5 mai 2017 |Marie Vastel - Correspondante parlementaireà Ottawa
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne
Le passé séparatiste de Maxime Bernier pourrait-il lui nuire en Alberta, ou nuire aux députés qui l’appuient?
Le passé séparatiste de Maxime Bernier revient le hanter dans l’ouest du pays. Un tract distribué dans quelques circonscriptions albertaines, et dont Le Devoir a obtenu copie, prévient des citoyens que leur député provincial n’appuie nul autre… qu’un nationaliste québécois.
Une simple photocopie en noir et blanc a atterri dans les boîtes aux lettres de résidents d’au moins quatre circonscriptions du centre de l’Alberta. Le tract affiche une photo de Kevin O’Leary et le cite en entrevue début mars : «Il doit être séparatiste, dit-il au sujet de Maxime Bernier. Il laisse entendre que le Québec ne fait pas partie du Canada.» Une photo de Maxime Bernier accompagne une seconde citation, de la part du député beauceron, cette fois-ci sur son passé séparatiste : «Oui, je suis un Québécois très nationaliste», disait-il à Radio-Canada en juillet 2016. «Votre député provincial appuie fièrement Maxime Bernier», conclut le dépliant.
Perplexes quant à l’origine du tract, qui n’est pas signé, des électeurs ont appelé les bureaux de quatre députés du Wildrose albertain.
Dans la circonscription de Jason Nixon, «plusieurs appels» ont été faits depuis une semaine afin de savoir si le tract était le sien. «Personne ne pose plus de questions que ça», a indiqué une adjointe. À l’est, le bureau de Rick Strankman a eu droit à deux coups de fil, mais on n’y voit rien de plus qu’une «campagne de salissage» et non un grand enjeu. Au nord, un résident de la circonscription de Wes Taylor s’est inquiété que cela nuise à son député. M. Taylor «ne croit pas que cela affecte sa réputation»,a relaté son adjoint Lee Cooper. «La majorité des gens vont le jeter à la poubelle et l’oublier.»
Un passé inconnu
Le député Derek Fildebrandt a reçu deux appels, mais minimise l’impact du tract, qui selon lui «n’est pas la publicité négative la plus futée». «Maxime Bernier est un fier Canadien», a-t-il martelé.
Son passé séparatiste pourrait-il néanmoins lui nuire en Alberta, ou nuire aux députés qui l’appuient ? M. Fildebrandt a nié ce passé, jusqu’à ce que Le Devoir lui apprenne que M. Bernier avait travaillé pour Bernard Landry au ministère des Finances à la fin des années 1990.
L’équipe de campagne de Maxime Bernier n’a pas voulu commenter le dépliant. «Ça fait 10ans que Maxime est député fédéral. […] Maxime a prouvé qu’il est fédéraliste. Personne ne remet ça en doute», a martelé un stratège en arguant quant à lui que son passé était bien connu. «La majorité des Albertains sont au courant et ça ne les dérange pas.»
Front commun agricole
Maxime Bernier affronte en outre la fronde des agriculteurs québécois, qui veulent l’empêcher d’abolir la gestion de l’offre.
Le groupe Les Amis de la gestion de l’offre s’est mobilisé, dans le cadre de la course à la chefferie, afin de lui barrer la route. Des 16 000 membres conservateurs au Québec, 12 000 se seraient inscrits depuis le début de la course et la moitié seraient issus des Amis de la gestion de l’offre. Le fondateur du groupe, Jacques Roy, a invité jeudi tous ses membres à voter pour Andrew Scheer, qui serait le second meneur selon les sondages. «M.Scheer est le candidat qui a le plus d’appuis parmi les députés du Québec» et «le candidat qui a les meilleures chances de l’emporter devant Maxime Bernier», a fait valoir M. Roy par voie de communiqué.
Le camp Bernier est bien conscient que les agriculteurs dominent 37 circonscriptions du Québec, mais estime qu’ils iront chercher 100 % du vote dans seulement 20 comtés. Ce seraient donc 2000 points qui échapperaient à M. Bernier, sur les 7800 points que compte le Québec pour le vote (100 points par circonscription). Un calcul qui n’inquiète pas la campagne du candidat beauceron.
27 février 2016 20h04 |Marie Vastel - Correspondante parlementaireà Ottawa|Canada
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir
Maxime Bernier persiste à parler de sa candidature à la chefferie du Parti conservateur du Canada au conditionnel.
Un site Web, une vidéo promotionnelle, une équipe de partisans vêtus de t-shirts à son effigie : Maxime Bernier s’est présenté au rassemblement conservateur du weekend tel un candidat menant sa campagne à la chefferie tambour battant. Mais le député beauceron ne confirme toujours pas qu’il se lancera dans la course, quoiqu’il ricane lui-même lorsqu’il parle de sa candidature au conditionnel.
