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samedi, septembre 16, 2017

La méditation pleine conscience

Une pratique bénéfique pour le personnel médical
13 décembre 2014 |Pauline Gravel | Science et technologie
Suzanne Paquet, psychiatre à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, dans la région de Lanaudière
Photo: Michaël Monnier Le Devoir


Suzanne Paquet, psychiatre à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, dans la région de Lanaudière

Joseph Flanders dirige la clinique MindSpace, à Montréal, et offre des sessions de réduction du stress basée sur la pleine conscience — une thérapie mise au point par Jon Kabat-Zinn — aux médecins, aux infirmières, aux gestionnaires, aux chercheurs et aux secrétaires du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« Les infirmières vivent des situations très stressantes. Qui plus est, elles ont une grande sensibilité pour la souffrance de l’autre. Or, si le corps est toujours ouvert à la souffrance des autres, on devient à risque de faire un burn-out », souligne Joe Flanders, qui amène les infirmières à développer « l’équanimité » à l’aide de la pleine conscience.

« Cette qualité leur donne la capacité de bien comprendre la situation et les limites de ce qu’elles peuvent faire, car il y a des choses hors de leur contrôle, comme la trajectoire d’une maladie et l’évolution d’un patient. Elles doivent donc avoir un détachement — pas une indifférence —, un détachement intelligent afin de développer une compassion durable. »

Les conditions de travail des médecins sont aussi très éprouvantes, car ils travaillent de longues heures et sous pression. « Même s’il est fatigué à la fin de sa journée et qu’il fait face à un cas complexe avec une personnalité difficile, le médecin doit demeurer présent à ce qui se passe pour bien recevoir les informations que lui transmet le patient, afin de faire le bon diagnostic et de trouver les outils adéquats pour régler le problème. Il ne doit pas se perdre dans ses émotions et son anxiété, mais plutôt rester calme.

« « De même, lorsque survient une complication, le chirurgien ne doit pas se laisser envahir par le stress et l’anxiété qui risquent de diminuer sa performance », explique Joe Flanders, avant d’ajouter que « la pleine conscience apporte le calme, une stabilité émotive, et permet de garder une distance par rapport à ce qui se passe dans son corps et son esprit ».

L’épuisement professionnel des médecins

Les symptômes d’épuisement professionnel guettent près de la moitié des médecins aux États-Unis, et le tableau est probablement très semblable au Québec.

« Or des médecins en burn-out ne sont pas simplement épuisés, ils traitent leurs patients comme des objets, ils ont moins d’empathie pour eux et ressentent peu la satisfaction du devoir accompli. Il s’ensuit qu’ils sont de plus en plus nombreux à souffrir de dépression, à consommer de l’alcool, des opioïdes et des stimulants. Leurs patients, au bout du compte, reçoivent des soins de santé de moins bonne qualité », souligne-t-on dans le magazine Mindfulness.

Un programme obligatoire

Conscient de ce danger qui guette les futurs médecins, la Faculté de médecine de l’Université McGill inclura à partir de janvier prochain dans son cursus médical prédoctoral un programme obligatoire sur la pratique de la pleine conscience, pour aider les médecins à relever les défis propres à leur profession. « La pleine conscience peut les aider à se concentrer et à être davantage conscients de la situation, ce qui est essentiel pour prévenir les erreurs médicales et apprendre à demeurer à l’écoute de leurs patients même lorsque les conversations sont difficiles sur le plan émotionnel », précise le Dr Stephen Liben, futur directeur de ce programme, dans une entrevue accordée à Mindfulness.

Louis-Philippe Thibault, externe au doctorat en médecine (MD) à l'Université de Montréal, souligne qu'à son université, «le Mindfulness est une formation obligatoire, un cours siglé et crédité inscrit au cursus du doctorat en médecine, et ce, depuis déjà deux ans».

Des études scientifiques ont en effet montré que la pratique de la pleine conscience accroît la vitesse de mobilisation, de focalisation et de redirection de l’attention. Par exemple, une étude réalisée au Center for Investigating Healthy Minds de l’Université du Wisconsin-Madison a permis de mettre en évidence l’influence de la pratique de la méditation pleine conscience sur la finesse de la perception visuelle.

Les chercheurs ont observé qu’après une retraite intensive de trois mois, les méditants arrivaient à détecter sur un écran deux stimuli visuels qui leur étaient présentés à 300 millisecondes d’intervalle, alors que les personnes sans entraînement en méditation ne voyaient pas le second stimulus parce que la résolution temporelle de leur attention était moins bonne.

Tous les médecins interrogés par Le Devoir ont déclaré que la pleine conscience les aidait grandement dans leur travail. « Cette espèce de distanciation qu’elle nous procure m’aide à garder à sa juste place la compassion que j’éprouve pour mes patients. Elle préserve ma curiosité de la rencontre avec l’autre », confie la psychiatre Andréanne Élie, tout en rappelant combien il est difficile d’être constamment en contact avec la souffrance.

