui. Il cherche quand même à se faire rassurant : « On ne veut pas nationaliser les dépanneurs. »
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois
À gauche, il était attendu un peu comme le messie, et le miracle semble se produire.
L’entrée en scène politique pour Québec solidaire de l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois se mesure concrètement par une hausse spectaculaire des intentions de vote pour cette formation.
QS passe à 14 % des voix possibles dans tout le Québec, selon un sondage réalisé pour Le Devoir par la firme Léger. Il s’agit d’un bond de cinq points depuis janvier. Aux élections de 2012, QS a fait le plein de 8 % des suffrages exprimés.
La progression se fait au détriment du PQ, qui recule de 4 parts, de 29 % à 25 %. Les libéraux trônent encore en tête à 34 % (+2) des intentions de vote. La CAQ est à 23 % (+1).
Le buzz solidaire s’arrime à plusieurs semaines de visibilité accrue et positive pour QS. Par exemple avec la couverture du retrait de la vie politique de Françoise David, députée de Gouin, que M. Nadeau-Dubois veut maintenant remplacer à l’Assemblée nationale. La cofondatrice de QS est une figure politique très respectée du Québec, y compris par ses adversaires.
La lutte menée par l’autre députée de QS Manon Massé pour éviter l’élimination de la carte électorale de sa circonscription montréalaise de Sainte-Marie–Saint-Jacques a aussi été très relayée médiatiquement. La question du sondage sur les intentions de vote parlait d’ailleurs de «Québec solidaire de Manon Massé», puisqu’elle en est la porte-parole par intérim.
Les réponses favorables au parti de gauche ont donc augmenté de 55 % en quelques semaines. La formation bondit aussi pour la première fois au-dessus du seuil des 10 % dans toutes les régions du Québec. Six points seulement séparent maintenant le PQ (22 %) et QS (16 %) dans la région de Montréal.
«Les libéraux attirent entre 31 et 35% des intentions de vote dans les sondages depuis presque deux ans, fait observer Christian Bourque, vice-président directeur de Léger. Dans les faits, leur avance est plus significative, puisque le PQ, la deuxième formation, recule de quatre points. On peut aussi penser que les votes gagnés par QS viennent du PQ. Il semble y avoir un vase communicant entre les deux formations.»
Tous des traîtres
Gabriel Nadeau-Dubois, souvent surnommé GND, a annoncé le jeudi 9 mars qu’il briguera l’investiture pour QS dans la circonscription de Gouin, laissée libre par la retraite de Françoise David. En seulement cinq jours de politique active, la jeune recrue de 26 ans a aussi permis à QS de recruter plus de 4000 nouveaux membres, ce qui correspond à une augmentation de 40 % de ses effectifs.
Le sondage révèle par contre que la figure réputée la plus radicale du Printemps érable de 2012 divise toujours la population. Le quart (23 %) des Québécois a de lui une opinion «plutôt favorable», mais une personne sur trois (33 %) dit le contraire. Un peu plus (37 %) disent ne pas assez le connaître pour se prononcer.
À la conférence de presse annonçant sa candidature, M. Nadeau-Dubois avait accusé la classe politique qui gouverne depuis trente ans d’avoir «trahi le Québec». La formule a scandalisé d’anciens politiciens, dont l’ex-premier ministre Bernard Landry. Elle a tout de même fait mouche auprès d’une majorité de Québécois, selon le sondage.
Au total, 50 % des répondants se disent d’accord avec l’énoncé suivant : «Il faut sortir la classe politique qui nous gouverne depuis 30ans, car elle a trahi le Québec.» Les trois quarts (74 %) des partisans de QS l’appuient, trois caquistes sur cinq (60 %), mais aussi 56 % des péquistes. Par contre, seul le quart (26 %) des libéraux se disent tout à fait (6 %) ou plutôt d’accord (20 %) avec la formule lapidaire.
Voici d’autres révélations du coup de sonde national :
Insatisfaction. Le pourcentage des électeurs insatisfaits du gouvernement Couillard grimpe encore, passant de 62 à 65 % en trois mois. Au total, 71 % des francophones se déclarent «très» ou «plutôt insatisfaits», et seulement 3 % d’entre eux se disent «très satisfaits».
Changement. En plus, deux électeurs sur trois (63 %) souhaitent un changement de gouvernement aux prochaines élections et une personne sur cinq (20 %) pense le contraire. Plus d’un jeune sur quatre (28 %) ne sait pas quoi répondre devant cette alternative. Le PLQ au pouvoir n’est perçu comme la formation incarnant le changement que par 2 % de la population. Les trois autres partis (PQ, CAQ et QS) sont à égalité de ce point de vue avec environ le quart des voix favorables. «Une volonté de changement se manifeste, mais aucune formation n’incarne clairement ce changement», résume le vice-président Christian Bourque. «Il y a une division des voix, encore plus grande maintenant avec la montée de QS.»