L’image était frappante, samedi, à la conférence du Centre Manning qui rassemble chaque année des conservateurs de partout au pays. Trois potentiels candidats à la succession de Stephen Harper étaient invités à s’adresser à la foule. Maxime Bernier s’est présenté entouré d’une vingtaine de jeunes, arborant un t-shirt affichant son visage et un slogan : «J’appuie Maxime». L’équipe distribuait des cartes publicisant un site Internet «Maxime2017.ca». Le suspens était quasi inexistant.
Nonobstant, Maxime Bernier persiste à parler de sa candidature au conditionnel. Il attend les règles de la course, qui devraient être annoncées d’ici la fin du mois de mars. «Ce que je peux vous dire, c’est que je prends tous les moyens pour être capable de dire oui», a-t-il toutefois fini par admettre suite à son allocution.
Maxime Bernier a repris son plaidoyer pour le libre marché et la fin des subventions aux entreprises comme Bombardier et GM. Une philosophie qui n’exclut pas de revoir le système de gestion de l’offre, M. Bernier n’ayant pas fermé la porte. Il milite en outre pour revoir la formule de péréquation. «Ça ne fait pas de sens qu’une province qui a flirté avec l’indépendance politique depuis des décennies est financièrement plus dépendante que jamais du reste du pays». Le principe «est noble», «sain», mais la formule «doit être révisée pour s’assurer qu’elle soit équitable pour toutes les régions du pays, et surtout qu’elle permette la prospérité dans toutes les régions du pays».
Le Québec étant la seule province où le PC a augmenté son nombre de sièges en octobre dernier, Maxime Bernier estime que cela fait de lui un candidat potentiel idéal. «Je sais que je peux vendre des idées conservatrices aux Québécois et à tous les Canadiens. »
Clement s’en prend à CBC… et son parti
L’Ontarien Tony Clement a lui aussi repris les valeurs conservatrices traditionnelles : petit gouvernement, faibles impôts, sécurité. Mais le parti doit aussi parler environnement et lutte à la pauvreté. «Pourquoi est-ce que seuls les libéraux et le NPD se préoccupent de la pauvreté? Nous on s’en préoccupe.»
Il en a aussi profité pour critiquer le financement de CBC-Radio-Canada, sujet chouchou des conservateurs. «Une politique désuète, qui doit être remplacée», a-t-il lancé, accueilli d’applaudissements nourris. M. Clement ne propose pas de nouvelle formule. Il s’interroge surtout sur l’argent versé à la télévision de Radio-Canada puisqu’à la radio, «c’est différent». Le monde des médias a changé. «Tout cela ne peut pas changer pour toute autre organisation médiatique et pas changer pour la CBC.» M. Bernier n’a pas voulu s’aventurer.
Tony Clement a aussi décroché une flèche à l’ancienne garde conservatrice. «Il est temps d’écouter les membres du parti, dont plusieurs ont plus d’expérience électorale et de gros bon sens que ce dont a fait preuve le quartier général de la campagne», a-t-il répété en anglais comme en français, là aussi applaudi.
Sa collègue ontarienne Lisa Raitt n’a pas voulu adresser les mêmes reproches. Saluant à quelques reprises le leadership de Stephen Harper, elle a même sommé les conservateurs de«ne jamais parler en mal de tout autre conservateur». Son message était simple : le parti doit être prêt à gagner l’élection dans quatre ans. «Personne ne devrait assumer que par simple vertu du nom Trudeau, vous allez avoir deux mandats consécutifs», a-t-elle expliqué, en notant que des militants semblent adopter cette idée défaitiste. «Pourquoi se donner cette permission d’échouer? On peut gagner en 2019. »
L’unilinguisme d’O’Leary attaqué
MM Bernier et Clement sont bilingues, Mme Raitt dit y travailler. Maxime Bernier s’en est pris à la vedette anglophone Kevin O’Leary, qui songe aussi à se lancer. L’homme d’affaires et ex-dragon de la CBC disait vendredi ne pas avoir besoin d’apprendre le français, car les Québécois voudront parler économie peu importe dans quelle langue. M. Bernier l’a accusé d’être un «touriste au Québec» dans son discours, puis sur Twitter.
5 novembre 2015 19h55 | Mélanie Marquis - La Presse canadienne à Ottawa|Canada
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne
Rona Ambrose a été préférée à Diane Finley et au duo Denis Lebel-Michelle Rempel, notamment.
La députée albertaine Rona Ambrose succède au chef conservateur Stephen Harper à la barre du Parti conservateur. Elle assurera l’intérim en attendant l’élection d’un chef permanent.
Le caucus conservateur lui a confié jeudi la responsabilité de redonner un nouvel élan au parti, qui a été relégué aux banquettes de l’opposition officielle à Ottawa le 19 octobre dernier.
« Je suis extrêmement fière d’être la nouvelle leader de l’opposition », a lancé Mme Ambrose au cours d’un bref point de presse à l’issue de sa victoire.
Celle qui a été notamment titulaire des ministères de la Santé, de l’Environnement ou encore de la Condition féminine a promis dans un français hésitant de diriger une formation d’opposition « efficace, constructive, optimiste, confiante ».