Entre deux consultations

Le Dr Elliot Jacobson, médecin de famille au Centre de médecine intégrative de Montréal, médite souvent entre deux consultations afin « d’être plus concentré et présent à la prochaine personne » qui entrera dans son bureau. Il médite aussi en se levant le matin, trois ou quatre fois par semaine. « La pleine conscience n’a pas tant changé mon travail que la relation que j’entretiens avec mon travail. Elle m’aide à être bien en selle et à me concentrer. Quand je médite régulièrement, je suis moins contrarié par les petits désagréments de la vie et de mon travail, comme des patients difficiles, la politique à mon lieu de travail et le trafic. […] On réalise ainsi qu’on ne doit pas s’accrocher à tout ce qui inonde nos vies et nous accable, comme le stress quotidien et les mille courriels qui arrivent sur notre ordinateur. Il devient ainsi plus facile de ne pas se sentir surchargé et de donner un sens à sa vie. »

Lorsqu’elle ne pratique pas quotidiennement la méditation pleine conscience, la Dre Thanh-Lan Ngô, chef du Programme des maladies affectives à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, a l’impression de « dépenser beaucoup d’énergie à anticiper ses rencontres, à réfléchir à des solutions aux différents types de problèmes qui pourraient se présenter avec les patients et dans le reste de sa vie, à repenser à son travail et à ce qui aurait pu être fait différemment.Lorsque je pratique de façon quotidienne, je suis moins fatiguée et plus productive. À chaque rencontre, je suis totalement présente au patient devant moi plutôt que d’être en train de réfléchir, de planifier, etc., et je peux ainsi offrir une réponse plus habile à son problème », précise-t-elle.

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Méditer pour être en santé


13 décembre 2014 |Pauline Gravel | Science et technologie
Illustration: Tiffet
Vie folle, cadencée par le travail, les obligations et… les emplettes de Noël. Pour stopper cette roue infernale et en sentir les bienfaits sur la santé mentale et physique, des experts pratiquent et enseignent la méditation pleine conscience, une forme de plongée intime dans l’instant présent.​
 
Dans une salle de la clinique externe de l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Charlemagne, l’équipe médicale du département de psychiatrie médite, comme elle le fait de trois à quatre fois par semaine avec les patients. Pendant une petite demi-heure, psychiatres, psychologues, travailleuse sociale, ergothérapeute, secrétaire se recueillent pour mieux porter leur attention sur ce qui se passe autour et à l’intérieur d’eux à l’instant présent.
 
Pour les membres du personnel médical qui côtoient quotidiennement la souffrance, la pratique régulière de la méditation pleine conscience — appelée « mindfulness » en anglais — est un « outil merveilleux » qui les aide à diminuer le stress et à être plus attentifs à leurs patients. Et pour ces derniers, il s’agit d’un traitement efficace pour atténuer leurs symptômes de dépression ou d’anxiété. Des études ont en effet démontré que, grâce à cette approche, les risques de rechute dépressive diminuent de moitié, les ex-toxicomanes sont moins susceptibles de sombrer à nouveau dans la dépendance, et les patients aux prises avec d’insoutenables douleurs chroniques améliorent leur qualité de vie.
 
Elles-mêmes adeptes de la méditation pleine conscience, Andréanne Élie et Suzanne Paquette, psychiatres à l’hôpital Pierre-Le Gardeur, ont décidé il y a un an d’offrir à leurs patients déprimés ou anxieux une formation de huit semaines combinant une thérapie cognitive et la pleine conscience. « La combinaison pleine conscience et thérapie cognitive fait maintenant partie des lignes directrices canadiennes du traitement de la dépression », souligne la Dre Élie. « En voyant que notre esprit vagabonde sans cesse, on apprend que nos pensées ne sont que des événements mentaux comme d’autres. On apprend à leur accorder un peu moins d’importance », indique-t-elle.
 
Après la thérapie, le patient arrive habituellement à « se distancier de ses pensées, ses émotions, ses douleurs ». « On devient spectateur de ce qui se passe. […] On devient capable de laisser passer une pensée anxieuse plutôt que de l’alimenter. Et c’est comme ça pour toutes les émotions dysfonctionnelles intenses », poursuit la Dre Suzanne Paquette.
 
Thérapie contre la dépression et l’anxiété
 
À l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, on offre aussi une thérapie cognitive basée sur la pleine conscience aux patients ayant souffert de dépression, de maladie bipolaire ou de troubles anxieux. « Grâce à cette thérapie, les patients ont moins tendance à s’inquiéter au sujet du futur et à ruminer le passé », explique la psychiatre Thanh-Lan Ngô, chef du Programme des maladies affectives à l’hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et professeur adjoint de clinique à l’Université de Montréal. « Ils sont capables d’accepter et de faire face aux difficultés plutôt que de tenter de les éviter. Les patients bipolaires sont plus aptes à détecter les signes de rechute et utilisent les techniques pour diminuer leur anxiété. Ces techniques leur sont aussi utiles lorsqu’ils souffrent d’insomnie, ont des douleurs physiques, sont fatigués, voire ont des idées suicidaires. »
 
Prévenir les rechutes en toxicomanie
 
Une étude réalisée en 2009 par Bowen, Chawla et Collins a révélé que la pleine conscience prévient les rechutes chez les ex-toxicomanes. Sue Tremblay, infirmière-chef à la clinique privée 360dtx de traitement de la dépendance à Montréal, pratique la méditation pleine conscience avec les clients 15 minutes par jour du lundi au vendredi. « La pleine conscience permet de penser correctement et de répondre à la détresse de façon plus saine, sans recourir à l’objet de sa dépendance. Elle atténue l’impulsivité et remet le corps en homéostasie, ce qui permet d’avoir les idées plus claires et de garder son objectivité », explique-t-elle.
 
