Oléoduc: les provinces de l'Ouest devraient payer une redevance, selon la CAQ

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Publié le 16 juin 2016 à 18h00 | Mis à jour le 16 juin 2016 à 18h00
Le chef de la CAQ, François Legault... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)
Le chef de la CAQ, François LegaultPHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

PIERRE SAINT-ARNAUD
La Presse Canadienne
La Saskatchewan et l'Alberta devraient payer une redevance pour avoir un droit de passage de leur pétrole en sol québécois, selon le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault.
En marge de la visite du premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, venu faire la promotion du pipeline Énergie Est au Québec, M. Legault a ainsi rappelé qu'il prône l'idée d'une redevance payée au Québec non seulement par le promoteur du projet, TransCanada, mais aussi par les provinces productrices et le gouvernement fédéral.
«Il faut que le Québec demande et mette clairement sur la table que s'il n'y a pas des milliards de dollars de retombées pour le Québec, même si on réglait les inquiétudes environnementales, il n'est pas question qu'on prenne des risques sans qu'il y ait des retombées importantes pour le Québec», a-t-il affirmé en entrevue avec La Presse Canadienne.
«Ça devrait être un mélange entre les provinces, le gouvernement fédéral et TransCanada», a-t-il précisé quant à la provenance de ces milliards.
La CAQ n'a pas une position «dogmatique» face au pipeline, a ajouté le chef caquiste, selon qui Énergie Est doit remplir trois conditions, soit de rencontrer toutes les exigences environnementales et de sécurité, modifier son tracé pour épargner davantage de terres agricoles et, d'abord et avant tout, assurer des retombées significatives.

«La première condition, ce sont les milliards de dollars qu'on devrait exiger d'abord, avant même de se parler de quoi que ce soit d'autre», a-t-il martelé.
François Legault soutient qu'il serait possible de négocier, avant que le projet ne soit approuvé, «un pourcentage, de l'ordre de 10 ou 20 pour cent du coût du pétrole qui circulerait sur le territoire québécois pour exportation, un genre de droit de passage».
Il fait valoir que la menace de cesser les paiements de péréquation au Québec si celui-ci refuse le passage du pétrole de l'Ouest - menace formulée par le premier ministre Wall en janvier dernier, mais qu'il a retirée en présence du premier ministre Philippe Couillard à Montréal jeudi - ne tiendrait tout simplement plus la route puisque les revenus ainsi obtenus permettraient éventuellement au Québec de ne plus recevoir ces paiements de redistribution de la richesse canadienne.
«Mon objectif c'est qu'on atteigne au Québec la péréquation zéro. Je ne veux pas qu'on dépende éternellement de la péréquation», a déclaré M. Legault, reprenant ainsi un thème qui lui est cher.
François Legault ne s'est pas gêné pour écorcher au passage le premier ministre Couillard dans ce dossier.
«Ce que je déplore, c'est le manque d'ambition de Philippe Couillard pour demander des retombées financières importantes. (...) Là où Philippe Couillard manque le bateau, c'est de ne pas clairement exiger une forme de redevances», a-t-il dit.

Agression contre Couillard: Esteban Torres, la «haine dans les poumons»

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Publié le 17 juin 2016 à 07h51 | Mis à jour à 07h52