Plusieurs députés du Québec considéraient le bilinguisme comme un critère d’embauche assez important. À l’issue de la réunion du caucus, ils ont tous plaidé que la députée albertaine maîtrisait le français, même si cette dernière ne parle pas couramment la langue.
« J’ai eu des conversations en français avec Mme Ambrose, et c’est sûr que lorsque vous parlez seul à seul, ce n’est pas comme parler devant la faune journalistique », a soutenu le député Gérard Deltell.
« Son français est bon. Il n’est pas aussi bon que son portugais ni aussi bon que son anglais, mais il est bon. Il y a peut-être place à une petite amélioration », a pour sa part affirmé Maxime Bernier, qui a été réélu pour une quatrième fois consécutive en Beauce.
Le caucus conservateur a pris « une bonne décision » en confiant à Rona Ambrose les rênes de la formation, a-t-il dit : « Elle a de l’expérience dans l’opposition, de l’expérience en tant que ministre, donc pour nous, c’est un excellent choix, on est très heureux. »
Les députés du Québec avaient « comme premier choix Denis Lebel, évidemment », mais « le choix de Mme Ambrose est excellent », a quant à lui affirmé le nouveau venu Pierre-Paul Hus à la sortie de la rencontre, au cours de laquelle Stephen Harper a prononcé un discours.
Selon le récit qu’en ont fait quelques députés conservateurs, l’ancien premier ministre a réitéré qu’il prenait la responsabilité pour la défaite. M. Harper, qui était entré par une porte située à l’arrière du parlement, est reparti après son discours sans s’adresser aux journalistes.
Un «message conservateur» qui a nui
Depuis le revers du 19 octobre, plusieurs députés réélus ou défaits ont formulé l’hypothèse que la façon dont le « message conservateur » était communiqué avait nui au parti, que le ton était trop négatif ou partisan.
Lorsqu’on a demandé à Mme Ambrose comment pourrait s’opérer le changement de ton, elle est demeurée évasive. « Eh bien, je suis ici. Je ne suis pas certaine si c’est le reflet qu’on a un nouveau ton, mais mes collègues m’ont choisie et ils m’ont fait confiance », a-t-elle offert.
La nouvelle dirigeante intérimaire du Parti conservateur a tenu à féliciter le premier ministre Justin Trudeau et ses troupes pour leur victoire. « Je suis impatiente de travailler avec lui et avec [Thomas] Mulcair et tous les députés de la Chambre des communes », a-t-elle déclaré.
Le poste de chef de l’opposition — même intérimaire — comporte ses avantages : il est accompagné d’une augmentation salariale de 80 100 $, d’une voiture de fonction avec chauffeur et des clés de Stornoway, la résidence officielle du leader de l’opposition à Ottawa.
C’est donc Rona Ambrose qui aura droit à tout cela, ayant été préférée aux candidats Diane Finley, Candice Bergen, Rob Nicholson, Erin O’Toole, Mike Lake, ainsi que le duo Denis Lebel-Michelle Rempel.
Maintenant qu’ils ont franchi l’étape d’élire un chef intérimaire, les conservateurs consacreront certaines de leurs énergies à tenter de comprendre ce qui a mené à leur défaite le 19 octobre dernier.
« Le Parti conservateur nous a dit qu’il allait faire des consultations avec le caucus, avec les gens défaits, avec nos membres à travers le Canada et après ça on va avoir le rapport, le rapport va être public », a affirmé Maxime Bernier.
Mais pendant ce temps, on pensera déjà à une autre élection — celle du chef qui remplacera Stephen Harper de façon permanente à la direction du Parti conservateur. La date de cette élection n’a pas encore été fixée par l’exécutif national, mais ce ne serait pas pour demain.
Alors qu’il était de passage dans la circonscription ontarienne de son ministre des Finances, Stephen Harper a promis d’instaurer, s’il est réélu, un crédit d’impôt pour la rénovation domiciliaire.
Les campagnes électorales se suivent et se ressemblent, du moins lorsqu’il s’agit des campagnes conservatrices. Stephen Harper y est allé de sa première promesse d’importance mardi, mais a rendu celle-ci conditionnelle à une embellie économique. Et il a reconnu qu’il en irait de même avec ses autres annonces à venir. Le scénario de 2011 se reproduit donc, alors que plusieurs de ses promesses de l’époque avaient dû attendre le retour à l’équilibre budgétaire, qui est finalement survenu… quatre ans plus tard, juste à temps pour le scrutin suivant.
Alors qu’il était de passage dans la circonscription ontarienne de son ministre des Finances, Stephen Harper a promis d’instaurer, s’il est réélu, un crédit d’impôt pour la rénovation domiciliaire. Ce crédit s’appliquerait à toute rénovation effectuée pour augmenter la valeur de la propriété : l’aménagement d’un appartement pour ses parents âgés se qualifierait autant que l’ajout d’une troisième salle de bain en marbre. Les travaux d’une valeur de 1000 $ à 5000 $ seront acceptés, pour une économie d’impôt maximale de 600 $. Les conservateurs estiment que ce programmecoûtera 1,5 milliard de dollars par an. Mais voilà : Ottawa n’a pas cet argent pour l’instant. C’est pourquoi M. Harper a parlé d’une mesure qui entrerait en vigueur à peu près en 2017.
