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mardi, janvier 26, 2016

Le décorum dans le tordeur d'Énergie Est

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/

Mise à jour le mardi 26 janvier 2016 à 5 h 41 HNE
Le premier ministre Justin Trudeau a répondu aux question des ses adversaires.
Le premier ministre Justin Trudeau a répondu aux question des ses adversaires.  Photo :  PC/Adrian Wyld

Il fallait bien un débat sur l'exportation du pétrole albertain, un pipeline qui divise les régions du pays et des partis politiques gonflés à bloc pour que les députés oublient leur promesse de rehausser le niveau des débats aux Communes.
Une chronique d'Emmanuelle LatraverseTwitterCourriel
En l'espace d'une période des questions, le décorum et la bonne foi politique sont passés dans le tordeur d'Énergie Est.
Conservateurs et libéraux se sont invectivés, ont tenté de marquer des points partisans, ont chahuté. Le moins qu'on puisse dire, c'est que la période des questions est loin d'avoir offert un débat éclairé sur la part potentielle d'Énergie Est dans la relance économique du pays et les questions soulevées par le refus des maires de la région de Montréal d'appuyer le projet ou encore des défis qui sont liés à son éventuelle approbation.
Duel de récriminations
La chef par intérim du parti conservateur, Rona Ambrose, a reproché à Justin Trudeau d'être allé « parader avec les milliardaires en Suisse » et a reproché au ministre des Finances de « se ficher des conséquences d'un déficit ». Jusque là, ça allait encore. Mais c'est le pipeline qui a fait déborder le vase.
« Peut-être que le premier ministre devrait cesser d'utiliser son téléphone portable pour faire des selfies avec Leo DiCaprio et prendre le téléphone, appeler Denis Coderre et se battre pour les ressources naturelles. »— Rona Ambrose, chef par intérim du Parti conservateur

« Il est intéressant de noter que les membres de l'autre côté de la Chambre nous critiquent pour n'avoir pas réussi à faire en 10 semaines ce qu'ils n'ont jamais réussi en 10 ans. »— Justin Trudeau
Le ton était donné, la joute des blâmes lancée.
« Est-ce que le premier ministre comprend que son manque de leadership cause des divisions au pays? », a demandé Rona Ambrose. « Si nous avions la confiance des Canadiens, ces grands projets d'oléoducs auraient été construits depuis longtemps », a répondu un peu plus tard le ministre des Ressources naturelles Jim Carr.
Des échanges bercés par l'écho du chahut des uns et des autres. « Pipeline! Pipeline! Pipeline! » ont scandé les conservateurs.
Disons qu'on est loin du débat éclairé et nuancé que mérite un projet d'une telle envergure, aussi litigieux soit-il.
La chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, a talonné le premier ministre Trudeau sur la question d'Énergie Est.La chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, a talonné
 le premier ministre Trudeau sur la question d'Énergie Est.  Photo :  PC/Adrian Wyld
Un test de leadership pour les voies ensoleillées
Les délais pour l'étude d'un projet aussi vaste et complexe qu'Énergie Est sont tels qu'il est illusoire de s'imaginer que Justin Trudeau pourra régler le dossier dans les prochains mois. Fort est à parier, d'ailleurs, qu'il préfère prendre ses distances et laisser le processus suivre son cours. Mais il a certainement le pouvoir de ramener le débat sur des bases moins émotives, plus rationnelles et plus constructives, ce qui sera tout aussi déterminant pour l'avenir de ce projet et des autres qui suivront.
« La seule manière dont ces ressources vont être transportées d'un bout à l'autre du pays, c'est si la population du Canada fait confiance aux décisions qui seront prises face à ces projets. C'est là notre engagement. C'est ce que nous allons faire. »— Jim Carr, ministre des Ressources naturelles
Cette bonne foi sur laquelle mise le premier ministre Trudeau dépendra donc de la manière dont son gouvernement réussira à redéfinir les normes d'évaluations pour les projets en cours comme Énergie Est. Puis, à plus longue échéance, comment il réécrira les règles de fonctionnement de l'Office national de l'énergie.
Là où le bât blesse à court terme, c'est que Justin Trudeau n'a pas le luxe d'un affrontement prolongé entre les différentes provinces du pays.
Sa marque de commerce et sa crédibilité auprès des Canadiens ne reposent-elles pas sur les vertus de la politique positive des voies ensoleillées?
Il doit rapidement trouver une façon de faire baisser le ton.
D'une part, c'est sa crédibilité comme premier ministre du Canada, capable de créer des consensus et réconcilier les intérêts divergents des régions du pays qui pèse dans la balance. D'autre part, il a rapidement besoin de l'appui constructif des provinces dans le dossier des changements climatiques.
Il s'agit de lire quelques chroniques en Alberta au cours des derniers jours pour voir que la fin de non-recevoir des maires de la région de Montréal a été interprétée comme une gifle, alors que la province tente justement de faire des efforts au chapitre de la réduction des gaz à effets de serre.
Justin Trudeau doit rencontrer les premiers ministres provinciaux au mois de mars pour présenter de nouvelles cibles nationales et demander surtout aux provinces d'envisager de faire des efforts bien plus importants que ceux consentis jusqu'ici. Il ne veut surtout pas que le dossier d'Énergie Est et les récriminations qu'il occasionne viennent empoisonner un débat qui sera inévitablement difficile.
Il demeure tout de même ironique que la lune de miel libérale soit mise à l'épreuve en tentant de réparer les pots cassés du gouvernement précédent sur le front de la réglementation environnementale des pipelines. Cela explique peut-être pourquoi le décorum et le respect ont cédé le pas à la partisanerie, le temps de cette première période de questions de 2016.

