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samedi, avril 01, 2017

Couillard nie avoir reçu l’aide de Marc-Yvan Côté

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L’ex-collecteur de fonds, banni du PLQ, aurait été impliqué dans la course à la direction en 2013

31 mars 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec
Marc-Yvan Côté, ancien ministre québécois des Transports, lors de la commission Charbonneau
Photo: Commission Charbonneau / La Presse canadienne

Marc-Yvan Côté, ancien ministre québécois des Transports, lors de la commission Charbonneau
Philippe Couillard est catégorique : l’ex-collecteur de fonds libéral Marc-Yvan Côté n’a joué aucun rôle — même occulte — dans l’organisation de sa campagne à la chefferie du Parti libéral du Québec en 2013.
 
Le premier ministre dit avoir « demandé personnellement » au « beu de Matane », qui est banni à vie du Parti libéral du Canada, de ne pas se mêler de sa campagne à la succession de Jean Charest.
 
« Avant même que je ne l’annonce publiquement […], je l’ai rencontré. Je lui ai dit : “M. Côté, je ne veux pas que vous participiez à ma campagne” », a-t-il relaté lors d’un point de presse jeudi matin. M. Couillard affirme avoir « également transmis cette instruction à l’équipe de direction de [sa] campagne, qui l’[a] répandue dans toute l’organisation ».
 
Pourtant, Le Journal de Montréal titrait jeudi matin que « Marc-Yvan Côté [était] bel et bien impliqué dans la campagne de Philippe Couillard ».
 
Pour preuve, Le Journal cite des courriels entre des militants libéraux de longue date et M. Côté. Dans l’un d’entre eux, Lise Grondin prend soin de remercier l’ex-ministre de l’équipe Bourrassa dans les heures suivant la victoire décisive de M. Couillard aux dépens de Pierre Moreau et Raymond Bachand.
 
« Quelle belle journée. Même si tu étais dans l’ombre, félicitations d’être toujours là, et encore là… Reste avec nous, on va en avoir besoin », a écrit l’ex-directrice de cabinet du président de l’Assemblée nationale Michel Bissonnet le 17 mars 2013.
 
L’ex-responsable de l’organisation de la course à la direction de 2013 de M. Couillard pour l’Est-du-Québec, Josée Lévesque, a pour sa part bavardé avec M. Côté dans les jours suivants. Mme Lévesque assume actuellement les responsabilités de directrice de cabinet du whip en chef du gouvernement, Stéphane Billette.
 
La tenue de leurs échanges n’avait « rien à voir avec la politique », a indiqué le chef du gouvernement sans donner plus de détails. Mais M. Couillard a insisté : « M. Côté n’avait aucun rôle dans l’organisation de [sa] course à la direction, aucun mandat, aucune autorisation, point final. »
 
Les partis d’opposition exigent la tenue d’une commission parlementaire durant laquelle M. Côté, Mme Grondin et Mme Lévesque pourraient répondre à leurs questions. M. Couillard a balayé cette idée, soulignant qu’« une commission parlementaire, c’est le sommet d’un forum partisan ».
 
Réaction de Lisée
 
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, lui a reproché de cacher les ressorts de sa victoire de 2013.
 
« Il ne veut pas nous dire de quoi Mme Lévesque a parlé à Marc-Yvan Côté le lendemain d’une élection où elle [lui] avait livré tout l’Est-du-Québec, le terreau de Marc-Yvan Côté, clé en main », a-t-il lancé en chambre avant de se tourner vers le ministre Pierre Moreau.

« Qu’en pense le président du Conseil du trésor, qui est arrivé bon deuxième dans cette course ? Est-ce qu’il veut, lui, savoir la vérité ? »
 
Le chef caquiste, François Legault, a pour sa part décrit le PLQ comme un « parti de copinage où les amis passent avant l’intérêt public »« On comprend aujourd’hui que Philippe Couillard n’a jamais voulu faire le ménage », a-t-il dit.
 
Le candidat malheureux à la direction du PLQ Pierre Moreau dit n’avoir « aucune raison » de jeter le doute sur la légitimité de M. Couillard comme chef libéral. Il estime que son adversaire a fait le nécessaire en dictant à l’ex-ministre Marc-Yvan Côté — actuellement sous le coup d’accusations de fraude et d’abus de confiance — de demeurer en retrait de sa campagne. « Quel geste voulez-vous qu’il ait pu poser de plus ? Il ne pouvait quand même pas le couler dans le béton, Marc-Yvan Côté. »

Avec Dave Noël

MARC-YVAN CÔTÉ AU PLQ Un fantôme tenace

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Brian Myles
1 avril 2017 |Brian Myles | Québec | Éditoriaux
La tenue d’une commission parlementaire est de mise pour clarifier le rôle joué par Marc-Yvan Côté dans la campagne à la chefferie du PLQ de Philippe Couillard.

