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samedi, janvier 21, 2017

Trump n’est pas le fou qu’on pense

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21 janvier 2017 | Sam Haroun - Auteur de «Le Canada et la guerre» (Septentrion, 2009)
«Pour Trump, et à terme, la Russie ne peut être une menace. Mieux: la Russie a besoin des États-Unis pour améliorer son économie et se mettre au diapason des puissances scientifiques [...]», écrit Sam Haroun.
Photo: Chip Somodevilla / Getty Images / Agence France-Presse
«Pour Trump, et à terme, la Russie ne peut être une menace. Mieux: la Russie a besoin des États-Unis pour améliorer son économie et se mettre au diapason des puissances scientifiques [...]», écrit Sam Haroun.
Derrière les propos excessifs et parfois incendiaires du président Donald Trump se dessine, en filigrane, une politique cohérente, pragmatique mais hégémonique, axée sur une stratégie d’éclatement des grands ensembles économiques (libre-échange nord-américain et transpacifique, Union européenne) et de réaménagement des alliances sécuritaires (OTAN, possiblement NORAD). Le président veut avoir les coudées franches et monnayer la protection que les États-Unis octroient à leurs alliés non seulement en termes financiers, mais aussi sous forme de conditions économiques et politiques favorables aux intérêts américains. C’est le retour au rapport de force classique des grandes puissances du XIXe siècle, quand les puissances européennes se partageaient des zones d’influence en Europe et dans le monde. Sauf qu’aujourd’hui, et à la différence du XIXe siècle, où les puissances s’équilibraient plus ou moins, les États-Unis sont la superpuissance inégalée en forces militaires, économiques et technologiques.
 
Quand il parle du Brexit, M. Trump semble exulter. La divine surprise ! Et il en rajoute en prédisant que d’autres pays européens suivront. Pourquoi ? Parce que l’Union européenne est le seul ensemble économique capable de rivaliser avec les États-Unis. À cet égard, le Canada et le Mexique sont des États dont on peut exiger beaucoup et à moindre coût. Toute autre est la configuration européenne, forte d’un marché de près d’un demi-milliard d’habitants et d’une économie grosso modo performante. Négocier bilatéralement avec un pays de la zone euro est, pour les États-Unis, infiniment plus avantageux que de négocier avec le bloc euro : c’est un rapport de fort à faible, et les États-Unis sont les plus forts. Idem avec le Mexique ou le Canada ou la Chine, etc. Dans tout état de figure, le bilatéralisme est la voie choisie par Trump pour réaffirmer la suprématie américaine.
 
Le cas russe est intéressant : Poutine peut élargir sa sphère d’influence au Levant et en Europe de l’Est, il ne saurait en aucun cas rivaliser avec les États-Unis sur les plans économique et technologique. Pour Trump, et à terme, la Russie ne peut être une menace. Mieux : la Russie a besoin des États-Unis pour améliorer son économie et se mettre au diapason des puissances scientifiques (États-Unis, Japon, Europe, Corée du Sud). Nous avons dit que Trump est un pragmatique, il raisonne en termes de gains et de pertes : il était contre l’invasion de l’Irak en 2003 non pour des raisons géopolitiques ou idéologiques ou par amour des Arabes, mais parce que cette guerre n’apporterait aucun gain et infligerait beaucoup de pertes financières, militaires et politiques. Il n’avait pas tort, son sens des affaires ayant coïncidé avec sa vision pragmatique des choses. Donc Poutine est fréquentable, puisqu’il est faible par rapport aux États-Unis et que sa coopération pourrait être bénéfique en Europe et en Asie (face à la Chine notamment).
 
La montée des populismes s’accompagne de celle des protectionnismes, et celles-ci peuvent conduire à la crispation des relations internationales. Trump est plus à l’aise dans des situations où il n’a pas les mains liées par des traités contraignants (libre-échange, alliance militaire). Il veut pouvoir avoir plusieurs fers dans son feu. C’est la vieille recette des égoïsmes nationaux. L’Amérique n’a pas de puissance supérieure sur la terre. America First ou Make America Great Again ! Trump a élevé un slogan au rang de politique. Cette politique est conséquente avec une certaine idée de l’Amérique. Toutefois, elle suppose une exceptionnelle capacité de manoeuvrer dans les méandres des crises et des égoïsmes des puissances grandes et moyennes, des conflits religieux et ethniques, etc. Trump a-t-il cette capacité ? La logique des affaires qui comporte une certaine rationalité et beaucoup de flair est loin de se comparer avec celle des relations internationales infiniment plus complexes où se mêlent rapports de force, jeux dans les coulisses, émotions nationalistes et religieuses, intérêts cachés, sordides et moins sordides, ambitions personnelles et collectives…

samedi, janvier 07, 2017

INGÉRENCE RUSSE AUX ÉTATS-UNIS Une attaque sérieuse

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6 janvier 2017 |Brian Myles | États-Unis | Éditoriaux

Le renseignement américain maintient ses accusations : la Russie s’est ingérée dans l’élection présidentielle. Une accusation grave, qui contraste avec la désolante légèreté de Donald Trump.