Le dossier Énergie Est « nuit à l'unité du pays »

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/

Mise à jour le lundi 25 janvier 2016 à 15 h 56 HNE  Radio-Canada avec La Presse Canadienne

Fustigé par plusieurs politiciens de l'Ouest canadien pour s'être opposé au projet Énergie Est de la société albertaine TransCanada, le maire de Montréal, Denis Coderre, ne bat pas en retraite. Mais les partisans de l'industrie pétrolière non plus.
Ce dossier « nuit à l'unité du pays », a affirmé la chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, lundi, jour de rentrée aux Communes.
L'ouest du pays a besoin de l'appui du reste du Canada alors qu'il traverse une période difficile avec la chute du prix du pétrole, a-t-elle plaidé, trouvant « malheureux » que M. Coderre « insulte les Albertains » et s'oppose à « un pipeline qui n'a même pas encore été construit ».
« Ce n'est pas dans l'esprit de la Confédération. Ce n'est pas dans l'esprit de l'unité nationale. Ce n'est pas dans l'esprit des Canadiens, qui offrent toujours leur aide quand les gens sont en difficulté. »— Rona Ambrose, chef du Parti conservateur par intérim
Assurant ne pas vouloir jeter de l'huile sur le feu, elle l'a pourtant exhorté de considérer le projet de TransCanada en se basant sur la « science » au lieu de faire de la « pure politique locale », en référence à une pointe lancée par l'ancien ministre libéral la semaine dernière.
Elle a invité M. Coderre et les autres maires de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui ont opposé un « non » retentissant à TransCanada jeudi dernier, à visiter l'ouest du pays pour avoir l'heure juste. La pétrolière veut acheminer du brut de l'Alberta vers le Nouveau-Brunswick en passant par le Québec.
Rappelons que le pipeline du projet Énergie Est devrait transporter 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux chaque jour.
La carte de l'oléoduc Énergie-Est.La carte de l'oléoduc Énergie-Est.  Photo :  ICI Radio-Canada
À ses côtés, son collègue Gérard Deltell a lui aussi plaidé en faveur de ce dossier « important pour l'économie canadienne ».
« Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour bien l'expliquer et bien le faire comprendre », a soutenu le député de Louis-Saint-Laurent.
« Si on regarde juste uniquement au Québec, pour la construction, on parle de plus de 3000 emplois qui sont directement créés, en plus de presque un milliard de dollars d'investissements dans une économie qui est fragile. Ce type d'impact là peut être très positif », a-t-il argué.
La chef conservatrice a de plus demandé au premier ministre Justin Trudeau de s'impliquer dans le dossier. « Nous avons besoin de leadership sur cet enjeu qui nuit à l'unité du pays », a-t-elle lancé. Le chef libéral a toujours soutenu qu'il reviendrait aux Canadiens de déterminer de l'acceptabilité sociale des projets.
En campagne électorale, il a promis de revoir les processus d'évaluation environnementale, mais l'évaluation d'Énergie Est suit actuellement son cours selon les anciens paramètres.
Coderre persiste et signe
Opposé au projet d'Énergie Est, le maire Denis Coderre a répondu à ses critiques.Opposé au projet d'Énergie Est, le maire Denis Coderre a répondu à ses critiques.
De son côté, le maire de Montréal est demeuré intraitable devant la pluie de critiques, essentiellement dans l'Ouest canadien, qui s'est abattue sur lui ces derniers jours.
