Information sur la politique 1

mercredi, juin 28, 2017

IDÉES — DÉFILÉ DE LA FÊTE NATIONALE Le sens de l’histoire au Québec

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28 juin 2017 | Emilie Nicolas - Présidente de Québec inclusif et l’une des initiatrices de la Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique | Québec

Des joueurs de l’équipe de football de l’école Louis-Joseph-Papineau ont poussé un char allégorique au thème sportif.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
Des joueurs de l’équipe de football de l’école Louis-Joseph-Papineau ont poussé un char allégorique au thème sportif.
Lorsque je suis sortie de chez moi pour aller faire un tour au défilé de la Fête nationale à Montréal, j’ai, comme plusieurs, été saisie d’un immense malaise en voyant de jeunes Noirs poussant les chars sur lesquels paradaient en souriant des artistes blancs, et ce, sur plusieurs tableaux, de l’ouverture à la fermeture du défilé.
 
Comme Québécoise noire, j’y ai vu tout de suite une illustration douloureuse de la place trop souvent occupée par les Noirs dans la société québécoise de 1608 à nos jours, de l’esclavage formel au racisme systémique inavoué.
 
Ces inégalités historiques et contemporaines étaient représentées à merveille dimanche, en pleine rue Saint-Denis. En toute candeur, dans la joie, l’allégresse et l’aveuglement collectif. Disons que ça ne donne pas le coeur à la fête.
 
Très vite, les organisateurs se sont dégagés de toute responsabilité et ont cherché à donner tort aux milliers de personnes sur les réseaux sociaux qui voyaient, comme moi, dans ces images un rappel de l’esclavage et de la colonisation. Il serait « malhonnête de nous prêter des intentions », a déclaré Maxime Laporte, président du comité organisateur des fêtes de Laval et de Montréal — alors que les commentaires ne tombaient pas dans le procès d’intentions. Les jeunes « n’ont pas été choisis en fonction de la couleur de leur peau », renchérit-on sur le site Web de l’organisation.
 
Plutôt, la participation des jeunes au défilé aurait été convenue à la suite d’un don des organisateurs de la Fête à l’école publique Louis-Joseph-Papineau, en manque de financement et — car ? — largement fréquentée par des élèves racisés.
 
Leur bénévolat a donc été acheté, voilà qui est rassurant. Il aurait apparemment été farfelu de soutenir financièrement ces jeunes tout en leur offrant une place qui représente leur pouvoir de faire avancer la société, et non pas le défilé. C’est pour être écoresponsables, ajoute-t-on encore. Comme il est heureux que l’on puisse reproduire les inégalités sociales sans émettre trop de gaz à effets de serre !
 
Ce qui frappe le plus durement dans les réactions de ces responsables, c’est le refus de faire une lecture des symboles chargés d’un sens historique qui saute pourtant aux yeux d’une grande part du public. Ce refus de l’analyse tend même vers une culpabilisation des spectateurs qui auraient osé « voir les couleurs » des gens en haut et en bas des chars. « Honte à vous qui voyez le passé partout et refusez de tourner la page ! » lance-t-on du haut de son confortable daltonisme social à propos d’un événement dont le but principal est, ironiquement, le rappel de notre passé collectif, tableau par tableau.
 
Histoire plurielle
 
Ce qu’on nous dit ici, c’est que l’histoire du Québec qui mérite d’être rappelée au public en cette fête nationale doit à tout prix exclure l’histoire des Noirs du Québec. Parce qu’avec ce sens de l’histoire-là, attention, on verrait que la « couleur » influe encore sur nos hiérarchies, dans nos parlements comme dans nos événements culturels. Comprendre l’histoire des Noirs, c’est voir plus clair dans ce qui s’est passé samedi dernier, mais aussi dans plusieurs iniquités sociales contemporaines, dont le financement inégal des écoles que fréquentent nos jeunes.
 
Je dénonce donc ce refus de voir pour ce qu’ils sont l’ensemble des symboles et des rappels historiques contenus de dans ce défilé tristement mémorable de la rue Saint-Denis, qu’ils aient fait l’objet ou non d’intentions explicites. Puisque la célébration de l’Histoire est l’objectif principal de la Fête nationale, on devrait être en droit de s’attendre à ce que ces organisateurs aient un sens développé de l’histoire plurielle de l’ensemble des Québécoises et des Québécois.
 
