Information sur la politique 1

lundi, novembre 13, 2017

Un comité d'experts appelle Québec à augmenter les prestations d'aide sociale

13 novembre 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
Le comité suggère notamment d’augmenter l’aide sociale de 472 $ par an pour une personne seule et de 311 $ par an pour un couple sans enfants.
Photo: iStock
Le comité suggère notamment d’augmenter l’aide sociale de 472 $ par an pour une personne seule et de 311 $ par an pour un couple sans enfants.
Le comité d’experts sur le revenu minimum presse le gouvernement québécois de majorer l’aide aux ménages sans enfant — « mal protégés » à l’heure actuelle selon lui — en bonifiant à la fois le chèque d’aide sociale des sans-emploi et la prime au travail des bas salariés.
 
Il a dévoilé lundi son rapport final coiffé du titre « Le revenu minimum garanti : une utopie ? Une inspiration pour le Québec » dans lequel il formule 23 recommandations.
 
Il suggère notamment d’augmenter l’aide sociale de 472 $ par an pour une personne seule et de 311 $ par an pour un couple sans enfants, ce qui permettrait à ces ménages sans contraintes à l’emploi de toucher un revenu disponible correspondant à 55 % de la Mesure du panier de consommation (MPC), soit 9745 $ en 2016.
 
En 2016, la MPC s’établissait à 17 716 $.
 
Une unité familiale est à « faible revenu » si son revenu disponible à la consommation est inférieur à la valeur d’un panier comprenant nourriture, vêtements et chaussures, logement, transports, ainsi qu’autres biens et services (ameublement, téléphone, produits domestiques, frais scolaires, loisirs) évalué à 17 716 $ en 2016. En deçà de 9745 $ (55 % de la MPC), elle est considérée « pauvre ». Cette mesure coûterait 86,4 millions de dollars.
 
En ce moment, une personne seule âgée de moins de 65 ans reçoit 9192 $ (52 % de la MPC) et un couple sans enfant 13 355 $ (54 % de la MPC).
 
« Pour les personnes qui en ont la capacité, c’est l’accroissement du revenu par l’intégration au marché du travail qui permettra au prestataire de dépasser le seuil de pauvreté », poursuit le Comité d’experts sur le revenu minimum garanti, qui a été mis sur pied par le gouvernement Couillard en juin 2016. Dans cet esprit, il propose aussi de « renforcer de façon importante » la prime au travail.
 
Le comité propose de tirer vers le haut cette « prime » de façon à ce qu’une personne sans enfants travaillant environ 18 heures par semaine au salaire minimum touche 1661 dollars de plus par année. Sa prime au travail passerait de 730 $ à 2391 $.
 
Le comité évalue le coût de cette « bonification majeure de la prime au travail » qui inciterait plus d’une personne à quitter le programme d’assistance sociale et à retourner sur le marché du travail à plus de 1 milliard de dollars par année pour l’État.
 
La bonification de la prime au travail proposée « diminuerait significativement le taux effectif marginal d’imposition des ménages à plus faible revenu, en le ramenant autour de 50 % dans la zone de réduction de l’aide sociale — soit la première zone stratégique identifiée », peut-on lire dans le rapport final dévoilé lundi matin.
 
Le comité propose une « application graduelle » en bonifiant la prime au travail dans un premier temps pour les personnes seules (396 000) et couples sans enfants (45 000). La facture annuelle : 109 millions de dollars.
 
Il s’agirait d’un « rattrapage » par rapport aux ménages avec enfants, soutient-il. Les ménages sans enfants bénéficient actuellement d’un taux de supplémentation du revenu de 29,5 %, alors que les couples avec enfants bénéficient d’un taux de 33,0 % et les familles monoparentales d’un taux de 42 %.
 
D’autre part, le Comité recommande le versement automatique de certains crédits d’impôt, le paiement de différents soutiens au moyen d’un chèque unique ainsi qu’une couverture supplémentaire aux personnes faisant face à des « situations de transition ».
 
Revenu minimum garanti absolu : des problèmes d’équité
 
La présidente du Comité d’experts sur le revenu minimum garanti, Dorothée Boccanfuso, recommande au gouvernement libéral de « transformer » et d'« améliorer » le système de soutien du revenu actuel. Elle le dissuade d’instaurer le revenu minimum garanti au moyen d’une allocation universelle et d’impôt négatif sur le revenu — en dépit du préjugé favorable affiché par le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais. Une telle réforme créerait des « problèmes d’équité et dans certains cas d’efficience et d’incitation au travail », fait-elle valoir.
 
M. Blais déposera cet automne un nouveau plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale d’ici la fin de l’année. Il entend sortir de la pauvreté quelque 100 000 Québécois.
 
« Vision rétrograde »
 
Le député péquiste, Harold LeBel, n’arrivait pas à croire lundi que le comité ait timidement appelé le gouvernement libéral à verser une aide équivalente à 55 % de la MPC, c’est-à-dire « à peine la moitié du montant nécessaire pour sortir de l’extrême pauvreté »« On dirait que le gouvernement a donné au Comité un mandat qui allait lui fournir les recommandations dont il avait besoin. En effet, le mandat n’étant pas spécifiquement axé sur l’amélioration du soutien au revenu — il était davantage orienté vers la simplification du régime et l’incitation au travail —, le comité pouvait difficilement recommander la bonification substantielle des prestations d’aide. Le gouvernement cherchait-il vraiment une façon d’aider les plus vulnérables ? », a demandé le porte-parole de l’opposition officielle en matière de lutte contre la pauvreté. « Le gouvernement doit faire mieux et s’assurer que tous les Québécois ont accès à un revenu décent, qui leur permette de réellement sortir de la pauvreté ».
 