« Ma job, ce n'est pas juste politic is local. On vient de signer une entente à Paris à COP-21, où on travaille contre les gaz à effet de serre. Le changement climatique, c'est un dossier qui est essentiel, qui est prioritaire. [Le secrétaire général de l'ONU] Ban Ki-moon a dit qu'il il n'y a pas de plan B à la planète et, là, on va venir me dire : "Ah vous êtes contre l'économie". Non. »
« On n'a pas pris de décision contre les Albertains et les gens de Saskatchewan. On a fait un travail de rigueur », a-t-il soutenu en marge d'une annonce sur les nouveaux arrivants.
Il a accusé TransCanada, « une compagnie très arrogante qui ne veut pas nous parler », de ne pas avoir fait ses devoirs, dénonçant entre autres l'absence de plan de contingence.
« Prenez-vous-en à la compagnie qui n'a pas fait son travail! »— Denis Coderre, maire de Montréal
« C'est l'équivalent de 260 terrains de football » qui doit traverser des cours d'eau, des boisés et des milieux humides le long de « 110 kilomètres sur notre territoire ». 
Évoquant « 33 jobs et au plus 2 millions de dollars aux municipalités par année », il a réitéré que le projet comportait trop de risques pour des retombées économiques négligeables.
« On n'est pas les seuls qui s'opposent », a-t-il souligné. Vous avez la même réalité du côté de la Colombie-Britannique [avec le projet Northern Gateway d'Enbridge et celui de Trans Mountain de Kinder Morgan]. Ce n'est pas unanime en Ontario non plus ».
« On n'est pas contre les oléoducs », a-t-il déclaré en entrevue à Ici Radio-Canada Télé, rappelant qu'il avait accordé son soutien à Enbridge lorsque la pétrolière avait voulu inverser la canalisation 9B entre North Westover, en Ontario, et Montréal.
Or, a-t-il dit, il y a d'importantes différentes entre TransCanada et Enbridge, qui « respectait les conditions de base » pour que son projet aille de l'avant, notamment la mise en place d'un plan de contingence en cas d'imprévu.
Le maire de Montréal avait également rencontré le président Endbridge. « On a travaillé ensemble », a-t-il argué. 
Depuis sa sortie la semaine dernière, le chef du parti albertain Wildrose, Brian Jean, a accusé le maire Coderre d'hypocrisie. « Vous pouvez déverser des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, accepter des navires-citernes étrangers et des avantages de la péréquation et rejeter nos pipelines », a-t-il écrit-il sur Twitter.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, est allé jusqu'à dire que le Québec devrait rembourser ses paiements de péréquation.

vendredi, novembre 06, 2015

Rona Ambrose élue chef intérimaire du Parti conservateur

http://www.ledevoir.com/politique/

5 novembre 2015 19h55 | Mélanie Marquis - La Presse canadienne à Ottawa | Canada
Rona Ambrose a été préférée à Diane Finley et au duo Denis Lebel-Michelle Rempel, notamment.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne

Rona Ambrose a été préférée à Diane Finley et au duo Denis Lebel-Michelle Rempel, notamment.
La députée albertaine Rona Ambrose succède au chef conservateur Stephen Harper à la barre du Parti conservateur. Elle assurera l’intérim en attendant l’élection d’un chef permanent.

Le caucus conservateur lui a confié jeudi la responsabilité de redonner un nouvel élan au parti, qui a été relégué aux banquettes de l’opposition officielle à Ottawa le 19 octobre dernier.