L'homme a commencé sa carrière d’organisateur politique au temps des enveloppes brunes, et il l’a poursuivie jusqu’à l’ère du numérique et des courriels encombrants.
 
La feuille de route de Marc-Yvan Côté est entachée par les scandales, petits et grands. En 2005, il avait avoué son implication dans le financement illégal du PLC lors de la commission Gomery. Banni à vie du PLC, cet organisateur « radioactif » n’aurait jamais dû obtenir une deuxième chance comme organisateur politique.
 
C’était sans compter sur la générosité de sa première famille d’adoption, le PLQ, grâce à laquelle il a pu poursuivre une prolifique carrière à l’intersection du développement des affaires et de l’organisation politique.
 
De 2000 à 2012, il aurait agi comme l’un des principaux responsables du financement illégal au PLQ, avec les résultats que l’on sait. L’UPAC a mis fin à sa prodigieuse carrière, l’an dernier, avec son arrestation pour complot, fraude envers le gouvernement, corruption de fonctionnaires et abus de confiance. Il est toujours en attente de son procès.
 
Marc-Yvan Côté est un vieux fantôme qui hante la maison libérale depuis plus de 20 ans. Cette fois, une enquête du Journal de Montréal, courriels à l’appui, laisse entendre qu’il a joué un rôle dans l’organisation de la campagne à la chefferie du PLQ de Philippe Couillard, en 2012 et 2013.
 
Le premier ministre se décharge de toute responsabilité. De un, il avait demandé « personnellement » à Marc-Yvan Côté de se tenir à l’écart de sa campagne. De deux, il avait transmis la directive à l’équipe de direction de sa campagne. De toute évidence, quelqu’un, quelque part dans son organisation, n’a pas pris l’avertissement au sérieux.
 
M. Côté a aidé les organisateurs à repérer des délégués favorables à la candidature de M. Couillard. Au lendemain de sa victoire, une militante libérale, Lise Grondin, a envoyé un courriel au vieux routier. « Même si tu étais dans l’ombre, félicitations d’être toujours là, et encore là », lui écrit-elle.
 
Il est possible que Philippe Couillard n’ait rien su de l’implication de Marc-Yvan Côté dans sa campagne. Possible que celui-ci ait joué un rôle indirect et lointain. Possible, mais hautement improbable compte tenu des antécédents de ce collecteur et de l’ascendant qu’il exerçait sur les troupes libérales dans l’est du Québec. L’hypothèse la plus plausible, c’est que les organisateurs de Philippe Couillard, en dignes héritiers spirituels de Marc-Yvan Côté, n’ont pas pu se passer de ses précieux conseils.
 
Voilà une situation délicate pour les libéraux. Au pire, Marc-Yvan Côté était mêlé directement à la campagne de Philippe Couillard, ce qui contredirait des déclarations antérieures de la formation. En effet, le PLQ soutient que Marc-Yvan Côté a cessé de s’impliquer dans le parti en 2011. Au mieux, M. Côté jouait encore et toujours un rôle officieux d’artisan de l’ombre, ce qui en dirait long sur l’absence de jugement éthique des organisateurs « officiels » de M. Couillard.
 
Le premier ministre ne voit pas l’utilité d’une commission parlementaire pour clarifier cette situation encombrante. Si sa conscience est nette, comme il l’affirme, il n’aurait rien à craindre d’un exercice au cours duquel les élus de l’opposition se ridiculiseraient avec un tissu d’insinuations et de fausses rumeurs.
 
Cette commission permettrait d’entendre la version des principaux intéressés : Marc-Yvan Côté et les organisateurs de la campagne de M. Couillard, dont la crédibilité est mise en cause dans cette affaire.

