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lundi, juin 19, 2017

SOUVERAINETÉ Nadeau-Dubois refuse d’être utilisé par Couillard

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9 juin 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec
Le député Gabriel Nadeau-Dubois
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

Le député Gabriel Nadeau-Dubois

Gabriel Nadeau-Dubois refuse d’être « instrumentalisé » par le gouvernement libéral, qui, depuis son arrivée à l’Assemblée nationale, n’a que de bons mots pour lui. « Libéraux et péquistes peuvent se le tenir pour dit : ça ne fonctionnera pas », a lancé le député de Gouin au terme de la période de questions.

Durant celle-ci, le premier ministre, Philippe Couillard, a salué l’« habileté » de M. Nadeau-Dubois à discuter de l’avenir du Québec au sein de la fédération canadienne.

Dans ce débat, le nouvel élu solidaire impressionne par sa « clairvoyance », selon M. Couillard. « On a franchement un nouvel acteur très éloquent qui parle du même sujet avec beaucoup plus d’habileté, à mon avis, et beaucoup plus de clairvoyance [que le Parti québécois] et que les Québécois vont écouter de plus en plus », a-t-il déclaré dans le Salon bleu.
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, a reproché à M. Couillard de douter de la capacité de la population québécoise à prendre en main sa destinée.

Réduit à la « pauvreté », le Québec serait contraint d’« assécher [ses] services publics pendant probablement au moins une dizaine d’années [après avoir conquis son indépendance et] de sacrifier [ses] programmes sociaux », avait dit M. Couillard 24 heures plus tôt.

« Dans la tête du premier ministre, les Québécois sont des incapables, des incompétents, des gens tellement médiocres qu’à l’extérieur du Canada ils deviendraient miséreux et abandonnés », a lâché M. Lisée en Chambre jeudi avant-midi.

« C’est bien simple, jamais, jamais, on n’a eu un premier ministre qui a une aussi mauvaise opinion des Québécois, qui ne croit pas en son peuple, en sa compétence, en sa force. Le premier ministre devrait avoir honte d’avoir honte des Québécois », a ajouté M. Lisée.

Réplique de Couillard

M. Couillard ne s’est pas laissé démonter par la charge du chef péquiste, qu’il a attribuée à la présence de Gabriel Nadeau-Dubois dans le débat constitutionnel. Le chef du gouvernement croit avoir froissé l’ego de M. Lisée en « engageant » mercredi le « débat » constitutionnel avec la figure de proue de la mobilisation étudiante du printemps 2012.

« Ce qui indispose profondément le Parti québécois, c’est qu’ils ne sont plus les seuls joueurs dans l’arène de l’indépendance du Québec, il y a une autre voie, une voie plus jeune, peut-être une voie plus large qui va s’ouvrir. C’est à eux de s’arranger avec ça, ce n’est pas avec moi », a-t-il lancé tout en ajoutant « en passant » que l’arrivée de M. Nadeau-Dubois « est bienvenue ».

M. Lisée s’est dit surpris de voir le premier ministre du Québec s’arroger le titre d’attaché de presse de Québec solidaire.

À l’approche des célébrations du 150e anniversaire du Canada, M. Couillard soutient que les trois quarts de la population québécoise ont un profond attachement à la citoyenneté canadienne, qui est « beaucoup plus large, ouvert[e], inclusi[ve] que la version limitée de citoyenneté que nous propose l’opposition officielle ».

Refus de Nadeau-Dubois

M. Nadeau-Dubois dit voir clair dans le petit jeu du PLQ, qui couvre de fleurs QS depuis le rejet de toute discussion d’alliances stratégiques avec le PQ en vue des prochaines élections générales. Au PLQ, on fait le pari qu’une montée de QS dans les intentions de vote se fera essentiellement au détriment du PQ. « Québec solidaire va refuser de se faire instrumentaliser par le Parti libéral pour alimenter ses “ guéguerres ” avec le Parti québécois, a dit M. Nadeau-Dubois. De la même manière, on va refuser de se faire instrumentaliser pour expliquer les difficultés du Parti québécois. »

Nadeau-Dubois se dit prêt à prendre le pouvoir

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QUÉBEC SOLIDAIRE

Le nouvel élu croit que son parti doit entrer dans les ligues majeures

19 juin 2017 | Jocelyne Richer - La Presse canadienne à Québec | Québec
Gabriel Nadeau-Dubois a été élu dans Gouin le 29 mai dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Gabriel Nadeau-Dubois a été élu dans Gouin le 29 mai dernier.
Gabriel Nadeau-Dubois ne manque ni d’assurance ni d’ambition. Le nouveau député solidaire de Gouin voit grand, très grand. Pour son parti et pour lui-même.
 