Quand la médecine traditionnelle a échoué à apaiser des douleurs chroniques qui cantonnent les victimes à une vie recluse faite de souffrances, la thérapie de réduction du stress par la pleine conscience — mindfulness based stress reduction, ou MBSR, mise au point par Jon Kabat-Zinn — constitue une véritable bouée de sauvetage. Maintes études ont en effet souligné son efficacité dans le traitement de la douleur chronique. Plus récemment, de nouvelles thérapies basées sur l’acceptation, dont l’un des leviers d’intervention est la pleine conscience, connaissent aussi un franc succès, car elles contribuent à améliorer la qualité de vie des patients aux prises avec des douleurs chroniques.
 
« La thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui est l’approche psychologique la plus classique pour traiter la douleur chronique, vise à réduire ou à contrôler les symptômes, par exemple en essayant de penser à autre chose, en relaxant ou en évitant les situations qui risquent d’augmenter les symptômes. Mais parfois, il est difficile de contrôler les symptômes, surtout dans le cas de la douleur chronique », fait remarquer le psychologue clinicien et professeur de psychologie à l’UQTR, Frédérick Dionne, qui fait valoir les bienfaits de la thérapie d’acceptation et d’engagement, ou ACT (pour acceptance and commitment therapy) développée par l’Américain Steven C. Hayes pour le traitement de la douleur chronique, dans son livre intitulé Libérez-vous de la douleur par la méditation et l’ACT.
 
L’ACT conduit le patient à accepter la douleur, plutôt qu’à la contrôler, pour ensuite s’engager dans des activités qui sont importantes pour lui et qui correspondent à ses valeurs personnelles. « Accepter la douleur ne veut pas dire se résigner, mais plutôt apprendre à cohabiter avec elle. […] Dans la pleine conscience, on tente de changer la relation que nous entretenons avec nos symptômes. Quand j’ai mal, je peux centrer mon attention sur ma douleur. Des pensées, telles que “ c’est intolérable, c’est catastrophique ” vont alors émerger. On prend alors conscience de nos jugements sur la douleur, lesquels sont sources de souffrance, d’anxiété et de dépression. Si je peux moins juger ma douleur, celle-ci s’en trouvera amoindrie », souligne M. Dionne.
 
Dans une thérapie ACT, on explore d’abord avec le patient les moyens qui permettraient de résoudre ou de contrôler sa douleur. Si ces stratégies ne fonctionnent pas, l’acceptation devient alors une solution au contrôle des symptômes. On l’incite à lâcher prise. Puis, on l’invite à clarifier ses valeurs personnelles. « Qu’est-ce qui est important pour lui dans la vie ? Est-ce sa famille, être un père affectueux pour ses enfants, sortir avec son conjoint, se sentir utile au travail ? » précise le chercheur. Enfin, il doit passer à l’action et agir en accord avec ses valeurs.
 
L’acceptation s’avère bénéfique autant pour la santé physique que mentale, souligne Frédérick Dionne. Elle diminue l’incapacité physique, le nombre de visites chez le médecin, la consommation d’analgésiques, voire dans certains cas l’intensité de la douleur. Et surtout, elle accroît substantiellement la qualité de vie.

«Au doctorat en médecine à l'Université de Montréal, le Mindfulness est une formation obligatoire, un cours siglé et crédité inscrit au cursus, et ce, depuis déjà deux ans», explique Louis-Philippe Thibault, externe au doctorat en médecine (MD) à l'Université de Montréal.
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La méditation pour lutter contre la solitude


Publié le 06 août 2012 à 08h03 | Mis à jour le 06 août 2012 à 08h03

L'attitude de pleine conscience consiste à être là... (Photo RelaxNews)
L'attitude de pleine conscience consiste à être là au moment présent, sans jugement, et en accueillant tout ce qui vient aussi bien de l'extérieur de soi que de l'intérieur.
PHOTO RELAXNEWS
RelaxNews
Une étude américaine montre que la méditation «mindfulness» aiderait les gens âgés à lutter contre le sentiment de solitude, tout en améliorant leur santé.













L'étude publiée dans la revue Brain, Behavior & Immunity, montre qu'après huit semaines de méditation en pleine conscience (à raison de deux heures et demi par semaine), les sujets se sentaient moins seuls.
L'attitude de pleine conscience consiste à être là au moment présent, sans jugement, et en accueillant tout ce qui vient aussi bien de l'extérieur de soi que de l'intérieur. Cette attitude est à la base de toutes les méthodes de méditation.
40 personnes, âgées de 55 à 85 ans, ont participé à ce programme de huit semaines appelé Mindfulness-Based Stress Reduction, qui a été mise en place par Jon Kabat-Zinn de l'école de médecine de l'Université du Massachusetts.
«Nous disons toujours aux gens d'arrêter de fumer pour des raisons de santé, mais on pense rarement aux effets de la solitude sur la santé», confie le directeur de l'étude J. David Creswell, dans un communiqué daté du 24 juillet. «Nous savons que la solitude est un grand facteur de risque sur la santé et la mortalité des seniors». Et d'ajouter que l'étude montre que la méditation en pleine conscience pourrait être «un moyen prometteur pour améliorer la santé des adultes plus âgés».

