FRANCE Hollande renonce à retirer la citoyenneté française aux terroristes

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30 mars 2016 15h29 | Sylvie Corbet - Associated Press à Paris
«La menace reste à niveau très élevé», a déclaré le président français, François Hollande, avant de réitérer sa détermination à protéger la France du terrorisme.
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse
«La menace reste à niveau très élevé», a déclaré le président français, François Hollande, avant de réitérer sa détermination à protéger la France du terrorisme.
Confronté à une impasse parlementaire, le président français François Hollande a renoncé mercredi à un projet de loi qui aurait retiré la citoyenneté française aux individus reconnus coupables de terrorisme et resserré l’état d’urgence.
 
M. Hollande s’est adressé pour une rare fois à la presse au terme de la rencontre hebdomadaire de son Cabinet. Il a déclaré ne pas avoir eu d’autre choix que d’abandonner, puisque les deux chambres du Parlement sont en désaccord et qu’un compromis semble hors de portée.
 
Il avait soumis les deux propositions dans la foulée des attaques qui ont fait 130 morts à Paris le 13 novembre.
 
Le désir du président socialiste de retirer leur citoyenneté française aux terroristes qui détiennent une double citoyenneté avait suscité un vif débat politique ; l’idée avait été applaudie par l’extrême droite, tandis que les partisans de la gauche y voyaient une source de division.
 
Les détracteurs de la mesure craignaient la création de deux classes de citoyens : ceux à qui on pourrait retirer leur citoyenneté française parce qu’ils en détenaient une autre, et ceux contre qui on ne pourrait rien puisque le droit international interdit de laisser quiconque apatride. Cela contreviendrait aussi au principe d’égalité enchâssé dans la Constitution française.
 
La même loi aurait inscrit l’état d’urgence dans la Constitution de manière à l’adapter à une menace à long terme. La loi actuelle a été adoptée en 1955 et prévoit que l’état d’urgence durera 12 jours et sera renouvelé indéfiniment par un vote du Parlement.
 
« La menace reste à niveau très élevé », a déclaré M. Hollande, avant de réitérer sa détermination à protéger la France du terrorisme.
 
L’état d’urgence imposé immédiatement après les attaques du 13 novembre a récemment été prolongé jusqu’au 26 mai. Il accorde notamment des pouvoirs supplémentaires aux policiers et restreint les rassemblements publics.

INVESTISSEMENT Cuba ouvre ses bras aux entreprises canadiennes

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31 mars 2016 |Éric Desrosiers
L’ambassadeur de Cuba au Canada, Julio Garmendia Peña
Photo: Sylvie-Ann Paré / CORIM
L’ambassadeur de Cuba au Canada, Julio Garmendia Peña
Cuba encourage les entreprises canadiennes à se préparer en vue de la levée de l’embargo américain et à mettre entre autres fin à un « paradoxe » touristique.
 
Avec 1,3 million de visiteurs sur un total de 3 millions d’étrangers qui visitent l’île chaque année, les Canadiens — dont une forte proportion vient du Québec — comptent pour presque la moitié du tourisme à Cuba. Les entreprises canadiennes continuent pourtant à se faire bien discrètes dans l’industrie touristique cubaine avec moins de 100 millions en investissements totaux, a observé mercredi l’ambassadeur de Cuba au Canada, Julio Garmendia Peña, lors d’un point de presse en marge d’une allocution devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM).
 
« C’est beaucoup trop bas, a-t-il noté. Des compagnies canadiennes seraient pourtant bien placées pour répondre aux besoins de ce million de touristes et plus qui viennent chaque année de votre pays. »
 
Le diplomate ne voit qu’une explication possible à ce « paradoxe ». Les éventuels investisseurs continuent d’avoir peur d’être accusés par les Américains de violer leur embargo contre Cuba et de s’exposer ainsi à des sanctions aux États-Unis.
 
