IDÉES – 30E ANNIVERSAIRE DE DÉCÈS 1 novembre 2017 | Michel Leduc - Ancien député du Parti québécois de Fabre, 1981-1985|Québec
Photo: Alain Renaud Archives Le Devoir
Si le Québec peut élever la tête parmi les nations du monde, souveraines ou non, c’est à René Lévesque que nous le devons en grande partie, estime l'auteur.
René Lévesque était non conformiste et souvent irascible à l’endroit du parti qu’il a fondé. Fébrile de tempérament, individualiste dans le bon sens du terme, autonome et responsable, il pouvait aisément s’emporter. Lui et le Parti québécois ont eu de véritables prises de bec.
Et pourtant, on n’a pas assez souligné tout le respect qu’il avait à l’endroit des militants et des membres qui formaient la vaste majorité de ceux et celles pour qui il avait de l’admiration. Car sans eux et elles, il n’y aurait pas eu de parti sur lequel il aurait pu prendre appui, tel un levier indispensable pour élever les Québécois au-delà de leur état de survivance. C’est avec les membres issus de la population en général — travailleurs, syndiqués, enseignants : le « monde ordinaire » — d’abord qu’il comptait créer un parti propre et bien organisé dans toutes les régions du Québec même si ce fut difficile entre les campagnes électorales, car il fallait les convaincre que c’était possible de faire de la politique autrement là où la corruption était monnaie courante, où les caisses électorales étaient alimentées par les milieux financiers. Il fallait donc créer un parti propre qui ne vivrait que de la souscription volontaire de ses membres et sympathisants. C’est ce qu’il fit, à l’intérieur de son parti, avant même qu’il ait la possibilité de faire adopter la Loi sur le financement des partis politiques au Québec.
Député, militant, leader
J’ai eu le privilège, en tant que député et militant, de le côtoyer de près. Je crois, comme des milliers d’autres, en la nécessité de ce parti, car il a toujours sa raison d’être dans une ère que certains qualifient de postnationale. […] Tous les chefs qui ont succédé à son fondateur ont toujours invoqué sa mémoire inspirante pour l’avancement du Québec. Il fut celui qui occupa le poste de président le plus longtemps. De 1968 à 1985, année de sa démission, il n’a cessé de chercher le meilleur chemin qui pourrait contribuer à faire avancer le Québec vers sa souveraineté. À cet égard, ceux et celle qui lui ont succédé ont été fidèles à sa mémoire. Il n’a pas toujours réussi, pas plus que les autres, mais sa ténacité à poursuivre son idéal a marqué profondément le Québec.
Pendant ces 17 années comme chef du Parti québécois, René Lévesque fut un leader exceptionnel, souvent contesté, toujours résilient, prenant appui sur ses convictions, sa franchise, son charisme pour gagner le coeur de la population qui lui a toujours voué une grande admiration, souverainistes et fédéralistes confondus. Si le Québec peut élever la tête aujourd’hui parmi les nations du monde, souveraines ou non, c’est à lui que nous le devons en grande partie. L’homme avait ses défauts, comme tout un chacun, et aussi de grandes qualités puisqu’il a servi d’inspiration à tous ses successeurs par son action, son humanité, sa vision d’un Québec inclusif et attaché à ses racines, et avant tout pour sa profonde conviction qu’un Québec nation a sa place comme pays parmi tous les autres.
René Lévesque a interprété son rôle avec un sens éthique de responsabilité en tant que chef de parti et chef de gouvernement, en fonction de l’idéal de la souveraineté, phare incontournable du parti qu’il a fondé. […] Aujourd’hui, le Québec récolte les fruits de son travail et celui de son gouvernement alors que le présent se décline de plus en plus en fonction de la mondialisation qui affecte les soubassements de la société telle qu’on l’a connue jusqu’à maintenant.
Toujours des défis
Par ailleurs, les défis de son temps concernant la langue, la nation, l’identité, l’immigration, la souveraineté sont toujours d’actualité. Nos réflexions comme Québécois sur ces enjeux rencontrent les siennes. C’est en relisant ses mémoires, ses chroniques, ses discours qu’on découvre à quel point ses préoccupations rejoignent celles d’aujourd’hui et méritent qu’on s’y attarde pour trouver des points de repère et des raisons de poursuivre. L’action et la pensée de René Lévesque continuent de nous interpeller à travers son parti, mais aussi à travers les défis qui restent entiers pour la société québécoise. De même, son appel à la liberté et à la responsabilité collectives devrait continuer à inspirer tous les partis politiques en regard d’un Québec toujours à la recherche de modèles inspirants.
Pour René Lévesque, le changement était une nécessité. Mais pas à n’importe quel prix et pas n’importe comment. Il fallait que la population la plus mal prise et les travailleurs soient au centre des préoccupations de son parti. Il l’affirme clairement d’ailleurs dans une de ses chroniques en 1971 citant un extrait d’un « mini-manifeste » endossé par le Parti québécois à l’occasion de son Conseil national. Après avoir évoqué le principal changement et le plus « déterminant », soit « l’indépendance nationale », il ajoute : « […] il est quand même des catégories de notre peuple qui doivent être pour nous des interlocuteurs et en quelque sorte une clientèle privilégiée. D’abord, les plus démunis, ceux qui n’ont pas ou trop peu de voix pour se faire entendre ni de moyens pour se protéger… Puis les travailleurs québécois, dont une grande partie sont encadrés par des syndicats, mais une plus grande encore sans organisation. À ces derniers, nous devons notre appui pour mériter le leur. Avec les syndiqués et leurs organismes, nous partageons un objectif fondamental qui est celui de changer et d’humaniser la situation sociale et économique. »
Extrait d’un livre à paraître en 2018 : Un homme et son parti. Chroniques d’un militant.