Des effets prouvés sur la santé des méditants
L'étude a par ailleurs montré, grâce à des échantillons de sang prélevés auprès des participants, que ce stage de méditation de huit semaines avait eu un effet sur leurs défenses immunitaires. Cette pratique a entraîné une diminution des mécanismes biologiques responsables d'une augmentation de la réponse inflammatoire du système immunitaire. Les chercheurs en ont conclu que la méditation pouvait «réduire le risque de maladie inflammatoire chez les seniors».
En plus de réduire le sentiment de solitude, des études précédentes ont montré que la méditation «mindfulness» avait des effets positifs sur le cerveau, et qu'elle pouvait être utilisée pour minimiser les risques de certaines maladies mentales.
En vidéo, entrevue (en anglais) avec le directeur de l'étude:


samedi, janvier 21, 2017

Manger mieux, une affaire de nuances

http://www.ledevoir.com/plaisirs/alimentation/

Une étude faite auprès d’un échantillon de consommateurs et d’industriels illustre leur perception d’une nutrition santé

Sophie Suraniti
21 janvier 2017 |Sophie Suraniti | Alimentation | Chroniques
Photo: Olivier Zuida Le Devoir

JoAnne Labrecque, professeure agrégée à HEC Montréal, spécialisée en marketing de l’alimentation et en commerce de détail, a pris le pouls d’un groupe de consommateurs et d’industriels en ce qui concerne le vaste champ de la saine alimentation. Un questionnement venu volontairement de la base — « Pour vous, qu’est-ce qu’une alimentation santé et que faites-vous pour y parvenir ? » — qui devrait permettre d’y voir un peu plus clair dans la cacophonie alimentaire ambiante.

Dans un premier temps, l’étude (dont le petit nom complet est « Étude des pratiques commerciales des industriels visant à développer des produits santé ou améliorés en cohérence avec le marché de consommation au Québec ») s’est intéressée aux consommateurs. Ainsi, dès 2014, 60 entrevues se sont tenues dans plusieurs grandes villes : 20 au Québec (Montréal, Québec), 20 en France (Paris, Nantes) et 20 aux États-Unis (Boston, New York).

Les entretiens, fouillés — pour savoir comment les gens définissent leur univers alimentaire, notamment sous l’angle de la santé, et comprendre la manière dont ils sélectionnent les produits pour atteindre leurs objectifs santé —, ont été menés par JoAnne Labrecque, la chercheuse responsable, son équipe et ses partenaires. Par exemple, on cherchait à savoir comment ils font pour manger plus de légumes et de fruits frais, s’approvisionner en produits biologiques ou locaux, cuisiner davantage les fins de semaine.

Puis, en 2015, ce fut au tour de 40 entreprises (20 américaines, 20 québécoises) d’être mises sous la loupe, afin de mieux saisir leur processus d’innovation dans le but d’améliorer certains de leurs produits et de voir comment eux-mêmes définissent un produit santé dans leur secteur. Diminution de la teneur en sel, changements dans les recettes (comme remplacer un édulcorant artificiel par du sucre naturel), réduction du nombre d’ingrédients dans la composition d’un produit…

L’étude a permis de dégager certaines convergences au sein des entreprises interrogées, mais aussi de voir que tout le monde ne joue pas forcément le jeu santé, ou, du moins, le comprend différemment !

Résultats

Que révèlent les résultats de cette recherche universitaire du côté des consommateurs ? Qu’une diète équilibrée arrive en tête de leurs préoccupations, suivie de la fraîcheur des produits, de leur phobie des substances chimiques (additifs, colorants), de leur résistance aux OGM, de leur penchant pour les produits enrichis (en vitamines ou probiotiques, par exemple), des bénéfices sur la santé des aliments biologiques et des choix santé faits au restaurant. Sans oublier la satisfaction de manger sainement, qui participe au bien-être général.

« C’est encourageant de voir qu’une notion forte comme celle de la diète équilibrée ressort en premier. Cela va notamment à l’encontre d’une recherche de l’aliment miracle », explique Martin Lemire, nutritionniste de formation, cofondateur du programme DUX (voir l’encadré) et instigateur de cette étude qui a pu se faire grâce à l’obtention d’un financement du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT).
  
« Mais attention ! Une diète équilibrée ne veut pas dire que je mange de façon équilibrée à chaque repas. Les gens le savent, quand ils mangent moins équilibré. Ils vont alors tenter de réajuster le tir soit dans la journée, soit dans le courant de la semaine », précise JoAnne Labrecque.

Cette composante de diète équilibrée, qui arrive en tête des préoccupations des consommateurs en ce qui a trait à leur santé, amène forcément les gens à cuisiner davantage chez eux. Et c’est là que les industriels entrent en jeu. Car, entre les rythmes de vie actuels qui pompent en stress et en temps et les intentions de consacrer plus de temps à la préparation des repas, il faut trouver des accommodements culinaires ! Les entreprises agroalimentaires vont alors nous proposer des solutions pour prendre des raccourcis dans les préparatifs et réaliser ce qu’on appelle une cuisine d’assemblage.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Même chose du côté de la restauration. « C’est pourquoi cela doit être un effort collectif. Ce n’est pas que les gens ne veulent pas manger sainement, c’est qu’il y a plusieurs facteurs importants à considérer dans tout cet environnement nutritionnel propre aux consommateurs : il faut que ce soit attrayant (goût), abordable (portefeuille) et accessible. Dans ce sens, il y a beaucoup de sensibilisation à faire. C’est pourquoi comprendre où le consommateur se situe peut aider à mieux cibler le message », explique la responsable de l’étude.