Or, on assiste depuis un peu plus d’un an à un réchauffement des relations diplomatiques et économiques entre Cuba et son puissant voisin, comme l’a montré la visite du président Barack Obama la semaine dernière. Bien que la décision de lever l’embargo relève non pas de la Maison-Blanche, mais du Congrès américain, on peut présumer que cela se produira tôt ou tard, a fait valoir Julio Garmendia Peña à son auditoire. « On a fait sortir le génie de la bouteille, il serait difficile de l’y faire rentrer de nouveau. »
 
Dans ce contexte, les entreprises canadiennes devraient à tout le moins « explorer » les occasions d’affaires qui se présentent à elles et « échanger » avec de possibles partenaires cubains « afin d’être prêtes à agir lorsque le temps sera venu ». « Venez faire un tour aujourd’hui. Venez demain. Mais n’attendez pas la levée de l’embargo avant de commencer à bouger. »
 
Portes ouvertes
 
Le diplomate s’est réjoui de la décision du gouvernement du Québec de faire de Cuba une priorité économique ainsi que de la visite officielle à Cuba de sa ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, cet automne. Quatrième partenaire commercial de Cuba, le Canada y dispose d’un fort capital de sympathie en raison du maintien des relations entre les deux pays en dépit de la révolution castriste, a-t-il souligné. Mais il ne doit cependant attendre aucun traitement de faveur.
 
Julio Garmendia Peña a dit constater un intérêt croissant pour son île de la part des compagnies canadiennes. Outre l’industrie touristique, il croit que le Canada pourrait être bien servi par son expertise en matière notamment d’énergies renouvelables, d’industrie agroalimentaire, de mines et de biotechnologies. Le gouvernement cubain a dressé la liste de secteurs prioritaires où il aimerait voir les investisseurs étrangers se concentrer, « mais il reste ouvert à toute autre idée qui se révélerait intéressante ». « Il n’est pas question de voir s’installer des restaurants McDonald’s », a-t-il donné comme exemple.
 
Cuba s’est dotée en 2014 d’une nouvelle loi plus transparente visant à faciliter l’investissement étranger dans le pays. Si les compagnies intéressées ne peuvent toujours pas acheter de terrains et doivent se trouver un partenaire local, elles peuvent détenir jusqu’à 100 % des actions de l’entité qui sera créée. Ses profits seront également libres d’impôt les huit premières années, avant d’être taxés à 15 %. Une zone économique spéciale a aussi été aménagée autour du port de Mariel, près de La Havane.
 
Au jeu !
 
Cuba n’est pas en train de choisir entre les idéaux de la révolution et le pragmatisme économique, a expliqué aux journalistes son représentant à Ottawa. « On ne renonce à rien. Le socialisme cubain n’est pas le même que celui en Europe ou [à l’époque] des pays soviétiques. Il signifie préserver notre souveraineté et notre indépendance. Il signifie assurer à tous un bien-être, l’éducation gratuite, des soins de santé gratuits, une pension de vieillesse, le meilleur possible aux enfants… »
 
Le réchauffement des relations américano-cubaines n’a échappé à personne, dit-il. Depuis son annonce, en décembre 2014, La Havane grouille de visiteurs politiques et économiques des quatre coins du monde. « Cuba est à la mode. »
 
Ottawa et La Havane envisagent le projet d’une rencontre au sommet. « Le premier ministre Trudeau serait le bienvenu à Cuba », a dit aux journalistes Julio Garmendia Peña.
 
On se contentera pour le moment d’échanges culturels et sportifs. L’équipe nationale cubaine de baseball viendra, par exemple, disputer cet été une vingtaine de matchs au Québec, en Ontario et aux États-Unis.

Un parcours sinueux

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31 mars 2016 |Michel David
L’unanimité du concert de louanges qu’a provoqué la mort tragique de Jean Lapierre ne lui ressemble pas. Il aurait été le premier à y mettre quelques bémols.
 