C'est encore la faute aux « médias malhonnêtes ». Ceux-ci auraient exagéré en affirmant que le président désigné, Donald Trump, défiait les services de renseignement. En réalité, il en est « un gros fan », gazouille le principal intéressé.

Ainsi va la politique américaine au temps de Donald Trump. Il passe du déni au cabotinage, de l’attaque à la complainte, du mépris à l’indifférence à l’égard des institutions publiques qu’il est censé servir.

Jeudi matin, lors d’une audition devant un comité du Sénat américain, James Clapper, directeur du renseignement, et l’amiral Michael Rogers, directeur de la puissante Agence de sécurité nationale (NSA), ont réitéré leur profonde conviction que « seuls les plus hauts responsables russes » ont pu autoriser le piratage du Parti démocrate durant la course à la présidentielle.

L’affaire est encore plus préoccupante qu’elle ne le semblait à première vue, et elle devrait alerter toutes les démocraties occidentales. La Russie de Vladimir Poutine aurait mené une campagne « aux multiples facettes » pour interférer dans l’élection présidentielle, en disséminant également dans les médias numériques de la propagande, de la désinformation et de fausses nouvelles (quoi d’autre !).

Ces tactiques seraient utilisées également en Europe et en Eurasie afin de « saper la confiance du public dans l’information, les services et les institutions », a dit M. Clapper.

Les preuves sont attendues d’une journée à l’autre. Sans doute pour convaincre leur détracteur public numéro un, Donald Trump lui-même, les responsables du renseignement ont l’intention de publier un rapport aussi détaillé que possible.

Il serait réducteur d’attribuer la montée du populisme et le ressentiment de peuples entiers à l’égard des élites à la seule influence obscure de la Russie. Le ras-le-bol des électeurs américains, le Brexit et la montée des Marine Le Pen de ce monde ne sont quand même pas tous des élucubrations du Kremlin.

Quoi qu’il en soit, les déclarations de MM. Clapper et Rogers amènent une preuve supplémentaire que le régime Poutine est passé maître dans l’art de la cyberguerre et la déstabilisation des régimes démocratiques.

D’ailleurs, les élus démocrates et républicains n’ont pas offert de résistance. À quelques exceptions près, ils ont rapidement compris que l’attaque contre le site du Parti démocrate ne relevait pas du simple fait divers. Il s’agit bien d’une interférence sans précédent d’une puissance étrangère dans l’élection présidentielle américaine. Le républicain John McCain a même demandé s’il ne s’agissait pas d’un « acte de guerre ».

Donald Trump n’a pas encore réagi à cette sortie commune des deux plus importants chefs du renseignement. Ses déclarations antérieures oscillaient entre le déni et la médisance. Sous le couvert d’une saine critique des institutions, il s’est lancé dans un travail de sape de ses propres services de renseignement qui servira davantage les intérêts de Moscou que ceux de Washington.

Les dénégations de M. Trump seraient plus plausibles s’il s’appuyait ne serait-ce que sur un iota de preuve. Au contraire, il se contente de croire sur parole Julian Assange, fondateur de WikiLeaks et responsable de la diffusion des courriels du Parti démocrate. M. Assange affirme que ses informations ne lui venaient pas de la Russie ou d’une agence étatique. Or, WikiLeaks est une organisation réputée pour ne pas enquêter à fond sur la provenance de son matériel.

Les deux hommes font de curieux alliés. Pour les républicains purs et durs, Julian Assange est un traître à la nation qu’il faudrait extrader et traduire en justice pour atteinte à la sécurité nationale. Alors qu’il se terre toujours à l’ambassade de l’Équateur à Londres, le lanceur d’alerte a besoin de s’affranchir de cette réputation de marionnette du Kremlin qui lui colle maintenant à la peau. Quant à Donald Trump, il perdra de sa superbe s’il s’avère que la Russie l’a aidé à triompher d’Hillary Clinton.

Le président américain ne sera plus « l’homme le plus puissant du monde » s’il est inféodé à une puissance étrangère. De nombreux signes avant-coureurs montrent qu’il n’a pas l’étoffe d’un président. À commencer par son incapacité à défendre les institutions démocratiques aussi vilement attaquées.

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dimanche, décembre 18, 2016

Washington pointe Poutine dans le piratage électoral

http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/

16 décembre 2016 |Agence France-Presse
Le président russe, Vladimir Poutine
Photo: Alexei Nikolsky / RIA-Novosti Kremlin Pool Photo via AP
Le président russe, Vladimir Poutine
Washington — La Maison-Blanche a mis en cause jeudi le président russe, Vladimir Poutine, dans les piratages informatiques ayant perturbé l’élection présidentielle, faisant monter encore la tension avec Moscou à quelques semaines de l’arrivée de Donald Trump au pouvoir.
 
L’administration Obama, qui a promis il y a plusieurs semaines déjà de répondre à la Russie, est plus que jamais sous pression pour envoyer un signal fort après ces cyberattaques qui ont pu avoir une influence sur le scrutin ayant opposé, le 8 novembre, Hillary Clinton à Donald Trump.
 