Le porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc, reproche au comité d’avoir été aveuglé par ses préjugés lors de la rédaction de son rapport. « Viser 55 % de la MPC, c’est attaquer de front le consensus social selon lequel la MPC représente un seuil minimal pour couvrir les besoins de base. C’est faire le choix de maintenir des centaines de milliers de personnes dans la misère. Le comble, c’est quand on nous dit que cela devrait aider les gens à intégrer le marché du travail. Comme si on proposait de les écraser un peu plus pour les aider à se relever. Cette vision rétrograde démontre l’ampleur des préjugés qui ont guidé le travail du comité d’experts. Ce n’est pas vrai que les personnes en situation de pauvreté le sont par choix », a-t-il insisté.
 
Il exhorte M. Blais à renforcer les protections publiques pour assurer à tous et toutes un revenu au moins égal à la MPC — 17 716 $ par année —, à augmenter le salaire minimum à 15 $ l’heure, puis à lancer une campagne de sensibilisation visant à « changer les mentalités et à contrer les mythes et les préjugés » accablant les Québécois dans la pauvreté.

Le tribunal donne son feu vert à un dépouillement judiciaire à Longueuil


PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 16 H 37
Josée Latendresse (gauche) et Sylvie Parent (droite)
Josée Latendresse (gauche) et Sylvie Parent (droite) Photo : Radio-Canada/René Saint-Louis
La Cour du Québec donne son aval à un dépouillement judiciaire dans une centaine de bureaux de vote de Longueuil afin de valider la victoire de Sylvie Parent, contestée par sa rivale Josée Latendresse. L'écart entre les deux candidates n'était que de 118 voix.
Le dépouillement débutera mardi à 10 h, mais les résulats ne devraient pas être connus avant plusieurs jours.
Certains bureaux ont présenté un nombre de bulletins rejetés anormalement élevé. Une vingtaine d'électeurs auraient aussi voté deux fois en raison d'une erreur.
Le parti de Mme Latendresse, Longueuil Citoyen, a déposé sa demande de dépouillement la semaine dernière.
Le décompte de la soirée électorale s'était déroulé dans le plus grand suspense, le 5 novembre. On ignorait qui allait l'emporter jusqu'à ce qu'on ait compilé les votes de la toute dernière des 495 boîtes de scrutin.
Finalement, l’écart entre les deux candidates n’était que de 118 voix sur un total de 59 554 bulletins déposés, dont 1266 ont été rejetés.
Sylvie Parent a remporté 42,73 % des votes, contre 42,53 % pour Josée Latendresse.
Un conseil divisé en trois
Le poste de maire de Longueuil est d'autant plus important que celui-ci détiendra la balance du pouvoir, Longueuil Citoyen ayant obtenu, dimanche, 9 des 17 postes de conseillers.
Cinq autres conseillers font partie d'Action Longueuil, la formation politique dirigée par Sylvie Parent.
Les trois autres, tous élus dans l'arrondissement de Greenfield Park, sont plutôt membres d'Option Longueuil, le parti de Sadia Groguhé, qui a terminé troisième à la mairie avec 14,73 % des voix.
Les trois femmes espéraient succéder à Caroline Saint-Hilaire, qui a quitté la vie politique dans les derniers mois.
Le taux de participation à Longueuil a été de 33,1 %.
Longueuil est la cinquième ville en importance au Québec.
Avec les informations de Thomas Gerbet

mardi, novembre 07, 2017

Une demande de recours collectif de 1,2 G$ sera déposée contre Hydro-Québec


PHOTO D'ARCHIVES

Pierre Couture

Une demande de recours collectif contre Hydro-Québec sera déposée mercredi au Palais de justice de Montréal. La coalition Peuple allumé réclame un remboursement de 1,2 milliard $ des trop-perçus aux clients de la société d’État.
«Cette surfacturation de la part d’Hydro-Québec a été effectuée durant plusieurs années. L’argent doit revenir aux clients de la société d’État, et non au gouvernement», a indiqué au Journal le porte-parole de la plateforme weroes.com, Pascal Zamprelli.
La demande de recours collectif pilotée par la firme Archer Avocats de Granby sera déposée en Cour supérieure du Québec.
La coalition Peuple allumé tiendra un point de presse mercredi à 11h à Montréal pour expliquer sa démarche.
Des calculs effectués par la Coalition Avenir Québec (CAQ) démontrent qu’entre 2008 et 2015, les Québécois ont payé 1,4 milliard $ de plus que ce qu’ils auraient dû, soit 350 $ par client.
Ce trop-perçu de 1,4 milliard $ est l’équivalent de 0,5 % à 1 % de la facture annuelle d’un abonné d’Hydro-Québec.
Selon M. Zamprelli, plus de 28 700 personnes ont signé jusqu’à présent une pétition sur le site weroes.com/recoursHQ.
Ce dernier avait envoyé une mise en demeure symbolique en avril dernier au premier ministre Philippe Couillard pour exiger un remboursement.
La Régie de l’énergie avait tenté, en 2014, de mettre en place un mécanisme pour mieux partager les trop-perçus avec les clients d’Hydro-Québec. Mais le gouvernement Couillard a imposé un décret retardant la mise en œuvre de ce partage après l’atteinte de l’équilibre budgétaire.
Le gouvernement a par la suite fermé la porte à tout remboursement éventuel aux clients d’Hydro-Québec.