Comme bien des jeunes de moins de 30 ans, Laurie Moreau et Joëlle Moquin connaissent peu la vie et l’œuvre de René Lévesque. C’est tout à fait normal, estime l’historien Paul-André Linteau.
Ils sont nés après la mort de René Lévesque. Ils en ont entendu parler dans les cours d’histoire au secondaire et au cégep. Pour ces moins de 30 ans, le fondateur du Parti québécois était « quelque chose comme un grand homme ». Mais aussi un lointain personnage de l’histoire du Québec, dont certains se souviennent plus ou moins vaguement.
« En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution », dit Sarah Bélisle, serveuse au bistro Ginkgo, sur le campus de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Son héritage ? Il reste une idée. Un peut-être que… »
À 22 ans, elle souhaite retourner à ses études universitaires en enseignement, qu’elle a interrompues pour séjourner un an en Australie. Ils sont comme ça, les jeunes : « ouverts sur le monde ». Ils en voient, du pays.
Le « pays » du Québec, lui, ce vieux rêve de leurs parents, ils n’en voient pas la nécessité. Pas fermés à l’idée. Pas ouverts non plus.
« Il existe un clash entre notre idée d’ouverture sur le monde et le besoin de s’exprimer en tant que peuple, dit Sarah Bélisle. Mes parents sont vraiment pour l’indépendance, mais pour la nouvelle génération, c’est du passé. Moi, je me sens entre les deux. »
Jeunes et capables
« René Lévesque me fait penser à Xavier Dolan à Cannes : il est allé dire qu’on peut prendre notre place, que les Québécois sont capables », dit Sophie Tremblay, présidente de Force jeunesse, un groupe qui milite pour les 35 ans et moins sur le marché du travail et dans les politiques publiques.
« René Lévesque, plusieurs membres de son premier gouvernement et le premier ministre Robert Bourassa étaient dans la trentaine ou au début de la quarantaine. Pour des jeunes, c’est une inspiration », ajoute-t-elle.
En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution
Sarah Bélisle, serveuse au bistro Ginkgo, sur le campus de l’UQAM
Au café Gingko, sur le campus de l’UQAM, la discussion autour de René Lévesque prend une autre tournure. Des serveuses racontent qu’elles connaissent plus ou moins le fondateur du Parti québécois. Elles suivent de près l’actualité du jour, elles voyagent, sont curieuses de tout, mais ignorent des pans de l’histoire récente.
« J’ai eu des cours d’histoire, mais je n’ai pas entendu parler souvent de René Lévesque », dit Joëlle Moquin, étudiante en éducation spécialisée au collégial. « La politique, c’est un sujet complexe. Ça m’intéresse, mais la carrière de René Lévesque ne m’est pas familière », ajoute Laurie Moreau, diplômée de l’UQAM en marketing.
Des noms de rue
Laurie et Joëlle sont un peu gênées de ne pas en savoir plus sur la vie et l’oeuvre de Lévesque, mais elles n’ont pas à avoir honte, estime Paul-André Linteau, vétéran professeur d’histoire à l’UQAM.
Les Québécois ne sont pas plus ignorants que les jeunes de leur âge ailleurs dans le monde, selon lui.
« Ils n’ont pas connu René Lévesque. Pour eux, Lévesque, Jean Lesage ou Henri Bourassa, ce sont des noms de rue ou de station de métro », dit-il.
« Mon expérience, c’est que 90 % de ce qui a été transmis à l’école s’évanouit au bout de trois mois. Êtes-vous capable de résoudre des problèmes d’algèbre ? Vous avez pourtant appris ça à l’école ! Les dates d’anniversaire ou les commémorations peuvent aider à garder vivante la mémoire de René Lévesque et d’autres. Mais il ne faut pas accuser l’enseignement de l’histoire : elle est enseignée, l’école fait sa job », dit Paul-André Linteau.
René Lévesque photographié lors d’un conseil national du Parti québécois
Le 1er novembre 1987 décédait, chez lui, René Lévesque. Le 5 novembre, au passage de son cortège funéraire, les gens applaudissaient à tout rompre. Certaines bonnes âmes, habituées aux convenances prémoulées, se dirent choquées par un tel tumulte au passage d’un mort. Il y avait pourtant dans cette réaction populaire spontanée quelque chose de bon enfant qui ne pouvait tromper quant à l’affection profonde que suscitait René Lévesque dans la population. Trente ans après sa mort, cinquante ans après la fondation du Mouvement Souveraineté-Association (MSA), lequel allait donner naissance au Parti québécois, que reste-t-il de la pensée de René Lévesque ?
On doit aux historiens Éric Bédard et Xavier Gélinas d’avoir patiemment rassemblé et annoté près de 1400 chroniques de René Lévesque demeurées curieusement à peu près inédites jusque-là. Entre 1966 et son élection comme premier ministre en 1976, l’homme a davantage de temps pour revenir à l’écriture. Et il écrit ! Il y a dans cette réserve abondante de textes un formidable terreau pour comprendre ce qui animait René Lévesque.