« Je ne pense pas que des événements aux ramifications aussi importantes se produisent dans le gouvernement russe sans que Vladimir Poutine ne soit au courant, a affirmé Ben Rhodes, un proche conseiller de Barack Obama sur la chaîne MSNBC. En dernier ressort, Vladimir Poutine est responsable des actions du gouvernement russe. »
 
Trump isolé
 
M. Trump a de nouveau insinué jeudi que la Maison-Blanche avait des intentions partisanes en accusant la Russie de Vladimir Poutine d’être à l’origine des piratages informatiques contre sa rivale démocrate.
 
« Si la Russie, ou toute autre entité, faisait du piratage, pourquoi la Maison-Blanche a-t-elle attendu si longtemps pour agir ? Pourquoi ne se sont-ils plaints qu’après la défaite d’Hillary ? » a-t-il écrit sur Twitter.
 
« C’était un mois avant l’élection, cela n’avait rien d’un secret », a pourtant martelé il y a quelques jours Barack Obama dans une entrevue, en rappelant que ses services avaient publiquement montré du doigt Moscou le 7 octobre, soit un mois avant le scrutin du 8 novembre.
 
En Russie, « il n’y a qu’un décideur, c’est Poutine », a renchéri l’élu démocrate Adam Schiff, membre de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants.
 
Donald Trump apparaît de plus en plus isolé dans son insistance à épargner Vladimir Poutine, un homme dont il a souvent loué les qualités de leader et avec qui il croit possible de réchauffer les relations, alors que la Russie subit aujourd’hui des sanctions économiques imposées après l’annexion de la Crimée.
 
À l’encontre du parti
 
Il est extraordinaire que les conclusions des services de renseignements américains, de la CIA au FBI, soient ainsi rejetées par un futur commandant en chef. Il va ainsi à l’encontre de son propre parti, la fibre antirusse chez les conservateurs américains étant plus vivace que jamais.
 
Les républicains du Congrès vont d’ailleurs lancer plusieurs enquêtes parlementaires sur le rôle de la Russie dans la campagne américaine.

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samedi, décembre 17, 2016

Piratage informatique: le ton monte entre Obama et Poutine

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17 décembre 2016 |Agence France-Presse | États-Unis
Barack Obama a été interrogé par les journalistes vendredi lors d’une longue conférence de presse à la Maison-Blanche.
Barack Obama a été interrogé par les journalistes vendredi lors
 d’une longue conférence de presse à la Maison-Blanche
.Photo: Zach Gibson Agence France-Presse

Washington — Barack Obama a promis vendredi d’envoyer un « message clair » à la Russie après les cyberattaques qui ont perturbé l’élection américaine et appelé son successeur républicain, Donald Trump, à placer l’intérêt du pays avant les querelles partisanes.

Désignant le chef du Kremlin comme responsable des piratages de ces derniers mois — « pas grand-chose ne se passe en Russie sans l’aval de Vladimir Poutine » —, le président américain est resté cependant évasif sur la nature de sa riposte à venir après les conclusions « unanimes » du renseignement américain visant Moscou.

Avant de quitter Washington pour ses dernières vacances présidentielles à Hawaï, le locataire de la Maison-Blanche, calme et posé, a mis en garde M. Trump, favorable à un rapprochement avec le président russe, l’exhortant à accepter une enquête « bipartite, indépendante » sur ces piratages.

La Russie « est un pays plus petit, un pays plus faible », a lancé M. Obama dans une formule qui devrait à coup sûr faire bondir son homologue russe. « Mais ils peuvent nous affecter si nous oublions qui nous sommes. »

« M. Poutine peut nous affaiblir, comme il tente d’affaiblir l’Europe, si nous commençons à admettre l’idée qu’il est acceptable d’intimider la presse, ou d’enfermer les dissidents », a affirmé le président américain.

Menaces

M. Obama a aussi révélé avoir demandé directement en septembre, en marge d’un sommet du G20 en Chine, à M. Poutine de « cesser » les cyberattaques, au risque de « conséquences sérieuses s’il ne le faisait pas ».

Le recours à d’éventuelles sanctions contre des cadres du régime russe fait partie des options possibles pour l’exécutif américain. Il placerait Donald Trump dans une position difficile une fois au pouvoir : les supprimer d’un trait de plume nourrirait les accusations d’une trop grande proximité avec Moscou, une posture qui crée des remous au sein du parti républicain.

Citant un sondage selon lequel un tiers des républicains américains, traditionnellement hostiles à la Russie, approuvaient la politique de Vladimir Poutine, qui fut, a rappelé M. Obama, patron du renseignement russe, il a lancé : « Ronald Reagan doit se retourner dans sa tombe ! Comment a-t-on pu en arriver là ? »

Retour sur la campagne

Affirmant entretenir des relations « cordiales » avec son successeur, il a encouragé ce dernier à faire preuve, en politique étrangère, de cohérence dans la durée sur des dossiers aussi sensibles que les relations entre Taïwan et la Chine.