Hydro va contester
Chez Hydro-Québec, on entend contester vigoureusement cette demande de recours collectif devant les tribunaux.
«L’initiative s’appuie sur de mauvaises informations. Il n’y a jamais eu de surfacturation et les sommes dégagées par la meilleure performance d’Hydro-Québec sont retournées aux Québécois», a fait valoir le porte-parole de la société d’État, Marc-Antoine Pouliot.

La CAQ sur le dossier
En mai dernier, la CAQ avait également réclamé le remboursement des trop-perçus par Hydro-Québec.
Une pétition de 48 000 noms avait été déposée au ministre responsable d’Hydro-Québec, Pierre Arcand, par la députée caquiste Chantal Soucy.
En 2016 seulement, les trop-perçus (appelés écart de rendement chez Hydro-Québec) auraient atteint les 36 millions $, d’après la CAQ.

samedi, novembre 04, 2017

Plusieurs modèles étudiés pour encadrer l'UPAC


PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 14 H 02
Martin Coiteux et Guy Ouellette discutent à l'Assemblée nationale.
Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et l'ancien président de la Commission des institutions, Guy Ouellette, en mai 2017, à l'Assemblée nationale. Photo : La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Le gouvernement du Québec pourrait s'inspirer de plusieurs modèles pour élaborer le système de surveillance accrue de l'Unité permanente anticorruption évoqué cette semaine.
Un texte de Mathieu Gohier, des Coulisses du pouvoir
Dans la foulée de l'arrestation du député Guy Ouellette et des allégations faites à l'endroit de l'UPAC, le gouvernement libéral a annoncé qu'il était favorable à un comité de supervision et d'encadrement de l'unité.
En entrevue à l'émission Les coulisses du pouvoir, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux indique qu'il souhaite qu'un tel organisme soit mis sur pied dans les meilleurs délais. « Il y a des exemples ici au Canada, on en connaît un qui concerne le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) au niveau canadien et il y a d'autres exemples à travers le monde. Il va falloir nous laisser le temps de faire des analyses correctes, minutieuses, pour donner des propositions qui vont faire du Québec un modèle en la matière », explique-t-il.
L'entrevue complète avec Martin Coiteux sera diffusée dimanche à 11 h (HE) à l'émission Les coulisses du pouvoir.
Ces mécanismes de reddition de comptes seraient ajoutés au projet de loi 107 qui doit faire de l'UPAC un corps policier indépendant. Le gouvernement libéral a suspendu les travaux du projet de loi, à la suite de l'arrestation de Guy Ouellette et des allégations de collusion impliquant l'UPAC et l'Autorité des marchés financiers (AMF).
Plus tôt cette semaine, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, pressait le gouvernement d'établir un comité de surveillance semblable à celui qui encadre le travail de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).
Le Parti québécois (PQ) veut inclure dans le projet de loi 107 un changement du mode de sélection du commissaire de l'UPAC pour que celui-ci soit nommé par l'Assemblée nationale.
Martin Coiteux rejette catégoriquement cette idée. « C'est mettre la politique à travers les institutions judiciaires, ce qu'on ne veut pas faire. Ce que la juge Charbonneau ne recommande pas non plus », affirme-t-il.

Le privilège parlementaire menacé?

L'arrestation d'un député n'a absolument rien de banal, souligne le ministre de la Sécurité publique. Martin Coiteux estime que l'arrestation de Guy Ouellette soulève bien des questions, notamment sur le privilège parlementaire dont jouissent les élus. « C'est des questions qui ont été soulevées avec force dans un discours du président de l'Assemblée nationale, des questions lui ont été adressées directement par le leader de l'opposition officielle (...) Donc, il y a vraiment des questions sur les prérogatives, les droits et privilèges des parlementaires », dit-il.
M. Coiteux rappelle toutefois que l'arrestation du député de Chomedey ne l'a pas empêché de s'exprimer par la suite à l'Assemblée nationale.
« Mais en même temps, on a eu droit aussi à une déclaration de notre collègue Guy Ouellette dans l'enceinte du Salon bleu qui nous a expliqué de son point de vue ce qui se passait. »

vendredi, novembre 03, 2017

Tempête médiatique Lise Payette ferme sa page Facebook

Stéphane Plante | Agence QMI
 SIMON CLARK/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Sur sa page Facebook, Lise Payette a annoncé vendredi après-midi qu’il était temps pour elle de «quitter cet espace».
«Vous comprendrez que je désire quitter maintenant que la tempête a tout gâché» a-t-elle commenté en faisant référence à la tempête médiatique entourant la plainte déposée par Léa Clermont-Dion contre le journaliste Michel Venne pour des allégations d’agression sexuelle.
Après ces longs jours de réflexion, j’en arrive à la conclusion que le moment est venu pour moi de quitter cet espace où j’ai eu tant de bonheur à partager, sur une base régulière avec vous, mes idées, mes réflexions et mes opinions. Votre fidélité à nos rendez-vous était des moments de joie. Vous comprendrez que je désire quitter maintenant que la tempête a tout gâché. Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre mais je sais que je n’ai pas envie de vivre dans la haine et la méchanceté dont certains m’affligent maintenant. Je tiens à remercier du fond du coeur toutes ces personnes qui m’ont accordé leur confiance et qui m’ont fait l’honneur de me lire. Quant aux autres, la vie se chargera de leur apprendre ce qu’ils n’ont pas compris. Je ne leur souhaite pas de mal. Je leur souhaite de la lumière. Ils en ont besoin.
LP

Selon Clermont-Dion, Lise Payette avait tenté de la dissuader de porter plainte contre le journaliste sous prétexte de vouloir éviter de briser la famille de Venne.

