Trump veut geler l'entrée de citoyens de pays musulmans et de réfugiés

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Publié le 26 janvier 2017 à 06h25 | Mis à jour à 08h48
Après avoir signé mercredi un décret sur son... (AFP)
Après avoir signé mercredi un décret sur son projet phare de construction d'un mur à la frontière avec le Mexique, Donald Trump pourrait en signer un autre, peut-être dès jeudi, qui bloquerait pendant un mois l'arrivée en Amérique de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.
AFP
NICOLAS REVISE
Agence France-Presse
Washington
Donald Trump devrait poursuivre cette semaine son offensive contre l'immigration en suspendant l'entrée aux États-Unis de ressortissants de certains pays musulmans et l'admission de réfugiés, le nouveau président américain invoquant le « terrorisme » dans un monde devenu un « foutoir complet ».
Après avoir signé mercredi un décret sur son projet phare de construction d'un mur à la frontière avec le Mexique, Donald Trump pourrait en signer un autre, peut-être dès jeudi, qui bloquerait pendant un mois l'arrivée en Amérique de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.
Ce projet de décret présidentiel, que le quotidien Washington Post a publié mercredi soir, est intitulé « Protéger la nation d'attaques terroristes par des étrangers » et il prévoit également l'arrêt complet pendant quatre mois du programme américain d'admission de réfugiés de pays en guerre.
Les Syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont seulement 10 000 ont été acceptés aux États-Unis en 2016, seraient, eux, définitivement interdits d'entrée.
Le nouveau président américain, élu sur des slogans de campagne isolationnistes et de lutte contre le « terrorisme islamique radical », veut diviser par deux le nombre de réfugiés accueillis en 2017, selon ce projet de décret.
L'administration de Barack Obama s'était donné l'objectif de plus de 100 000 réfugiés acceptés cette année. L'administration Trump en viserait dorénavant seulement 50 000, toutes nationalités confondues.
« Monde en colère »
Le nouvel occupant de la Maison-Blanche a défendu ces mesures, affirmant mercredi soir sur la chaîne de télévision ABC qu'il fallait agir dans « un monde en colère » devenu « un foutoir complet ».
« Ce n'est pas une interdiction contre les musulmans, mais cela concerne des pays qui ont beaucoup de terrorisme », a affirmé le milliardaire populiste.
Avant même que le décret ne soit officiellement signé, il a été dénoncé par des groupes de défense des droits de l'homme.
« Tourner le dos à des réfugiés vulnérables ne va pas protéger les États-Unis », a condamné l'ancien patron du centre national du contre-terrorisme, Michael Olsen, aujourd'hui membre de l'association Human Rights First. Au contraire, « cela va nourrir le récit mensonger de (l'organisation jihadiste) État islamique pour qui nous sommes en guerre contre les musulmans et non contre les groupes terroristes », a-t-il tonné.
Aux yeux aussi de l'ancien ambassadeur américain en Irak et en Syrie, Ryan Crocker, « interdire l'admission de réfugiés syriens va à l'encontre des valeurs de l'Amérique et sape son leadership ».
Mais le président Obama ne s'était pas montré particulièrement généreux avec ceux qui fuient la guerre en Syrie, Washington n'ayant accueilli que 18 000 Syriens depuis 2011.
Mercredi, son successeur Donald Trump, au pouvoir depuis moins d'une semaine, a donné corps à sa promesse de campagne la plus emblématique : il a signé un décret fixant pour objectif la construction « immédiate » d'un mur à la frontière avec le Mexique pour endiguer l'immigration illégale.
Performance du Dow Jones
Le président républicain a affirmé qu'« une nation sans frontières n'était pas une nation » et il a répété que le Mexique paierait in fine pour ce projet évalué à des dizaines de milliards de dollars et qu'il avait évoqué dès son annonce de candidature à la présidentielle en juin 2015.
Mais son homologue mexicain Enrique Pena Nieto a dit mercredi soir « regretter » et « condamner » ce projet de mur et il s'est engagé à défendre les migrants de son pays.
Plus de 11 millions d'immigrés en situation irrégulière vivent aux États-Unis, certains depuis de très nombreuses années. Près de la moitié sont originaires du Mexique.
Donald Trump a par ailleurs signé un autre décret mercredi pour appliquer plus sévèrement la législation sur l'immigration. Il prévoit de réduire les financements fédéraux de Washington pour les quelque 200 « villes sanctuaires » aux États-Unis qui accueillent depuis des décennies des immigrés clandestins.
Le président s'est attiré les foudres des maires démocrates de Los Angeles, New York ou Chicago. Ce dernier, Rahm Emanuel, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous Barack Obama, a lancé : « Que vous soyez de Pologne, du Pakistan, de l'Inde, d'Irlande, d'Israël, du Mexique ou de Moldavie, vous êtes les bienvenus à Chicago ».
À Manhattan, plus d'un millier de personnes ont manifesté mercredi soir pour dénoncer les mesures anti-immigration en scandant : « Pas d'interdiction ! Pas de mur ! New York est à tout le monde ».
Déjouant une nouvelle fois les pronostics qui tablaient sur un repli du marché après l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, le Dow Jones a franchi mercredi pour la première fois de son histoire le cap des 20 000 points.
Cette performance de la Bourse de New York, qui a terminé à 20 068 points, a été saluée sur Twitter par le nouveau président américain d'un « Superbe !».