Leaders. Qui ferait le meilleur premier ministre du Québec ? Les chefs des trois partis restent à peu près à égalité (selon la marge d’erreur) dans la perception populaire avec des scores de 18 % (Couillard), 17 % (Lisée) et 14 % (Legault). Manon Massé reçoit 7 % des appuis.
Indépendance. Le Non l’emporterait à 64 % à un référendum sur la souveraineté. Les francophones sont contre la sécession à 56 %. Les 45-54 ans (69 %) et les 18-24 ans (66 %) constituent les groupes d’âge les plus opposés à l’option.
Alliance. Les trois quarts (73 %) des péquistes et moins de la moitié (43 %) des solidaires souhaitent que les deux partis forment une alliance électorale. C’est un peu déjà le cas dans la circonscription de Gouin, où le PQ n’opposera aucun candidat à Gabriel Nadeau-Dubois, ce qui pourrait lui faciliter le chemin vers l’Assemblée nationale à l’élection partielle, pour laquelle aucune date n’est encore fixée.
Le livre est le résultat de 174 assemblées de cuisine et d’une dizaine d’assemblées publiques.
Il y a une désarmante simplicité dans ces priorités qui se dégagent de la tournée « Faut qu’on se parle ». Que veut-on ? Rien de très extravagant : d’abord, qu’on nous considère tous autant que nous sommes comme des citoyens et des citoyennes à part entière et non comme de simples intrants dans un système de production. On nous a dit depuis longtemps comment gagner notre vie et comment contribuer à l’économie, mais on nous a très peu parlé de toutes ces manières de mieux vivre. De fait, on les a presque oubliées…
Ce que nous rappellent ces milliers de personnes rencontrées, c’est ce nécessaire retour à des valeurs fondamentales et collectives de vivre-ensemble. Bien sûr, on veut du travail décent et significatif, où l’on peut exercer le plus librement ses talents, on souhaite évoluer dans un contexte d’économie prospère, une économie qui rend le monde équitable et épanouissant pour tous. On veut avoir accès au savoir et à l’éducation, pour s’élever comme personne à ce que l’humanité a de meilleur. On revendique, à juste titre, le respect des individus et des communautés, dans leur diversité, dans une société en harmonie avec ses choix. On souhaite une paix sociale, des conditions de santé pour tous et, bien entendu, le temps qu’il faut pour vivre avec les siens.
Les esprits malins diront peut-être que toutes ces priorités sont banales, et qu’on aurait pu les concevoir sans tenir d’assemblées de cuisine. Peut-être. Mais qu’on ait parlé avec tant d’insistance et d’émotion de ces nécessités, et ce, partout au Québec, ce n’est pas banal. Cela témoigne avec force que ces idées simples, indispensables pour mener une bonne vie, doivent plus que jamais être défendues dans l’espace public et sur la scène politique. Cela indique aussi que les gens considèrent manifestement que ces besoins fondamentaux doivent impérativement revenir au coeur des grandes orientations politiques de la société québécoise.
Voilà des priorités auxquelles on doit désormais donner corps. Et cela se fera, pour peu que chacun d’entre nous agisse selon sa façon de faire et en fonction du mode d’implication qui lui conviendra. Beaucoup d’entre vous ont décidé de continuer à tenir des assemblées de cuisine pour trouver plus d’idées et poursuivre le dialogue. C’est là une très bonne piste : il faut continuer à penser et à parler politique de façon non partisane. C’est aussi un bon moyen de contrer le manque d’information saisissant sur les idées qui nous sont chères. Il est essentiel que ces informations pertinentes circulent, qu’elles soient accessibles et disponibles facilement. Une autre façon d’agir, cruciale, repose sur la nécessité de promouvoir les propositions dont il a été question tout au long de cette tournée, partout, sur toutes les plateformes.
Un Québec qui veut se transformer pour être meilleur
Il est également possible de réaliser des changements à partir de nos implications dans les mouvements et les organisations sociales qui sont le véritable tissu de notre société, ce qui la fait vivre et la fait changer, évoluer. S’impliquer dans ces mouvements est souvent la meilleure façon de provoquer des transformations sociales importantes.
Il y a aussi la voie de l’implication au sein des partis politiques, en interpellant des élus de tous niveaux, en militant dans une organisation, en participant à la vie municipale et aux réunions du conseil, ou même en se portant candidat ou candidate. Mais la politique n’est pas qu’une affaire de partis. On oublie trop facilement que le rôle majeur de tous nos élus, à tous les niveaux, c’est de nous représenter, et de traduire nos besoins et nos aspirations dans leurs décisions. Alors, parlons-leur à ces élus de toute nature, invitons-les dans nos organismes, impliquons-les dans les démarches que nous menons, faisons en sorte de changer le regard qu’ils peuvent porter sur ce qui nous touche.