Si plusieurs politiciens étaient à l’époque invités à prendre régulièrement la plume, Lévesque se distingue d’eux par une rare capacité à mettre en forme ses idées sur une multitude de questions. À compter de 1966, il écrit une colonne pour Dimanche-Matin, puis pour Le Clairon de Saint-Hyacinthe à compter de 1969. L’année suivante, il tient une chronique dans le quotidien de Pierre Péladeau. Au Journal de Montréal, faute de pouvoir compter sur d’autres revenus puisqu’il a échoué à se faire élire député aux élections d’avril 1970, il accepte d’écrire six jours par semaine. Pour cette montagne de mots publiés dans un journal populaire, il est payé 200 $ par semaine, soit l’équivalent de 1280 $ en 2017. Lévesque doit en tout cas travailler comme une bête de somme pour écrire autant tout en maintenant ses autres engagements à titre de chef du Parti québécois.
Lévesque traite d’une multitude de sujets qui apparaissent encore aujourd’hui d’une actualité brûlante. Impossible de tout résumer ici.
Faut-il être millionnaire pour faire de la politique ? Lévesque peste contre cette élite qui s’entretient en quelque sorte elle-même grâce aux bénéfices de son argent. Avec un certain orgueil, il répète qu’il n’est pas, pour sa part, « un fils de l’aristocratie de l’argent », ce qui marque une distance supplémentaire avec son adversaire Trudeau. La modestie de ses origines constitue dès lors une sorte d’étoile polaire par laquelle il situe l’ensemble de ses idées.
Le salaire des médecins ? La condition des hôpitaux ? « Dans nos orgies budgétaires aux fruits si décevants […], il n’est sans doute rien de plus stupidement onéreux que le fouillis hospitalier : patronage médico-partisan, parachutage à la volée de grands hôpitaux “politiques” parallèlement au sous-équipement tragique de régions, coulage et gabegie dans les achats de fournitures. »
Les régions ? Il en parle sans cesse. Il se bat contre la fermeture de petites municipalités, dénonce les aménagements financiers avec Ottawa, tout en continuant de prendre la mesure du pays en des mots choisis. À un aussi haut niveau politique, qui se soucie aujourd’hui autant que lui de la péninsule gaspésienne ? « À l’extrême pointe de la Gaspésie, comme un pouce s’écartant de la paume le long de la baie de Gaspé, tout osseux de roc noirâtre et velu de résineux : la presqu’île de Forillon. »
Il montre aussi de fortes et constantes préoccupations pour la culture. Ce n’est pas pour lui une industrie, mais un fondement. Il parle ainsi assez souvent de littérature, se montrant curieux des oeuvres des meilleurs écrivains. Il parle ici d’Anne Hébert, là encore de l’oeuvre du poète Fernand Ouellette. Il cite aussi assez souvent des oeuvres classiques. Dans une chronique, il narre une rencontre animée avec le poète Gaston Miron, qui se trouve dans le même avion que lui en direction de Toronto. Il suit aussi de près les développements de la pensée de l’essayiste Pierre Vadeboncoeur. En un mot, la littérature comme représentation forte de la culture fait partie de l’équation sociale que pose Lévesque au sujet du Québec.
On le voit ici et là plonger dans les arides statistiques, celles du chômage par exemple, pour essayer de tirer des profondeurs un portrait plus juste orienté vers des temps meilleurs. Lévesque est un vulgarisateur né. Il n’affirme pas. Il explique.
La question de l’accessibilité au logement pour tous revient régulièrement sous sa plume. Cela l’intéresse infiniment plus en tout cas que la construction d’autoroutes. L’état des routes lui sert surtout d’indicateur à une pauvreté générale. Ainsi, à propos de sa Gaspésie, dans une note de tournée, il écrit : « Il est une heure du matin, sur une route étroite, sinueuse, crevassée, parfois déchiquetée au bulldozer et laissée en pièces, sans signalisation, une route comme je n’en avais vu qu’outre-mer, en pays dévastés… »
La question de moralité dans les affaires publiques revient souvent sous sa plume. Devant les magouilles, il montre un profond dégoût, tout en se montrant résolu à réformer les institutions pour les rendre plus démocratiques. L’esprit démocratique est tenu en haute place sous sa plume. Au tempérament bouillant des jeunes révolutionnaires qui pullulent alors, il répond que la situation n’est pas perdue, qu’il est possible de forcer la porte pour entrer de plain-pied dans l’avenir. La lutte est certes difficile, mais il existe tout de même, croit Lévesque, des façons de changer le monde.
La plume de Lévesque propose aussi une critique des médias. Il ne les méprise pas, mais il n’est pas dupe pour autant du fait que ces espaces ne sont pas accrochés aux nuages et qu’ils soutiennent des luttes de pouvoir. Combien de chefs de parti railleraient aussi ouvertement la pensée qui prédispose aux éditoriaux de La Presse ou de The Gazette ?
On sent qu’il brûle de parler de politique internationale. C’est dans cet horizon que Lévesque situe sa quête d’un Québec souverain. Très peu de politiciens québécois ont ainsi constamment replacé leur patrie dans ce grand horizon du monde. Au fil de ses chroniques, Lévesque parle donc de Nasser, de la question irlandaise, de la situation à Singapour, de l’Allemagne, du Chili, du Vietnam brûlé par les bombes de napalm, de l’Égypte, de la France, de l’Angleterre, etc.