Revenant longuement sur la campagne électorale, il a refusé de se prononcer sur l’éventuel impact des piratages dont le parti démocrate a été victime sur la victoire finale de Donald Trump face à Hillary Clinton.

La candidate démocrate juge, elle, que Moscou et Vladimir Poutine sont partiellement responsables de sa défaite surprise face au magnat de l’immobilier. Les cyberattaques dont son parti a été la cible résultent de la « dent » qu’avait gardée contre elle le président russe, a-t-elle déclaré lors d’un dîner ayant rassemblé jeudi des donateurs de sa campagne.

Moscou a vivement réagi aux accusations américaines. « Il faut soit cesser d’en parler, soit apporter enfin des preuves. Sinon, tout ça est plus qu’indécent », a lancé vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

samedi, janvier 02, 2016

Les États-Unis officiellement considérés comme une menace pour la Russie

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Mise à jour le samedi 2 janvier 2016 à 8 h 13 HNE    Reuters

Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe Vladimir Poutine  Photo :  Getty/AFP/Mikhail Klimentyev

Vladimir Poutine a signé le 31 décembre un document officiel dans lequel les États-Unis sont qualifiés de menace pour la sécurité de la Russie, ce qui est inédit.
Ce document sur « la stratégie de sécurité nationale de la Fédération de Russie » remplace la version adoptée en 2009, alors que Dimitri Medvedev, aujourd'hui premier ministre, était président. Ni l'OTAN ni les États-Unis n'y étaient mentionnés.
Dans la dernière version, l'exécutif russe dit jouer un rôle de plus en plus important sur la scène internationale, ce qui a, selon lui, provoqué une réaction des puissances occidentales.
« Le renforcement de l'influence de la Russie se déroule sur fond de nouvelles menaces pour la sécurité nationale, qui sont de nature complexe et interdépendante », disent ses auteurs.
La mise en oeuvre d'une politique indépendante, « tant sur le plan international qu'intérieur », a provoqué « une réaction de la part des États-Unis et de leurs alliés, qui s'efforcent de préserver leur rôle dominant dans les affaires mondiales », poursuivent-ils, évoquant le risque de pressions « politiques, économiques, militaires et technologiques ».
Le conflit ukrainien a donné lieu à des tensions Est-Ouest sans précédent depuis la guerre froide. L'annexion de la Crimée, en mars 2014, et le soutien de Moscou aux séparatistes de l'est de l'Ukraine ont amené les États-Unis et l'Union européenne à imposer d'importantes sanctions à la Russie, qui a riposté en limitant les importations européennes.
Selon le document sur la sécurité nationale, Washington et Bruxelles ont soutenu « un coup d'État anticonstitutionnel ».

lundi, novembre 30, 2015

Avion abattu: Poutine refuse de rencontrer Erdogan

http://fr.canoe.ca/infos/international/

Avion abattu: Poutine refuse de rencontrer Erdogan
Le ministre des Affaires étrangères de la Russie, Sergei Lavrov et Vladimir Poutine
(à droite).
Photo Etienne Laurent / AFP

Karim Talbi et Thibault Marchand

Dernière mise à jour: 30-11-2015 | 09h11
MOSCOU - Vladimir Poutine a refusé de rencontrer lundi à Paris Recep Tayyip Erdogan malgré l'insistance du président turc, dont le pays va subir les sanctions économiques de Moscou après avoir abattu un bombardier russe à sa frontière avec la Syrie.
Près d'une semaine après l'intervention au-dessus de la frontière turco-syrienne de deux avions de chasse turcs F-16 pour descendre en flammes un bombardier Soukhoï-24 de retour de mission, la grave crise diplomatique entre la Russie et la Turquie ne connaît aucun signe de détente.
Ankara refuse de s'excuser et maintient avoir agi légitimement pour protéger son espace aérien.
Alors que le corps du lieutenant-colonel Oleg Pechkov - pilote mitraillé par des rebelles syriens alors qu'il retombait en parachute - a quitté dans la matinée la Turquie pour être rapatrié, la fièvre anti-turque continue en Russie et les médias d'État tirent à boulets rouges sur la Turquie, hier encore partenaire privilégié.
Parallèlement, les autorités russes peaufinent l'ensemble des sanctions économiques décrétées contre la Turquie, dont l'ampleur devrait être limitée mais l'impact réel.
Lundi matin, le Kremlin a catégoriquement exclu toute rencontre entre Vladimir Poutine et son homologue turc qui se trouvent tous deux au Bourget, près de Paris, pour participer au sommet sur le climat.
Moscou continue de bouder Ankara malgré les appels insistants du président turc à rencontrer le chef de l'État russe «en face à face».
Furieuse, la Russie accuse depuis l'incident la Turquie d'avoir partie liée avec l'organisation jihadiste État islamique (EI) et exige des excuses.
«Aucun premier ministre turc, aucun président, aucune autorité ne s'excusera», a maintenu lundi le premier ministre turc Ahmet Davutoglu après avoir rencontré à Bruxelles Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN dont la Turquie est membre.
«Aucun pays ne peut nous demander des excuses car nous n'avons fait que notre devoir», à savoir «protéger notre espace aérien et notre frontière», a-t-il plaidé.
Répétant que la Turquie n'avait «aucunement l'intention d'avoir une escalade» avec la Russie, M. Davutoglu a appelé Moscou à «reconsidérer» ses sanctions économiques, soulignant qu'elles étaient «contraires» aux intérêts de la Turquie comme de la Russie.
Le secrétaire général de l'OTAN a une nouvelle fois appelé au «calme», mais a souligné que la défense de son espace aérien était «le droit souverain de la Turquie».