Esteban Torres, le trans qui a agressé le premier ministre Couillard hier soir, est un jeune homme révolté, près de l'extrême gauche montréalaise, qui a récemment été au front des combats pour les droits de sa communauté.
Publication datée du 31 mars... (Image tirée de Facebook) - image 1.0
Publication datée du 31 mars
IMAGE TIRÉE DE FACEBOOK
Il a 20 ans. Il n'aurait pas de dossier criminel.
Sa présence en ligne révèle un militant impliqué qui fait des « luttes trans » sa « passion », mais aussi un individu perturbé, avec de la « haine dans [les] poumons ».
« Je suis un jeune trans parmi tant d'autres qui a fait une tentative de suicide dans le dernier mois », a-t-il expliqué sans ambages en avril 2015 aux députés de l'Assemblée nationale qui étudiaient la possibilité d'assouplir la procédure de changement de sexe à l'état civil.
« J'ai passé à l'acte parce que ma transition coûte de l'argent, parce que [je cours] beaucoup de risques de me faire traiter de fraudeur si je cherche un emploi à cause que je n'ai pas d'argent pour payer une demande de changement de mention de sexe. »
Esteban Torres témoignait alors au nom de la Coalition montréalaise des groupes jeunesse LGBT. Ce printemps, après l'adoption du projet de loi 35, il célébrait : « Ça fait deux ans que j'attends pour ce bout de papier ! J'ai dû lâcher mes études pour mettre mon énergie sur le projet de loi 35 », écrivait-il sur Facebook, avec une photo où il brandit un document officiel.
« Les luttes trans c'est ma passion », a-t-il écrit sur la même page.
MILIEUX MILITANTS
Mais en marge de ce débat devant les parlementaires, Esteban Torres fraie aussi avec des groupes beaucoup plus axés sur l'action directe.
Hier, il avait indiqué sur Facebook qu'il faisait partie du « Bloc antifasciste » lors de la veillée de solidarité, un rassemblement d'extrême gauche qui se donnait pour mission de tenir à distance des groupes d'extrême droite qui tenteraient de se « réapproprier » l'événement.
Dans une allocution prononcée avant qu'il passe à l'action, le jeune militant s'est revendiqué du Pink Bloc, l'homologue LGBT du Black Bloc. Cette tactique « cherche à dépasser les fausses limites entre violence et non-violence », assure le groupe militant Panthères Roses sur son site internet. Elle vise « à neutraliser les forces policières par des stratégies d'évitement et de mouvements constants ».
Le jeune trans a aussi indiqué son attachement au Street Trans Activist Revolutionaries, groupe anarchiste LGBT américain.
« UN ENFANT SOLDAT »
Sur sa page Facebook, Esteban Torres a publié plusieurs vidéos dans lesquelles il exprime sa colère dans des raps enflammés. Ceux-ci sont presque toujours enregistrés devant un grand drapeau arc-en-ciel de la communauté LGBT.
« Je te montre la haine que je subis à chaque moment. J'ai été barouetté d'un bord à l'autre derrière des barreaux, des barbelés. Ce n'est pas ma faute », déclamait-il en 2014. « J'ai grillé autant d'agents, autant de dope. J'ai gelé ma haine avec du pot parce que je n'avais plus rien à perdre, mon pote. Solitaire dans l'âme, militant aussi. »
Dans un autre enregistrement de la même époque, il se dit « fier de faire chier le ministère et le patriarcat ». « Bienvenue dans mon combat, je suis un enfant soldat », ajoute-t-il.
- Avec Gabrielle Duchaine, La Presse

Philippe Couillard agressé à Montréal, un homme arrêté

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Publié le 16 juin 2016 à 20h24 | Mis à jour le 17 juin 2016 à 06h28
Le présumé agresseur, Esteban Torres, est un jeune militant... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)
PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE
Le présumé agresseur, Esteban Torres, est un jeune militant trans qui avait pris la parole un peu plus tôt dans la soirée à la demande des organisateurs.