Malgré le choc causé par cet épouvantable drame et le caractère indéniablement attachant de l’homme, le sens critique qu’il se faisait un devoir d’exercer dans ses commentaires sur la classe politique doit aussi prévaloir dans l’examen de son parcours sinueux, qu’on pourrait facilement prendre pour de l’opportunisme.
 
J’ai rencontré le jeune député libéral de Shefford pour la première fois sur une plage de la baie des Chaleurs durant l’été 1979, alors que Le Soleil m’avait affecté à la couverture d’un colloque camping des jeunes libéraux fédéraux, organisé par son collègue de Bonaventure–Îles-de-la-Madeleine, Rémi Bujold.
 
Cet été-là, l’avenir politique du Québec semblait bien incertain. Après la défaite libérale de mai 1979, Pierre Elliott Trudeau avait annoncé son départ, mais il n’avait pas encore été remplacé. On ne connaissait pas la date du référendum que projetait le gouvernement Lévesque, mais cela ne pouvait pas tarder beaucoup et le gouvernement conservateur minoritaire de Joe Clark ne comptait que deux députés au Québec. Sa chute inopinée en décembre de la même année et le retour inattendu de Trudeau allaient bouleverser le cours des choses.
 
Au coin du feu, Lapierre avait l’âme nationaliste, mais il n’a pas protesté l’année suivante contre les fausses promesses faites par Trudeau durant la campagne référendaire ni contre la « nuit des longs couteaux » et le rapatriement unilatéral de la Constitution. Des 74 députés libéraux du Québec à la Chambre des communes, Louis Duclos (Montmorency) a été le seul à oser voter contre le rapatriement, au risque de compromettre sa carrière.
 
Certes, Lapierre a appuyé l’accord du lac Meech en 1987, mais c’était aussi la position du chef du parti, John Turner. Les moutons noirs étaient plutôt ceux qui s’y opposaient, à l’instigation de Trudeau et de son principal homme de main, Jean Chrétien, alors réfugié sur Bay Street.
 
En 1990, il s’est dit trop fier pour s’associer à Chrétien. C’était tout à son honneur, mais après choisi le camp de Paul Martin lors de la course à la succession de Turner, son avenir paraissait bien sombre avec le nouveau chef.
 
C’est avec la bénédiction de Robert Bourassa qu’il s’est joint à Lucien Bouchard pour fonder le Bloc québécois. L’ancien premier ministre, qui ne voulait surtout pas voir le nouveau héros des nationalistes débarquer à Québec, misait sur la présence d’un parti souverainiste à Ottawa pour forcer le reste du pays à accepter un nouvel accord constitutionnel, mais l’entente de Charlottetown a également échoué.
 
Lapierre n’a pas voulu se présenter devant l’électorat sous les couleurs du Bloc. Jacques Parizeau présentait l’élection fédérale d’octobre 1993 comme la première période d’une partie dont la troisième, après une victoire du PQ, serait un autre référendum, mais le député de Shefford a préféré observer la partie de la galerie de presse. Soit il se sentait incapable de participer à la rupture du Canada, et il n’aurait jamais dû aller au Bloc, soit il préférait ne pas se mouiller. S’il avait combattu dans le camp du Oui, toute l’amitié de Paul Martin n’aurait pas suffi à assurer sa réintégration au PLC en 2004.
 
Depuis deux jours, on a vanté avec raison les talents de communicateur et de vulgarisateur uniques de Jean Lapierre, sa connaissance intime du milieu politique, son ardeur au travail, sa simplicité et sa générosité avec ses collègues. Il faut également lui savoir gré d’avoir intéressé à la politique des gens qui y seraient autrement demeurés indifférents.
 
Tous les chroniqueurs aimeraient bénéficier de son exceptionnel auditoire et de la grande affection que la population lui portait. Son statut très spécial n’en créait pas moins un malaise au sein de la profession. Lui-même ne se présentait pas comme un journaliste, mais simplement comme un commentateur. Il se sentait dès lors autorisé à mélanger les genres d’une manière interdite aux journalistes « normaux ».
 