S’il y a un tel décalage entre les réactions au défilé sur les médias sociaux et celles des porte-parole, c’est que l’organisation a manqué de ce sens de l’histoire. Elle devra à l’avenir mieux représenter la métropole et prendre des décisions qui, à chaque étape de la planification des festivités, respectent et célèbrent la dignité de tous. On diminuerait ainsi les risques de gaffes symboliques majeures dans une journée qui, après tout, est justement une importante affaire de symboles.
 
À Montréal, une personne sur trois environ est racisée. On pourra applaudir au caractère inclusif de la Fête nationale quand cette diversité sera adéquatement présente et à l’honneur en haut des chars, dans les organismes partenaires, dans les instances, bref, partout. Pas avant.

Couillard se dit favorable à l’autodétermination des Premières Nations

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28 juin 2017 17h42 | Marie-Michèle Sioui - Correspondante parlementaire à Québec | Québec
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Le premier ministre Philippe Couillard s’est dit mercredi favorable à l’autodétermination des Premières Nations, une revendication centrale de ces peuples, qui l’ont notamment fait valoir lors des discussions constitutionnelles des années 80 et 90.
 
« Quand on dit qu’on veut parler et agir de nation à nation, on ne dit pas des paroles en l’air. On sait exactement ce que ça veut dire, y compris le droit à l’autodétermination », a-t-il déclaré, en marge de la présentation de son Plan d’action gouvernemental pour le développement social et culturel des Premières nations et des Inuits.
 
Selon la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, à laquelle le Canada a adhéré entièrement en 2016, neuf ans après son adoption, les peuples autochtones ont le droit à l’autodétermination. « En vertu de ce droit, ils déterminent librement leur statut politique et assurent librement leur développement économique, social et culturel », atteste la déclaration, signée par plus de 100 pays.
 
«Construire des ponts»
 
Dans sa nouvelle politique d’affirmation, Québec insiste sur l’importance de « construire des ponts » avec les autochtones. Selon le grand chef de Wendake, Konrad Sioui, il est tout simplement impensable d’aborder les questions constitutionnelles, en 2017, en faisant fi de l’apport des autochtones aux sociétés canadienne et québécoise. Il a évoqué le « mythe »des deux peuples fondateurs. « Il ne reste rien, mais rien, dans la Constitution, à part les deux peuples fondateurs : les Français et les Anglais, les deux ordres de gouvernement », a-t-il déploré.
 
« Nous vous appuyons, M. le premier ministre, dans cette démarche-là », a-t-il dit au sujet du projet de Philippe Couillard, qui souhaite engager les discussions avec le reste du Canada pour créer les conditions favorables à l’acceptation des demandes dites traditionnelles du Québec — à commencer par la reconnaissance de la « nation québécoise » dans la Loi fondamentale du Canada.
 
Si le premier ministre fait une « place d’honneur » aux Premières Nations et aux Inuits dans sa démarche, il aura leur appui, s’est avancé le chef huron-wendat. « Il ne faudrait pas, par exemple, que le résultat soit le même qu’avec Charlottetown ou avec Meech », a-t-il averti. « Elijah Harper n’a pas été un traître à l’endroit du Québec. Elijah Harper est un héros pour nous autres. » En juin 1990, ce Cri du Manitoba a torpillé l’accord du lac Meech en brandissant sa plume d’aigle lors du vote en Assemblée législative.
 
« C’est quelqu’un qui a fait état de ses convictions. Moi, je respecte les gens qui font état de leurs convictions », a déclaré Philippe Couillard à son sujet. Il a ensuite promis de corriger « l’oubli historique » qu’a été celui d’écarter les Premières Nations et les Inuits des discussions constitutionnelles.

mardi, juin 27, 2017

COLOMBIE Les FARC disent adieu aux armes

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27 juin 2017 13h36 | Actualités internationales 
Valeria Pacheco - Agence France-Presse à Mesetas 
Raul Arboleda - Agence France-Presse à Bogota
<p>Lundi, la Mission des Nations unies en Colombie a annoncé que les quelque 7000 combattants des FARC avaient remis l’ensemble de leur arsenal, soit 7132 armes.</p>
Photo: Raul Arboleda Agence France-Presse

Lundi, la Mission des Nations unies en Colombie a annoncé que les quelque 7000 combattants des FARC avaient remis l’ensemble de leur arsenal, soit 7132 armes.
«Adieu aux armes ! Bienvenue à la paix ! » a lancé mardi le chef de la guérilla colombienne des FARC, en annonçant officiellement l’abandon des armes par ce mouvement en guerre contre l’État depuis plus d’un demi-siècle.