Mais, au bout du compte, le message n’est-il pas le même depuis des années ? Une diète équilibrée, n’est-ce pas opérer un retour à la case départ ? « Effectivement, on revient à la base. Mais, comme l’environnement, les conditions et les méthodes de production ont évolué et il est nécessaire de prendre du recul pour savoir où on en est aujourd’hui », précise JoAnne Labrecque. Par exemple, la notion de produit local est souvent associée à l’aspect santé ; on voit que la localité devient de plus en plus importante, pour des raisons écologiques, mais aussi pour la qualité des produits. Certains facteurs deviennent plus prédominants que d’autres. La notion de naturalité, cela fait au moins dix ans qu’on en entend parler. Pourtant, elle est encore là, bien présente. Parce que les conditions changent, parce que l’environnement change. Le consommateur réagit à cela ; il s’adapte.

« La naturalité, le fameux clean label, est aujourd’hui mieux perçue et comprise », indique Mme Labrecque. Qui précise aussi qu’il faut regarder ce qui est fait positivement, notamment au sein des entreprises de taille moyenne, qui ont la faculté de s’adapter plus vite au changement, de proposer des solutions. « C’est vrai qu’on revient à un vieux discours : une diète variée, une diète équilibrée… Mais la grande différence est qu’il y a une volonté de synergie entre tous les intervenants de la chaîne. Auparavant, le “bien manger” était une notion un peu marginale. Aujourd’hui, il s’est démocratisé. Il y a une volonté des acteurs du milieu à aller de l’avant et à répondre aux attentes des consommateurs en tenant compte de la réalité », ajoute Martin Lemire.

Pour les deux protagonistes de l’étude, il est grand temps également de parler en faisant des nuances. « On a tendance à généraliser. Beaucoup d’experts parlent de “l’industrie”, du “consommateur”. Comme s’il n’y avait qu’une seule entreprise ou un acheteur unique ! Alors que nous avons tous une compréhension et une posture différentes en ce qui concerne le champ de l’alimentation santé », explique JoAnne Labrecque. Donc, tout devrait être nuancé.

Nuancer l’ampleur des résultats de cette étude (100 entrevues, c’est une goutte d’eau dans un océan de mangeurs !), nuancer les critiques formulées à l’encontre des industriels (tous ne sont pas dans le même bateau) et nuancer les futurs messages nutritionnels si l’on veut faire avancer le schmilblick concernant l’offre santé sur le marché.

D’ailleurs, pourra-t-on un jour atteindre une offre santé à 100 % ? Pour la professeure à HEC, non. Notamment parce que la dimension plaisir reste importante. Par contre, l’offre santé est beaucoup plus large aujourd’hui qu’avant. Pour JoAnne Labrecque, cette étude devrait permettre d’ajuster le discours, d’influencer les entreprises et d’établir un cadre de réflexion pour le travail à mener avec les différents intervenants de la chaîne, de l’entreprise agroalimentaire en passant par les experts en santé publique.

C’est pourquoi le règne des pastilles, symboles, logos et autres simplifications visuelles qui mettent tout le monde dans le même sac et tendent à lisser les propos, à nous bêtifier, n’est peut-être pas toujours si pertinent.

Renoir en roseCoup de chapeau au chef Olivier Perret, du restaurant Renoir Sofitel Montréal Le Carré Doré, qui remet le couvert le 25 janvier en organisant, avec toute son équipe en cuisine et en salle, ainsi qu’une dizaine de chefs montréalais invités, le grand souper-bénéfice annuel au profit de la Fondation du cancer du sein du Québec et de la Fondation du cancer des Cèdres.

Le programme DUX, c’est quoi ?Martin Lemire et sa conjointe Lyne Gosselin ont fondé le programme DUX en 2012. Cette initiative privée, aujourd’hui reconnue par la plupart des acteurs du milieu de la saine alimentation au Québec, vise à souligner les bons coups en matière d’innovation et d’amélioration de l’offre chez nous. Il y a trois grands axes dans le programme: la reconnaissance d’initiatives, petites ou grandes (des produits, des projets, des campagnes de communication, etc.) à travers un concours et un gala annuels; la recherche; le transfert de connaissances et la sensibilisation des consommateurs ou des industriels.

C’est la première fois que le volet recherche du programme DUX obtient un financement pour mener une recherche universitaire de cette ampleur. Cette année, la soirée de gala qui se tient le 25 janvier au Marché Bonsecours, à Montréal, sera précédée d’une rencontre-causerie où JoAnne Labrecque présentera les grandes lignes des résultats de son étude.

vendredi, décembre 23, 2016

TRANSFERTS FÉDÉRAUX EN SANTÉ Où s’arrêtera l'écroulement du front commun des provinces?

http://www.ledevoir.com/politique/canada/

Après le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse pourrait être la prochaine province à se désolidariser des autres pour signer une entente avec Ottawa

23 décembre 2016 | Hélène Buzzetti à Ottawa
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), est très proche du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), est très proche du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Le front commun provincial a officiellement volé en éclats jeudi sur la question des transferts fédéraux en santé : le Nouveau-Brunswick a annoncé qu’il s’était entendu avec Ottawa, tandis que la Nouvelle-Écosse confirme que des pourparlers avec le gouvernement fédéral sont en cours. La pression sera d’autant plus intense sur les autres provinces que l’équipe de Justin Trudeau confirme que celles qui refuseront de signer une entente ne recevront tout simplement pas leur part des fonds.