Cette initiative de l’ancienne Ministre de la Condition féminine lui a attiré un lot de critique sur les médias sociaux.
«Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre mais je sais que je n’ai pas envie de vivre dans la haine et la méchanceté dont certains m’affligent maintenant», a-t-elle affirmé dans son message.
Elle conclut avec une allusion à ses détracteurs: «la vie se chargera de leur apprendre ce qu’ils n’ont pas compris. Je ne leur souhaite pas de mal. Je leur souhaite de la lumière. Ils en ont besoin.»

Enquête sur l'AMF: la vérificatrice générale embêtée

Guylaine Leclerc a demandé une rencontre d’urgence au sujet de «l’affaire Ouellette»
PHOTO D’ARCHIVES, SIMON CLARK
Lundi, le gouvernement a confié un mandat de vérification à Guylaine Leclerc (photo) à la suite des allégations de l’analyste Annie Trudel et du député Guy Ouellette, dont l’arrestation la semaine dernière par l’UPAC a ébranlé la classe politique.

MISE à JOUR 
Doutant de sa capacité à faire un nouveau mandat, la vérificatrice générale Guylaine Leclerc a réclamé une rencontre d’urgence avec des députés, jeudi, a appris le Bureau d’enquête.
Mme Leclerc craint que son passé dans le secteur privé la place dans une situation de conflit d’intérêts lors de l’examen des activités de l’Autorité des marchés financiers (AMF), ont indiqué des sources parlementaires.
En après-midi jeudi, Mme Leclerc a rencontré discrètement des députés membres de la commission de l’administration publique, avec qui elle collabore pour le suivi de ses mandats.
Mme Leclerc a également échangé avec le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, et des représentants du Conseil du trésor.
Mandat de vérification
Lundi, le gouvernement a confié un mandat de vérification à Mme Leclerc à la suite des allégations de l’analyste Annie Trudel et du député Guy Ouellette, dont l’arrestation la semaine dernière par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a ébranlé la classe politique.
Selon M. Ouellette, les policiers ont voulu l’empêcher de révéler un stratagème par lequel l’UPAC et l’AMF favoriseraient un cabinet de consultants dans le processus d’accréditation des entreprises qui veulent participer aux marchés publics.
Or, avant d’être nommée vérificatrice générale en 2015, Mme Leclerc a été, pendant près de 20 ans, à l’embauche de cabinets de consultants en juricomptabilité.
Quelle firme ?
Selon des sources, Mme Leclerc est incapable d’amorcer son mandat à l’AMF tant qu’elle n’en saura pas plus sur les allégations de M. Ouellette.
« Son problème, c’est qu’elle n’arrive pas à savoir quelle est la firme qui est sous-entendue par Guy Ouellette et Annie Trudel. Donc, ne sachant pas quelle est la firme, elle ne sait pas si, par le passé, elle a eu à interagir avec cette firme-là. »
Mme Leclerc a élaboré des scénarios qui lui permettront de gérer la situation une fois qu’elle saura de quelle firme il est question.
Responsable du dépôt du rapport
Le mandat pourrait être confié à un de ses adjoints ou même à un cabinet indépendant, a-t-on indiqué, en ajoutant que Mme Leclerc demeurerait toutefois responsable du dépôt du rapport.
Le cabinet de Mme Leclerc n’a pas été en mesure de donner suite aux demandes de précisions du Journal.

LE CV DE GUYLAINE LECLERC

  • 2009-2015 : Juricomptable autonome
  • 2009-2015 : Conseillère spéciale Navigant Consulting
  • 2007-2009 : Associée principale Navigant Consulting
  • 2000-2007 : Fondatrice et associée principale Leclerc Juricomptables
  • 1998-2000 : Associée Lemieux Nolet, comptables agréés
  • 1997-1998 : Juricomptable autonome Lemieux Nolet, comptables agréés
  • 1991-1997 : Professionnelle juricomptable Sûreté du Québec et Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale
  • 1988-1991 : A travaillé pour le Vérificateur général du Québec

mercredi, novembre 01, 2017

René Lévesque, un leader exceptionnel, souvent contesté, toujours résilient

IDÉES – 30E ANNIVERSAIRE DE DÉCÈS
1 novembre 2017 | Michel Leduc - Ancien député du Parti québécois de Fabre, 1981-1985 | Québec
Si le Québec peut élever la tête parmi les nations du monde, souveraines ou non, c’est à René Lévesque que nous le devons en grande partie, estime l'auteur. 
Photo: Alain Renaud Archives Le Devoir
Si le Québec peut élever la tête parmi les nations du monde, souveraines ou non, c’est à René Lévesque que nous le devons en grande partie, estime l'auteur. 
René Lévesque était non conformiste et souvent irascible à l’endroit du parti qu’il a fondé. Fébrile de tempérament, individualiste dans le bon sens du terme, autonome et responsable, il pouvait aisément s’emporter. Lui et le Parti québécois ont eu de véritables prises de bec.
 