Sortons aussi voir les gens qui nous entourent, qui ne sont pas impliqués, qui n’ont pas organisé d’assemblées de cuisine, qui n’ont pas acheté ce livre, qui discutent rarement de politique, mais qui sont profondément concernés par celle-ci. Allons leur parler de toutes nos idées — celles dont nous venons de parler et bien d’autres encore — pour ranimer la flamme d’un Québec qui veut se transformer pour être meilleur, pour être à la hauteur de son plein potentiel.
Bref, ce n’est pas le travail qui manque, il y a des choses à faire pour tout le monde. C’est l’implication de tous, dans tous les contextes, qui fera une vraie différence.
L'ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois a affirmé hier être victime d'attaques véhémentes après avoir dénoncé, sur les ondes de Télé-Québec, une «certaine partie» du mouvement indépendantiste qu'il qualifie d'«exclusi[ve]» et de «xénophobe».
Celui qui se décrit lui-même comme souverainiste s'est dit surpris par «un étrange phénomène de radicalisation dans le ton et le propos d'une certaine frange du mouvement indépendantiste» depuis l'épisode de la Charte des valeurs et «plus encore depuis l'arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti québécois».
Vendredi soir dernier, M. Nadeau-Dubois participait à l'émission125, Marie-Anne, animée par Christiane Charette et diffusée à la télévision publique. C'est dans ce cadre que l'actrice Lucie Laurier et lui se sont affrontés verbalement au sujet de l'existence d'une frange intolérante au sein du mouvement indépendantiste. Gabriel Nadeau-Dubois a déploré l'existence d'une telle frange, après quoi Mme Laurier - aussi militante bloquiste - l'a contredit.
«Je suis très fâchée par une certaine gauche», a-t-elle fait valoir, accusant le leader étudiant devenu chroniqueur de «participe[r] un peu» à la xénophobie contre les francophones. «Ce qui me blesse profondément, c'est que» lorsque des Québécois parlent du Québec avec fierté, «ça devient suspect. Ça me révolte», avait-elle dit quelques minutes plus tôt.
«L'intolérance, il y en a partout. C'est quelque chose qui a été très bien distribué à travers toutes les populations, a-t-elle ajouté. Ce n'est pas vrai que le mouvement indépendantiste est noyauté [par des individus intolérants].»
Depuis la diffusion de cette émission, Gabriel Nadeau-Dubois a reçu une «pluie d'injures», a-t-il écrit sur sa page Facebook. «La hargne qui teinte les messages que je reçois me surprend. On parle de «traîtrise».»
Joint par La Presse, M. Nadeau-Dubois a refusé de préciser sa pensée, se limitant à indiquer que son message «parle pour lui-même». «Je préfère en rester là», a-t-il expliqué, ajoutant toutefois avoir été surpris par la popularité du texte sur les réseaux sociaux.
Inquiet
Dans son texte, il affirme être inquiet pour sa propre option.
«Ce durcissement de ton et cette fermeture d'esprit font énormément de tort à l'indépendantisme québécois, a fait valoir le militant de gauche sur sa page Facebook. Une telle attitude sectaire n'est pas le signe d'un mouvement en santé. Bien au contraire. C'en est inquiétant.»
Le cabinet du chef de l'opposition Pierre Karl Péladeau - nommément évoqué par M. Nadeau-Dubois dans son texte - n'avait pas formulé de commentaires, hier, au moment de mettre en ligne.
Gabriel Nadeau-Dubois a eu une mauvaise surprise hier quand il a ouvert son courrier: une enveloppe de remplie de poudre blanche.
«Ça s'est passé très vite. J'ai vu que ce n'était pas du sucre ou du sel. J'ai refermé l'enveloppe immédiatement», a-t-il raconté au Journal. «J'en ai eu un peu sur les doigts. Ça brûlait un peu. Mais je n'ai pas été incommodé plus que ça.»
L'ancien porte-parole de la CLASSE ignore toujours si la substance en question était réellement dangereuse. Il a porté plainte à la police, qui aurait envoyé le contenu de l'enveloppe pour analyse dans un laboratoire. Au moment de mettre sous presse, la porte-parole du Service de police de Montréal n'était pas en mesure de confirmer cette information.
Pas peur
Ce qui est étonnant pour celui qui s'est fait connaître comme l'une des voix des carrés rouges pendant le conflit étudiant de 2012, c'est de recevoir ce genre de menace maintenant, alors qu'il n'est plus aussi visible qu'il y a trois ans.
«Ça m'aurait moins surpris en 2012», affirme-t-il. Car des menaces, Gabriel Nadeau-Dubois en a reçu beaucoup par le passé. «Mais jamais quelque chose d'aussi concret», note-t-il.
Ce n'est toutefois pas ce geste anonyme, dont il ignore complètement la provenance et le motif, qui parviendra à l'ébranler. Ce genre de tactique, «ça n'a pas l'effet recherché. C'est loin de nous décourager», a-t-il confié auJournal.
M. Nadeau-Dubois est actuellement en tournée à travers le Québec pour sensibiliser les cégépiens aux risques associés à l'exploitation des sables bitumineux.