Il a refusé de reconnaître, comme le suggérait une journaliste, que c’était la preuve que la situation économique canadienne n’est pas aussi rose qu’il le clame. «C’est ainsi que nous avons organisé toute notre plateforme électorale, a déclaré le chef conservateur. Nous avons aussi fait cela à la dernière élection. Nous prenons des engagements et promettons de les mettre en oeuvre au cours de notre mandat. Et de les livrer d’une manière qui soit abordable à long terme. Une fois que nous les mettons en oeuvre, nous ne les retirons pas et ne les réduisons pas. […] Nous visons une mise en oeuvre à la mi-mandat. Si vous regardez notre plan fiscal, on aura l’espace fiscal à ce moment. Mais nous allons nous assurer que c’est soutenable avant de le mettre en oeuvre.»
En 2011, le Parti conservateur avait également rendu plusieurs de ses promesses les plus significatives conditionnelles au retour à l’équilibre budgétaire : le fractionnement du revenu, lerehaussement à 10 000 $ du plafond annuel de cotisations au Compte d’épargne libre d’impôt (CELI), le doublement à 1000 $ du crédit d’impôt pour les activités physiques des enfants et son élargissement aux adultes. Finalement, l’atteinte du déficit zéro est survenue en 2015-2016 (quoique les troubles économiques pourraient encore teindre en rouge cette encre noire.) Aussi, le fractionnement a été instauré cette année rétroactivement à 2014, la hausse pour les CELI a débuté en 2015 et le crédit d’impôt pour les activités physiques des adultes a été tabletté.
Cette promesse lointaine a suscité les railleries du chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.«Le diable est dans les détails. Pis Harper a l’air chum avec ce gars-là!»
Répéter le passé
Le crédit promis n’est par ailleurs pas nouveau. En 2009, lorsque la crise économique a frappé, Ottawa avait instauré le Crédit d’impôt pour rénovation domiciliaire (CIRD) pour des travaux d’une valeur maximale de 10 000 $ (et une économie d’impôt maximale de 1350 $). Le programme n’avait duré qu’une année.
M. Harper a soutenu que «le crédit à la rénovation domiciliaire aide tous les propriétairesfonciers, sans égard à leurs revenus. Je sais que Justin Trudeau ne croit pas que toutes les familles méritent de l’aide, mais nous, nous le pensons.» Du coup, il a passé sous silence le fait que seulement 69 % des Canadiens (et 55 % des Montréalais) sont propriétaires de leur toit.
Ce crédit à la rénovation est différent de celui qui existait pour récompenser les propriétaires améliorant l’efficacité énergétique de leur domicile. Instauré par les libéraux en 1998, ÉnerGuide, utilisé par 80 000 contribuables par année, avait été aboli par les conservateurs dès leur arrivée au pouvoir. Ils l’avaient remplacé un an plus tard par ÉcoÉnergie, sensiblement le même. Ils ont définitivement mis la hache dedans en 2012. Il est à noter que le budget 2015 a instauré un crédit aux rénovations pour les personnes âgées améliorant l’accessibilité de leur demeure.
Le gouvernement conservateur a présenté mardi son dixième budget.
C’est avec la fierté du devoir accompli que le ministre des Finances, Joe Oliver, a déposé son premier budget mardi, un opus rédigé à l’encre noire. Ce retour à l’équilibre budgétaire est cependant rendu possible en rognant les coussins de sécurité auxquels s’était abonné Ottawa depuis plusieurs années. Et si le budget signé Joe Oliver est parsemé de promesses de dépenses qui ne doivent se réaliser que dans plusieurs années, il a l’avantage, à l’aube d’une campagne électorale, de lier financièrement les mains des autres partis politiques.
Ainsi, comme le promettait depuis des semaines déjà le gouvernement conservateur, le budget 2015-2016 sera équilibré. Le surplus anticipé s’élève à 1,4 milliard de dollars, mais il est le fruit d’un changement dans les prévisions d’Ottawa. Le ministère des Finances fait en effet passer la réserve pour éventualités de 3 à 1 milliard de dollars. Si ce coussin avait été maintenu à son niveau historique, alors le budget afficherait encore un léger déficit de 600 millions.
Les fonctionnaires ont justifié ce changement de calcul par le fait que les revenus d’Ottawa ont déjà été revus à la baisse à cause des mauvaises perspectives économiques et qu’un double malheur est peu probable. Le ministre Oliver, lui, a laissé entendre que le prix du pétrole était la seule source d’incertitude financière pour le gouvernement. Comme il avait atteint un prix plancher, les risques étaient minimes, a-t-il dit.