Et pourtant, on n’a pas assez souligné tout le respect qu’il avait à l’endroit des militants et des membres qui formaient la vaste majorité de ceux et celles pour qui il avait de l’admiration. Car sans eux et elles, il n’y aurait pas eu de parti sur lequel il aurait pu prendre appui, tel un levier indispensable pour élever les Québécois au-delà de leur état de survivance. C’est avec les membres issus de la population en général — travailleurs, syndiqués, enseignants : le « monde ordinaire » — d’abord qu’il comptait créer un parti propre et bien organisé dans toutes les régions du Québec même si ce fut difficile entre les campagnes électorales, car il fallait les convaincre que c’était possible de faire de la politique autrement là où la corruption était monnaie courante, où les caisses électorales étaient alimentées par les milieux financiers. Il fallait donc créer un parti propre qui ne vivrait que de la souscription volontaire de ses membres et sympathisants. C’est ce qu’il fit, à l’intérieur de son parti, avant même qu’il ait la possibilité de faire adopter la Loi sur le financement des partis politiques au Québec.
 
Député, militant, leader
 
J’ai eu le privilège, en tant que député et militant, de le côtoyer de près. Je crois, comme des milliers d’autres, en la nécessité de ce parti, car il a toujours sa raison d’être dans une ère que certains qualifient de postnationale. […] Tous les chefs qui ont succédé à son fondateur ont toujours invoqué sa mémoire inspirante pour l’avancement du Québec. Il fut celui qui occupa le poste de président le plus longtemps. De 1968 à 1985, année de sa démission, il n’a cessé de chercher le meilleur chemin qui pourrait contribuer à faire avancer le Québec vers sa souveraineté. À cet égard, ceux et celle qui lui ont succédé ont été fidèles à sa mémoire. Il n’a pas toujours réussi, pas plus que les autres, mais sa ténacité à poursuivre son idéal a marqué profondément le Québec.
 
Pendant ces 17 années comme chef du Parti québécois, René Lévesque fut un leader exceptionnel, souvent contesté, toujours résilient, prenant appui sur ses convictions, sa franchise, son charisme pour gagner le coeur de la population qui lui a toujours voué une grande admiration, souverainistes et fédéralistes confondus. Si le Québec peut élever la tête aujourd’hui parmi les nations du monde, souveraines ou non, c’est à lui que nous le devons en grande partie. L’homme avait ses défauts, comme tout un chacun, et aussi de grandes qualités puisqu’il a servi d’inspiration à tous ses successeurs par son action, son humanité, sa vision d’un Québec inclusif et attaché à ses racines, et avant tout pour sa profonde conviction qu’un Québec nation a sa place comme pays parmi tous les autres.
 
René Lévesque a interprété son rôle avec un sens éthique de responsabilité en tant que chef de parti et chef de gouvernement, en fonction de l’idéal de la souveraineté, phare incontournable du parti qu’il a fondé. […] Aujourd’hui, le Québec récolte les fruits de son travail et celui de son gouvernement alors que le présent se décline de plus en plus en fonction de la mondialisation qui affecte les soubassements de la société telle qu’on l’a connue jusqu’à maintenant.
 
Toujours des défis
 
Par ailleurs, les défis de son temps concernant la langue, la nation, l’identité, l’immigration, la souveraineté sont toujours d’actualité. Nos réflexions comme Québécois sur ces enjeux rencontrent les siennes. C’est en relisant ses mémoires, ses chroniques, ses discours qu’on découvre à quel point ses préoccupations rejoignent celles d’aujourd’hui et méritent qu’on s’y attarde pour trouver des points de repère et des raisons de poursuivre. L’action et la pensée de René Lévesque continuent de nous interpeller à travers son parti, mais aussi à travers les défis qui restent entiers pour la société québécoise. De même, son appel à la liberté et à la responsabilité collectives devrait continuer à inspirer tous les partis politiques en regard d’un Québec toujours à la recherche de modèles inspirants.
 
Pour René Lévesque, le changement était une nécessité. Mais pas à n’importe quel prix et pas n’importe comment. Il fallait que la population la plus mal prise et les travailleurs soient au centre des préoccupations de son parti. Il l’affirme clairement d’ailleurs dans une de ses chroniques en 1971 citant un extrait d’un « mini-manifeste » endossé par le Parti québécois à l’occasion de son Conseil national. Après avoir évoqué le principal changement et le plus « déterminant », soit « l’indépendance nationale », il ajoute : « […] il est quand même des catégories de notre peuple qui doivent être pour nous des interlocuteurs et en quelque sorte une clientèle privilégiée. D’abord, les plus démunis, ceux qui n’ont pas ou trop peu de voix pour se faire entendre ni de moyens pour se protéger… Puis les travailleurs québécois, dont une grande partie sont encadrés par des syndicats, mais une plus grande encore sans organisation. À ces derniers, nous devons notre appui pour mériter le leur. Avec les syndiqués et leurs organismes, nous partageons un objectif fondamental qui est celui de changer et d’humaniser la situation sociale et économique. »
 
Extrait d’un livre à paraître en 2018 : Un homme et son parti. Chroniques d’un militant.