L’entente bilatérale conclue avec le Nouveau-Brunswick jeudi fait en sorte que la province touchera sa part des 11,5 milliards de dollars sur 10 ans offerts par Ottawa pour les soins à domicile et la santé mentale, soit 230 millions.

« Je comprends qu’il y a différentes provinces qui ont une approche différente lorsqu’il s’agit d’envisager le rôle du gouvernement fédéral dans le système de santé. Mais nous, nous accueillons cela favorablement, a expliqué en conférence de presse le premier ministre Brian Gallant. Nous pensons que le fait d’avoir le gouvernement fédéral, le soutien de toutes ses ressources pour nous aider à développer […] les bons résultats, les bonnes mesures d’imputabilité, déterminer comment en avoir le plus pour notre argent en investissant dans les soins à domicile et les soins pour les personnes âgées est une bonne chose. »

L’entente avec le Nouveau-Brunswick stipule de plus que le transfert fédéral général destiné à la santé augmentera annuellement de 3 %, ou plus si le taux de croissance du PIB est plus élevé. Ce taux était plutôt de 6 % depuis 2004, et les provinces demandaient son maintien.

Il s’agit donc d’un retour à la proposition initiale d’Ottawa puisque lundi, en cours de négociation avec les provinces, le gouvernement fédéral avait changé de cap et offert un taux de croissance annuel de 3,5 % fixe. Certains analystes, en se basant sur les prévisions de croissance de l’économie, avaient conclu que cette seconde offre s’avérerait peut-être moins généreuse à long terme.

Les négociations entre Ottawa et les 13 provinces et territoires s’étaient soldées par un échec lundi et Ottawa avait retiré son offre. Mais on savait qu’en coulisse, le Nouveau-Brunswick négociait une entente bilatérale. Des rumeurs veulent que jusqu’à six autres provinces et territoires fassent de même. La Nouvelle-Écosse a confirmé jeudi qu’elle était l’une d’elles.

« Nous continuerons de travailler fort pour obtenir une entente appropriée pour la Nouvelle-Écosse, indique la déclaration du premier ministre Stephen McNeil transmise par courriel au Devoir. Nous parlons avec le gouvernement fédéral et sommes encouragés par leur volonté d’avoir ces conversations. »

Le Devoir a contacté toutes les autres provinces et celles qui ont répondu refusent les négociations bilatérales, soit le Québec, l’Ontario, l’Alberta et le Manitoba.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre de la Santé de Colombie-Britannique, Terry Lake, affirme que « ces rumeurs sont lancées par Ottawa ». « C’est une tactique du gouvernement fédéral pour donner l’impression qu’il peut diviser pour mieux régner. Ce n’est pas l’approche de collaboration promise par ce gouvernement et c’est très frustrant, pour dire franchement. […] Je ne vois aucune preuve [qu’il y a des négociations], alors ça m’amène à penser qu’Ottawa bluffe. »

Il se dit « déçu » de la décision du Nouveau-Brunswick de faire bande à part « parce que nous avions tous convenu à Ottawa de se tenir ». En outre, il estime qu’Ottawa ne peut pas refuser à certaines provinces des fonds versés à d’autres. « Ce serait dangereux pour le gouvernement fédéral de penser qu’il peut traiter les provinces et territoires différemment lorsqu’il finance les soins de santé nécessaires. »

En coulisse, en effet, une source fédérale confirme que les 11,5 milliards sur 10 ans promis aux provinces ne seront versés qu’à celles qui signeront une entente. « On ne peut pas transférer sans l’aval des provinces et on ne fera pas de chèque en blanc non plus, explique une source fédérale. Si on ne réussit pas à s’entendre avec les provinces, il n’y a pas de transfert. […] Ce que ça veut dire pour les gens du Nouveau-Brunswick, c’est que eux vont recevoir les services. »

Prise de bec avec Québec

Aucun ministre québécois n’a accordé d’entrevue jeudi pour commenter l’éclatement du front commun. Mais sur Twitter, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a écrit que « le Nouveau-Brunswick accepte une baisse de financement du fédéral, mais se met en même temps à la remorque des autres provinces et territoires pour obtenir une meilleure offre ». De fait, la province maritime a obtenu d’Ottawa l’assurance que si jamais une autre province obtenait dans ses négociations bilatérales une meilleure entente, il pourrait l’obtenir aussi.

NB accepte une baisse du financement du fed mais se met en même temps à la remorque des autres PT pour obtenir une meilleure offre. 

M. Barrette n’a pas répondu aux reproches que lui a adressés le premier ministre Gallant. En conférence de presse, ce dernier s’en est pris vertement à M. Barrette, qui avait la veille accordé des entrevues à des médias du Nouveau-Brunswick pour enjoindre au gouvernement provincial de ne pas céder.