Les idées de Lévesque n’ont souvent pas pris une ride. Faut-il en conclure que l’essayiste Pierre Vadeboncoeur avait raison à son sujet quand il écrivait, en 1976, dans le secret d’un journal personnel publié depuis, que Lévesque était un cas à part ? Grand ami d’enfance de Pierre Elliott Trudeau, Vadeboncoeur en était venu pourtant à admirer Lévesque, dont il passait les idées au scalpel pour mieux les analyser. Dans son journal, Vadeboncoeur écrit : « Je tiens Lévesque pour un génie, un authentique génie. Je ne l’écrirais pas publiquement, parce qu’un mot semblable a toujours une apparence de naïveté quand on l’applique à un contemporain. » Habitué de peser chacun de ses mots comme s’ils devaient être coulés dans le bronze à jamais, Vadeboncoeur s’explique ainsi en secret et pour lui-même ce qui fait à son sens de Lévesque une figure à part au milieu des cinquante ans de vie politique qu’il a connus : « imagination extraordinaire, association d’idées d’une extrême richesse et rapidité, bon sens vraiment supérieur, pénétration, rapidité et justesse du coup d’oeil, dons d’expression — surtout verbale — tout à fait supérieurs, créativité saisissante […]. Le taux de combustion de cet esprit-là est celui de l’incandescence ».
René Lévesque, chroniques politiques (1 et 2)
Sous la direction d’Éric Bédard et de Xavier Gélinas, Hurtubise, Montréal
Gabriel Nadeau-Dubois refuse d’être « instrumentalisé » par le gouvernement libéral, qui, depuis son arrivée à l’Assemblée nationale, n’a que de bons mots pour lui. « Libéraux et péquistes peuvent se le tenir pour dit : ça ne fonctionnera pas », a lancé le député de Gouin au terme de la période de questions.
Durant celle-ci, le premier ministre, Philippe Couillard, a salué l’« habileté » de M. Nadeau-Dubois à discuter de l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne.
Dans ce débat, le nouvel élu solidaire impressionne par sa « clairvoyance », selon M. Couillard. « On a franchement un nouvel acteur très éloquent qui parle du même sujet avec beaucoup plus d’habileté, à mon avis, et beaucoup plus de clairvoyance [que le Parti québécois] et que les Québécois vont écouter de plus en plus », a-t-il déclaré dans le Salon bleu.
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a reproché à M. Couillard de douter de la capacité de la population québécoise à prendre en main sa destinée.
Réduit à la « pauvreté », le Québec serait contraint d’« assécher [ses] services publics pendant probablement au moins une dizaine d’années [après avoir conquis son indépendance et] de sacrifier [ses] programmes sociaux », avait dit M. Couillard 24 heures plus tôt.
« Dans la tête du premier ministre, les Québécois sont des incapables, des incompétents, des gens tellement médiocres qu’à l’extérieur du Canada ils deviendraient miséreux et abandonnés », a lâché M. Lisée en Chambre jeudi avant-midi.
« C’est bien simple, jamais, jamais, on n’a eu un premier ministre qui a une aussi mauvaise opinion des Québécois, qui ne croit pas en son peuple, en sa compétence, en sa force. Le premier ministre devrait avoir honte d’avoir honte des Québécois », a ajouté M. Lisée.
Réplique de Couillard
M. Couillard ne s’est pas laissé démonter par la charge du chef péquiste, qu’il a attribuée à la présence de Gabriel Nadeau-Dubois dans le débat constitutionnel. Le chef du gouvernement croit avoir froissé l’ego de M. Lisée en « engageant » mercredi le « débat » constitutionnel avec la figure de proue de la mobilisation étudiante du printemps 2012.
« Ce qui indispose profondément le Parti québécois, c’est qu’ils ne sont plus les seuls joueurs dans l’arène de l’indépendance du Québec, il y a une autre voie, une voie plus jeune, peut-être une voie plus large qui va s’ouvrir. C’est à eux de s’arranger avec ça, ce n’est pas avec moi », a-t-il lancé tout en ajoutant « en passant » que l’arrivée de M. Nadeau-Dubois « est bienvenue ».
M. Lisée s’est dit surpris de voir le premier ministre du Québec s’arroger le titre d’attaché de presse de Québec solidaire.
À l’approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada, M. Couillard soutient que les trois quarts de la population québécoise ont un profond attachement à la citoyenneté canadienne, qui est « beaucoup plus large, ouvert[e], inclusi[ve] que la version limitée de citoyenneté que nous propose l’opposition officielle ».
Refus de Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois dit voir clair dans le petit jeu du PLQ, qui couvre de fleurs QS depuis le rejet de toute discussion d’alliances stratégiques avec le PQ en vue des prochaines élections générales. Au PLQ, on fait le pari qu’une montée de QS dans les intentions de vote se fera essentiellement au détriment du PQ. « Québec solidaire va refuser de se faire instrumentaliser par le Parti libéral pour alimenter ses “ guéguerres ” avec le Parti québécois, a dit M. Nadeau-Dubois. De la même manière, on va refuser de se faire instrumentaliser pour expliquer les difficultés du Parti québécois. »
Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, a dit tout haut mercredi ce que répètent tout bas ses confrères depuis quelques semaines : Québecor média ne ménage aucun effort pour discréditer le Parti libéral du Québec. «Ça ressemble […] à un tir groupé qui est presque une position politique à l’encontre du parti qui représente le gouvernement», a-t-il déclaré lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale.
Photo: Capture d'écranViolette Trépanier
Le ministre s’était fait interpeller quelques minutes plus tôt sur la une du Journal de Montréal et du Journal de Québec sur laquelle apparaissait une photo de l’ancienne directrice du financement du PLQ, Violette Trépanier, assortie du titre «Les secrets de Violette» en gros caractères.
M. Moreau a reproché au bureau d’enquête de Québecor média d’avoir conclu de façon prématurée que Mme Trépanier «n’a pas dit toute la vérité» lors de sa comparution à la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction en juin 2014.
