Le livre est le résultat de 174 assemblées de cuisine et d’une dizaine d’assemblées publiques.
Il y a une désarmante simplicité dans ces priorités qui se dégagent de la tournée « Faut qu’on se parle ». Que veut-on ? Rien de très extravagant : d’abord, qu’on nous considère tous autant que nous sommes comme des citoyens et des citoyennes à part entière et non comme de simples intrants dans un système de production. On nous a dit depuis longtemps comment gagner notre vie et comment contribuer à l’économie, mais on nous a très peu parlé de toutes ces manières de mieux vivre. De fait, on les a presque oubliées…
Ce que nous rappellent ces milliers de personnes rencontrées, c’est ce nécessaire retour à des valeurs fondamentales et collectives de vivre-ensemble. Bien sûr, on veut du travail décent et significatif, où l’on peut exercer le plus librement ses talents, on souhaite évoluer dans un contexte d’économie prospère, une économie qui rend le monde équitable et épanouissant pour tous. On veut avoir accès au savoir et à l’éducation, pour s’élever comme personne à ce que l’humanité a de meilleur. On revendique, à juste titre, le respect des individus et des communautés, dans leur diversité, dans une société en harmonie avec ses choix. On souhaite une paix sociale, des conditions de santé pour tous et, bien entendu, le temps qu’il faut pour vivre avec les siens.
Les esprits malins diront peut-être que toutes ces priorités sont banales, et qu’on aurait pu les concevoir sans tenir d’assemblées de cuisine. Peut-être. Mais qu’on ait parlé avec tant d’insistance et d’émotion de ces nécessités, et ce, partout au Québec, ce n’est pas banal. Cela témoigne avec force que ces idées simples, indispensables pour mener une bonne vie, doivent plus que jamais être défendues dans l’espace public et sur la scène politique. Cela indique aussi que les gens considèrent manifestement que ces besoins fondamentaux doivent impérativement revenir au coeur des grandes orientations politiques de la société québécoise.
Voilà des priorités auxquelles on doit désormais donner corps. Et cela se fera, pour peu que chacun d’entre nous agisse selon sa façon de faire et en fonction du mode d’implication qui lui conviendra. Beaucoup d’entre vous ont décidé de continuer à tenir des assemblées de cuisine pour trouver plus d’idées et poursuivre le dialogue. C’est là une très bonne piste : il faut continuer à penser et à parler politique de façon non partisane. C’est aussi un bon moyen de contrer le manque d’information saisissant sur les idées qui nous sont chères. Il est essentiel que ces informations pertinentes circulent, qu’elles soient accessibles et disponibles facilement. Une autre façon d’agir, cruciale, repose sur la nécessité de promouvoir les propositions dont il a été question tout au long de cette tournée, partout, sur toutes les plateformes.
Un Québec qui veut se transformer pour être meilleur
Il est également possible de réaliser des changements à partir de nos implications dans les mouvements et les organisations sociales qui sont le véritable tissu de notre société, ce qui la fait vivre et la fait changer, évoluer. S’impliquer dans ces mouvements est souvent la meilleure façon de provoquer des transformations sociales importantes.
Il y a aussi la voie de l’implication au sein des partis politiques, en interpellant des élus de tous niveaux, en militant dans une organisation, en participant à la vie municipale et aux réunions du conseil, ou même en se portant candidat ou candidate. Mais la politique n’est pas qu’une affaire de partis. On oublie trop facilement que le rôle majeur de tous nos élus, à tous les niveaux, c’est de nous représenter, et de traduire nos besoins et nos aspirations dans leurs décisions. Alors, parlons-leur à ces élus de toute nature, invitons-les dans nos organismes, impliquons-les dans les démarches que nous menons, faisons en sorte de changer le regard qu’ils peuvent porter sur ce qui nous touche.
Sortons aussi voir les gens qui nous entourent, qui ne sont pas impliqués, qui n’ont pas organisé d’assemblées de cuisine, qui n’ont pas acheté ce livre, qui discutent rarement de politique, mais qui sont profondément concernés par celle-ci. Allons leur parler de toutes nos idées — celles dont nous venons de parler et bien d’autres encore — pour ranimer la flamme d’un Québec qui veut se transformer pour être meilleur, pour être à la hauteur de son plein potentiel.
Bref, ce n’est pas le travail qui manque, il y a des choses à faire pour tout le monde. C’est l’implication de tous, dans tous les contextes, qui fera une vraie différence.
Mise à jour le mardi 14 juillet 2015 à 16 h 25 HAE
Jean-Martin Aussant Photo : PC/Jacques Boissinot
Le Chantier de l'économie sociale annonce que Jean-Martin Aussant deviendra le prochain directeur général de l'organisation. La nouvelle a été confirmée par voie de communiqué, mardi après-midi.
La nomination de M. Aussant fera l'objet d'une conférence de presse le 20 août. L'ex-chef d'Option nationale entrera en fonction au cours de ce même mois.
Le président du conseil d'administration du Chantier de l'économie sociale, Patrick Duguay, se réjouit de cette arrivée qu'il qualifie « d'intéressante » pour son équipe.
