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samedi, mai 06, 2017

PARTI CONSERVATEUR Le passé séparatiste de Maxime Bernier rappelé aux Albertains

http://www.ledevoir.com/politique/canada/

5 mai 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa
Le passé séparatiste de Maxime Bernier pourrait-il lui nuire en Alberta, ou nuire aux députés qui l’appuient?
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

Le passé séparatiste de Maxime Bernier pourrait-il lui nuire en Alberta, ou nuire aux députés qui l’appuient?
Le passé séparatiste de Maxime Bernier revient le hanter dans l’ouest du pays. Un tract distribué dans quelques circonscriptions albertaines, et dont Le Devoir a obtenu copie, prévient des citoyens que leur député provincial n’appuie nul autre… qu’un nationaliste québécois.
 
Une simple photocopie en noir et blanc a atterri dans les boîtes aux lettres de résidents d’au moins quatre circonscriptions du centre de l’Alberta. Le tract affiche une photo de Kevin O’Leary et le cite en entrevue début mars : « Il doit être séparatiste, dit-il au sujet de Maxime Bernier. Il laisse entendre que le Québec ne fait pas partie du Canada. » Une photo de Maxime Bernier accompagne une seconde citation, de la part du député beauceron, cette fois-ci sur son passé séparatiste : « Oui, je suis un Québécois très nationaliste », disait-il à Radio-Canada en juillet 2016. « Votre député provincial appuie fièrement Maxime Bernier », conclut le dépliant.
 
Perplexes quant à l’origine du tract, qui n’est pas signé, des électeurs ont appelé les bureaux de quatre députés du Wildrose albertain.
 
Dans la circonscription de Jason Nixon, « plusieurs appels » ont été faits depuis une semaine afin de savoir si le tract était le sien. « Personne ne pose plus de questions que ça », a indiqué une adjointe. À l’est, le bureau de Rick Strankman a eu droit à deux coups de fil, mais on n’y voit rien de plus qu’une « campagne de salissage » et non un grand enjeu. Au nord, un résident de la circonscription de Wes Taylor s’est inquiété que cela nuise à son député. M. Taylor « ne croit pas que cela affecte sa réputation »,a relaté son adjoint Lee Cooper. « La majorité des gens vont le jeter à la poubelle et l’oublier. »
 
Un passé inconnu
 
Le député Derek Fildebrandt a reçu deux appels, mais minimise l’impact du tract, qui selon lui « n’est pas la publicité négative la plus futée ». « Maxime Bernier est un fier Canadien », a-t-il martelé.
 
Son passé séparatiste pourrait-il néanmoins lui nuire en Alberta, ou nuire aux députés qui l’appuient ? M. Fildebrandt a nié ce passé, jusqu’à ce que Le Devoir lui apprenne que M. Bernier avait travaillé pour Bernard Landry au ministère des Finances à la fin des années 1990.
 
L’équipe de campagne de Maxime Bernier n’a pas voulu commenter le dépliant. « Ça fait 10 ans que Maxime est député fédéral. […] Maxime a prouvé qu’il est fédéraliste. Personne ne remet ça en doute », a martelé un stratège en arguant quant à lui que son passé était bien connu. « La majorité des Albertains sont au courant et ça ne les dérange pas. »
 
Front commun agricole
 
Maxime Bernier affronte en outre la fronde des agriculteurs québécois, qui veulent l’empêcher d’abolir la gestion de l’offre.
 
Le groupe Les Amis de la gestion de l’offre s’est mobilisé, dans le cadre de la course à la chefferie, afin de lui barrer la route. Des 16 000 membres conservateurs au Québec, 12 000 se seraient inscrits depuis le début de la course et la moitié seraient issus des Amis de la gestion de l’offre. Le fondateur du groupe, Jacques Roy, a invité jeudi tous ses membres à voter pour Andrew Scheer, qui serait le second meneur selon les sondages. « M. Scheer est le candidat qui a le plus d’appuis parmi les députés du Québec » et « le candidat qui a les meilleures chances de l’emporter devant Maxime Bernier », a fait valoir M. Roy par voie de communiqué.
 