Savez-vous qui est René Lévesque?

Les moins de 30 ans ont une connaissance variable du fondateur du PQ
1 novembre 2017 |Marco Fortier | Québec
Comme bien des jeunes de moins de 30 ans, Laurie Moreau et Joëlle Moquin connaissent peu la vie et l’œuvre de René Lévesque. C’est tout à fait normal, estime l’historien Paul-André Linteau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Comme bien des jeunes de moins de 30 ans, Laurie Moreau et Joëlle Moquin connaissent peu la vie et l’œuvre de René Lévesque. C’est tout à fait normal, estime l’historien Paul-André Linteau.
Ils sont nés après la mort de René Lévesque. Ils en ont entendu parler dans les cours d’histoire au secondaire et au cégep. Pour ces moins de 30 ans, le fondateur du Parti québécois était « quelque chose comme un grand homme ». Mais aussi un lointain personnage de l’histoire du Québec, dont certains se souviennent plus ou moins vaguement.
 
« En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution », dit Sarah Bélisle, serveuse au bistro Ginkgo, sur le campus de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Son héritage ? Il reste une idée. Un peut-être que… »
 
À 22 ans, elle souhaite retourner à ses études universitaires en enseignement, qu’elle a interrompues pour séjourner un an en Australie. Ils sont comme ça, les jeunes : « ouverts sur le monde ». Ils en voient, du pays.
 
Le « pays » du Québec, lui, ce vieux rêve de leurs parents, ils n’en voient pas la nécessité. Pas fermés à l’idée. Pas ouverts non plus.
 
« Il existe un clash entre notre idée d’ouverture sur le monde et le besoin de s’exprimer en tant que peuple, dit Sarah Bélisle. Mes parents sont vraiment pour l’indépendance, mais pour la nouvelle génération, c’est du passé. Moi, je me sens entre les deux. »
 
Jeunes et capables
 
« René Lévesque me fait penser à Xavier Dolan à Cannes : il est allé dire qu’on peut prendre notre place, que les Québécois sont capables », dit Sophie Tremblay, présidente de Force jeunesse, un groupe qui milite pour les 35 ans et moins sur le marché du travail et dans les politiques publiques.
 
« René Lévesque, plusieurs membres de son premier gouvernement et le premier ministre Robert Bourassa étaient dans la trentaine ou au début de la quarantaine. Pour des jeunes, c’est une inspiration », ajoute-t-elle.
En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution
Sarah Bélisle, serveuse au bistro Ginkgo, sur le campus de l’UQAM
 
Au café Gingko, sur le campus de l’UQAM, la discussion autour de René Lévesque prend une autre tournure. Des serveuses racontent qu’elles connaissent plus ou moins le fondateur du Parti québécois. Elles suivent de près l’actualité du jour, elles voyagent, sont curieuses de tout, mais ignorent des pans de l’histoire récente.
 
« J’ai eu des cours d’histoire, mais je n’ai pas entendu parler souvent de René Lévesque », dit Joëlle Moquin, étudiante en éducation spécialisée au collégial. « La politique, c’est un sujet complexe. Ça m’intéresse, mais la carrière de René Lévesque ne m’est pas familière », ajoute Laurie Moreau, diplômée de l’UQAM en marketing.
 
Des noms de rue
 
Laurie et Joëlle sont un peu gênées de ne pas en savoir plus sur la vie et l’oeuvre de Lévesque, mais elles n’ont pas à avoir honte, estime Paul-André Linteau, vétéran professeur d’histoire à l’UQAM.
 
Les Québécois ne sont pas plus ignorants que les jeunes de leur âge ailleurs dans le monde, selon lui.
 
« Ils n’ont pas connu René Lévesque. Pour eux, Lévesque, Jean Lesage ou Henri Bourassa, ce sont des noms de rue ou de station de métro », dit-il.
 
« Mon expérience, c’est que 90 % de ce qui a été transmis à l’école s’évanouit au bout de trois mois. Êtes-vous capable de résoudre des problèmes d’algèbre ? Vous avez pourtant appris ça à l’école ! Les dates d’anniversaire ou les commémorations peuvent aider à garder vivante la mémoire de René Lévesque et d’autres. Mais il ne faut pas accuser l’enseignement de l’histoire : elle est enseignée, l’école fait sa job », dit Paul-André Linteau.

Ce qu’il reste de l'héritage de René Lévesque trente ans après sa mort

1 novembre 2017 |Jean-François Nadeau | Québec
René Lévesque photographié lors d’un conseil national du Parti québécois
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
René Lévesque photographié lors d’un conseil national du Parti québécois
Le 1er novembre 1987 décédait, chez lui, René Lévesque. Le 5 novembre, au passage de son cortège funéraire, les gens applaudissaient à tout rompre. Certaines bonnes âmes, habituées aux convenances prémoulées, se dirent choquées par un tel tumulte au passage d’un mort. Il y avait pourtant dans cette réaction populaire spontanée quelque chose de bon enfant qui ne pouvait tromper quant à l’affection profonde que suscitait René Lévesque dans la population. Trente ans après sa mort, cinquante ans après la fondation du Mouvement Souveraineté-Association (MSA), lequel allait donner naissance au Parti québécois, que reste-t-il de la pensée de René Lévesque ?
 