À la question du procureur Paul Crépeau «Y a-t-il des gens qui vous ont remis des curriculum vitae lors d’activités de financement [du PLQ] ?», Mme Trépanier avait répondu sous serment : «Dans mes treize ans, c’est peut-être arrivé cinq, six fois, et c’était toujours des postes non rémunérés.» Elle a aussi nié avoir promu la candidature de donateurs ou de membres du PLQ à des postes d’administrateurs d’organismes publics.
Après avoir passé au crible des courriels signés par Mme Trépanier, Le Journal soutient qu’elle a obtenu au moins seize CV de personnes désireuses de siéger à des conseils d’administration, et ce, seulement en 2007-2008.
L’ex-ministre déléguée à la Condition féminine «aidait des donateurs libéraux à se rapprocher du pouvoir», suggère Le Journal dans sa dernière livraison.
M. Moreau s’est désolé de voir la presse «tirer des conclusions de renseignements qui sont essentiellement parcellaires». «En médecine, je pense qu’on appelle ça de l’acharnement thérapeutique, c’est-à-dire qu’on beurre épais pas mal», a-t-il déclaré, jetant le doute sur les motivations profondes de membres de l’équipe de reporters de Québecor. «Il y a un dessein, dont on commence à cerner les contours», a-t-il spécifié.
Les «enquêtes» devraient être la chasse gardée de la police, a aussi soutenu Pierre Moreau mercredi. Contrairement aux journalistes, les policiers ont, «eux», «la fonction d’aller au fond des choses». «Chacun son métier, les vaches seront bien gardées.»
Par ailleurs, le ministre a parlé de supposées dissensions au sein du bureau d’enquête de Québecor média. «Privément, je reçois des messages de gens qui sont désolés. Eh bien, les personnes désolées et moi, privément, on sait qu’elles sont désolées, mais publiquement elles ont fait un grand spectacle pendant des heures qui n’allait pas dans le sens du fait qu’elles étaient désolées», a-t-il lancé à la presse. Il faisait alors allusion à un reportage diffusé la semaine passée le dépeignant comme le complice de Schokbeton et de Violette Trépanier. TVA Nouvelles n’avait pas ses explications dans la première version de son reportage, selon lui.
Le chef du bureau d’enquête au Parlement, Antoine Robitaille, a préféré ne pas commenter. Autrement, «ça détourne[rait] l’attention des reportages» de Québecor média.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a également réservé ses commentaires.
La liberté d’expression ne permet pas de dire tout ce qui nous passe par la tête. La liberté de la presse, ce n’est pas de bâcler son travail.
Pierre Moreau, en marge de la Journée mondiale de la liberté de la presse
Climat de suspicion
Plusieurs libéraux ont été piqués au vif par des gazouillis du président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau — l’ex-chef péquiste soulignait le travail «essentiel» du bureau d’enquête —, et sa tournée des locaux de Québecor à la Tribune de la presse il y a une semaine.
Pourtant, ils avaient souhaité la meilleure des chances à l’homme d’affaires lorsque celui-ci a repris les commandes de Québecor en février dernier. «Il n’est plus en politique, alors M.Péladeau a le droit de faire ce qu’il souhaite de sa vie. Puis, je pense que c’est un homme d’affaires qui est très intégré à Québecor», avait déclaré M. Moreau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois
À gauche, il était attendu un peu comme le messie, et le miracle semble se produire.
L’entrée en scène politique pour Québec solidaire de l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois se mesure concrètement par une hausse spectaculaire des intentions de vote pour cette formation.
QS passe à 14 % des voix possibles dans tout le Québec, selon un sondage réalisé pour Le Devoir par la firme Léger. Il s’agit d’un bond de cinq points depuis janvier. Aux élections de 2012, QS a fait le plein de 8 % des suffrages exprimés.
La progression se fait au détriment du PQ, qui recule de 4 parts, de 29 % à 25 %. Les libéraux trônent encore en tête à 34 % (+2) des intentions de vote. La CAQ est à 23 % (+1).
Le buzz solidaire s’arrime à plusieurs semaines de visibilité accrue et positive pour QS. Par exemple avec la couverture du retrait de la vie politique de Françoise David, députée de Gouin, que M. Nadeau-Dubois veut maintenant remplacer à l’Assemblée nationale. La cofondatrice de QS est une figure politique très respectée du Québec, y compris par ses adversaires.
La lutte menée par l’autre députée de QS Manon Massé pour éviter l’élimination de la carte électorale de sa circonscription montréalaise de Sainte-Marie–Saint-Jacques a aussi été très relayée médiatiquement. La question du sondage sur les intentions de vote parlait d’ailleurs de «Québec solidaire de Manon Massé», puisqu’elle en est la porte-parole par intérim.
Les réponses favorables au parti de gauche ont donc augmenté de 55 % en quelques semaines. La formation bondit aussi pour la première fois au-dessus du seuil des 10 % dans toutes les régions du Québec. Six points seulement séparent maintenant le PQ (22 %) et QS (16 %) dans la région de Montréal.
«Les libéraux attirent entre 31 et 35% des intentions de vote dans les sondages depuis presque deux ans, fait observer Christian Bourque, vice-président directeur de Léger. Dans les faits, leur avance est plus significative, puisque le PQ, la deuxième formation, recule de quatre points. On peut aussi penser que les votes gagnés par QS viennent du PQ. Il semble y avoir un vase communicant entre les deux formations.»
Tous des traîtres
Gabriel Nadeau-Dubois, souvent surnommé GND, a annoncé le jeudi 9 mars qu’il briguera l’investiture pour QS dans la circonscription de Gouin, laissée libre par la retraite de Françoise David. En seulement cinq jours de politique active, la jeune recrue de 26 ans a aussi permis à QS de recruter plus de 4000 nouveaux membres, ce qui correspond à une augmentation de 40 % de ses effectifs.