Le camp Bernier est bien conscient que les agriculteurs dominent 37 circonscriptions du Québec, mais estime qu’ils iront chercher 100 % du vote dans seulement 20 comtés. Ce seraient donc 2000 points qui échapperaient à M. Bernier, sur les 7800 points que compte le Québec pour le vote (100 points par circonscription). Un calcul qui n’inquiète pas la campagne du candidat beauceron.

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mardi, novembre 08, 2016

COP22 Le climat de la planète suspendu à la présidentielle?

http://www.ledevoir.com/environnement/

8 novembre 2016 |Alexandre Shields | Actualités sur l'environnement
Les négociateurs réunis au Maroc pour la COP22 ne cachaient pas leur nervosité lundi, dans l’attente du verdict des électeurs américains mardi.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse

Les négociateurs réunis au Maroc pour la COP22 ne cachaient pas leur nervosité lundi, dans l’attente du verdict des électeurs américains mardi.
L’élection présidentielle américaine s’est invitée lundi à l’ouverture de la 22e conférence climatique de l’ONU. Et pour cause. Les États-Unis, deuxième pays émetteur de gaz à effet de serre de la planète, pourraient élire mardi un président ouvertement climatosceptique en la personne de Donald Trump. Mais son adversaire démocrate Hillary Clinton, nettement plus sensible aux enjeux environnementaux, n’en défend pas moins l’exploitation de ressources très controversées, comme le gaz de schiste.
 
Alors que la communauté internationale tentera au cours des prochains jours de s’entendre sur des éléments cruciaux pour la mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat, les négociateurs réunis au Maroc pour la COP22 ne cachaient pas leur nervosité lundi, dans l’attente du verdict des électeurs américains mardi.
 
Une victoire de Trump « serait un choc », a résumé la négociatrice française, Laurence Tubiana, traduisant le sentiment partagé par plusieurs des représentants des 195 États signataires de l’accord de Paris. « Je pense qu’un dirigeant sage devrait prendre des positions conformes aux grandes tendances du monde », a prévenu pour sa part le négociateur chinois, Xie Zhenhua, cité par l’Agence France-Presse, dans une sortie publique pour le moins inhabituelle à propos d’une élection dans un pays étranger.
 
Plus diplomatique, la responsable du dossier climatique à l’ONU, Patricia Espinosa, a souligné que les États-Unis « sont l’un de nos partenaires les plus importants, leur participation à cet accord est donc cruciale ». « Nous espérons que nous pourrons avoir une relation très constructive et positive » avec le futur occupant de la Maison-Blanche.
 
Exit Paris
 
En cas de victoire du républicain Donald Trump, rien n’est moins sûr. Ce dernier a multiplié les déclarations dans lesquelles il remettait en question l’existence même des changements climatiques. « Ça a toujours été comme ça, le temps change, il y a des tempêtes, de la pluie, et des belles journées », a notamment fait valoir M. Trump.
 
« Nous annulerons l’accord de Paris sur le climat, et cesserons tous les paiements d’argent public américain aux programmes de l’ONU sur le réchauffement climatique », a-t-il aussi, et surtout, laissé tomber en mai dernier. Dans un pays où près de 20 % de la population est climatosceptique, une telle affirmation a eu un certain écho.
 
Difficile de savoir s’il mettrait sa menace à exécution. Mais chose certaine, les pays qui ont ratifié l’entente, ce qui est le cas des États-Unis, peuvent s’en retirer « à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’Accord », précise le texte adopté à Paris en 2015. C’est d’ailleurs ce que le Canada de Stephen Harper a fait pour le protocole de Kyoto.
 
Au-delà de ce coup de gueule, Donald Trump a plaidé en faveur du recours au charbon pour la production d’électricité tout en critiquant ouvertement les mesures prises par des démocrates pour contrôler les émissions des centrales thermiques. Le candidat républicain a également offert un appui indéfectible au projet de pipeline Keystone XL, à l’exploration pétrolière en milieu marin et à l’exploitation du gaz de schiste en sol américain.
 