Je n’en connais aucun autre qui a agi comme conseiller auprès d’entreprises aussi diverses qu’Onex, Loblaws, Imperial Tobacco, Cisco Systems Canada ou Rogers. Cela aurait immédiatement été perçu comme une situation de conflit d’intérêts inacceptable.
 
En 2012, l’ancien directeur des émissions d’affaires publiques de Radio-Canada, Pierre Sormany, avait été condamné à payer 22 000 $ à Lapierre pour avoir lancé sur Facebook qu’il conseillait aussi son « ami » Tony Accurso. La commission Charbonneau a cependant fait entendre l’enregistrement d’une conversation avec l’ancien président de la FTQ, Michel Arsenault, dans laquelle il évoquait le controversé entrepreneur avec une sollicitude tout amicale. Que ses auditeurs ne lui en aient pas tenu rigueur démontre à quel point ils lui faisaient confiance.

RETRAITE Promesse tenue a son prix

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31 mars 2016 |Jean-Robert Sansfaçon
Comme promis, le premier budget du gouvernement Trudeau présenté la semaine dernière est venu annuler la décision prise en 2012 par Stephen Harper de reporter de 65 à 67 ans l’âge pour percevoir la Sécurité de la vieillesse. Une bonne décision qui comporte un prix.

La prestation de Sécurité de la vieillesse (SV) constitue la base de la pyramide des revenus de retraite au Canada. Fixée à 6846 $ par année à l’heure actuelle, elle est indexée et versée à tous les Canadiens à partir de 65 ans.
 
Contrairement au régime des rentes (second étage de la pyramide) auquel seuls les travailleurs qui cotisent ont accès, la pension de SV est donc universelle. Mais quiconque gagne plus que 71 600 $ de revenus individuels dans une année doit en rembourser une partie l’année suivante, jusqu’à l’annuler complètement à 116 000 $.
 
Depuis 2013, il est possible de retarder le moment de recevoir la pension, auquel cas celle-ci est bonifiée de 7,2 % par année jusqu’à un maximum de 36 % atteint à 70 ans. Une option avantageuse pour qui travaille passé 65 ans.
 
À l’époque où il était ministre des Finances, le libéral Paul Martin avait voulu modifier le programme pour en réduire les coûts en modulant la pension en fonction des revenus du couple et non plus des individus. Cela aurait annulé son caractère universel, atteint à l’indépendance financière des femmes et transformé la SV en un gros programme d’aide sociale auquel seuls les plus pauvres auraient eu accès. Faute d’appui, il a fait marche arrière.
 
En 2012, Stephen Harper a voulu, à son tour, s’y attaquer en reportant de deux ans l’âge de la pension à partir de 2023. Encore là, l’objectif était de réduire les coûts dans un contexte où les gens vivent plus vieux et où on tente de les inciter à travailler plus longtemps.
 
Selon l’évaluation des conservateurs, la réforme allait faire économiser 10 milliards par année à l’horizon 2030.
 
Ce faisant, Ottawa aurait cependant fait grimper le taux de pauvreté de 6 % à 17 % chez les 65 et 66 ans, les privant non seulement de la SV, mais aussi du Supplément de revenu garanti (SRG) qui s’ajoute au montant de base chez les ménages les plus pauvres. Du coup, les provinces auraient vu leurs propres dépenses d’aide sociale exploser pour cette tranche d’âge.
 

Dans un rapport publié en 2012, le Directeur parlementaire du budget à Ottawa prévoyait que le gouvernement fédéral aurait la marge de manoeuvre nécessaire à long terme pour maintenir l’âge de la retraite à 65 ans. Cependant, son analyse tenait pour acquis qu’Ottawa maintiendrait une autre décision prise à l’époque, celle de limiter la hausse annuelle des transferts aux provinces en santé à la croissance du PIB au lieu des 6 % consentis par Paul Martin.
 