Le sondage révèle par contre que la figure réputée la plus radicale du Printemps érable de 2012 divise toujours la population. Le quart (23 %) des Québécois a de lui une opinion «plutôt favorable», mais une personne sur trois (33 %) dit le contraire. Un peu plus (37 %) disent ne pas assez le connaître pour se prononcer.
À la conférence de presse annonçant sa candidature, M. Nadeau-Dubois avait accusé la classe politique qui gouverne depuis trente ans d’avoir «trahi le Québec». La formule a scandalisé d’anciens politiciens, dont l’ex-premier ministre Bernard Landry. Elle a tout de même fait mouche auprès d’une majorité de Québécois, selon le sondage.
Au total, 50 % des répondants se disent d’accord avec l’énoncé suivant : «Il faut sortir la classe politique qui nous gouverne depuis 30ans, car elle a trahi le Québec.» Les trois quarts (74 %) des partisans de QS l’appuient, trois caquistes sur cinq (60 %), mais aussi 56 % des péquistes. Par contre, seul le quart (26 %) des libéraux se disent tout à fait (6 %) ou plutôt d’accord (20 %) avec la formule lapidaire.
Voici d’autres révélations du coup de sonde national :
Insatisfaction. Le pourcentage des électeurs insatisfaits du gouvernement Couillard grimpe encore, passant de 62 à 65 % en trois mois. Au total, 71 % des francophones se déclarent «très» ou «plutôt insatisfaits», et seulement 3 % d’entre eux se disent «très satisfaits».
Changement. En plus, deux électeurs sur trois (63 %) souhaitent un changement de gouvernement aux prochaines élections et une personne sur cinq (20 %) pense le contraire. Plus d’un jeune sur quatre (28 %) ne sait pas quoi répondre devant cette alternative. Le PLQ au pouvoir n’est perçu comme la formation incarnant le changement que par 2 % de la population. Les trois autres partis (PQ, CAQ et QS) sont à égalité de ce point de vue avec environ le quart des voix favorables. «Une volonté de changement se manifeste, mais aucune formation n’incarne clairement ce changement», résume le vice-président Christian Bourque. «Il y a une division des voix, encore plus grande maintenant avec la montée de QS.»
Leaders. Qui ferait le meilleur premier ministre du Québec ? Les chefs des trois partis restent à peu près à égalité (selon la marge d’erreur) dans la perception populaire avec des scores de 18 % (Couillard), 17 % (Lisée) et 14 % (Legault). Manon Massé reçoit 7 % des appuis.
Indépendance. Le Non l’emporterait à 64 % à un référendum sur la souveraineté. Les francophones sont contre la sécession à 56 %. Les 45-54 ans (69 %) et les 18-24 ans (66 %) constituent les groupes d’âge les plus opposés à l’option.
Alliance. Les trois quarts (73 %) des péquistes et moins de la moitié (43 %) des solidaires souhaitent que les deux partis forment une alliance électorale. C’est un peu déjà le cas dans la circonscription de Gouin, où le PQ n’opposera aucun candidat à Gabriel Nadeau-Dubois, ce qui pourrait lui faciliter le chemin vers l’Assemblée nationale à l’élection partielle, pour laquelle aucune date n’est encore fixée.
8 octobre 2016 16h07 | Jocelyne Richer - La Presse canadienne à Reykjavik|Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Le nationalisme prôné par Jean-François Lisée en est un d'assiégés et de peureux, proche des partis populistes d'Europe, selon le premier ministre Philippe Couillard, qui n'a pas tardé à passer en mode attaque, quelques heures à peine après l'élection du nouveau chef du Parti québécois (PQ).
Il dit même voir dans le discours tenu par le nouveau chef de l'opposition officielle une parenté certaine, sur le plan idéologique, avec certains partis européens réputés d'extrême droite, reconnus pour leur rejet de l'immigration.
Questionné à savoir s'il faisait référence plus précisément au Front national de Marine Le Pen, il a refusé d'identifier aucun des partis auxquels il tentait d'associer le PQ de Jean-François Lisée.
Mais chose certaine, sous la gouverne de M. Lisée, le PQ s'annonce pour être le parti de l'exclusion, de l'humiliation, de la fermeture et du repli sur soi, selon M. Couillard, qui n'était pas à court d'épithètes pour qualifier l'approche du chef péquiste élu vendredi, lors d'un point de presse samedi, tenu en marge de sa participation à la conférence internationale Arctic Circle.
M. Lisée « va se trouver dans une parenté familière » avec les chefs de partis politiques européens qui prônent la fermeture des frontières de leur pays aux immigrants.
Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qui a appuyé M. Lisée lors de la course à la direction, s'est indigné des propos du premier ministre. « C'est la panique du premier ministre au premier jour de l'arrivée de Jean-François Lisée. Ça va être quoi aux élections de 2018 ?, a-t-il dit. Évidemment, c'est ridicule. M. Couillard manque de courtoisie [...]. Lui qui veut constamment nous faire des leçons, il a manqué une belle façon de le faire. »
Sur le plan idéologique, le PQ va désormais tenir selon lui « le discours d'une sorte de nationalisme d'assiégés, nationalisme de peureux, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même, c'est ce qu'on voit ailleurs dans le monde ».
M. Couillard y voit rien de moins que l'émergence « d'un mouvement foncièrement négatif pour l'humanité ».
« C'est une accusation très grave. J'espère qu'il a encore le temps de s'excuser avant d'aller se coucher », a rétorqué M. Bérubé.