Gaz de schiste
 
Sur cette question du gaz de schiste et du procédé de fracturation hydraulique, la candidate démocrate Hillary Clinton a elle aussi défendu cette industrie, y voyant un « pont » vers une économie à plus faibles émissions de carbone. Elle a aussi plaidé en faveur de la production énergétique en sol américain, dont celle du pétrole et du gaz, au nom d’une plus grande « indépendance » par rapport aux importations. Un discours que tient lui aussi le candidat républicain.
 
La candidate démocrate propose aussi des mesures environnementales dans la continuité de celles mises en place par le président sortant Barack Obama. Elle estime ainsi que le gouvernement américain doit être « ambitieux » en matière de lutte contre les changements climatiques. Elle a aussi pris position contre le projet de pipeline Keystone XL, qui servirait à importer du pétrole des sables bitumineux en sol américain.
 
Hillary Clinton pourrait par ailleurs ouvrir un nouveau front de collaboration avec le Canada, cette fois dans le domaine environnemental. Elle a fait valoir il y a quelques mois qu’elle souhaiterait mettre en place un Pacte nord-américain sur le climat, c’est-à-dire un plan coordonné de lutte contre les changements climatiques impliquant les États-Unis, le Canada et le Mexique.

vendredi, octobre 16, 2015

Faire l’indépendance plutôt que faire campagne

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OUI Québec lance une offensive publicitaire pour dénoncer «Une élection de trop»

16 octobre 2015 |Francis Halin | Canada
Claudette Carbonneau a présenté la campagne auprès de l’artiste Simon Beaudry, à l’origine du concept.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Claudette Carbonneau a présenté la campagne auprès de l’artiste Simon Beaudry, à l’origine du concept.
« Si Justin Trudeau était élu, ça risquerait d’être la balle dure sur la question constitutionnelle, car il s’est défini comme étant le digne fils de Pierre Elliott Trudeau. » C’est à tout le moins ce que pense Claudette Carbonneau, présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), autrefois le Conseil de la souveraineté du Québec, qui a dévoilé jeudi à Montréal une campagne de sensibilisation pour dénoncer l’actuelle campagne électorale fédérale sur le territoire du Québec. Baptisée « Une élection de trop », l’offensive publicitaire est l’oeuvre de l’artiste transdisciplinaire Simon Beaudry.
 
« Nous ne devons plus dépendre du reste du Canada pour être en mesure d’élaborer notre propre politique industrielle », a ajouté l’ancienne syndicaliste, citant en exemple le comportement du fédéral lors de la crise qui a touché le secteur des pâtes et papiers ou encore les investissements orientés vers l’économie du pétrole plutôt que dans l’industrie manufacturière québécoise.
 
Renaissance indépendantiste
 
Claudette Carbonneau affirme que la flamme souverainiste est loin d’être éteinte, et cela, même si le NPD et les autres partis fédéralistes obtiennent encore plus de voix que le Bloc québécois dans plusieurs sondages. « Nos comités OUI Québec se multiplient en région, le Parti québécois s’affirme de plus en plus, le débat est plus présent au Bloc québécois, Québec solidaire a lancé des campagnes pour en parler l’été dernier… », a-t-elle voulu rappeler.
 
Dans le camp fédéraliste, la promesse de « répliquer systématiquement aux arguments pour l’indépendance du Québec » du premier ministre Philippe Couillard prouve que le débat est plus présent qu’on ne le pense, tranche la présidente de l’organisation, écorchant également au passage le chef de la Coalition avenir Québec : « Même François Legault, qui s’était promis de vivre dix ans dans un no mans land sur la question de l’indépendance, veut désormais se doter d’un programme plus autonomiste. »
 
Simon Beaudry, l’artiste derrière les panneaux revendicateurs grands formats qui habillent désormais le Quartier latin, dit partager les mêmes convictions souverainistes, même si les enjeux s’expriment autrement pour lui. « Pour moi, tous ceux qui habitent ici sont des Québécois, peu importe les vêtements qu’ils portent, et même la langue qu’ils parlent. Je pense d’ailleurs qu’il manque d’indépendantistes anglophones dans le mouvement », a conclu l’artiste.