«On a eu une chute du prix du pétrole de 50-55%», a dit M. Oliver en conférence de presse. «Ça a réduit le risque d’une autre chute du pétrole. Je ne prédis pas le prix, mais il y a plus de stabilité, et c’est une raison pour laquelle on pouvait réduire la réserve pour les imprévus, pour l’éventualité. Aussi, quand on a un surplus, on a une plus grande protection.» Pendant le règne de son prédécesseur libéral Paul Martin, le coussin annuel était de 3 milliards de dollars malgré les surplus anticipés.
Des dépenses… pour plus tard
M. Oliver s’est fait demander si l’équilibre budgétaire n’était pas davantage le résultat d’entrées d’argent ponctuelles non récurrentes, comme la vente de ses actions restantes dans GM (un apport net de 1 milliard cette année) ou le surplus de la caisse d’assurance-emploi (1,8 milliard), plutôt qu’un savoir-faire conservateur particulier. M. Oliver a balayé ces considérations du revers de la main. «Ce qui compte, c’est que les revenus seront supérieurs aux dépenses et c’est pour cela qu’il y a un surplus.» Les revenus fédéraux pour 2015-2016 s’élèvent à 290,3 milliards, et les dépenses, à 288,9 milliards.
Ce premier budget signé Joe Oliver a surtout la particularité de promettre une multitude de dépenses qui ne surviendront pas avant plusieurs années. Sécurité, recherche scientifique, infrastructures, défense, réduction d’impôt pour les petites entreprises : tout arrive en 2016, 2017, voire en 2019. Même les 210 millions prévus pour célébrer le 150e anniversaire de la fondation du Canada en 2017 (sous forme d’amélioration des infrastructures) sont étalés… sur les quatre prochaines années !
Faut-il y lire une façon de limiter la capacité d’action d’un éventuel gouvernement libéral ou néodémocrate ? M. Oliver l’a reconnu à mots couverts. «Il y a des choses qu’on veut faire qui sont tellement importantes qu’on veut les légiférer. […] On veut que ça continue», a-t-il répondu.
Même la sécurité, qui est pourtant un dada conservateur, n’échappe pas à la logique du«promettre aujourd’hui, décaisser plus tard». Et des promesses en matière de lutte au terrorisme et de défense, le budget 2015 en contient beaucoup. Le ministère de la Défense nationale se voit promettre une indexation automatique de son budget annuel de 3 % (plutôt que 2 %) à partir de 2017, et ce, sur 10 ans. Au fil de la décennie, cela représentera des investissements militaires supplémentaires de 11,8 milliards.
Pour faire suite aux diverses critiques entendues pendant l’étude du projet de loi antiterroriste C-51, le gouvernement accorde un total de 293 millions supplémentaires à la Gendarmerie royale du Canada, au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et à l’Agence des services frontaliers pour qu’ils s’acquittent plus facilement de leurs nouvelles responsabilités. L’investissement, là encore, n’est que de 18 millions cette année, le gros de l’enveloppe survenant entre 2018 et 2020. Le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS) voit son budget bonifié de 2 millions par année.
L’autre important volet de ce budget est la promesse d’investir dans le transport en commun dans les grandes villes du Canada. Le chiffre de 1 milliard qui avait fait l’objet d’une fuite orchestrée dans les médias s’avère trompeur. En fait, les fonds ne commenceront à affluer que dans deux ans, et encore, à raison de 250 millions la première année et 500 millions la deuxième. Ce n’est qu’en 2019, soit au prochain rendez-vous électoral, que ce sommet d’un milliard sera atteint !
La science payante
La science n’est pas oubliée dans ce budget 2015. Ottawa accorde ainsi aux conseils subventionnaires (sciences naturelles et génie, sciences humaines, santé) 46 millions de plus par année, encore là à compter de 2016-2017 seulement. La très grande majorité des fonds octroyés devra servir à établir des collaborations entre les chercheurs et les entreprises privées. Le gouvernement conservateur poursuit donc le virage qu’il avait entamé en faveur de la science appliquée plutôt que de la recherche fondamentale. D’ailleurs, une somme 119,2 millions sur deux ans est prévue pour le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) afin qu’il poursuive cette transition vers les besoins de l’industrie amorcée en 2012.
Peu de nouveautés et des promesses tablettées
Le budget Oliver contient peu de nouveautés, et pour cause. Les plus importantes dépenses qui ont lieu cette année sont celles destinées aux familles (bonification des prestations mensuelles pour enfants et fractionnement du revenu) qui avaient été annoncées en octobre dernier par Stephen Harper. Notons quand même que le congé de compassion qu’une personne peut prendre (par l’entremise du programme d’assurance-emploi) pour s’occuper d’un proche en fin de vie passe de six semaines à six mois. Le budget donne aussi un répit aux retraités en réduisant le rythme auquel ils doivent décaisser leurs épargnes.