On doit aux historiens Éric Bédard et Xavier Gélinas d’avoir patiemment rassemblé et annoté près de 1400 chroniques de René Lévesque demeurées curieusement à peu près inédites jusque-là. Entre 1966 et son élection comme premier ministre en 1976, l’homme a davantage de temps pour revenir à l’écriture. Et il écrit ! Il y a dans cette réserve abondante de textes un formidable terreau pour comprendre ce qui animait René Lévesque.
 
Si plusieurs politiciens étaient à l’époque invités à prendre régulièrement la plume, Lévesque se distingue d’eux par une rare capacité à mettre en forme ses idées sur une multitude de questions. À compter de 1966, il écrit une colonne pour Dimanche-Matin, puis pour Le Clairon de Saint-Hyacinthe à compter de 1969. L’année suivante, il tient une chronique dans le quotidien de Pierre Péladeau. Au Journal de Montréal, faute de pouvoir compter sur d’autres revenus puisqu’il a échoué à se faire élire député aux élections d’avril 1970, il accepte d’écrire six jours par semaine. Pour cette montagne de mots publiés dans un journal populaire, il est payé 200 $ par semaine, soit l’équivalent de 1280 $ en 2017. Lévesque doit en tout cas travailler comme une bête de somme pour écrire autant tout en maintenant ses autres engagements à titre de chef du Parti québécois.
 
Lévesque traite d’une multitude de sujets qui apparaissent encore aujourd’hui d’une actualité brûlante. Impossible de tout résumer ici.
 
Faut-il être millionnaire pour faire de la politique ? Lévesque peste contre cette élite qui s’entretient en quelque sorte elle-même grâce aux bénéfices de son argent. Avec un certain orgueil, il répète qu’il n’est pas, pour sa part, « un fils de l’aristocratie de l’argent », ce qui marque une distance supplémentaire avec son adversaire Trudeau. La modestie de ses origines constitue dès lors une sorte d’étoile polaire par laquelle il situe l’ensemble de ses idées.
 
Le salaire des médecins ? La condition des hôpitaux ? « Dans nos orgies budgétaires aux fruits si décevants […], il n’est sans doute rien de plus stupidement onéreux que le fouillis hospitalier : patronage médico-partisan, parachutage à la volée de grands hôpitaux “politiques” parallèlement au sous-équipement tragique de régions, coulage et gabegie dans les achats de fournitures. »
 
Les régions ? Il en parle sans cesse. Il se bat contre la fermeture de petites municipalités, dénonce les aménagements financiers avec Ottawa, tout en continuant de prendre la mesure du pays en des mots choisis. À un aussi haut niveau politique, qui se soucie aujourd’hui autant que lui de la péninsule gaspésienne ? « À l’extrême pointe de la Gaspésie, comme un pouce s’écartant de la paume le long de la baie de Gaspé, tout osseux de roc noirâtre et velu de résineux : la presqu’île de Forillon. »
 
Il montre aussi de fortes et constantes préoccupations pour la culture. Ce n’est pas pour lui une industrie, mais un fondement. Il parle ainsi assez souvent de littérature, se montrant curieux des oeuvres des meilleurs écrivains. Il parle ici d’Anne Hébert, là encore de l’oeuvre du poète Fernand Ouellette. Il cite aussi assez souvent des oeuvres classiques. Dans une chronique, il narre une rencontre animée avec le poète Gaston Miron, qui se trouve dans le même avion que lui en direction de Toronto. Il suit aussi de près les développements de la pensée de l’essayiste Pierre Vadeboncoeur. En un mot, la littérature comme représentation forte de la culture fait partie de l’équation sociale que pose Lévesque au sujet du Québec.
 
On le voit ici et là plonger dans les arides statistiques, celles du chômage par exemple, pour essayer de tirer des profondeurs un portrait plus juste orienté vers des temps meilleurs. Lévesque est un vulgarisateur né. Il n’affirme pas. Il explique.
 
La question de l’accessibilité au logement pour tous revient régulièrement sous sa plume. Cela l’intéresse infiniment plus en tout cas que la construction d’autoroutes. L’état des routes lui sert surtout d’indicateur à une pauvreté générale. Ainsi, à propos de sa Gaspésie, dans une note de tournée, il écrit : « Il est une heure du matin, sur une route étroite, sinueuse, crevassée, parfois déchiquetée au bulldozer et laissée en pièces, sans signalisation, une route comme je n’en avais vu qu’outre-mer, en pays dévastés… »
 
La question de moralité dans les affaires publiques revient souvent sous sa plume. Devant les magouilles, il montre un profond dégoût, tout en se montrant résolu à réformer les institutions pour les rendre plus démocratiques. L’esprit démocratique est tenu en haute place sous sa plume. Au tempérament bouillant des jeunes révolutionnaires qui pullulent alors, il répond que la situation n’est pas perdue, qu’il est possible de forcer la porte pour entrer de plain-pied dans l’avenir. La lutte est certes difficile, mais il existe tout de même, croit Lévesque, des façons de changer le monde.
 
La plume de Lévesque propose aussi une critique des médias. Il ne les méprise pas, mais il n’est pas dupe pour autant du fait que ces espaces ne sont pas accrochés aux nuages et qu’ils soutiennent des luttes de pouvoir. Combien de chefs de parti railleraient aussi ouvertement la pensée qui prédispose aux éditoriaux de La Presse ou de The Gazette ?
 