lundi, octobre 12, 2015

La parité, d’accord, mais il faut aller plus loin

http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/

Selon la philosophe Françoise Collin, la «question des femmes» interpelle la conception même de la démocratie dans laquelle nous vivons depuis la Révolution française

10 octobre 2015 | Aurélie Lanctôt - Étudiante à l’Université McGill en droit, auteure de «Les libéraux n’aiment pas les femmes» (Lux, 2015) | Le Devoir de philo

Des sculptures devant l’Assemblée nationale montrent trois suffragettes (Marie Lacoste Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean et Thérèse Forget-Casgrain) et la première députée du Québec, Marie-Claire Kirkland.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir

Des sculptures devant l’Assemblée nationale montrent trois suffragettes (Marie Lacoste Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean et Thérèse Forget-Casgrain) et la première députée du Québec, Marie-Claire Kirkland.
Françoise Collin. Anthologie québécoise (1977-2000)
Dirigé par Marie-Blanche Tahon
Éditions du Remue-ménage
Montréal, 2014, 267 pages
Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d’histoire et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.​
 
Le Conseil du statut de la femme publiait le 4 octobre un avis réclamant l’instauration d’un quota de candidatures féminines aux élections. Les partis politiques, suggère le Conseil, devraient être contraints d’avoir au moins 40 % de femmes au sein de leur candidature, sous peine de sanctions. Cette proposition se fonde sur un constat : les chiffres sur la présence des femmes en politique stagnent depuis 15 ans. À l’Assemblée nationale, les femmes n’occupent que 27 % des sièges. Au Parlement canadien, depuis les élections de 2011, elles occupent à peine le quart des sièges. Dans la présente campagne électorale, les femmes ne constituent pas plus de 30 % de la candidature, tous partis confondus. De toute évidence, les bonnes intentions ne suffisent pas à rectifier la sous-représentation des femmes en politique. Si l’on souhaite vraiment corriger cette véritable carence de notre démocratie, il faut maintenant prendre des mesures plus coercitives.
 
La proposition du Conseil du statut de la femme est audacieuse et très juste. Elle nous force également à admettre qu’en 2015, 75 ans après avoir obtenu le droit de vote, malgré qu’elles jouissent des mêmes droits que les hommes et qu’on prétende les accueillir à bras ouverts dans l’arène politique, les femmes peinent toujours à y prendre leur place. La pensée de la philosophe et écrivaine féministe Françoise Collin (1928-2012) nous invite à aborder ce problème de front, en soulevant une question fondamentale sur notre démocratie : si les institutions politiques n’accommodent et ne représentent correctement que la moitié de la population, notre démocratie est-elle vraiment démocratique ?
 
En plus de ses romans et de ses écrits féministes, Françoise Collin lègue un ouvrage marquant sur Maurice Blanchot (Maurice Blanchot et la question de l’écriture, 1971) et un autre sur Hannah Arendt (L’homme est-il devenu superflu ?, 1999). On lui doit également la fondation des Cahiers du Grif, en 1973, la première revue féministe de langue française. La pensée de Françoise Collin aborde des thèmes aussi variés que la transmission, la culture commune, la crise du moderne, la vie politique et l’écriture. Elle incite encore les féministes d’aujourd’hui à aborder la question des femmes avec rigueur et nuances. Soulignant que le féminisme n’est pas qu’une théorie ou une action politique, mais aussi une façon d’être au monde, Collin nous convie à des réflexions exigeantes, mais nécessaires et fécondes. Elle nous fournit aussi des outils précieux pour penser la participation des femmes à la vie politique.
 
La parité, un premier pas
 
On dit souvent que les mesures visant à assurer la représentation des femmes au sein de la députation, des fonctions ministérielles et des postes de direction dans l’appareil public se justifient par la nécessité que les femmes participent aux décisions prises au nom de la population. Les femmes n’ont pas les mêmes sensibilités et les mêmes préoccupations que les hommes, du fait qu’elles font l’expérience d’une oppression liée à leur sexe. En cela, leur façon d’aborder la chose politique est forcément différente de celle des hommes. La représentation équitable des femmes au sein de nos institutions démocratiques contribuerait par exemple à attirer l’attention sur des enjeux qui tendent à être relégués au bas de la liste des priorités. Pour s’assurer que la moitié de la population soit correctement représentée, la parité est donc souhaitable, voire nécessaire.
 
