Les négociateurs réunis au Maroc pour la COP22 ne cachaient pas leur nervosité lundi, dans l’attente du verdict des électeurs américains mardi.
L’élection présidentielle américaine s’est invitée lundi à l’ouverture de la 22e conférence climatique de l’ONU. Et pour cause. Les États-Unis, deuxième pays émetteur de gaz à effet de serre de la planète, pourraient élire mardi un président ouvertement climatosceptique en la personne de Donald Trump. Mais son adversaire démocrate Hillary Clinton, nettement plus sensible aux enjeux environnementaux, n’en défend pas moins l’exploitation de ressources très controversées, comme le gaz de schiste.
Alors que la communauté internationale tentera au cours des prochains jours de s’entendre sur des éléments cruciaux pour la mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat, les négociateurs réunis au Maroc pour la COP22 ne cachaient pas leur nervosité lundi, dans l’attente du verdict des électeurs américains mardi.
Une victoire de Trump «serait un choc», a résumé la négociatrice française, Laurence Tubiana, traduisant le sentiment partagé par plusieurs des représentants des 195 États signataires de l’accord de Paris. «Je pense qu’un dirigeant sage devrait prendre des positions conformes aux grandes tendances du monde», a prévenu pour sa part le négociateur chinois, Xie Zhenhua, cité par l’Agence France-Presse, dans une sortie publique pour le moins inhabituelle à propos d’une élection dans un pays étranger.
Plus diplomatique, la responsable du dossier climatique à l’ONU, Patricia Espinosa, a souligné que les États-Unis «sont l’un de nos partenaires les plus importants, leur participation à cet accord est donc cruciale». «Nous espérons que nous pourrons avoir une relation très constructive et positive» avec le futur occupant de la Maison-Blanche.
Exit Paris
En cas de victoire du républicain Donald Trump, rien n’est moins sûr. Ce dernier a multiplié les déclarations dans lesquelles il remettait en question l’existence même des changements climatiques. «Ça a toujours été comme ça, le temps change, il y a des tempêtes, de la pluie, et des belles journées», a notamment fait valoir M. Trump.
«Nous annulerons l’accord de Paris sur le climat, et cesserons tous les paiements d’argent public américain aux programmes de l’ONU sur le réchauffement climatique», a-t-il aussi, et surtout, laissé tomber en mai dernier. Dans un pays où près de 20 % de la population est climatosceptique, une telle affirmation a eu un certain écho.
Difficile de savoir s’il mettrait sa menace à exécution. Mais chose certaine, les pays qui ont ratifié l’entente, ce qui est le cas des États-Unis, peuvent s’en retirer «à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’Accord», précise le texte adopté à Paris en 2015. C’est d’ailleurs ce que le Canada de Stephen Harper a fait pour le protocole de Kyoto.
Au-delà de ce coup de gueule, Donald Trump a plaidé en faveur du recours au charbon pour la production d’électricité tout en critiquant ouvertement les mesures prises par des démocrates pour contrôler les émissions des centrales thermiques. Le candidat républicain a également offert un appui indéfectible au projet de pipeline Keystone XL, à l’exploration pétrolière en milieu marin et à l’exploitation du gaz de schiste en sol américain.
Gaz de schiste
Sur cette question du gaz de schiste et du procédé de fracturation hydraulique, la candidate démocrate Hillary Clinton a elle aussi défendu cette industrie, y voyant un «pont» vers une économie à plus faibles émissions de carbone. Elle a aussi plaidé en faveur de la production énergétique en sol américain, dont celle du pétrole et du gaz, au nom d’une plus grande «indépendance» par rapport aux importations. Un discours que tient lui aussi le candidat républicain.
La candidate démocrate propose aussi des mesures environnementales dans la continuité de celles mises en place par le président sortant Barack Obama. Elle estime ainsi que le gouvernement américain doit être «ambitieux» en matière de lutte contre les changements climatiques. Elle a aussi pris position contre le projet de pipeline Keystone XL, qui servirait à importer du pétrole des sables bitumineux en sol américain.
Hillary Clinton pourrait par ailleurs ouvrir un nouveau front de collaboration avec le Canada, cette fois dans le domaine environnemental. Elle a fait valoir il y a quelques mois qu’elle souhaiterait mettre en place un Pacte nord-américain sur le climat, c’est-à-dire un plan coordonné de lutte contre les changements climatiques impliquant les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Dans un texte rédigé au nom de l’Alliance des États fédérés et des régions du Climate Group, le premier ministre du Québec en appelle au « devoir » du gouvernement fédéral
Le premier ministre Philippe Couillard a mis de la pression sur le gouvernement fédéral mecredi.
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, juge que la lutte contre les changements climatiques est un «devoir», puisque «l’avenir de notre planète en dépend». Il demande d’ailleurs à Ottawa de dévoiler ses cibles de réduction de gaz à effet de serre en vue des négociations de l’accord de Paris.
À deux semaines d’une rencontre des premiers ministres provinciaux sur la question du climat, le chef libéral lance ainsi un appel au gouvernement fédéral, et ce, par la voie d’un texte rédigé au nom de l’Alliance des États fédérés et des régions du Climate Group, un groupe de 27 États infranationaux et gouvernements régionaux.
Les signataires soulignent d’entrée de jeu que l’Union européenne et les États-Unis ont déjà fait connaître leurs cibles de réduction de gaz à effet de serre, comme cela a été convenu en décembre dernier lors du sommet de l’ONU tenu à Lima. Cette étape est essentielle afin d’évaluer la teneur des gestes que les États sont prêts à poser dans le but de limiter les bouleversements climatiques.
«[Nous] appelons les dirigeants des gouvernements nationaux à se joindre à cet effort avec des plans ambitieux pour le climat, souligne le texte de la lettre rendue publique mercredi.Nous lançons cet appel à nos chefs de gouvernement parce que nous croyons que c’est ce qui est juste, et parce que nous savons que cela est possible.»
L’avenir en dépend
Les cosignataires de la lettre invitent les gouvernements nationaux à prendre exemple sur ce que leurs homologues régionaux font déjà pour lutter contre la crise climatique. «Ils devraient se joindre à nous aux premières lignes de cette lutte contre les changements climatiques en mettant de l’avant des plans nationaux ambitieux, qui tirent parti du leadership des gouvernements infranationaux pour atteindre les objectifs de réduction d’émissions de GES que nous nous sommes fixés. L’avenir de notre planète en dépend.»
Ottawa n’a toujours pas publié ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre en vue des négociations qui doivent se terminer en décembre par la signature du plus ambitieux accord climatique de l’histoire. Pour le moment, les émissions canadiennes connaissent une hausse continue, essentiellement en raison de l’exploitation des sables bitumineux.
Les projets de pipeline en développement à l’heure actuelle visent justement à faciliter la mise en marché de ce pétrole. Le plus important projet, Énergie Est, doit passer par le Québec.
Le gouvernement Couillard ne cache pas son préjugé favorable envers le projet. Les libéraux ont d’ailleurs décidé d’écarter la question des impacts environnementaux, dont les émissions de gaz à effet de serre, résultant de l’exploitation du pétrole qui coulera dans le pipeline de TransCanada, à raison de 400 millions de barils de pétrole par année.
Le gouvernement du Québec est aussi favorable à l’exploitation du pétrole en sol québécois, et il n’a toujours pas statué sur le développement du gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent.
Les libéraux ont en outre autorisé la construction de la cimenterie de Port-Daniel sans soumettre le projet au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Une fois en fonction, elle entraînera des émissions annuelles équivalant à une hausse de 6 % du secteur industriel de la province.