Le Québec accueille quelque 50 000 immigrants par année. M. Lisée a suggéré que c'était peut-être trop et que le Vérificateur général devrait être mandaté pour fixer les seuils d'immigration, en fonction de la capacité d'accueil.
Laïcité de l'État
Sur la question de la laïcité de l'État, il a prôné d'appliquer le rapport Bouchard-Taylor, qui recommandait d'interdire aux employés de l'État exerçant une fonction d'autorité (policiers, juges, gardiens de prison) de porter des signes religieux ostentatoires.
Pour ce qui est des autres employés de l'État, dans une approche graduelle, il propose de leur indiquer la « préférence » du gouvernement pour l'absence de signes religieux ostentatoires, mais sans en faire une interdiction.
Il a dit aussi vouloir lancer une discussion sur la pertinence d'interdire la burqa dans l'espace public, pour des raisons de sécurité.
Projet de loi 62
M. Couillard s'est défendu d'avoir tardé à faire adopter, comme il avait promis, une loi proclamant la neutralité religieuse de l'État et imposant d'avoir le visage découvert pour donner ou recevoir des services de l'État.
En 2014, en campagne électorale, il s'était pourtant engagé à agir dans ce dossier rapidement, en début de mandat. Or, le gouvernement a entamé sa troisième année de mandat et le projet de loi 62, qui porte sur ces questions, n'est toujours pas à l'étude.
Samedi, il s'est engagé à faire adopter le projet de loi 62 d'ici 2018. « On ne laissera pas de désert législatif », a-t-il promis.
Il ne croit pas Jean-François Lisée quand il affirme qu'il votera pour le projet de loi 62. « Il va trouver une façon de pas faire ça », selon lui.
La consultation sur le projet de loi 62 devrait débuter cet automne.
En Chambre, le premier ministre s'attend à ce que le chef de l'opposition officielle pratique une « politique négative, [une politique] du dénigrement, parce qu'il n'a pas autre chose à dire ».
Jean-François Lisée a remporté vendredi soir une victoire nette, échouant toutefois à rallier rallier une majorité de voix dès le premier tour.
Les membres du PQ ont choisi de vivre leur « moment Lisée ». Ils se sont ralliés à la proposition-clé du député du Rosemont de «chasser les libéraux, de réussir l’indépendance, dans cet ordre» au terme d’une course à la direction mouvementée.
Le député-blogueur Jean-François Lisée a remporté une victoire nette vendredi soir.
M. Lisée a été élu au deuxième tour, après le dénombrement des « deuxièmes choix » des sympathisants de l’ex-orphelin politique Paul Saint-Pierre Plamondon. Il a obtenu 50,63 % des suffrages, comparativement à 31,7 % pour Alexandre Cloutier et 17,67 % pour Martine Ouellet. L’ex-conseiller politique de Jacques Parizeau, puis de Lucien Bouchard prend aujourd’hui le devant de la scène politique québécoise.
Le 9e chef du PQ a échoué à rallier une majorité de voix dès le premier tour, mais de peu (47,03 %). Il s’agit d’une première dans l’histoire du PQ.
Après l’annonce des résultats, M. Lisée s’est rapidement mis à la tâche de rallier les militants du PQ — y compris les 14 membres du caucus péquiste ayant fait partie du camp Cloutier.«Ce soir, c’est notre victoire à tous. C’est la victoire du Parti québécois, du parti d’Alexandre, de Martine, de Paul, de notre amie Véronique [Hivon] », a-t-il déclaré devant un parterre de quelque 600 militants rassemblés au Centre de congrès de Lévis vendredi soir.«Imaginez un instant l’énergie des organisations de Paul, d’Alexandre, de Martine et ma campagne combinées vers un objectif commun. Les jours du gouvernement Couillard sont comptés», a-t-il poursuivi, s’attirant des applaudissements nourris.
Se décrivant comme «le chef du rassemblement», M. Lisée s’est notamment engagé à mettre en oeuvre les huit chantiers de M. Cloutier ainsi que «les 50+1 réponses pour l’indépendance» de Mme Ouellet.
Plus tôt, le président du PQ, Raymond Archambault, avait mis en garde les aspirants-chefs contre les difficultés de diriger la formation politique. «Ce n’est pas comme diriger […] un autre parti politique. Ceux qui sont passés par là peuvent en témoigner», a-t-il averti, avec un clin d’oeil à l’ex-première ministre Pauline Marois, qui était assise au premier rang. «Nous sommes, comme dirait Gilles Vigneault, gens de parole et gens de causerie. Je n’en dirai pas plus», a-t-il ajouté.
Aux commandes du PQ, M. Lisée devra convaincre les membres du parti de consacrer sa promesse de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec dans un second mandat (2022-2026) dans le programme du PQ, qui sera adopté au printemps 2017. En même temps, le 9e chef du PQ devra tenter de garder en vie le projet de convergence des indépendantistes éparpillés entre le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale, malgré l’absence d’un engagement ferme du PQ à foncer vers le pays du Québec. «Le projet indépendantiste est irréductible», a souligné M. Lisée vendredi soir.
L’homme de 58 ans a pris soin durant son discours de victoire de s’adresser aux électeurs des autres partis politiques. «Je vais d’abord m’adresser aux électeurs libéraux. Le quart d’entre vous l’avez avoué aux sondeurs. Vous êtes insatisfaits du gouvernement Couillard. Il n’y a pas de honte à avoir honte d’un gouvernement honteux. Des gouvernements libéraux, il y en a eu des exceptionnels, comme celui de Jean Lesage. Il y en a eu des moyens. Mais des mauvais comme celui qui gouverne en ce moment, on n’a jamais vécu ça, de notre vivant», a-t-il déclaré, le ton ferme. «Si vous souhaitez que le Parti libéral du Québec redevienne un grand parti, il n’y a qu’un remède: un long séjour dans l’opposition. Un changement de garde. Une longue cure de désintoxication éthique.»