« Aujourd’hui nous ne trahissons pas la Colombie, aujourd’hui nous abandonnons les armes », a promis Rodrigo Londoño, alias « Timochenko », pendant la cérémonie à Mesetas (centre) célébrant la fin du désarmement des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes).

Le président Juan Manuel Santos a lui salué « la meilleure nouvelle pour la Colombie de ces 50 dernières années : la nouvelle de la paix ».

Il a assuré que ce processus serait « irréversible », se félicitant de « la fin de cette guerre absurde » avec la principale guérilla du pays, née d’une rébellion paysanne en 1964.

La Norvège, pays garant, avec Cuba, de l’accord de paix signé en novembre, a elle aussi applaudi cette étape cruciale.

« C’est une journée historique. Qu’une guérilla renonce à ses armes et se prépare à une transition vers une vie civile est un événement extrêmement rare », a souligné dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères Børge Brende.

Lundi soir, la Mission des Nations unies en Colombie, chargée de superviser le désarmement et de détruire les armes, a annoncé que les quelque 7000 combattants des FARC avaient remis l’ensemble de leur arsenal, soit 7132 armes.

L’ensemble du processus, qui a valu à M. Santos le prix Nobel de la Paix, doit permettre de tourner la page du plus ancien conflit armé d’Amérique latine qui a fait au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 7,1 millions de déplacés.

Le désarmement « signifie la fin de la principale guérilla armée du continent américain. Cela signifie le début du post-conflit […] et d’un processus difficile de réconciliation dans le pays », explique à l’AFP l’analyste Jorge Restrepo.

Mais la dernière phase, visant à remettre à l’ONU les 40 % restants de l’arsenal, a été assombrie par un attentat à la bombe, le 17 juin dans un centre de commercial de Bogota, qui a tué trois personnes dont une Française.

L’attaque, attribuée au groupuscule extrémiste Mouvement révolutionnaire du Peuple (MRP) dont neuf membres présumés ont été arrêtés, a révélé une Colombie encore troublée par la violence malgré ses désirs de paix.

L’accord avec les FARC, qui inclut aussi un dédommagement pour les victimes, une réforme agraire et la lutte contre le narcotrafic, avait d’ailleurs été initialement rejeté de peu (50,2 %) par les Colombiens lors d’un référendum en octobre, obligeant à une renégociation de l’accord. Cette dernière mouture avait finalement été approuvée par le Parlement.

Un parti politique
 
En rendant son arme, chaque guérillero s’est vu remettre un certificat et a signé un acte l’engageant à ne plus les reprendre.

Avec l’armement récupéré, puis fondu, trois monuments symbolisant la fin du conflit seront érigés : à New York, à Cuba – siège des négociations de paix – et en Colombie.

La prochaine étape sera le retour à la vie civile de ces désormais ex-guérilleros, jusque-là regroupés dans 26 zones du pays et qui bénéficieront d’une justice spéciale garantissant l’amnistie pour la majorité d’entre eux.

Les FARC devraient, elles, connaître une seconde vie sous forme de parti politique, avec en ligne de mire les élections générales de 2018, pour lesquelles elles pourraient présenter un candidat présidentiel. Un congrès du parti est prévu en août.

« Quels seront ses mots d’ordre politiques, quelle idéologie va-t-elle adopter ? C’est une question qui définira son succès politique », souligne M. Restrepo, directeur du centre d’analyse du conflit Ceralc.

« L’un des points critiques est que de nombreux membres des FARC feront de la politique sans avoir été en prison », observe aussi l’analyste du cabinet Crisis Group en Colombie, Kyle Johnson.

Restera alors une ultime marche à gravir pour parvenir à la « paix complète » tant souhaitée par le président Santos : négocier un accord similaire avec la dernière guérilla active du pays, l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), qui compte encore 1500 combattants.

Des pourparlers ont débuté en février à Quito, mais sont entachés par les enlèvements que continue de mener l’ELN, le dernier en date étant celui, la semaine dernière, de deux journalistes néerlandais, finalement relâchés cinq jours plus tard en bonne santé.