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Malgré la tourmente, Bombardier persiste et signe

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PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 17 H 28 | Mis à jour à 18 h 00

Après l'annonce du président du conseil d'administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, de renoncer à l'augmentation de 37 % de sa rémunération pour 2016, Bombardier a publié samedi une lettre ouverte dans laquelle l'entreprise défend ses politiques de rémunération.
Dans la lettre, Jean C. Monty, président du comité des ressources humaines et de la rémunération de Bombardier, justifie les hausses de salaire consenties aux dirigeants par la nécessité « d’attirer et de retenir » des candidats de calibre international qui permettent à l’entreprise de demeurer compétitive sur les marchés mondiaux.
Nous comparons la structure de rémunération de notre haute direction à celle d'autres entreprises publiques de taille et d'envergure similaires; les entreprises avec lesquelles nous nous battons pour les meilleurs talents. Jean C. Monty, président du comité des ressources humaines et de la rémunération de Bombardier
Il a déploré une « absence de contexte » dans les médias relativement à l’annonce des hausses de salaire. Jean C. Monty explique que le versement de plus de la moitié des 32 millions de dollars octroyés aux six plus hauts dirigeants – est conditionnel à l’amélioration des performances de l’entreprise au cours des trois prochaines années.
Si l'entreprise n'obtient pas de bons résultats, si le cours de ses actions n'augmente pas, si elle ne crée pas de valeur pour ses actionnaires, cette rémunération ne sera jamais versée aux hauts dirigeants. Jean C. Monty, président du Comité des ressources humaines et de la rémunération de Bombardier
« À titre de président du comité de rémunération de Bombardier, je suis convaincu que nos pratiques de rémunération sont saines et qu'elles reflètent notre besoin d'attirer et de retenir les meilleurs talents d'ici et du monde entier », ajoute-t-il.
Le président du comité des ressources humaines revient également sur les faits d’armes de Bombardier au cours de la dernière année en évoquant notamment la certification des deux modèles d'avion C Series et les importantes transactions conclues avec Delta et Air Canada.
Mettant de côté le fait que l’entreprise a frôlé la faillite en 2015 et qu’elle a bénéficié d’une aide publique de près de trois milliards de dollars de la part du gouvernement fédéral, Jean C. Monty soutient que les récentes réalisations de Bombardier l’ont mis en bonne posture pour « générer des résultats solides et durables pour l'avenir ».
« Un problème beaucoup plus large »
Si le président du conseil d'administration de Bombardier a annoncé publiquement qu’il renonçait à son augmentation, ses cinq collègues sont demeurés silencieux sur leurs intentions.
Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l’UQAM, considère que le geste de Pierre Beaudoin était « était absolument nécessaire », mais que le problème demeure beaucoup plus large.
Le professeur estime que les autres hauts dirigeants de l’entreprise devraient également renoncer à une partie de leur augmentation « compte tenu de l’importance de l’aide publique dans le sauvetage de la situation ».
[…] C’est une entreprise privée, oui, les règles sont différentes, mais en fait cette entreprise privée-là ne pourrait pas exercer les activités qu’elle exerce aujourd’hui si elle n’avait pas obtenu de l’aide en 2015-2016. Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l’UQAM
Et il croit que Bombardier devrait carrément s’engager à revoir ses politiques de rémunération.
Éric Pineault montre aussi du doigt les agissements des gouvernements Trudeau et Couillard ainsi que de la Caisse de dépôt et placements du Québec dans le dossier.
« Il n’y a pas de conditionnalité qui a été mise à l’octroi de subvention et de prêts à Bombardier et là aussi je pense qu’il y a une réflexion à entamer », soutient-il.
« Quand on a aidé le secteur automobile, même aux États-Unis quand on aidé le secteur bancaire, une des premières mesures que ces différents gouvernements ont prises a été de mettre des plafonds sur les rémunérations », rappelle le professeur.
Pour Éric Pineault la situation actuelle entraîne une crise de confiance au sein de la population quant aux capacités de l’entreprise, mais également à l’égard des compétences de la direction.
« Soit on a une entreprise très déconnectée ou soit on a une entreprise qui est incapable – et moi je penche plutôt pour le deuxième cas – qui a des problèmes organisationnels profonds parce qu’elle est incapable de prévoir et de développer une stratégie de gestion d’une crise de l’opinion publique qui était évidente […] ça c’est juste gérer l’opinion publique et on demande à cette entreprise-là de gérer sa restructuration. On peut se poser des questions », conclut-il.
Manifestation dimanche
Une manifestation est organisée dimanche à 11 h 30 devant le siège social de Bombardier à Montréal, situé sur le boulevard René-Lévesque Ouest.
L'un des organisateurs, Étienne Diotte, invite les citoyens indignés comme lui à venir faire connaître leur frustration de manière pacifique.