Cependant, Françoise Collin soutient que non seulement l’égalité dans la représentation politique ne suffit pas, mais que les revendications pour la parité, lorsqu’elles totalisent notre conception de l’égalité, comportent un élément potentiellement toxique pour le féminisme. Ces revendications posent en effet le problème de la parité comme un problème d’accès à la représentation, alors que le problème loge plutôt dans la structure politique elle-même, qui, dans les faits, n’accommode et ne représente véritablement que la moitié masculine de la population.
 
Les femmes, angle mort de la démocratie
 
Dans un texte intitulé La démocratie est-elle démocratique ?, publié en 1992, Collin souligne que la « question des femmes », la question posée par les femmes, interpelle la conceptionde la démocratie dans laquelle nous vivons depuis la Révolution française. Pourquoi le projet commun, s’interroge la philosophe, a-t-il jusqu’ici été pensé par les hommes et en fonction d’eux, alors que les femmes constituent pourtant une légère majorité numérique ? Sensée, elle ne suggère évidemment pas de renverser les rapports de pouvoir entre les sexes, cette fois en faveur des femmes, sous prétexte que celles-ci sont plus nombreuses. Collin cherche plutôt à mettre en relief une contradiction inhérente au principe démocratique traditionnel, qui prétend conférer le pouvoir au nombre. En réalité, l’accès tardif des femmes au droit de vote a fait en sorte qu’elles n’ont eu accès à la scène publique et à la scène politique que lorsque celles-ci étaient déjà mises en place et figées dans leurs structures unisexuées. Ainsi, le poids des traditions joue en leur défaveur.
 
C’est ce problème qu’explore la philosophe lorsque, en 1982, elle publie un texte marquant intitulé Il n’y a pas de cogito-femme. En examinant les manières que les éléments d’une potentielle « culture au féminin » s’articulent à la culture dominante et à ses éléments proprement masculins, Collin suggère que la femme, partout où elle s’avance, ne rencontre que sa propre négation. « Lire, que ce soit un poème, un roman-feuilleton ou le journal, regarder un film, ce n’est jamais que se découvrir et découvrir le monde dans le regard de l’autre, d’un sujet homme, sujet bienveillant ou malveillant, lyrique ou cynique, peu importe. » Il importe, nous dit-elle, de constater que partout, la femme n’a d’existence que par assimilation. Le langage de l’universel est tenu d’un point de vue qui n’est pas le sien. La philosophe en conclut que le « sujet féminin », pour ainsi dire, n’existe pas, et que cette négation empêche les femmes de participer pleinement à la vie démocratique, la « chose commune » ne leur appartenant jamais tout à fait. Les femmes sont donc admises dans un monde constitué sans elles, qu’elles n’ont pas le pouvoir de façonner. Elles sont simplement sommées de s’y adapter. Or, peut-on se contenter de « faire place » aux femmes dans cet espace construit, mais sans leur permettre de vraiment « donner lieu » à du nouveau ?
 
Égalité ou « égalisation » ?
 
Dans d’un colloque en 1984 à Montréal sur le thème Égalité et différence des sexes, Françoise Collin soutient que la véritable égalité n’est pas le partage de droits et de biens définis unilatéralement, mais bien le partage de la position de sujet éthique, politique, historique : « C’est-à-dire la possibilité pour les femmes, pour chaque femme, de n’être pas seulement bénéficiaire des avantages et des désavantages sociaux, mais aussi et surtout d’être reconnue dans sa position originaire, génératrice, position que toute l’histoire lui a déniée en réduisant en elle la force du commencement à la maternité strictement biologique. » Tant que l’on négligera ce partage de la position de sujet, nous dit Collin, les femmes demeureront, dans la vie politique, cet élément « à part » qu’on assimile à la règle générale, pour ensuite prétendre qu’elles sont placées à égalité avec les hommes.
 
