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lundi, février 06, 2017

Procès d'un dirigeant catalan: manifestation à Barcelone

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Publié le 06 février 2017 à 07h25 | Mis à jour à 07h25

DANIEL BOSQUEMICHAELA CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
Barcelone
Des dizaines de milliers de séparatistes catalans ont manifesté lundi aux cris de «À bas la justice espagnole» à l'ouverture lundi à Barcelone du procès de l'ancien président catalan Artur Mas, jugé pour avoir défié l'État espagnol en organisant en 2014 une consultation sur l'indépendance de la Catalogne.
Les manifestants, au nombre de 40 000 selon la police locale, ont accompagné Artur Mas et deux membres de son gouvernement inculpés avec lui dans une longue marche vers la Cour d'appel de Catalogne, où le procès doit se dérouler jusqu'à vendredi.
«Indépendance, indépendance», «À bas la justice espagnole», «Nous voulons voter», criaient les manifestants.
«C'est la démocratie qui est en procès ici, pas l'indépendance», a déclaré Artur Mas à l'AFP pendant une pause de l'audience. «C'est la première fois qu'un gouvernement démocratique est jugé pour avoir laissé le peuple voter. C'est un moment historique sans précédent».
M. Mas, président de Catalogne de 2010 à 2016, est accusé d'avoir désobéi en connaissance de cause aux injonctions de la Cour constitutionnelle espagnole en organisant en 2014 une consultation sans effets juridiques sur l'indépendance de cette riche région du nord-est de l'Espagne.
«C'est la démocratie qui est en procès ici,... (REUTERS)
«C'est la démocratie qui est en procès ici, pas l'indépendance», a déclaré Artur Mas (photo) à l'AFP pendant une pause de l'audience. «C'est la première fois qu'un gouvernement démocratique est jugé pour avoir laissé le peuple voter. C'est un moment historique sans précédent».
REUTERS
Il risque dix ans d'interdiction d'exercer une fonction publique et élective. Joana Ortega, ex-vice-présidente, et Irene Rigau, qui était responsable de l'Éducation, risquent chacune neuf ans d'interdiction.
Consultation jugée illégale
La Cour constitutionnelle avait suspendu le 4 novembre 2014 cette consultation, jugée illégale par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy à Madrid car elle portait sur un sujet, l'unité de l'Espagne, qui devait être débattu par tous les Espagnols.
Passant outre l'arrêt, l'exécutif catalan avait recruté des bénévoles pour l'organisation via un site internet, réquisitionné lycées et collèges, distribué des bulletins de vote et mis à disposition 7000 ordinateurs portables pour la transmission et le décompte des résultats...
2,3 millions de personnes sur quelque 6 millions d'électeurs potentiels avaient participé et 80% d'entre elles avaient voté pour l'indépendance.
Une démonstration de force des indépendantistes qui réclamaient depuis plusieurs années un référendum en bonne et due forme sur le modèle du vote organisé en Écosse en 2014.
Les séparatistes affirment, eux, qu'en interdisant cette consultation la Cour constitutionnelle a porté atteinte à leurs droits fondamentaux, notamment la liberté d'expression.
«Ce que nous défendons, c'est la cause de la démocratie», a déclaré dimanche M. Mas, assurant, les yeux embués, que si c'était à refaire, il n'hésiterait pas... et promettant d'aller jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme pour se défendre.
Procès «accélérateur» de l'indépendance
La défense de la singularité catalane, une région avec une langue et une culture propres, tend depuis des décennies ses relations avec Madrid mais le conflit s'est aggravé depuis la crise économique de 2008.
La fièvre indépendantiste est encore montée après 2010, quand la même Cour constitutionnelle saisie par les conservateurs a amendé le «statut» de la Catalogne, en place depuis 2006 et qui lui conférait de larges compétences et le titre de «nation».
Les indépendantistes, majoritaires au Parlement régional catalan depuis septembre 2015, assurent que cette année, en septembre au plus tard, ils organiseront un véritable référendum d'autodétermination, avec ou sans l'accord de Madrid.
Et ils promettent de faire sécession s'ils l'emportent.
Le gouvernement de Mariano Rajoy admet lui que la «question catalane» est le plus grave défi qu'affronte l'Espagne en 2017.
Il compte cependant sur la reprise économique, des investissements dans les infrastructures locales et une «opération dialogue» lancée par la vice-présidente Soraya Saenz de Santamaria pour normaliser les rapports.
Mais pour Mercé Sancho Tusef, une manifestante de 68 ans, il est trop tard. «La réconciliation est impossible parce qu'ils ont refusé le dialogue pendant trop longtemps», a-t-elle déclaré.
Ce procès pourra servir «d'accélérateur» à la cause indépendantiste, en montrant que le gouvernement bafoue les droits des Catalans, a estimé dimanche M. Mas.