« Je dois dire que j’ai été soufflé d’entendre le ministre de la Santé du Québec venir dire aux médias du Nouveau-Brunswick comment on doit gérer la santé et nos négociations avec le gouvernement fédéral, a déclaré M. Gallant. L’ironie me dépasse. Si une autre province était allée au Québec pour dire aux Québécois et au gouvernement du Québec comment ils devraient gérer leur système de santé et comment ils devraient négocier avec le gouvernement fédéral, on sait tous quelle serait la réaction du gouvernement du Québec. Alors j’ai été très surpris de voir cela. »

M. Gallant s’est par ailleurs fait demander s’il ne jouait pas le jeu de son ami, lui qui est très proche de Justin Trudeau ainsi que de son influent ministre Dominic LeBlanc. « Nous voyons cela comme une force, d’être sur la même longueur d’onde, et d’avoir les mêmes priorités que le gouvernement Trudeau. »

vendredi, septembre 25, 2015

Santé: des listes d'attente seraient diminuées artificiellement, accuse l'APTS

http://www.985fm.ca/national/nouvelles/

Publié par La Presse Canadienne le vendredi 25 septembre 2015 à 14h42. Modifié par Jacques Thériault à 15h01.
Santé: des listes d'attente seraient diminuées artificiellement, accuse l'APTS
MONTRÉAL - Des gestionnaires utilisent des subterfuges pour diminuer artificiellement la longueur des listes d'attente dans certains secteurs du réseau de la santé et ainsi faire bonne figure devant leurs supérieurs au ministère de la Santé.
C'est du moins ce que prétend l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), qui représente quelque 32 000 employés, notamment les travailleurs sociaux, psychologues, ergothérapeutes et orthophonistes du réseau public.

Selon l'APTS, ce sont surtout les secteurs des services à domicile et de la santé mentale qui sont touchés par ce phénomène, qui se serait amplifié depuis la création des Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS).

Certains CISSS auraient complètement aboli les listes d'attente en santé mentale, selon le syndicat, en obligeant les psychologues à traiter leurs patients en thérapie de groupe, plutôt qu'en sessions privées, sans égard à leur diagnostic.

«De cette façon-là, on est plus productif, relève Stéphane Léger, vice-président de l'APTS. Mais j'appelle ça de la pseudo-performance. On a l'air plus productif sur papier, mais est-ce qu'on donne une bonne qualité de soins aux clients?

«Dans certains cas, c'est non. Mais on a de belles statistiques et on peut ainsi respecter les normes d'attente quant au temps d'accès», ajoute-t-il.

Ces balises sont fixées par le ministère. Elles établissent un délai maximal de 30 jours d'attente pour des soins de première ligne en santé mentale et de 60 jours pour les soins de deuxième ligne. Des attentes irréalistes avec les ressources en place, croit le syndicat.

Pour respecter les attentes gouvernementales, certains gestionnaires joueraient donc avec les règles. «Un patient ne devrait pas attendre plus de 30 jours, alors on le fait disparaître», illustre M. Léger.

Une autre astuce qui aurait été mise au jour par l'APTS consisterait à imposer aux travailleurs sociaux de prendre en charge tous les nouveaux patients qui se présentent, même s'ils n'ont aucun temps à leur consacrer.

«Le patient croit qu'il est pris en charge, mais il n'y pas d'intervention qui va se faire avant peut-être quelques semaines», explique M. Léger. Des situations qui mettent beaucoup de pression sur les professionnels du réseau de la santé et qui les placeraient même, dans certains cas, dans des situations de fautes déontologiques, estime l'APTS.

Selon le syndicat, ces pratiques existaient déjà avant l'implantation des CISSS, mais elles se seraient intensifiées au printemps dernier.

«Depuis l'implantation de projet de loi 10, il y a une espèce de compétition entre les cadres pour démontrer qu'ils sont vraiment performants, donc qu'ils respectent les balises», observe M. Léger.

Pour contrer ce phénomène, l'APTS lance une campagne intitulée «Listes d'attente cachées — Le presto va sauter». Le syndicat mènera une enquête nationale sur la «gestion trompeuse» des listes d'attente et demande à tous ses membres de dénoncer le maquillage des listes d'attente dans leur milieu de travail sur le site leprestovasauter.org.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, dit attendre des preuves tangibles de l'existence de ce phénomène avant de prononcer. Dans une déclaration écrite soumise par son attachée de presse, M. Barrette a déclaré qu'«il importe que la gestion des listes d'attente ne se fasse pas avec des ajustements cosmétiques mais par un réel contact avec les patients».

Il ajoute que la loi 10 a accru l'imputabilité des gestionnaires et que le projet de loi 20 sur l'accès aux soins de santé — qui est présentement débattu en commission parlementaire — va améliorer «la fluidité dans l'accès aux spécialistes».

mercredi, avril 22, 2015

Dramatique pour la démocratie

http://www.ledevoir.com/politique/

22 avril 2015 |Francine Pelletier | Québec
Mieux vaut vous habituer tout de suite aux hausses de tarifs de garderies, d’électricité, aux coupes dans les CHSLD, à l’abolition d’organismes régionaux, aux pharmaciens moins bien payés, aux minières libérées de l’obligation de fournir des renseignements sur leurs activités. Toutes ces questions, et bien d’autres, sont désormais coulées dans le béton depuis l’adoption du projet de loi 28, peu avant minuit, lundi dernier. Bien que l’opposition à cette loi fourre-tout était quasi unanime — non seulement de la part des partis adversaires, mais également de la majorité des gens reçus en commission parlementaire — le gouvernement a décidé de couper court aux débats. « Rigueur budgétaire » oblige.
 
Il n’y a pas que les étudiants qui ont des cache-faces, finalement. Le gouvernement à Ottawa, qui en a fait sa spécialité, semble avoir transmis le goût de l’opacité au gouvernement à Québec. Réagissant au recours au bâillon, le deuxième en trois mois, et surtout au salmigondis indigeste imposé, la députée de Québec solidaire, Manon Massé, qualifiait la manoeuvre de « dramatique pour la démocratie ».
 