Appliquant ce raisonnement à la représentation des femmes en politique, on pourrait dire que les femmes ne veulent pas se contenter d’être intronisées au Parlement des hommes, de représenter ses valeurs et d’y faire parure ; elles veulent pouvoir le transformer. Lorsque les femmes se contentent d’être avalées par un simple travail de « mise à niveau », par lequel elles accèdent sommairement aux droits et valeurs dominantes — processus qui se limite au fond à leur accorder quelques accommodements ou quelques bribes de pouvoir —, elles demeurent, quoi qu’on en dise, en marge de la chose commune, telles d’éternelles figurantes. Cela expliquerait d’ailleurs pourquoi, même si les femmes ont accès à la scène publique, leurs préoccupations ne trouvent actuellement pas place dans le projet politique.
 
Ainsi, Françoise Collin nous met en garde contre cette logique « d’assimilation », selon laquelle, pour parvenir à l’égalité, il suffirait d’asseoir plus de femmes dans les sièges jusqu’ici occupés par des hommes. Pour que les femmes soient véritablement égales aux hommes, elles doivent d’abord devenir « cosujets de la chose commune ». Suivant cette idée, s’il faut encourager les mesures visant à instituer la parité en politique, il faut aussi garder en tête qu’il ne s’agit pas de l’aboutissement du chemin vers l’égalité, mais bien de la première étape d’un processus de transformation beaucoup plus profond. En cela, la philosophe nous rappelle en somme que le combat des femmes est certes un combat pour l’égalité, mais aussi un combat pour la liberté et la démocratie, pour que celle-ci ne soit pas qu’une forme sans contenu.
 
Un projet politique unanime ?
 
Collin nous invite également à élargir la réflexion sur l’apport des femmes à la vie politique, en demandant : si le féminisme aspire à ce que les femmes deviennent elles aussi sujet de la chose commune, peut-on toutefois présumer que « les femmes » forment une catégorie telle que leur projet politique serait unanime ? La philosophe nous met bien en garde contre le danger de présenter les femmes comme un bloc homogène, autant sur le plan de leur situation que sur celui de leurs occasions favorables. Il y a des lectures du monde et des événements, rappelle-t-elle, dont la ligne de partage n’est pas la seule appartenance sexuée. Ces remarques suggèrent que la seule présence des femmes au sein des institutions politiques n’exclut pas qu’y soient prises certaines décisions susceptibles d’avoir des conséquences désastreuses sur d’autres femmes. Aussi, Françoise Collin aurait certainement dénoncé l’instrumentalisation, par les politiciens, de la formule creuse de « l’égalité entre les femmes et les hommes » pour stigmatiser certaines femmes, comme ce fut le cas récemment, avec la polémique entourant le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté.
 
Collin aurait plutôt rappelé que l’oppression des femmes « a ceci de particulier qu’elle atteint chaque femme de façon singulière, jusque dans son intimité », mais que « c’est à travers chaque femme, par chaque femme, comptable devant elle seule, qu’elle doit être collectivement combattue ».
  
Des commentaires ? Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille@ledevoir.com. Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d’histoire : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo.

lundi, septembre 14, 2015

Campagne électorale: Jean Chrétien et un éventuel référendum volent la vedette

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Publié par La Presse Canadienne le dimanche 13 septembre 2015 à 16h52. Modifié par Charles Payette le lundi 14 septembre 2015
Campagne électorale: Jean Chrétien et un éventuel référendum volent la vedette
Jean Chrétien et Justin Trudeau/La Presse Canadienne
MONTRÉAL - C'est un ancien premier ministre du Canada qui aura été au premier plan du 43e jour de la campagne électorale fédérale, dimanche.
Le chef du NPD, Thomas Mulcair
 
 
 
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L'ancien dirigeant libéral Jean Chrétien, qui faisait campagne aux côtés du chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a fait réagir la classe politique avec sa lettre ouverte, publiée samedi, dans laquelle il disait avoir «honte» de la gestion de la crise des migrants par le premier ministre sortant Stephen Harper.