LA DÉPOUILLE DU PILOTE RUSSE RAPATRIÉE

Le gouvernement russe a adopté des sanctions diplomatiques et économiques : rétablissement du régime des visas, interdiction de vols charter entre les deux pays, interdiction pour les employeurs russes d'embaucher des Turcs ou interdiction des importations de certaines marchandises turques.
Le corps du pilote du Soukhoï Su-24 abattu la semaine dernière a quitté la Turquie pour la Russie où il devrait prochainement arriver.
La dépouille du pilote, remise aux autorités turques, avait été rapatriée dimanche de la région frontalière de Hatay (sud) jusqu'à Ankara, où une cérémonie s'est déroulée en présence de représentants russes.
Le lieutenant-colonel Oleg Pechkov, 45 ans, avait été tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. Son navigateur, le capitaine Konstantin Mourakhtine, avait lui été secouru à l'issue d'une opération des forces spéciales russes et syriennes. Une première tentative de sauvetage avait coûté la vie à un soldat d'infanterie de marine.
Le pilote sera enterré à Lipetsk (500 km au sud-est de Moscou), où il résidait, ont rapporté les médias russes qui précisent que cet officier avait grandi à Oskemen, aujourd'hui situé dans l'est du Kazakhstan. Formé dans une école militaire de Iékatérinbourg (Oural), Oleg Pechkov était marié et avait deux enfants de 8 et 16 ans.
Le 25 novembre, dès le lendemain de la mort du pilote, Vladimir Poutine avait signé un décret décorant Oleg Pechkov, à titre posthume, et Konstantine Mourakhtine du titre de «Héros de la Fédération de Russie».
Le capitaine Mourakhtine est actuellement hospitalisé dans un hôpital de Moscou, selon l'agence de presse russe Ria Novosti.
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samedi, novembre 28, 2015

Hollande et Poutine s'entendent pour coopérer contre l'EI

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Mise à jour le jeudi 26 novembre 2015 à 12 h 36 HNE  Reuters

François Hollande et Vladimir Poutine ont affirmé jeudi soir à Moscou leur souhait commun d'intensifier les échanges de renseignements pour être plus efficaces dans leurs frappes contre le groupe armé État islamique (EI) en Syrie.
Au terme d'un dîner de travail, les présidents russe et français sont convenus de combattre l'EI en préservant les groupes armés locaux qui combattent déjà ce groupe terroriste. Jusqu'à récemment, les occidentaux accusaient Moscou de frapper les rebelles hostiles au président syrien Bachar Al-Assad.
« Nous allons augmenter les échanges d'informations et les renseignements de toute nature, et notamment entre nos forces », a expliqué François Hollande devant la presse au Kremlin.
« Les frappes contre l'EI seront intensifiées et feront l'objet d'une coordination pour augmenter leur efficacité notamment sur le transport du pétrole. »— François Hollande

« Troisièmement, les forces luttant contre l'EI et les groupes terroristes ne doivent pas être visés par nos avions, nous devons aller frapper les groupes terroristes et l'EI »,a-t-il ajouté.
Vladimir Poutine a de son côté indiqué que la Russie était prête à apporter « une contribution pratique à la formation d'une coalition antiterroriste très large, à savoir un front antiterroriste sous l'égide de l'ONU ».
Sur le sort de Bachar Al-Assad, les positions n'ont pas avancé d'un iota, le président russe refusant toujours de se rallier à l'avis des occidentaux qui considèrent le président syrien comme responsable de près de cinq ans de guerre civile et veulent le voir quitter le pouvoir.
« Le destin du président de la Syrie doit être à 100% entre les mains du peuple syrien. La seule armée capable de lutter contre l'EI, c'est l'armée syrienne de Bachar Al-Assad », a dit le chef du Kremlin.
François Hollande a évoqué l'idée de confier les pouvoirs exécutifs à un gouvernement d'union nationale indépendant, le temps d'une transition conduisant vers des élections.
État islamique, le règne de la terreur
Marathon diplomatique
Moscou a constitué une étape importante du marathon diplomatique engagé par le président français pour tenter de concentrer le combat contre l'EI, tenu pour responsable des pires attentats jamais commis à Paris, qui ont fait 130 morts le 13 novembre.
L'EI a également revendiqué avoir abattu le 31 octobre au-dessus du Sinaï un avion de ligne transportant des touristes russes, faisant 224 morts.
Outre ses voyages à Washington et Moscou, François Hollande en a appelé à la solidarité européenne. L'Allemagne a offert de participer aux missions de protection, de reconnaissance et de logistique aux opérations de lutte contre l'EI en Syrie et en Irak.
Si Vladimir Poutine s'est dit prêt à combattre un « ennemi commun », la « grande coalition unique » contre l'EI souhaitée par le président français a peu de chances de voir le jour en raison de réticences diverses et des tensions sur le terrain.
Poutine s'en prend aux Turcs
Le ton est monté mardi entre Moscou et Ankara, membre de l'OTAN, après la destruction d'un avion chasseur-bombardier russe abattu par les forces turques qui l'accusaient de violer leur espace aérien.
Jeudi soir, Vladimir Poutine a encore eu des mots durs pour les Turcs, qu'il a accusés de fermer les yeux sur le trafic de pétrole en provenance de zones contrôlées par l'EI.
François Hollande a considéré que l'incident « éminemment regrettable » de l'avion abattu appelait plus que jamais une meilleure coordination, sans perdre de vue l'objectif principal : « lutter contre l'EI ».
« Il est essentiel, dans cette zone et dans cette période, d'éviter tout risque et tout nouvel incident et de prévenir cette escalade. »— François Hollande