Quant aux deux promesses faites par les conservateurs en 2011 et qui étaient conditionnelles au retour à l’équilibre budgétaire, l’une d’elles sera réalisée, l’autre abandonnée. Ainsi, Ottawa fait passer à 10 000 $ le maximum annuel qu’un contribuable peut verser à un Compte d’épargne libre d’impôt (CELI), malgré les mises en garde du directeur parlementaire du budget, qui estime que cette mesure ne profitera qu’aux plus riches. Cependant, le gouvernement renonce à sa promesse d’instaurer un crédit d’impôt de 500 $ pour les activités physiques des adultes (comme il en existe pour les activités des enfants). Le gouvernement crée plutôt un groupe de travail sur la question. Le ministre Oliver a reconnu que ce projet était tabletté.
Pétrole absent
Notons enfin que si le budget a été déposé tardivement cette année au motif que le ministre Joe Oliver voulait bien comprendre l’impact sur les finances publiques de la chute des prix du pétrole, cette question occupe une part très marginale du budget. Il a fallu interroger les fonctionnaires pour apprendre qu’Ottawa s’attend à perdre 3,6 milliards en revenus à cause de l’or noir déprécié, ce chiffre n’étant écrit nulle part dans le document de près de 600 pages.
Enfin, le déficit prévu pour l’année qui vient de se terminer sera, lui, de 2 milliards, ce qui devrait porter la dette du Canada à 614 milliards. Elle était de 481,5 milliards quand les conservateurs de Stephen Harper ont pris le pouvoir en 2006.
Un budget qui néglige la classe moyenne, dénonce l’opposition
Les partis d’opposition étaient mécontents du budget Oliver, mardi. Autant le chef du NPD, Thomas Mulcair, que celui du Parti libéral, Justin Trudeau, estiment que ce budget n’accorde pas assez d’attention à la classe moyenne.
«Ce budget est décevant parce qu’il ne prend pas acte des inégalités croissantes dans notre société», a dit M. Mulcair. Justin Trudeau parle d’un budget qui «aide ceux qui n’en ont pas besoin». Les deux chefs ont promis, s’ils sont élus, d’abolir le fractionnement du revenu, cette mesure permettant à deux parents de répartir entre eux — sur papier — leurs revenus pour abaisser leur taux d’imposition. Elle coûtera 1,9 milliard de dollars par an au Trésor public et, selon l’analyse du directeur parlementaire du budget, profitera à seulement 15 % des ménages. Les plus riches d’entre eux pourront économiser 2000 $ par an.
M. Trudeau a pour sa part, et c’est une nouveauté, promis d’annuler la hausse à 10 000 $ du plafond annuel de contributions aux CELI. Contrairement aux REER, ce véhicule permet d’accumuler des intérêts à l’abri du fisc. «Il y a très peu de familles de la classe moyenne qui disposent, à la fin de l’année, de 10000$ à investir. Cela aidera de manière disproportionnée les Canadiens qui n’en ont pas besoin», a expliqué M. Trudeau.
Par ailleurs, M. Trudeau a garanti qu’il maintiendra l’équilibre budgétaire s’il est élu tandis que M. Mulcair s’est montré plus vague à ce sujet, répétant que les gouvernements néodémocrates provinciaux avaient le meilleur bilan à cet égard. «C’est encore une priorité pour nous», s’est-il contenté de répondre.
20 avril 2015 | Jennifer Ditchburn - La Presse canadienne - à Ottawa|Canada
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne
Le sénateur suspendu, Mike Duffy
Il semble que le sénateur suspendu Mike Duffy était perçu comme un atout par plusieurs conservateurs, selon des documents rendus publics dans le cadre de son procès.
Au moins 74 députés — anciens et actuels — ont demandé à l’ancien journaliste de faire des apparitions à des événements, d’enregistrer des messages pour leurs partisans et même de les suivre en campagne électorale.
M. Duffy aurait travaillé pour des conservateurs de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard — avec un succès mitigé puisque plusieurs d’entre eux ont perdu leurs élections.
Le sénateur suspendu aurait notamment aidé à cinq reprises le ministre actuel de l’Emploi et de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre.
Le journal de Mike Duffy, rédigé entre 2009 et 2012, montre le statut de célébrité dont il bénéficiait au sein de son parti quand il était encore dans ses bonnes grâces. Ces écrits sont utilisés en preuve pour son procès. M. Duffy fait face à 31 chefs d’accusations de fraude, d’abus de confiance et de corruption.
L’avocat de M. Duffy, Donald Bayne, plaide que de telles activités partisanes faisaient partie de ses fonctions de sénateur. Me Bayne a insisté sur le fait que le Parti conservateur avait encouragé sa participation à ces nombreux événements.
Il a présenté notamment une photo de M. Duffy et du premier ministre Stephen Harper, sur lequel ce dernier le décrivait comme un «bon journaliste et un bon sénateur». M. Harper avait en outre remercié le sénateur à l’époque, qui était «l’une de [ses] meilleures nominations».
À l’été 2009, M. Duffy avait pris part à dix événements politiques en dix-huit jours dans deux provinces et un territoire.
Sentiment de trahison
Le temps qu’il avait passé à voyager et à travailler pour ses collègues conservateurs explique probablement pourquoi le parti avait d’abord défendu le sénateur lorsque le scandale des dépenses du Sénat avait éclaté. La direction du parti avait même accepté de payer ses frais d’avocats au début des procédures.