De passage près d'Ottawa, où il faisait une annonce sur le taux d'imposition aux petites entreprises, le chef conservateur a répondu aux critiques de l'ancien premier ministre, affirmant que «la très grande majorité» des Canadiens étaient fiers de leur pays.

M. Chrétien a également accusé M. Harper d'avoir abandonné la tradition d'un Canada «avancé et progressiste» qui faisait la promotion de la paix et de la stabilité — des caractéristiques qui suscitaient l'admiration des autres pays, selon lui. Or, M. Harper a souligné dimanche que le Canada était admiré «plus que jamais» par la communauté internationale.

Par contre, les propos de M. Chrétien ont été salués par son ancien adversaire, le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe.

S'il avait été indépendant, le Québec aurait eu la même politique étrangère que celle adoptée par les anciens premiers ministres du Canada — sauf celle de Stephen Harper, a soutenu le chef bloquiste, qui était à Gatineau dimanche.

«Je pense que ça joue au détriment du Canada. Et le Québec écope aussi de cette image projetée à l'extérieur», a-t-il remarqué.

Mais Jean Chrétien était aussi impliqué activement dans la campagne avec son successeur, Justin Trudeau, à Hamilton, où il a discuté d'un autre sujet bien de son temps, la question nationale du Québec.

Comme M. Trudeau le fait depuis le début de la campagne, M. Chrétien a décoché une flèche à l'endroit du chef néo-démocrate Thomas Mulcair, dont la position ne serait pas claire sur les règles à adopter advenant un nouveau référendum sur la souveraineté du Québec.

«Quand c'est l'avenir du pays, il faut savoir les règles. C'est ce qui s'est passé en Angleterre. La Grande-Bretagne m'avait consulté au moment de leur référendum (en Écosse), j'ai insisté pour que la question soit claire», a lancé l'ex-politicien.

Quelques minutes plus tôt, le chef libéral avait souligné que M. Mulcair voulait «faciliter» l'accession à l'indépendance pour la province. «La réalité, c'est qu'il n'aime pas en parler en anglais, mais il en parle tout le temps en français», a-t-il ajouté.

Par ailleurs, M. Chrétien a été questionné sur la possibilité que le Canada accueille par mégarde des criminels s'il accepte de recevoir plus de réfugiés comme il le propose.

«Il y a toujours des risques (...) Il y a toujours des gens dans notre société qui peuvent causer des problèmes, mais on a nos (policiers), les surveillances nécessaires pour contrer ça. Mais on ne peut pas anticiper tout. Il faut être capable d'ouvrir nos portes quand la misère est devant nous», a-t-il expliqué

samedi, août 08, 2015

Campagne électorale plutôt calme samedi: seul Gilles Duceppe a des activités

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Publié par La Presse Canadienne le samedi 08 août 2015 à 05h50. Modifié par Léandre Drolet à 07h38.
Campagne électorale plutôt calme samedi: seul Gilles Duceppe a des activités
Gilles Duceppe.
MONTRÉAL - La septième journée de la campagne électorale fédérale sera plutôt calme, en ce samedi.
Les chefs du Parti conservateur, du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique, Stephen Harper, Justin Trudeau et Thomas Mulcair, n'ont prévu aucune activité officielle, après une soirée de débat et un lendemain de débat très occupés.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, doit rencontrer en matinée à Montréal les responsables de son organisation de campagne, mais l'événement se déroule à huis-clos.

Puis, en fin d'après-midi, il doit se rendre à Saint-Liguori, dans Lanaudière, où il assistera au Festival acadien de la Nouvelle-Acadie.

jeudi, juillet 30, 2015

La plus longue campagne électorale depuis 1929

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Publié par Léandre Drolet pour CogecoNouvelles le mercredi 29 juillet 2015 à 19h28. Modifié par Charles Payette le jeudi 30 juillet 2015
La plus longue campagne électorale depuis 1929
(Cogeco nouvelles) - Ottawa bouillonne ces jours-ci... et ce n'est pas seulement à cause de la chaleur torride.