Vladimir Poutine en a appelé à la vigilance de Washington. « Nous sommes prêts à participer à une coalition dirigée par les États-Unis. Mais bien sûr des incidents comme la destruction de notre appareil et la mort de nos hommes (..) sont absolument inacceptables ».
Vladimir Poutine et François Hollande se retrouveront lundi prochain pour l'ouverture de la conférence mondiale sur le climat, qui réunira quelque 140 chefs d'État et de gouvernement dans la capitale française.

vendredi, novembre 13, 2015

Des attaques condamnées partout dans le monde

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Agence France-Presse

Fusillades et explosions à Paris
Les attentats qui ont frappé la capitale française vendredi soir «ne sont pas seulement une attaque contre Paris», mais «une attaque contre toute l'humanité et nos valeurs universelles», a déclaré Barack Obama lors d'une brève allocution à la Maison Blanche.
Briefé sur les événements en cours à Paris, le président américain a ajouté que les États-Unis allaient aider la France à «traduire les terroristes en justice», tout en notant qu'il était encore trop tôt pour savoir qui avait fomenté ces attaques, destinées à «terroriser des civils innocents».
«Il semble qu'il y ait toujours des activités et des dangers en cours alors que nous discutons. Et jusqu'à ce que nous ayons la confirmation des autorités françaises que la situation est sous contrôle et que nous ayons de plus amples informations je ne veux pas spéculer», a ajouté M. Obama.

Le premier ministre britannique «choqué»

Le Premier ministre britannique David Cameron s'est déclaré «choqué» par les attaques vendredi soir à Paris et aux abords du stade de France, au nord de la capitale, qui ont fait au moins 18 morts.
«Je suis choqué par les évènements de ce soir à Paris», a écrit M. Cameron sur son compte twitter. «Nos pensées et nos prières vont au peuple français. Nous ferons tout ce qui est possible pour aider».

Merkel «profondément choquée» par les attaques «à l'évidence terroristes»

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite vendredi soir «profondément choquée» par les attaques «à l'évidence terroristes» qui ont fait plusieurs dizaines de morts à Paris, selon un communiqué de ses services.
«Je suis profondément choquée par les nouvelles et les images qui nous parviennent de Paris. En ces heures, mes pensées vont aux victimes de ces attaques à l'évidence terroristes, à leurs proches et à tous les habitants de Paris», a déclaré la dirigeante.
Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'est dit «horrifié et bouleversé» par les attaques simultanées vendredi soir à Paris, selon le compte Twitter du ministère.
«Nous sommes aux côtés de la France !», a poursuivi le chef de la diplomatie allemande, qui se trouvait au Stade de France aux côtés du président français François Hollande pour assister à la rencontre amicale de football France-Allemagne

Juncker «profondément choqué», exprime sa «solidarité»

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s'est dit «profondément choqué» à la suite des attaques vendredi soir à Paris et aux abords du stade de France, au nord de la capitale, exprimant la «solidarité» de l'UE.
«Je suis profondément choqué par les événements à Paris. Nous exprimons notre pleine solidarité avec le peuple de France», a écrit M. Juncker dans un tweet, alors que le dernier bilan fait état d'au moins 39 morts. Le Premier ministre belge Charles Michel a offert ses «condoléances» et a assuré que «la Belgique est aux côtés de la France», sur son compte Twitter.

L'Espagne solidaire

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'est entretenu vendredi soir avec le premier ministre français Manuel Valls pour lui faire part de la solidarité de l'Espagne face aux attentats de Paris, a-t-on appris auprès d'une source gouvernemantale.
Mariano Rajoy a parlé à Manuel Valls pour lui faire part de «toute notre solidarité», a déclaré cette source à l'AFP. «Tout cela confirme que nous faisons face à un défi sans précédent, un défi d'une énorme cruauté», a déclaré au même moment le ministre des Affaires étrangères Jose Manuel Garcia Margallo sur la chaîne publique TVE, évoquant une attaque «jihadiste».

