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jeudi, décembre 03, 2015

Avion abattu: les Turcs «vont regretter ce qu'ils ont fait»

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Avion abattu: les Turcs «vont regretter ce qu'ils ont fait»
Vladimir Poutine.Photo Archives / Reuters

Maxime Popov et Anaïs Llobet avec Burak Akinci à Ankara

MOSCOU - Vladimir Poutine s'est livré jeudi à une violente diatribe contre la Turquie, dirigée par «une clique» qui a perdu «raison et bon sens» en abattant un avion russe, une trahison que la Russie «n'oubliera jamais» et que les responsables turcs «vont regretter».
Mis en cause, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi en dénonçant les «accusations immorales» de la Russie sur une implication de sa famille dans la contrebande de pétrole du groupe État islamique (EI) et mis en cause en retour la complicité de Moscou dans ce trafic.
Cette passe d'armes entre les deux présidents intervient alors que le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov doit rencontrer à Belgrade son homologue turc Mevlüt Cavusoglu pour la toute première rencontre entre hauts responsables russes et turcs depuis la destruction le 24 novembre par l'aviation turque d'un bombardier russe près de la frontière syrienne.
«Nous n'oublierons jamais cette complicité avec les terroristes. Nous considèrerons toujours la trahison comme l'un des pires et des plus vils actes», a lancé M. Poutine lors de son adresse annuelle devant les parlementaires, le gouvernement et les gouverneurs des régions de Russie.
«Il semble qu'Allah ait décidé de punir la clique au pouvoir en Turquie en la privant de la raison et du bon sens», a-t-il poursuivi, provoquant les rires de l'assemblée.
Vladimir Poutine s'est défendu de «brandir les armes» dans cette crise tout en promettant de nouvelles mesures de représailles contre Ankara, déjà victime d'un embargo sur ses produits alimentaires et de sanctions visant ses entreprises et son secteur touristique.

NÉGOCIATIONS SUR LE GAZODUC SUSPENDUES

Le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak a d'ailleurs annoncé dans la foulée que les négociations sur le projet de gazoduc TurkStream qui devait acheminer le gaz russe en Turquie avaient été «suspendues».
«Ce n'est pas la dernière fois que nous leur rappellerons ce qu'ils ont fait, ni la dernière fois qu'ils vont regretter ce qu'ils ont fait», a clamé M. Poutine lors de son discours de politique générale où la crise avec la Turquie a éclipsé les questions économiques et sociales.
Tout en faisant la distinction entre les dirigeants et le peuple turc, «bon, travailleur et talentueux», le président russe a de nouveau accusé la classe politique du pays de «s'en mettre plein les poches» en protégeant les activités illégales de l'EI en Syrie.
Le président turc n'a pas tardé à réagir, affirmant à son tour qu'il détenait des «preuves» de l'implication de la Russie dans le trafic de pétrole du groupe jihadiste État islamique (EI) en Syrie et promettant de bientôt «commencer à les révéler au monde».

«PROPAGANDE SOVIÉTIQUE» SELON ANKARA

En dépit de la virulence de la crise diplomatique, un maigre espoir d'apaisement dans les relations entre les deux pays pourrait se concrétiser avec la rencontre jeudi entre MM. Lavrov et Cavusoglu en marge d'une réunion ministérielle de l'OSCE dans la capitale serbe.
Le chef de la diplomatie russe avait annoncé la veille qu'il rencontrerait son homologue à la demande de ce dernier, dans l'espoir d'entendre «quelque chose de nouveau qui n'a pas déjà été dit publiquement».
Jusqu'à présent, les hauts responsables russes ont refusé tout contact avec leurs homologues turcs. Le président russe Vladimir Poutine, après avoir refusé de prendre les appels du président turc, l'a évité lors de la COP21 à Paris.
Les autorités russes exigent sans succès des excuses officielles d'Ankara pour la destruction de leur avion qui provoqué la mort de deux militaires, premières pertes officielles depuis le début de l'intervention russe en Syrie le 30 septembre.
La Russie était déjà passée mercredi aux attaques personnelles dans la crise qui l'oppose à la Turquie en accusant directement le président Recep Tayyip Erdogan et sa famille d'être impliqué dans le trafic de pétrole de l'EI, l'une des principales sources de financement du groupe jihadiste.
M. Erdogan avait par la suite menacé les autorités russes de mesures de représailles si elles continuaient à «propager des calomnies». Jeudi, le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a de nouveau qualifié de «propagande soviétique» les accusations russes.
Washington, qui a appelé à plusieurs reprises au «calme» et à la «désescalade» entre Moscou et Ankara, a fermement démenti mercredi les accusations russes, ne voyant «aucune preuve» soutenant les allégations visant son allié.
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lundi, novembre 30, 2015