Cette nuance invite à croire que le gouvernement Trudeau ne sera pas pressé de rehausser le transfert en santé de façon importante et durable comme les provinces le demandent. Car s’il est vrai qu’il y aura de plus en plus de vieux, qu’ils vivront plus longtemps et que cela pèsera lourdement sur les coûts de la santé, ce sont ces mêmes facteurs qui imposeront un poids supplémentaire au plus gros programme fédéral qu’est la Sécurité de la vieillesse.
 
Selon les dernières données disponibles, les coûts de la SV qui sont entièrement couverts par les recettes fiscales passeront de 45,6 milliards à 60 milliards d’ici cinq ans, puis à 100 milliards en 2030, soit 3 % du PIB au lieu de 2,3 % aujourd’hui.
 
C’est beaucoup d’argent, et cela fait dire à certains que le gouvernement a agi de façon précipitée. Mais notre filet de sécurité sociale et celui des retraites sont construits en fonction d’un âge cible de 65 ans difficile à déplacer à moins de revoir la totalité du système. De toute façon, il existe aujourd’hui plusieurs moyens efficaces pour inciter les gens à repousser volontairement le moment de partir. En maintenant le statu quo, on évite que des milliers de personnes passent entre les mailles du filet.
 
Cela dit, le statu quo ne suffit pas. À partir d’aujourd’hui, il faut s’assurer que tous, les plus démunis mais aussi cette fameuse classe moyenne à laquelle M. Trudeau nous renvoie continuellement, disposeront de revenus de remplacement suffisants pour leurs vieux jours. Car si la SV est la base de la pyramide, le régime des rentes et les régimes d’entreprises en constituent les étages les plus importants. Or, c’est à ce niveau que le bât blesse et qu’il faut intervenir.

JEAN LAPIERRE 1956-2016 L’archétype du «joueurnaliste»

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L’ex-élu a pavé la voie pour d’autres politiciens devenus commentateurs

31 mars 2016 |Stéphane Baillargeon
Jean Lapierre en janvier 2006, alors qu’il faisait campagne pour être réélu député d’Outremont.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir
Jean Lapierre en janvier 2006, alors qu’il faisait campagne pour être réélu député d’Outremont.
Consulter notre dossier sur Jean Lapierre (1956-2016)
Commenter, chroniquer, critiquer, ça se fait beaucoup et de plus en plus. Être écouté, compter et finalement faire une différence, c’est beaucoup plus rare et d’autant plus remarquable.
 
Jean Lapierre, décédé mardi, était de ces commentateurs qui trouvent écho au sein du pouvoir. Le premier ministre lui-même a confirmé son rayonnement assez unique.
 
« La question qu’on posait le matin, vers 10-11 h, c’était : de quoi Lapierre a-t-il parlé ? a dit mercredi Philippe Couillard en rendant hommage à l’ex-politicien devenu commentateur politique. Parce qu’il donnait le ton. Le sujet dominant de la journée, le plus souvent, était celui sur lequel il s’était prononcé. »
 
Cette révélation n’étonne pas Thierry Giasson, professeur de science politique de l’Université Laval, spécialiste de la communication politique. « Le premier ministre a dit que M. Lapierre donnait souvent le ton. C’était donc un joueur extraordinairement important dans le cycle de l’information politique au Québec. Jean Lapierre agissait sur la ligne d’action politique, il fixait certaines des priorités et il attirait l’attention sur des enjeux précis par ce qu’il disait. C’est rare et c’est notable. »
 
Cette capacité d’influence tenait à plusieurs facteurs, dont un indéniable talent à saisir l’humeur des électeurs et la puissance des médias pour lesquels il travaillait. « C’est le chroniqueur politique qui avait l’auditoire le plus vaste, le plus diversifié, dit le professeur. Il avait une sorte de don d’ubiquité qui lui permettait d’être partout en même temps pour rencontrer et écouter les gens. Il avait aussi un immense réseau de contacts et un accès privilégié à un nombre impressionnant de sources. Bref, c’est quelqu’un dont la voix portait, mais je ne sais pas à quel point il s’en rendait compte. »
 