L'Italie exprime sa solidarité avec ses «frères français» et renforce sa sécurité

Le premier ministre italien Matteo Renzi a  exprimé vendredi soir sa «solidarité» avec ses «frères français», après les attentats à Paris qui ont fait des dizaines de morts, et convoqué un comité national de sécurité samedi matin.
L'Italie est «ensemble avec ses frères français, contre l'atroce attaque à Paris et à l'Europe», a réagi Matteo Renzi sur son compte Twitter.
«L'Europe, touchée au coeur, saura réagir à la barbarie», a ajouté le Premier ministre, cité par l'agence AGI, qui précise que M. Renzi, qui suit les évènements, a exprimé la «solidarité» de l'Italie au président français François Hollande.
Le «comité national pour l'ordre et la sécurité nationale est convoqué à 9h30 samedi matin», a annoncé pour sa part le ministre de l'Intérieur Angelino Alfano.
Les risques d'attentat en Italie sont régulièrement évoqués depuis que le groupe État islamique (EI) a annoncé avoir fait du Vatican un de ses objectifs, et alors que Rome se prépare à un jubilé annoncé par le pape et qui doit commencer le 8 décembre.

Le maire de New York exprime sa solidarité

Le maire de New York a exprimé vendredi soir la solidarité des New-Yorkais après les «actes de violence insensés» ayant frappé Paris.
«Les New-Yorkais ont le coeur brisé de voir notre cité soeur de Paris encore frappée par des actes insensés de violence et nous sommes solidaires des Parisiens et de la maire (de Paris Anne) Hidalgo en ces moments tragiques», a déclaré Bill de Blasio dans un communiqué.

Ban Ki-moon dénonce des «attaques terroristes méprisables»

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a dénoncé vendredi des «attaques terroristes méprisables» à Paris et a affirmé «se tenir au côté du gouvernement et du peuple français».
M. Ban, cité par son porte-parole, a «exigé la libération immédiate des nombreuses personnes qui sont apparemment retenues en otages au théâtre du Bataclan».

La Russie condamne les «odieux attentats» de Paris

La Russie condamne la série d«attentats odieux» et les «assassinats inhumains» perpétrés à Paris et est prête à apporter «toute son aide dans l'enquête sur ces crimes terroristes», a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, cité par les agences.
Le président russe Vladimir Poutine a exprimé ses condoléances et le soutien et la solidarité de la Russie au président François Hollande et à l'ensemble du peuple français, selon l'agence TASS.

Scènes d'apocalypse dans Paris


Marie Giffard et Simon Valmary | Agence France-Presse
 Des sirènes hurlantes dans tout Paris, des rues bouclées par la police, des proches de victimes en sanglots qui tentent de passer : scènes d'apocalypse vendredi soir à Paris, théâtre d'attaques meurtrières simultanées qui ont fait au moins 39 morts.
   Le périmètre est bouclé autour de l'hôpital Saint-Louis, dans le nord de la capitale. Un homme en larmes raconte que sa soeur a été tuée. À ses côtés sa mère explose en sanglots et se jette dans ses bras. «Ils ne veulent pas nous laisser passer», explique-t-il en montrant le carrefour, 50 mètres plus loin.
   «On a entendu des bruits de fusillade, 30 secondes de rafales, c'était interminable, on pensait que c'était un feu d'artifice», raconte Pierre Montfort, qui vit tout près de la rue Bichat, où a eu lieu l'une des fusillades. Un autre témoin décrit la scène: «sur le moment on ne voit que les flammes qui sortent de l'arme, on a eu peur, qui nous disait qu'il n'allait pas tirer sur les fenêtres?»
   Florence dit être arrivée «en scooter peut-être une minute après». «C'était surréaliste, tout le monde était à terre. Personne ne bougeait dans le restaurant Petit Cambodge et tous les gens étaient par terre au bar Carillon. C'était très calme, les gens ne comprenaient pas ce qu'il se passait. Une fille était portée par un jeune homme dans ses bras. Elle avait l'air morte», explique-t-elle.
   Mêmes scènes de guerre rue Charonne, un peu plus à l'Est. Des camions de pompiers repartent toutes sirènes hurlantes.
Un homme dit avoir entendu des tirs pendant «deux, trois minutes», «des rafales». «J'ai vu plusieurs corps à terre ensanglantés. Je ne sais pas s'ils étaient morts», lâche-t-il.
   «Il y avait du sang partout», confirme un autre témoin, parlant de tirs très forts en plusieurs temps.
   Toujours dans l'Est parisien, mêmes gyrophares de la police et des pompiers, autre quartier bouclé, celui de la salle de concerts le Bataclan, tout près de la rédaction de Charlie Hebdo cible d'un attentat meurtrier en janvier. Une prise d'otages est en cours.
   Les gens sont pendus au téléphone. «Ma femme était au Bataclan, c'est une catastrophe», dit un homme qui a accouru sur place, mais est bloqué par le cordon de sécurité. «Il y a eu une fusillade à l'intérieur du Bataclan. Tout ce que je peux vous dire c'est que c'est plus grave que Charlie Hebdo», glisse un membre des forces de l'ordre.
   Le Stade de France, enfin, en banlieue nord de Paris. Des explosions ont retenti autour, des grenades selon certains stadiers. La police afflue, le public a pu entendre deux explosions, mais le match amical France-Allemagne s'est poursuivi. Tout le monde est d'abord confiné à l'intérieur du stade, survolé par un hélicoptère.
   «On a entendu les explosions 25 minutes après le début du match. Il a continué normalement. Je pensais que c'était une blague», explique Ludovic Klein, 37 ans, venu de Limoges avec son fils de dix ans. «L'évacuation s'est faite dans le calme à part un petit mouvement de foule.»

vendredi, octobre 02, 2015

Syrie : merci Poutine ?