« Je suis extrêmement fière d’être la nouvelle leader de l’opposition », a lancé Mme Ambrose au cours d’un bref point de presse à l’issue de sa victoire.

Celle qui a été notamment titulaire des ministères de la Santé, de l’Environnement ou encore de la Condition féminine a promis dans un français hésitant de diriger une formation d’opposition « efficace, constructive, optimiste, confiante ».

Plusieurs députés du Québec considéraient le bilinguisme comme un critère d’embauche assez important. À l’issue de la réunion du caucus, ils ont tous plaidé que la députée albertaine maîtrisait le français, même si cette dernière ne parle pas couramment la langue.

« J’ai eu des conversations en français avec Mme Ambrose, et c’est sûr que lorsque vous parlez seul à seul, ce n’est pas comme parler devant la faune journalistique », a soutenu le député Gérard Deltell.

« Son français est bon. Il n’est pas aussi bon que son portugais ni aussi bon que son anglais, mais il est bon. Il y a peut-être place à une petite amélioration », a pour sa part affirmé Maxime Bernier, qui a été réélu pour une quatrième fois consécutive en Beauce.

Le caucus conservateur a pris « une bonne décision » en confiant à Rona Ambrose les rênes de la formation, a-t-il dit : « Elle a de l’expérience dans l’opposition, de l’expérience en tant que ministre, donc pour nous, c’est un excellent choix, on est très heureux. »

Les députés du Québec avaient « comme premier choix Denis Lebel, évidemment », mais « le choix de Mme Ambrose est excellent », a quant à lui affirmé le nouveau venu Pierre-Paul Hus à la sortie de la rencontre, au cours de laquelle Stephen Harper a prononcé un discours.

Selon le récit qu’en ont fait quelques députés conservateurs, l’ancien premier ministre a réitéré qu’il prenait la responsabilité pour la défaite. M. Harper, qui était entré par une porte située à l’arrière du parlement, est reparti après son discours sans s’adresser aux journalistes.

Un «message conservateur» qui a nui

Depuis le revers du 19 octobre, plusieurs députés réélus ou défaits ont formulé l’hypothèse que la façon dont le « message conservateur » était communiqué avait nui au parti, que le ton était trop négatif ou partisan.

Lorsqu’on a demandé à Mme Ambrose comment pourrait s’opérer le changement de ton, elle est demeurée évasive. « Eh bien, je suis ici. Je ne suis pas certaine si c’est le reflet qu’on a un nouveau ton, mais mes collègues m’ont choisie et ils m’ont fait confiance », a-t-elle offert.

La nouvelle dirigeante intérimaire du Parti conservateur a tenu à féliciter le premier ministre Justin Trudeau et ses troupes pour leur victoire. « Je suis impatiente de travailler avec lui et avec [Thomas] Mulcair et tous les députés de la Chambre des communes », a-t-elle déclaré.

Le poste de chef de l’opposition — même intérimaire — comporte ses avantages : il est accompagné d’une augmentation salariale de 80 100 $, d’une voiture de fonction avec chauffeur et des clés de Stornoway, la résidence officielle du leader de l’opposition à Ottawa.

C’est donc Rona Ambrose qui aura droit à tout cela, ayant été préférée aux candidats Diane Finley, Candice Bergen, Rob Nicholson, Erin O’Toole, Mike Lake, ainsi que le duo Denis Lebel-Michelle Rempel.

Maintenant qu’ils ont franchi l’étape d’élire un chef intérimaire, les conservateurs consacreront certaines de leurs énergies à tenter de comprendre ce qui a mené à leur défaite le 19 octobre dernier.

« Le Parti conservateur nous a dit qu’il allait faire des consultations avec le caucus, avec les gens défaits, avec nos membres à travers le Canada et après ça on va avoir le rapport, le rapport va être public », a affirmé Maxime Bernier.

Mais pendant ce temps, on pensera déjà à une autre élection — celle du chef qui remplacera Stephen Harper de façon permanente à la direction du Parti conservateur. La date de cette élection n’a pas encore été fixée par l’exécutif national, mais ce ne serait pas pour demain.