Son historique de travail partisan peut aussi démontrer pourquoi il s’était senti trahi lorsqu’il avait été exclu du caucus conservateur en mai 2013 et, plus tard, suspendu du Sénat. «Je n’ai jamais reçu une seule note du comité des finances du Sénat, ni du leadership qui suggérait que quelque chose ne tournait pas rond avec mesvoyages. En fait, ceux qui sont de l’autre côté se rappelleront combien de fois le premier ministre m’a louangé pour tout le voyagement que je faisais», a-t-il déclaré devant le Sénat en octobre 2013.
Bien que le parti ait pris ses distances de M. Duffy, un de ses anciens collègues du caucus qui a parlé sous le couvert de l’anonymat affirme que plusieurs conservateurs ont de l’admiration pour son travail. «Je crois qu’il y a beaucoup de gens qui apprécient le fait que Mike ait fait cette tournée. Il a travaillé fort, il a fait ce qu’il devait faire en aidant les députés», a confié cette source.
9 avril 2015 |Marie Vastel - Correspondante parlementaireà Ottawa|Canada
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienneLe sénateur Mike Duffy prendra la barre des témoins au mois de juin, a annoncé la Couronne.
La défense du sénateur Mike Duffy a eu droit à un coup de pouce surprise d’un ex-légiste de la Chambre haute, pourtant invité à la barre pour la Couronne. Mark Audcent a affirmé, au procès de Mike Duffy mercredi, que nulle part dans les règles du Sénat il n’est précisé ce qui constitue une résidence principale — et donc ce qui permet, ou non, à un sénateur de réclamer des indemnités de logement à Ottawa comme l’a fait le sénateur déchu aujourd’hui accusé de fraude.
En poste de 1997 à 2014, M. Audcent rencontrait tous les nouveaux sénateurs — Mike Duffy y compris — à la suite de leur nomination pour leur présenter les paramètres de leurs nouvelles fonctions.
Le légiste du Sénat les prévenait alors qu’ils devaient être présents en Chambre et il leur expliquait les exigences pour qu’ils se qualifient comme sénateur : posséder, n’importe où, une propriété d’une valeur de 4000 $ et posséder, dans la province qu’ils représentent, un terrain d’une valeur de 4000 $. M. Audcent les avertissait aussi qu’ils devaient être «résidants» de cette province.
Mais sur ce dernier point, l’ex-légiste a avoué qu’il n’existait aucun critère ou condition, ni dans la Constitution ni dans les règles sénatoriales. «Il n’y a aucun indicateur qui, si vous le respectez, garantit que vous êtes résidant», a expliqué M. Audcent en réponse au procureur Mark Holmes. L’ex-légiste se fiait sur un ensemble d’indicateurs ; à savoir si la famille du sénateur habitait la province désignée, s’il y votait, s’il y recevait des services publics ou encore si sa succursale bancaire s’y trouvait. M. Duffy s’est procuré un permis de conduire de l’Île-du-Prince-Édouard en janvier 2009, dix jours après sa nomination au Sénat. Il s’est procuré une carte soleil de la province en 2013, après que ses dépenses eurent fait les manchettes.
Or, en contre-interrogatoire avec la défense, M. Audcent a admis que cette liste d’indicateurs était «une liste personnelle» qu’il avait concoctée en se basant sur la jurisprudence. «Les concepts de résidence principale ou secondaire n’existent pas dans la Constitution.»
Et les politiques du Sénat sur la question sont floues, a martelé l’avocat de Mike Duffy, Donald Bayne, en épluchant tout l’après-midi une série de documents sénatoriaux le démontrant. Est-ce qu’un «sénateur novice» est à blâmer s’il n’y voit pas clair, a demandé Me Bayne. «Non, évidemment pas», a répondu l’ex-légiste, en semblant fournir des munitions à la défense qui tentera de prouver que M. Duffy n’a pas enfreint les règles qui ne régissaient tout simplement pas la désignation d’une résidence principale.
Note rassurante
Me Bayne a en outre présenté à la cour une note envoyée au sénateur Duffy par le bureau de la sénatrice Marjory LeBreton, alors leader du gouvernement au Sénat, quelques jours après sa nomination par Stephen Harper. Le document semble vouloir rassurer Mike Duffy, en stipulant qu’un sénateur n’a «jamais [été] disqualifié […] parce qu’il n’est pas “résidant” de la province pour laquelle il est nommé». Le bureau de la sénatrice LeBreton indique que selon son «interprétation […] tant qu’un sénateur possède une propriété dans la province de sa nomination il a le droit de siéger comme sénateur de cette province, même s’il habite Ottawa 99% du temps». Une opinion «incorrecte d’un point de vue légal», a réagi M. Audcent. C’était pourtant l’avis fourni à M. Duffy de la part du bureau d’une sénatrice en position d’autorité, a souligné Me Bayne.