Avion abattu: Poutine refuse de rencontrer Erdogan

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Avion abattu: Poutine refuse de rencontrer Erdogan
Le ministre des Affaires étrangères de la Russie, Sergei Lavrov et Vladimir Poutine
(à droite).
Photo Etienne Laurent / AFP

Karim Talbi et Thibault Marchand

Dernière mise à jour: 30-11-2015 | 09h11
MOSCOU - Vladimir Poutine a refusé de rencontrer lundi à Paris Recep Tayyip Erdogan malgré l'insistance du président turc, dont le pays va subir les sanctions économiques de Moscou après avoir abattu un bombardier russe à sa frontière avec la Syrie.
Près d'une semaine après l'intervention au-dessus de la frontière turco-syrienne de deux avions de chasse turcs F-16 pour descendre en flammes un bombardier Soukhoï-24 de retour de mission, la grave crise diplomatique entre la Russie et la Turquie ne connaît aucun signe de détente.
Ankara refuse de s'excuser et maintient avoir agi légitimement pour protéger son espace aérien.
Alors que le corps du lieutenant-colonel Oleg Pechkov - pilote mitraillé par des rebelles syriens alors qu'il retombait en parachute - a quitté dans la matinée la Turquie pour être rapatrié, la fièvre anti-turque continue en Russie et les médias d'État tirent à boulets rouges sur la Turquie, hier encore partenaire privilégié.
Parallèlement, les autorités russes peaufinent l'ensemble des sanctions économiques décrétées contre la Turquie, dont l'ampleur devrait être limitée mais l'impact réel.
Lundi matin, le Kremlin a catégoriquement exclu toute rencontre entre Vladimir Poutine et son homologue turc qui se trouvent tous deux au Bourget, près de Paris, pour participer au sommet sur le climat.
Moscou continue de bouder Ankara malgré les appels insistants du président turc à rencontrer le chef de l'État russe «en face à face».
Furieuse, la Russie accuse depuis l'incident la Turquie d'avoir partie liée avec l'organisation jihadiste État islamique (EI) et exige des excuses.
«Aucun premier ministre turc, aucun président, aucune autorité ne s'excusera», a maintenu lundi le premier ministre turc Ahmet Davutoglu après avoir rencontré à Bruxelles Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l'OTAN dont la Turquie est membre.
«Aucun pays ne peut nous demander des excuses car nous n'avons fait que notre devoir», à savoir «protéger notre espace aérien et notre frontière», a-t-il plaidé.
Répétant que la Turquie n'avait «aucunement l'intention d'avoir une escalade» avec la Russie, M. Davutoglu a appelé Moscou à «reconsidérer» ses sanctions économiques, soulignant qu'elles étaient «contraires» aux intérêts de la Turquie comme de la Russie.
Le secrétaire général de l'OTAN a une nouvelle fois appelé au «calme», mais a souligné que la défense de son espace aérien était «le droit souverain de la Turquie».

LA DÉPOUILLE DU PILOTE RUSSE RAPATRIÉE

Le gouvernement russe a adopté des sanctions diplomatiques et économiques : rétablissement du régime des visas, interdiction de vols charter entre les deux pays, interdiction pour les employeurs russes d'embaucher des Turcs ou interdiction des importations de certaines marchandises turques.
Le corps du pilote du Soukhoï Su-24 abattu la semaine dernière a quitté la Turquie pour la Russie où il devrait prochainement arriver.
La dépouille du pilote, remise aux autorités turques, avait été rapatriée dimanche de la région frontalière de Hatay (sud) jusqu'à Ankara, où une cérémonie s'est déroulée en présence de représentants russes.
Le lieutenant-colonel Oleg Pechkov, 45 ans, avait été tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. Son navigateur, le capitaine Konstantin Mourakhtine, avait lui été secouru à l'issue d'une opération des forces spéciales russes et syriennes. Une première tentative de sauvetage avait coûté la vie à un soldat d'infanterie de marine.
Le pilote sera enterré à Lipetsk (500 km au sud-est de Moscou), où il résidait, ont rapporté les médias russes qui précisent que cet officier avait grandi à Oskemen, aujourd'hui situé dans l'est du Kazakhstan. Formé dans une école militaire de Iékatérinbourg (Oural), Oleg Pechkov était marié et avait deux enfants de 8 et 16 ans.
Le 25 novembre, dès le lendemain de la mort du pilote, Vladimir Poutine avait signé un décret décorant Oleg Pechkov, à titre posthume, et Konstantine Mourakhtine du titre de «Héros de la Fédération de Russie».
Le capitaine Mourakhtine est actuellement hospitalisé dans un hôpital de Moscou, selon l'agence de presse russe Ria Novosti.
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