On sent qu’il brûle de parler de politique internationale. C’est dans cet horizon que Lévesque situe sa quête d’un Québec souverain. Très peu de politiciens québécois ont ainsi constamment replacé leur patrie dans ce grand horizon du monde. Au fil de ses chroniques, Lévesque parle donc de Nasser, de la question irlandaise, de la situation à Singapour, de l’Allemagne, du Chili, du Vietnam brûlé par les bombes de napalm, de l’Égypte, de la France, de l’Angleterre, etc.
 
Les idées de Lévesque n’ont souvent pas pris une ride. Faut-il en conclure que l’essayiste Pierre Vadeboncoeur avait raison à son sujet quand il écrivait, en 1976, dans le secret d’un journal personnel publié depuis, que Lévesque était un cas à part ? Grand ami d’enfance de Pierre Elliott Trudeau, Vadeboncoeur en était venu pourtant à admirer Lévesque, dont il passait les idées au scalpel pour mieux les analyser. Dans son journal, Vadeboncoeur écrit : « Je tiens Lévesque pour un génie, un authentique génie. Je ne l’écrirais pas publiquement, parce qu’un mot semblable a toujours une apparence de naïveté quand on l’applique à un contemporain. » Habitué de peser chacun de ses mots comme s’ils devaient être coulés dans le bronze à jamais, Vadeboncoeur s’explique ainsi en secret et pour lui-même ce qui fait à son sens de Lévesque une figure à part au milieu des cinquante ans de vie politique qu’il a connus : « imagination extraordinaire, association d’idées d’une extrême richesse et rapidité, bon sens vraiment supérieur, pénétration, rapidité et justesse du coup d’oeil, dons d’expression — surtout verbale — tout à fait supérieurs, créativité saisissante […]. Le taux de combustion de cet esprit-là est celui de l’incandescence ».
René Lévesque, chroniques politiques (1 et 2)
Sous la direction d’Éric Bédard et de Xavier Gélinas, Hurtubise, Montréal

mardi, octobre 31, 2017

Quelque chose de pourri


Richard Martineau
Je disais l’autre jour que le Québec ressemblait à une république de bananes.
C’est faux.
Santa Banana, c’est trop lumineux. Ça sent la mer, la noix de coco, le pina colada.
Les pourris qui comptent leur fric en plein jour, sur un air de samba.
En fait, ce qui se passe au Québec ces temps-ci évoque plutôt un roman de John Le Carré.
Le brouillard, les ténèbres­­­.
Des ombres projetées sur des murs.
On nage en plein mystère, on ne sait même pas qui est le bon, qui est le méchant...
On se croirait à Vienne en 1949.
TROP GROS POUR ÊTRE VRAI ?
Pour paraphraser le Grand Will, il y a quelque chose de pourri au royaume du Québec.
Quand t’es rendu à te demander si c’est vrai que l’escouade spéciale anticorruption participe à un stratagème de collusion avec l’organisme qui est censé protéger l’intégrité des marchés financiers, au nez et à la barbe du gouvernement, du ministre de la Sécurité publique et de la SQ, c’est que ça va mal en simonac !
Le lien de confiance avec les institutions est rompu.
Moi, j’ai un principe dans la vie : plus une théorie du complot me semble grosse, moins elle me paraît crédible­­­.
Les allégations d’Annie Trudel et de Guy Ouellette me semblent tellement grosses, tellement énormes que j’ai de la difficulté à les croire.
Cela dit...
Si quelqu’un m’avait dit il y a un an que la police de Montréal espionnait des journalistes, j’aurais dit : « Voyons ! Pousse, mais pousse égal ! Arrête de fumer du pot, ça te rend parano ! »
Et pourtant...
LA RÉALITÉ DÉPASSE LA FICTION
Alors, qui croire ?
Je ne le sais pas. Je ne le sais plus.
Je me pose tellement de questions que j’en ai mal à la tête.
Parfois, cette histoire me paraît tellement loufoque que j’en ris.
Imaginez : deux lanceurs d’alerte qui se réfugient dans une station de radio pour échapper à une filature de la police !
Luc Dionne écrirait ça dans un de ses scénarios qu’on dirait : « Whoa, capitaine ! Dans un restaurant, OK, mais dans une station de radio ? »
En même temps... Le chef de la SQ est le gendre du chef de l’UPAC !
Pouvons-nous imaginer une situation plus surréaliste et plus improbable que ça ? Or, c’est vrai !
Le pire, c’est le silence de l’UPAC.
« On ne veut pas faire dérailler une enquête en cours », disent-ils.
C’est la confiance du peuple québécois au grand complet que vous êtes en train de faire dérailler, les amis !
Vous avez arrêté le président de la Commission des institutions... Et vous pensiez que ça ne sortirait pas ? Qu’on ne le saurait pas ?
Qu’on ne vous demanderait pas de comptes ? Des éclaircissements ?
Allo ?
FROID DANS LE DOS
La corruption qui a cours dans les Santa Banana du monde est presque drôle tellement elle est caricaturale.
Mais ce qui se passe au Québec depuis quelques mois ne me fait pas rire du tout.
Ça me glace le sang.
Comme chantent les Cowboys fringants : « Si c’est ça, le Québec moderne, moi, je mets mon drapeau en berne... »

caricature YANNICK LEMAY


caricature

Yannick Lemay