Le témoignage de M. Audcent se poursuivra ce jeudi et sera suivi de celui d’une employée des ressources humaines du Sénat.
La Couronne a par ailleurs précisé que Mike Duffy prendrait la barre des témoins au mois de juin.
Avec Hélène Buzzetti
Des contrats remis en question
Un autre document déposé en Cour démontre que Mike Duffy n’a pas joué franc-jeu avec l’administration du Sénat quant aux services qu’il recevrait de Gerald Donohue, ex-collègue et ami du sénateur. Le contrat d’avril 2011 à mars 2012, d’une valeur maximale de 24 000 $, stipule que l’argent servira à «faire de la veille médiatique et informer le sénateur des enjeux actuels ou émergents d’intérêt particulier pour lui ou sa province de l’Île-du-Prince-Édouard; faire de la recherche sur des sujets d’intérêt particulier; écrire et éditer des discours, des allocutions, des communiqués de presse, des lettres aux éditeurs, des hommages et du matériel de cette nature selon les besoins; offrir des conseils sur le design de sites Internet et les communications; d’autres fonctions selon ce qui peut survenir de temps à autre; et offrir ses conseils dans un environnement politique et médiatique en constante mutation». La Couronne argue que M. Donohue a plutôt servi de paravent pour payer à même le budget discrétionnaire sénatorial, qui ne l’autorisait pas autrement, les services notamment d’une maquilleuse et d’un entraîneur personnel.
De l'alcool au menu...
Le sénateur Duffy ne se gênait pas pour réclamer le remboursement de boissons alcoolisées. Lors d’un souper d’affaires pour quatre personnes, à peine un mois après sa nomination, il a facturé une quinzaine de consommations pour un coût de 80 $. Le Sénat n’a pas tardé à réagir. Dès le 27 mars, l’administration écrit une note au bureau de M. Duffy l’informant que des sommes de 60 $ et 78 $, réclamées pour de l’alcool, devront être remboursées.
Des réclamations dès le début
Stephen Harper a beau avoir nommé Mike Duffy sénateur le 22 décembre 2008, l’ex-journaliste n’est officiellement devenu sénateur que le 2 janvier 2009. Or, dès le 23 décembre, M. Duffy s’est présenté à Ottawa pour rencontrer les autorités du Sénat — notamment l’ex-légiste Mark Audcent. Et dès le 23 décembre, M. Duffy a réclamé une indemnité journalière de 81,55 $. Idem le 28 décembre, alors qu’il n’était pas encore officiellement entré en fonction. Il s’est en outre fait rembourser son voyage à Charlottetown, du 29 décembre 2008 au 4 janvier 2009, pour son « premier déplacement dans la région en tant que sénateur », indique la note explicative qui accompagne sa note de frais. Une facture, pour Mike Duffy et son épouse Heather, de 4200 $.
M. Deltell lorgnerait la circonscription de Louis-Saint-Laurent, à Québec, actuellement représenté à la Chambre des communes par la néodémocrate Alexandrine Latendresse.
La rumeur circule depuis des mois, ce serait désormais chose faite : le député Gérard Deltell doit confirmer mardi qu’il quitte la Coalition avenir Québec (CAQ) pour joindre les rangs du Parti conservateur de Stephen Harper.
«Demain, je vais faire le point sur mon avenir politique», a écrit le député caquiste de Chauveau, lundi après-midi, sur Twitter. Quelques minutes plus tard, son équipe a convoqué la presse à 9 h 30, mardi matin.
M. Deltell n’a pas offert davantage de détails, mais M. Deltell annoncera qu’il fera le saut en politique fédérale, avec le Parti conservateur du Canada, selon les informations du Devoir.
M. Deltell lorgnerait la circonscription de Louis-Saint-Laurent, à Québec, actuellement représenté à la Chambre des communes par la néodémocrate Alexandrine Latendresse. La jeune femme, qui avait battu l’ex-ministre Josée Verner aux élections fédérales de 2011, a déjà annoncé qu’elle ne serait pas candidate aux élections prévues en octobre prochain.
Voilà de nombreux mois que le flirt entre les conservateurs et M. Deltell se poursuit. En janvier, lorsqu’interrogé au sujet de rumeurs l’envoyant à Ottawa, l’homme de 50 ans avait dit être «en réflexion», même s’il «ne cherchait pas de job ». Ce qui avait mené le chef caquiste, François Legault, à demander au député de lever l’incertitude sur son avenir politique «le plus tôt possible». «Ça ne sera pas infini. Il y a des élections cet automne. Il va devoir prendre sa décision», avait dit le chef de la CAQ.
Rappelons que M. Deltell a été élu pour la première fois en 2008 sous la bannière de l’ADQ. En 2009, il est devenu chef de ce parti, jusqu’à sa fusion avec la CAQ en 2012. Il a été réélu en 2012 et en 2014. Il est actuellement porte-parole de la CAQ en matière d’énergie et de ressources naturelles et pour la région de Québec. Avant de se lancer en politique, il avait été journaliste pour TQS, Radio-Canada et TVA.