La « harperisation » est bel et bien dans l’air. Seulement, elle n’affecte pas uniquement le gouvernement Couillard. Depuis les jeux de passe-passe entourant la charte des valeurs (soi-disant) québécoises, le Parti québécois accuse lui aussi son propre déficit démocratique. Le style bouche cousue de Pierre Karl Péladeau, comme exemple plus récent, vient immédiatement en tête. Et que dire des huées de militants péquistes au moment de questionner le candidat en tête, le même PKP, au sujet de conflits d’intérêts ? Suis-je la seule que ça dérange ? Visiblement, la majorité des militants (59 %, selon les derniers sondages) sont prêts à lui faire un chèque en blanc à cause de son beau galbe souverainiste et son passé d’homme d’affaires important. Au plus fort la poche. Ça n’augure rien de bon pour la transparence et l’imputabilité d’un éventuel gouvernement péquiste. Je trouve aussi malaisé que les trois autres élus dans la course, Martine Ouellet, Bernard Drainville et Alexandre Cloutier, aient cessé de talonner M. Péladeau au sujet de Québecor, de peur de perdre des plumes auprès des militants. La censure appelle la censure.
 
Les nouveaux barbares, dont se plaignait dans ces pages l’écrivain Jean Larose, n’ont pas seulement perdu le goût de la langue, « le français de la liberté », ils ont également perdu un certain sens de la démocratie. C’est d’ailleurs bien commode d’avoir des étudiants cagoulés par les temps qui courent ; ils sont les parfaits boucs émissaires pour ce qui est d’épingler les entorses démocratiques sur le dos de gens qui nous dérangent. De la même façon que la hantise des femmes voilées — du temps de la charte, mais encore aujourd’hui — nous empêche d’évaluer la véritable égalité hommes-femmes, nous conforte constamment dans nos choix, les dérapages étudiants à l’UQAM nous confortent dans l’idée que c’est eux le problème. L’écran de fumée créé par les radicaux nous empêche de nous regarder dans le miroir pour ce qui est de la transparence et l’imputabilité des élus.
 
Quand on en arrive à justifier le recours aux policiers à l’intérieur des murs d’une université comme un geste somme toute normal, sans atteinte à l’idéal universitaire ni répercussions sur la « libre circulation des idées », on ne peut qu’en conclure que la démocratie a vu de meilleurs jours. L’université aussi.
 
La situation est complexe, bien sûr, et rien ne peut excuser les agressions gratuites de la part de certains étudiants. Le manque de règles claires encadrant les manifestations étudiantes — en l’absence d’un leadership fort, notamment — attise en plus le panier de crabes. Mais de là à prétendre que les dérapages sont entièrement du côté étudiant, pas du tout du côté de ceux qui détiennent le gros bout du bâton, c’est de ressasser un douloureux déjà vu, l’arrogance du gouvernement Charest d’il y a trois ans. Comme dit Gérald Larose, aujourd’hui professeur à l’UQAM : « Ça ne se peut pas que la judiciarisation, la répression et les tribunaux [fassent] la paix à l’UQAM ». Il suppliait du même souffle le recteur Proulx d’ouvrir « une table pour dialoguer ».
 
C’était le 9 avril. Le dialogue, si je ne m’abuse, se fait toujours attendre. Si l’idéal démocratique est à parfaire du côté étudiant, il l’est tout autant chez ceux qui ont la prétention de gouverner.

dimanche, avril 12, 2015

La FIQ prédit un départ massif des infirmières

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Publication:  |  Par Radio-Canada.ca

Le syndicat qui représente les infirmières au Québec prédit une « catastrophe » pour le réseau de la santé si le gouvernement libéral persiste avec son intention de modifier le régime de retraite des employés de l'État.
FIQSelon un sondage réalisé pour le compte de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), près de la moitié de ses membres de plus de 50 ans ont l'intention de prendre leur retraite d'ici trois ans.
« Ça représenterait des départs massifs de 7500 infirmières en pleine période de pénurie d'infirmières auxiliaires, d'inhalothérapeutes et de perfusionnistes », déplore la présidente de la FIQ, Régine Laurent.
C'est davantage qu'en 1997, alors que 6000 infirmières avaient pris leur retraite à la suite des réformes du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard, prévient Mme Laurent. Selon elle, ces départs avaient créé des « torts au réseau de la santé dont on subit encore les effets ».
La majorité des professionnelles en soins interrogées ont indiqué que leur intention de partir était motivée par les récentes mesures proposées par le gouvernement.
  • 61 % se sont dites influencées par la mesure faisant passer l'âge de la retraite de 60 à 62 ans à compter de 2017;
  • 71 % motivent leur décision par la volonté de Québec d'augmenter la pénalité pour une retraite anticipée de 4 à 7,2 % par année;
  • 64 % expliquent être influencés par le changement dans la façon dont la rente est calculée, en tenant compte du salaire moyen des huit dernières années plutôt que des cinq, comme c'est le cas présentement.
« Martin Coiteux va rendre le réseau de la santé encore plus malade et mettre en péril la qualité et la sécurité des soins aux patients s'il persiste. »
— Régine Laurent, présidente de la FIQ
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, ne commentera par l'enquête de la FIQ pour le moment.
Méthodologie
Le sondage téléphonique a été réalisé auprès de 602 membres de la FIQ de 50 et 64 ans, du 27 au 30 mars 2015, par la firme Repères. Les données ont été pondérées selon le titre d'emploi, l'âge, le statut et les régions. La marge d'erreur est de plus ou moins 4 %.