Écouté par tous
 
L’aspect souligné par le politicien semble aussi assez unique au savant : Jean Lapierre était écouté de tous bords, par tous les partis, ou presque. « Il était respecté et, visiblement, les gens ne craignaient pas de se confier à lui. Son travail, c’était de parler des coulisses du pouvoir, et pour y arriver, évidemment, il devait recevoir des confidences. »
 
Le livre Confessions post-référendaires (éditions de l’Homme) produit en 2014 avec Chantal Hébert le prouve. Jean Lapierre a servi de facilitateur pour attirer des révélations de tous les grands acteurs du référendum de 1995, de Paul Martin à Frank McKenna, de Lucienne Robillard à Lucien Bouchard.
 
« C’est facile d’être méchant et vitriolique quand on parle de politique, note Thierry Giasson.Ce n’était pas son créneau et les acteurs politiques le reconnaissaient. »
 
Son parcours renforçait ce trait de personnalité porté vers l’écoute et le respect des autres. Ancien élu, libéral devenu bloquiste, puis retourné aux libéraux, il était devenu une sorte de « joueurnaliste » de la politique capable de susciter la confiance chez les souverainistes comme chez les fédéralistes.
 
« Dans un sens, il est l’archétype de ce modèle, dit le professeur en citant les autres exemples, Mario Dumont, Liza Frulla et les collaborateurs de l’émission Le club des ex à ICI RDI. Mais lui est devenu presque journaliste. Il n’y en a pas des tonnes avec ce parcours. Il chroniquait, il faisait des analyses et il incarnait ce que les Québécois étaient au début des années 1990 dans la crise référendaire. L’hésitation québécoise, Jean Lapierre pouvait la revendiquer, parce qu’il l’avait vécue aux premières loges en participant à la fondation du Bloc, puis en retournant dans sa famille libérale. Cette posture l’a peut-être aidé à établir sa crédibilité auprès des citoyens qui se reconnaissaient en lui, et à devenir le commentateur le plus influent du Québec. »

Cara achète Groupe St-Hubert pour 537 millions

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31 mars 2016 07h18 |La Presse canadienne
Photo: St-Hubert
Les Entreprises Cara (TSX:CAO) a annoncé jeudi l’acquisition de la totalité du Groupe St-Hubert pour une contrepartie de 537 millions.

Groupe St-Hubert possède la chaîne des Rôtisseries St-Hubert, qui compte 120 restaurants répartis principalement au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ainsi que St-Hubert Détail, division agroalimentaire qui produit et distribue plusieurs centaines de produits alimentaires au Québec et dans le reste du Canada.

Cara est une entreprise qui gère plusieurs bannières de restauration au Québec et au Canada, dont Chalet Swiss, Milestones et Harvey’s.

Les dirigeants actuels de Groupe St-Hubert resteront en poste et le siège social de St-Hubert demeurera au Québec.

Cara acquiert St-Hubert au prix d’achat de 537 millions, sur une base sans encaisse ni endettement. Le prix d’achat comprend certains soldes de fonds de roulement et est assujetti aux ajustements de fonds de roulement usuels à la clôture.

Cara a expliqué que cette acquisition lui permettra d’accroître la portée de ses activités de détail tant au Québec qu’à l’échelle nationale.

La clôture de l’opération est assujettie à des conditions usuelles, y compris l’obtention de toutes les approbations nécessaires des autorités de réglementation, et devrait avoir lieu à l’été 2016.

Le Groupe St-Hubert compte plus de 10 000 employés, répartis au sein de deux divisions. Au 27 décembre 2015, Cara comptait 1010 restaurants partout au Canada. De ce nombre, 973 sont situés au Canada et 37, à l’étranger.

Plus de détails suivront.