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Question taboue : et si l'intervention de la Russie permettait finalement de trouver une solution politique à une crise inextricable ?



Publié le  - Modifié le  | Le Point.fr

La Russie de Vladimir Poutine a mené ses premiers raids en Syrie.

C'est entendu : Vladimir Poutine est un affreux. Il a, sans coup férir, occupé l'an dernier la Crimée (comme jadis Catherine II, l'amie de Diderot) et ose aujourd'hui se mêler spectaculairement des affaires de l'Orient compliqué : il dépêche ses cosaques aériens dans les cieux syriens. Chaque jour, les esprits les plus éclairés, les âmes les plus immaculées, les meilleurs spécialistes en chambre fulminent des anathèmes contre ce nouveau tsar ivre de puissance. Ils décortiquent ses intentions nécessairement malfaisantes, scrutent ses arrière-pensées obligatoirement maléfiques.
Scandale ! Que les Américains, les Français, les Iraniens, les Turcs, les Saoudiens, les Qataris et quelques autres plus discrets s'ingèrent, avec le succès que l'on sait, dans la sanglante pétaudière syrienne, quoi de plus normal. Mais les Russes ! Quelle légitimité ont-ils donc d'intervenir, ces bouseux de moujiks ? Et ce Poutine avec ses mauvaises manières ! On croirait parfois remonter le temps : en 1717, quand, sous la Régence, Pierre le Grand visita la France, les courtisans, déjà, se pinçaient le nez face au comportement de soudard du tsar de toutes les Russies…
Évidemment, à regarder de plus près, Moscou estime avoir quelques raisons pas plus mauvaises que d'autres d'expédier ses Sukhoï en Syrie.

Les trois raisons de Moscou

Raison stratégique d'abord : l'effondrement du régime de Bachar el-Assad signifierait à coup sûr la perte du seul point d'appui militaire et politique russe en Méditerranée. Or, l'accès aux « mers chaudes » est depuis des siècles le souci constant du Kremlin, pour ne pas se laisser enfermer dans un rôle purement continental.
Deuxième raison ensuite : une  victoire même partielle des djihadistes risquerait de donner une formidable impulsion aux groupes islamistes qui s'agitent dans la Fédération russe (Tchétchénie, Daguestan). Celle-ci compte officiellement environ 20 millions de musulmans, et sans doute beaucoup plus.
Troisième raison enfin : la Russie s'estime historiquement en charge de la protection des orthodoxes, notamment ceux d'Orient, donc de Syrie. L'affaire n'est pas nouvelle : en 1774, le traité de Koutchouk-Kaïnardji (aujourd'hui situé en Bulgarie) mettait fin à la guerre russo-turque. La Sublime Porte concédait à la Russie de la Grande Catherine la libre circulation dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore et la protection de Moscou sur les orthodoxes.
Au Congrès de Berlin en 1878, Moscou s'érige, face à un Empire ottoman « homme malade de l'Europe », en défenseur acharné des Arméniens, en grande majorité orthodoxes. L'histoire ne s'efface pas comme la craie sur un tableau noir. Même si la pratique religieuse de la Russie contemporaine est modérément assidue, l'orthodoxie fait partie de l'ADN identitaire du peuple russe.
Poutine, quant à lui, ne veut pas être le fossoyeur des ambitions internationales de la Russie. Sa volonté d'être présent sur le théâtre syrien n'a peut-être pas que des inconvénients.

Le réceptacle de tous les conflits

La Syrie est devenue, comme le Liban des années 70-80, le réceptacle de tous les conflits, de toutes les rivalités : sunnites contre chiites, Iran contre Arabie saoudite, Turquie contre Iran, Al-Qaïda (via Al-Nosra) contre Daesh. Sans compter la surenchère entre le Qatar et l'Arabie, et la grenade dégoupillée kurde qui menace l'intégrité de la Turquie, de l'Irak, voire de l'Iran. Dans ce chaos infernal, seul, à terme, un compromis entre grands parrains pourrait ramener, sinon une paix définitive, du moins un peu de calme. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs : le départ de Bachar est un objectif, il ne peut être un préalable. On ne négocie pas en récusant d'emblée l'une des parties. La méthode devrait être « n'en parler jamais, y penser toujours ». En intervenant ouvertement, le Kremlin renforce en tout cas son influence sur le régime syrien. Ce n'est peut-être pas si négatif que cela…