C'est en raison aussi de l'annonce imminente du déclenchement de la campagne électorale, dimanche ou lundi.
Un reportage de Lina Dib
 
 
 
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On en parle en ondes :
Écouter
Mis en ligne le jeudi 30 juillet 2015 dans Puisqu'il faut se lever avec Marie Grégoire
Le premier ministre Stephen Harper pourrait annoncer le signal de départ dimanche à l'occasion d'un événement du Parti Conservateur dans la circonscription de Mont-Royal.
Radio-Canada a annoncé que la campagne sera déclenchée dimanche ou lundi.
Si les rumeurs se confirment, la facture sera salée puisqu'au lieu d'une campagne électorale de cinq semaines, on en aurait une de 10 ou 11 semaines. À 11 semaines, il s'agirait de la plus longue campagne de l'histoire canadienne depuis 1929.

dimanche, juillet 26, 2015

Campagne électorale: le Bloc est confiant, malgré les sondages

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Publié par La Presse Canadienne le dimanche 26 juillet 2015 à 06h51. Modifié par Jean-François Cyr à 07h19.
Campagne électorale: le Bloc est confiant, malgré les sondages
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe/Photo: archives Presse Canadienne
MONTRÉAL - Comme la plupart des politiciens fédéraux, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, prend peu de repos cet été, afin d'aller à la rencontre des électeurs.
Samedi, M. Duceppe s'est rendu dans la région de Québec pour participer à l'événement «Électrifiant», à l'Ile d'Orléans, pour parler de transport électrique et d'infrastructures.

Dimanche, le chef bloquiste devait assister au Festival «Mémoire et Racines», à Saint-Charles-Borromée, dans Lanaudière.

L'horaire de Gilles Duceppe sera très chargé au cours des prochaines semaines, alors que le déclenchement de la campagne électorale est imminent.

A son retour comme chef du Bloc, le parti a connu un regain de popularité, grimpant d'une dizaine de points dans les sondages. Mais les récentes enquêtes d'opinion ont indiqué une régression du Bloc dans les intentions de vote.

Selon le député bloquiste Louis Plamondon, il ne faut surtout pas «s'en faire outre-mesure». Il croit que l'électorat est très volatile, et que le Bloc est en bonne position.

M. Plamondon estime que le retour de Gilles Duceppe a motivé les troupes. Il soutient que le parti accueille régulièrement de nouveaux membres depuis, et que les dons à la formation sont nombreux, parfois même sans sollicitation.

Le vétéran député assure que tous les souverainistes du Québec, qui militent au Parti québécois, à Option nationale ou à Québec solidaire, sont unis derrière le Bloc.

samedi, juin 20, 2015

Le Bloc québécois lance une campagne permanente pour l'indépendance

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GILLESDUCEPPE
Gilles Duceppe
RIMOUSKI _ Le chef et le président du Bloc québécois, Gilles Duceppe et Mario Beaulieu, lancent samedi à Rimouski une campagne permanente pour l'indépendance.
Pour souligner ce lancement, une quarantaine d'équipes effectueront une opération de porte-à-porte à travers le Québec afin de convaincre les électeurs des bienfaits de l'indépendance.
Selon Mario Beaulieu, il faut aller à la rencontre des citoyens, "faire du travail de terrain", pour mousser le projet de faire du Québec un pays. Selon lui, les gens sont de plus en plus "réceptifs" à parler d'indépendance.
La campagne se poursuivra tout l'été, des "assemblées de cuisine" sont même prévues, ajoute M. Beaulieu.
Le président du Bloc estime qu'un nouveau cycle politique vient de s'installer, et qui redonnera de la vigueur au projet de souveraineté du Québec, faisant allusion notamment au retour de Gilles Duceppe mais aussi à l'arrivée de Pierre Karl Péladeau comme chef du Parti québécois.
Parallèlement, Québec solidaire tient également une "mobilisation" nationale de promotion de l'indépendance ce week-end. Françoise David, Manon Massé et Andrés Fontecilla, entre autres, participent à plusieurs activités samedi et dimanche.