M. Lisée a par la suite reproché à la Coalition avenir Québec d’être un parti «né vieux», tout comme «Benjamin Button».
Ralliement
Martine Ouellet a promis tout au long de la semaine, et encore vendredi soir, qu’elle se«rallier[a] » au chef choisi par les membres, mais «ne renier[a] pas [ses] convictions», par exemple en cessant de militer pour la tenue d’un référendum dans un premier mandat. La candidate malheureuse s’était contentée devant les militants péquistes à remercier les 73 236 membres du PQ de «faire du Parti québécois le plus grand parti démocratique au Québec». «Ça fait maintenant 30ans, presque jour pour jour, que je milite au Parti québécois. Le Parti, c’est un peu comme ma deuxième famille. Le Parti québécois, c’est un parti que j’aime», a déclaré la députée de Vachon.
Rédemption
Cinq mois après avoir lancé sa campagne à la chefferie sur le trottoir de la rue Papineau à Montréal, entouré d’une poignée de journalistes, Jean-François Lisée a accédé au poste de chef de l’opposition officielle du Québec. Pour M. Lisée, c’est la rédemption, et ce, moins de deux ans après s’être mis à dos un grand nombre de péquistes en signalant les risques posés par la candidature de l’actionnaire de contrôle de Pierre Karl Péladeau, «une bombe à retardement», à la tête du PQ. Les membres du PQ ne lui en tiennent plus rigueur. Au premier tour, il a recueilli 47,03 % des voix, comparativement à 29,66 % pour Alexandre Cloutier, 16,46 % pour Martine Ouellet et 6,84 % pour Paul Saint-Pierre Plamondon.
Les membres du PQ ont encore une fois déçu les ambitions d’Alexandre Cloutier, qui briguait la chefferie du PQ pour la seconde fois en un an et demi. Le député de Lac-Saint-Jean encaissait vendredi soir la défaite. «Votre confiance, c’est le bien le plus précieux qu’un candidat dans une course au leadership puisse avoir. Je veux que vous sachiez que j’ai vraiment tout donné pour l’obtenir. Maintenant, peu importe le choix que vous avez fait, je veux juste que vous vous rappeliez une chose: je vous aime beaucoup», avait déclaré l’avocat de 39 ans quelques minutes avant l’annonce des résultats.
La machine électorale du « bleuet » avait pourtant démarré au quart de tour en mai dernier. M. Cloutier avait notamment obtenu l’appui des officiers du PQ, ce qui avait conforté toutefois l’idée qu’il était le candidat de l’establishment. M. Lisée a toutefois réussi à renverser la vapeur à coups de sorties et attaques calculées ou non calculées — comme un gazouillis controversé. M. Lisée avait diffusé, puis retiré un message sur son fil Twitter, dans lequel il montrait que les positions de son principal adversaire, Alexandre Cloutier, en matière de laïcité plaisaient au Collectif québécois contre l’islamophobie, dont le coordonnateur est Adil Charkaoui.
L’irruption du prédicateur controversé a eu un impact marginal dans les intentions de vote des membres-électeurs du PQ, selon M. Lisée. Le nouveau chef péquiste estime toutefois avoir remporté le débat identitaire. Les membres semblent en effet avoir adhéré à sa proposition de geler les seuils d’immigration, ainsi qu’à celle d’interdire et de décourager le port de signes religieux à certains employés de l’État. «Contrairement à la légende que certains veulent créer aujourd’hui, René Lévesque était le premier à critiquer les politiques d’immigration et leurs seuils. Il était le premier à défendre haut et fort l’identité québécoise qu’il appelait la "différence vitale" du Québec et notre responsabilité à la défendre et à la transmettre. Il fut, en son temps, accusé de tous les maux. Xénophobie, racisme, nazisme, il n’y avait pas de limite», a rappelé aux membres du PQ M. Lisée.
M. Cloutier a répété à la presse avoir «refusé de faire campagne pour plaire par calcul» au cours des cinq derniers mois. «J’ai refusé de prendre des raccourcis et de dire aux membres du Parti québécois ce qu’ils auraient peut-être préféré entendre. J’ai plutôt choisi de mettre mesconvictions sur la table, de parler avec mon coeur, de parler vrai, sincère», a-t-il insisté, mettant le cap vers Saint-Gédéon, la «tête haute».
Le 9e chef du Parti québécois
Originaire de Thetford Mines, Jean-François Lisée a oeuvré pour différents médias à compter de 1973. Le diplômé en communications de l’UQAM, auteur des essaisDans l’oeil de l’aigle, Le tricheur et Le naufrageur, fait le saut en politique en 1994. Il fait partie de la garde rapprochée de Jacques Parizeau, puis de Lucien Bouchard.« Il a 10 idées par jour. Le problème, c’est de trouver la bonne ! » a dit son ex-patron, Jean Royer. Cofondateur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), M. Lisée brigue les suffrages pour la première fois en 2012. Élu, il est nommé ministre des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur par la première ministre Pauline Marois (2012-2014). L’homme politique se retire de la course à la succession de Pierre Karl Péladeau en janvier 2015. À l’âge de 58 ans, il devient le 9e chef du Parti québécois.
75 %
Le taux de participation a été plus important qu’en 2015 (73 %), mais plus faible qu’en 2005 (77 %).