« Jean-Martin Aussant sera le prochain directeur général du Chantier de l'économie sociale. L'entrée en fonction est prévue pour le mois d'août, après les vacances. »— Patrick Duguay, le président du conseil d'administration du Chantier de l'économie sociale
« C'est clair que pour nous c'est une excellente nouvelle. D'autant plus que Jean-Martin va se joindre à une équipe déjà aguerrie, à un conseil d'administration large et très inclusif, de grands réseaux d'entreprises d'économie sociale, des réseaux syndicaux ou universitaires, des mouvements sociaux, l'ensemble de régions du Québec, des jeunes », énumère-t-il.
Patrick Duguay précise que l'ancienne directrice générale de l'organisme, Nancy Neamtan, demeurera au service du Chantier en tant que conseillère stratégique.
Lors des obsèques de l'ancien premier ministre du Québec et ex-chef du Parti québécois (PQ) Jacques Parizeau, Jean-Martin Aussant lui avait rendu un vibrant hommage empreint d'émotion.
Certains observateurs de la scène politique y avaient décodé l'annonce d'un probable retour au bercail.
Le Chantier
En plus de regrouper des entreprises d'économie sociale et d'organisations de soutien, le Chantier de l'économie sociale rassemble des syndicats et des organismes jeunesse entre autres.
Quitter le PQ, puis le Québec
En juin 2011, Jean-Martin Aussant avait claqué la porte du PQ. Il estimait que le parti n'en faisait pas assez pour promouvoir la souveraineté du Québec. Il avait alors fondé son propre parti, Option nationale.
Deux ans plus tard, il annonçait son retrait de la vie politique, expliquant être incapable de mener de front sa carrière politique et son rôle de père. Il a ensuite quitté le Québec pour Londres, où il a travaillé pour la banque Morgan Stanley.
Hier, J’ai regardé, émue, les funérailles de mon Premier ministre Jacques Parizeau. Entendre chanter Claude Dubois et son « Si dieu existe » me donne des frissons à chaque fois. On dira ce que l’on voudra de l’homme, mais il faudra se lever tôt pour critiquer la puissance et la justesse de sa voix.
Il y a eu d’autres belles voix à la cérémonie d’hier. L’une d’elles portait un magnifique témoignage, celle de Jean-Martin Aussant, héritier intellectuel de Monsieur Parizeau. Il termina sa prise de parole en annonçant « la fin des exils, autant géographiques qu’intellectuels », comme pour annoncer son retour à la politique québécoise ou pour annoncer celui de Duceppe, au Bloc... Comme pour affirmer que lorsqu’une porte se referme, aussi gigantesque soit-elle, d’autres continuent de s’ouvrir. Étrange quand même qu’en quelques jours, la famille indépendantiste vive autant de soubresauts. C’est dans le chaos que naissent les étoiles, dit-on.
Est-ce que le retour de Duceppe annonce la nouveauté, la fraîcheur politique ? Je ne mentirai pas en disant que cela manque de... renouvellement, disons. Après la vague de reprises de films et de chansons, nous en sommes maintenant au recyclage de politicien. J’ai écrit en 2011 que le Bloc se comportait en filière du NPD et que les Québécois lui préfèreraient l’original. Je pense encore que ç’a été une grossière erreur lors de la dernière campagne de Gilles Duceppe. J’espère que son équipe veillera justement à ne pas faire les mêmes erreurs qui lui ont coûté sa vigueur en 2011.
Duceppe sera par contre entouré d’une équipe de candidats pleine de promesses. Je pense entre autres au comédien Denis Trudel, orateur de talent, à Gabriel Sainte-Marie, brillant jeune professeur et économiste ou à Xavier Barselou-Duval, jeune professeur de comptabilité. Lorsque j’entends que l’indépendance ne serait plus qu’une vielle barouette rouillée, c’est à ceux-là, et à plusieurs autres, que je pense. Alors que le Bloc est si bas dans les sondages, ils se sont lancés dans leurs investitures il y a quelques semaines, porteurs d’un espoir et d’une énergie vivifiante, colorée. Ils sont chargés d’audace, et ils ne sont pas seuls.
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En écoutant Jean-Martin Aussant, j’ai eu l’impression que l’exil des indépendantistes était réel. Nous sommes en séjour obligé, loin du pays où nous avons racines, où nous avons traditions, où nous avons légendes, où nous existons. Ce pays que bâtissaient les Lévesque, Parizeau, Laurin, Garon, etc. Une génération de politiciens idéalistes nous quitte, mais d’autres se lèvent. Inspirées par ce rêve d’exister qui n’est pas seulement celui des aïeux. Nous arriverons là où nous sommes déjà, écrivait Gaston Miron.
Jacques Parizeau aurait aimé nous laisser «La souveraineté en héritage » comme l’indique le titre du dernier livre du sociologue Jacques Beauchemin, paru hier aux Éditions du Boréal. Beauchemin évoque, dans l’introduction de son livre qu’« il est possible que nous manquions notre rendez-vous avec l’histoire. Il appartient à ceux qui, comme moi, s’en inquiètent de le dire. » Ce livre ne pouvait pas tomber mieux, avec l’effervescence des derniers jours. Comme Beauchemin, je suis inquiète, évidemment, de voir que le rêve de Parizeau et de millions de Québécois pourrait s’effriter. Mais la poussière de rêve peut aussi s’envoler aux quatre vents, se poser et croître là où on ne le croyait plus.
La souveraineté en héritage, c’est peut-être finalement ce que Parizeau aura semé en nous. Poursuivons ce rêve qu’il nous a légué.