Selon lui, Québec solidaire est aux portes du pouvoir, prêt à former le prochain gouvernement. Et quand QS prendra le pouvoir, à court ou à moyen terme, il sera prêt à occuper le siège de premier ministre du Québec.
 
Si ce scénario se présente, « c’est sûr que je ne reculerai pas », assure le jeune député avec aplomb, au cours d’une longue entrevue avec La Presse canadienne visant à faire le point sur ses débuts remarqués en politique active.
 
Mais il faudra d’abord qu’il soit désigné par sa base comme porte-parole aux débats des chefs de la prochaine campagne électorale et candidat premier ministre, comme l’était sa prédécesseure dans Gouin, Françoise David. Les statuts de Québec solidaire font en sorte que le parti n’a pas de chef, mais plutôt deux porte-parole, un homme et une femme, lui-même et Manon Massé. Les membres devront donc choisir entre les deux, à l’automne. 
Dorénavant, Québec solidaire se présente devant les gens en disant : Nous sommes prêts à former le prochain gouvernement
Gabriel Nadeau-Dubois
Il ne se fera pas prier pour être candidat premier ministre. « Si les membres me le demandent, c’est sûr que je vais y aller », dit M. Nadeau-Dubois, qui n’entend reculer devant aucun défi.
 
« J’ai envie d’être ici un bon moment », dit-il à propos de sa présence à l’Assemblée nationale, où il semble à l’aise comme un poisson dans l’eau, même s’il n’a que deux semaines d’expérience parlementaire derrière la cravate.
 
« J’adore ça [la vie de parlementaire] », commente-t-il, parce qu’elle est synonyme d’action. Depuis qu’il a été assermenté, il n’a pas chômé, multipliant les points de presse, posant des questions directement au premier ministre en Chambre, et potassant déjà ses dossiers en commission parlementaire.
 
Même si Québec solidaire demeure un parti marginal sur l’échiquier politique, avec trois députés et seulement 7,6 % d’appuis aux dernières élections générales, M. Nadeau-Dubois estime qu’il faut désormais inscrire Québec solidaire dans les ligues majeures, « une force politique de premier plan ».
 
« L’étape qui commence pour nous maintenant, c’est la marche vers le gouvernement », dit-il, fuyant toute fausse modestie.
 
QS va ratisser large dès octobre 2018, prédit le député, et gruger des votes à toutes les formations politiques, pas seulement au Parti québécois. Des libéraux et caquistes seraient prêts à voter QS, selon lui.
 
« Dorénavant, Québec solidaire se présente devant les gens en disant : Nous sommes prêts à former le prochain gouvernement », affirme le député, qui entame sa carrière politique sans complexe.
 
Personnage controversé
 
Malgré son manque d’expérience, il n’est pas exactement du genre à rester dans l’ombre. « Mon intention, c’est de déranger », confie le député de 27 ans. « Je ne suis pas venu en politique pour me tenir tranquille dans mon coin. »
 
L’ex-leader étudiant du printemps érable sait parfaitement que les opinions sont très tranchées à son sujet. Certains l’adulent, d’autres le qualifient d’arrogant. Mais il s’en fout. « Il y a des gens qui vont me détester, mais ça ne me dérange pas », laisse tomber celui qui ne veut pas se laisser distraire par ce genre de considérations.
 
En politique, ce qui l’anime, ce qui le motive vraiment, c’est « changer le système dans lequel on vit », c’est « transformer le système politique et économique », dit l’homme de gauche, qui veut « prendre le pouvoir pour changer les choses » en profondeur au Québec.
 
La conjoncture est parfaite, selon lui. L’exemple de plusieurs pays, dont la France, où le mouvement En marche ! lancé par Emmanuel Macron il y un an a été couronné de succès, représente une source d’inspiration et confirme sa vision des choses.
 
« Partout à travers le monde, il y a un vent de changement qui souffle très, très fort », note-t-il, décelant dans plusieurs démocraties une « fatigue » envers les partis traditionnels.
 
Sur cette lancée, il n’a aucunement l’intention d’édulcorer le programme du parti ou de le recentrer pour gagner des votes. Ce programme, il y souscrit totalement, sans réserve. Pas question, donc, d’arrondir les angles.
 
Car le problème de QS ne réside pas dans le contenu radical de certaines de ses propositions, mais plutôt dans le défi de transformer ses idées en « politiques publiques concrètes » visant à améliorer la vie des gens « au quotidien ».
 
Est-il d’accord, par exemple, avec le programme du parti sur la nationalisation de différents secteurs d’activité, comme les mines ? Oui. Il cherche quand même à se faire rassurant : « On ne veut pas nationaliser les dépanneurs. »