Ce qui devait être un hommage pacifique et rassembleur aux 49 victimes de la tuerie d'Orlando a tourné au vinaigre lorsque le premier ministre Philippe Couillard, présent à l'événement, a dû être évacué d'urgence après qu'un jeune militant trans ait tenté de l'agresser. Le suspect faisait partie des orateurs de la vigile. Il se trouvait sur la scène avec le premier ministre. L'incident soulève plusieurs questions quant à la sécurité du chef d'État.
Le jeune homme a été transporté à l'intérieur... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 1.0
Le jeune homme a été transporté à l'intérieur par deux policiers qui lui tenaient bras et jambes.
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«Viva la revolución», a hurlé Esteban Torres en lançant de toutes ses forces un objet non identifié au premier ministre du Québec.
Philippe Couillard l'a reçu en pleine poitrine.
Immédiatement, ses gardes du corps se sont rués vers lui et l'ont escorté vers un édifice situé quelques dizaines de mètres plus loin. D'autres politiciens, dont la ministre Christine St-Pierre, ont aussi été évacués à toute vitesse sous le regard ébahi de la foule rassemblée.
Esteban Torres, 20 ans, militant trans bien connu dans la communauté LGBT, a pour sa part été empoigné aux bras et aux jambes par deux agents du Service de police de Montréal et amené à l'écart, où il a été arrêté. «Solidarité», a crié en espagnol le jeune homme avant de disparaître dernière une porte.
La Sûreté du Québec, chargée de l'enquête puisque la victime est le premier ministre, a confirmé qu'un homme a «tenté de s'en prendre au premier ministre en lui lançant un objet». Philippe Couillard n'a pas été blessé. C'est le service des enquêtes sur les crimes majeurs qui tentera de faire la lumière sur cette affaire qui soulève autant de questions sur la sécurité du premier ministre que sur les réelles intentions du jeune agresseur.
«Il est encore trop tôt pour déterminer les motifs de l'agression ou «la nature des chefs d'accusation auxquels le suspect pourrait faire face», explique le porte-parole Claude Denis.
Côte à côte
Dans les minutes précédant l'agression, les deux hommes étaient pratiquement côte à côte. Le jeune militant avait pris la parole un peu plus tôt dans le cadre de la vigile, organisée en plein coeur du village gai à Montréal en mémoire des victimes de la tuerie d'Orlando, et pour laquelle s'étaient déplacés plusieurs centaines de personnes et de nombreux élus fédéraux, provinciaux et municipaux.
Il avait dénoncé avec beaucoup d'émotion l'islamophobie, le racisme, l'homophobie et la transphobie, prononçant plusieurs phrases en espagnol en l'honneur des nombreuses victimes d'origine latino-américaine à Orlando et s'arrêtant souvent parce qu'il avait la gorge nouée.
Quelques minutes plus tard, c'était au tour de Philippe Couillard de s'adresser à la foule. Il a été accueilli par de nombreuses huées lancées notamment par des membres du Pink Bloc, un groupe anticapitaliste, queer et féministe, dont fait partie Esteban Torres et qui avait été invité par les organisateurs par souci d'inclusion. Le même accueil a été réservé au maire Denis Coderre et à la ministre fédérale Mélanie Joly.
Esteban Torres, à droite, brandissant une chandelle aux... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 2.0
Esteban Torres, à droite, brandissant une chandelle aux côtés de Philippe Couillard et de Mélanie Joly. 
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Irrité, l'animateur de la soirée, le comédien Jasmin Roy, a rappelé la foule à l'ordre à plusieurs reprises. «On a des ministres et un premier ministre qui sont ici. Il y a quelques années, ça n'aurait pas été possible», a-t-il dit.
C'est peu après cette intervention, après un moment de silence tenu en mémoire des victimes du bar Pulse, que M. Torres s'en est pris à M Couillard, debout à quelques mètres à peine de lui sur la scène.
Vu la quantité de gens massés devant la tribune, la nature exacte des gestes posés par le militant n'est pas claire. Tout est allé très vite.
Selon des témoins qui se trouvaient tout près, il aurait lancé quelque chose sur M. Couillard ressemblant à une boule en faisant le geste de vouloir le frapper.
Le président de Fierté Montréal, Éric Pineault, a rapidement dénoncé le geste du jeune orateur, venu assombrir une soirée qui se voulait pacifique et rassembleuse.
«C'est un homme trans qui est très militant, a-t-il dit au sujet du jeune agresseur. Je condamne son geste. La violence n'est jamais la réponse. Ce n'est pas comme ça qu'on va faire avancer la société.»
M. Pineault avait du mal à comprendre les motifs qui ont poussé Esteban Torres à s'en prendre ainsi au politicien, venu appuyer la cause LGBT au Québec. «Il y a des personnes qui vivent des choses difficiles. Qui vivent beaucoup de discrimination», dit-il, qualifiant l'agression de «déplorable».
Les membres du Pink Bloc présents jeudi n'avaient pas plus d'explication. Sous le choc, ils ont dit souhaiter parler à Esteban avant de s'adresser aux médias.
Soirée de solidarité
La soirée avait pourtant bien commencé. Plusieurs centaines de personnes se sont massées sur la rue Sainte-Catherine, vers 19h. «Je trouve Montréal particulièrement lumineuse», a lancé d'entrée de jeu l'animateur, Jasmin Roy, en contemplant la foule.
Éric Pineault a ensuite invité les personnalités publiques encore dans le placard à «faire leurcoming out». «Soyons visibles. Soyons fiers de ce que nous sommes.»
La députée de Québec Solidaire Manon Massé a reçu une salve d'applaudissements après avoir déclaré au micro «Je suis lesbienne». «Honnêtement, je ne crois pas que je viens de vous annoncer quelque chose», a-t-elle ajouté en riant.
Le député libéral de l'Alberta Randy Boissonnault, premier député ouvertement homosexuel dans cette province - a témoigné en français de la solidarité de son gouvernement envers la communauté dont il fait partie.
«Avec le temps, en bâtissant des ponts avec toutes les communautés, l'amour vaincra.»
L'événement s'est terminé par la lecture à voix haute du nom de chacune des 49 victimes d'Orlando.