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mercredi, avril 22, 2015

Dramatique pour la démocratie

http://www.ledevoir.com/politique/

22 avril 2015 |Francine Pelletier | Québec
Mieux vaut vous habituer tout de suite aux hausses de tarifs de garderies, d’électricité, aux coupes dans les CHSLD, à l’abolition d’organismes régionaux, aux pharmaciens moins bien payés, aux minières libérées de l’obligation de fournir des renseignements sur leurs activités. Toutes ces questions, et bien d’autres, sont désormais coulées dans le béton depuis l’adoption du projet de loi 28, peu avant minuit, lundi dernier. Bien que l’opposition à cette loi fourre-tout était quasi unanime — non seulement de la part des partis adversaires, mais également de la majorité des gens reçus en commission parlementaire — le gouvernement a décidé de couper court aux débats. « Rigueur budgétaire » oblige.
 
Il n’y a pas que les étudiants qui ont des cache-faces, finalement. Le gouvernement à Ottawa, qui en a fait sa spécialité, semble avoir transmis le goût de l’opacité au gouvernement à Québec. Réagissant au recours au bâillon, le deuxième en trois mois, et surtout au salmigondis indigeste imposé, la députée de Québec solidaire, Manon Massé, qualifiait la manoeuvre de « dramatique pour la démocratie ».
 
La « harperisation » est bel et bien dans l’air. Seulement, elle n’affecte pas uniquement le gouvernement Couillard. Depuis les jeux de passe-passe entourant la charte des valeurs (soi-disant) québécoises, le Parti québécois accuse lui aussi son propre déficit démocratique. Le style bouche cousue de Pierre Karl Péladeau, comme exemple plus récent, vient immédiatement en tête. Et que dire des huées de militants péquistes au moment de questionner le candidat en tête, le même PKP, au sujet de conflits d’intérêts ? Suis-je la seule que ça dérange ? Visiblement, la majorité des militants (59 %, selon les derniers sondages) sont prêts à lui faire un chèque en blanc à cause de son beau galbe souverainiste et son passé d’homme d’affaires important. Au plus fort la poche. Ça n’augure rien de bon pour la transparence et l’imputabilité d’un éventuel gouvernement péquiste. Je trouve aussi malaisé que les trois autres élus dans la course, Martine Ouellet, Bernard Drainville et Alexandre Cloutier, aient cessé de talonner M. Péladeau au sujet de Québecor, de peur de perdre des plumes auprès des militants. La censure appelle la censure.
 
Les nouveaux barbares, dont se plaignait dans ces pages l’écrivain Jean Larose, n’ont pas seulement perdu le goût de la langue, « le français de la liberté », ils ont également perdu un certain sens de la démocratie. C’est d’ailleurs bien commode d’avoir des étudiants cagoulés par les temps qui courent ; ils sont les parfaits boucs émissaires pour ce qui est d’épingler les entorses démocratiques sur le dos de gens qui nous dérangent. De la même façon que la hantise des femmes voilées — du temps de la charte, mais encore aujourd’hui — nous empêche d’évaluer la véritable égalité hommes-femmes, nous conforte constamment dans nos choix, les dérapages étudiants à l’UQAM nous confortent dans l’idée que c’est eux le problème. L’écran de fumée créé par les radicaux nous empêche de nous regarder dans le miroir pour ce qui est de la transparence et l’imputabilité des élus.
 
Quand on en arrive à justifier le recours aux policiers à l’intérieur des murs d’une université comme un geste somme toute normal, sans atteinte à l’idéal universitaire ni répercussions sur la « libre circulation des idées », on ne peut qu’en conclure que la démocratie a vu de meilleurs jours. L’université aussi.
 
La situation est complexe, bien sûr, et rien ne peut excuser les agressions gratuites de la part de certains étudiants. Le manque de règles claires encadrant les manifestations étudiantes — en l’absence d’un leadership fort, notamment — attise en plus le panier de crabes. Mais de là à prétendre que les dérapages sont entièrement du côté étudiant, pas du tout du côté de ceux qui détiennent le gros bout du bâton, c’est de ressasser un douloureux déjà vu, l’arrogance du gouvernement Charest d’il y a trois ans. Comme dit Gérald Larose, aujourd’hui professeur à l’UQAM : « Ça ne se peut pas que la judiciarisation, la répression et les tribunaux [fassent] la paix à l’UQAM ». Il suppliait du même souffle le recteur Proulx d’ouvrir « une table pour dialoguer ».
 
C’était le 9 avril. Le dialogue, si je ne m’abuse, se fait toujours attendre. Si l’idéal démocratique est à parfaire du côté étudiant, il l’est tout autant chez ceux qui ont la prétention de gouverner.

lundi, avril 20, 2015

Bâillon: l’opposition accuse les libéraux de se «harperiser»

http://www.ledevoir.com/politique/

20 avril 2015 16h47 | Alexandre Robillard - La Presse canadienne - à Québec | Québec
Le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne
Le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard
Les partis de l’opposition à l’Assemblée nationale ont accusé les libéraux de recourir à la«méthode Harper», lundi, avec l’utilisation de la procédure exceptionnelle du bâillon pour l’adoption d’un projet de loi portant sur des sujets aussi divers que les tarifs des services de garde et l’encadrement des compagnies minières.
 
Le chef intérimaire péquiste Stéphane Bédard a déclaré que les libéraux avaient tort de recourir au bâillon alors que seulement une dizaine d’heures a été consacrée à l’étude du projet de loi 28, qui met en oeuvre des dispositions du budget 2014-2015 déposé en juin dernier.
 
«Le gouvernement a pris la méthode Harper et là c’est la journée où on donne la claque aux régions et aux familles», a-t-il dit avant un caucus péquiste.
 
La députée de Québec solidaire Françoise David a affirmé que l’étude article par article du projet de loi 28 suivait un rythme normal en commission parlementaire.
 
«Si le gouvernement libéral n’est pas capable d’endurer qu’on discute normalement de ces projets de loi, bien, qu’il arrête de présenter des projets de loi omnibus, parce que celui-ci, le 28, là, c’est le summum de l’omnibus, a-t-elle dit en point de presse après la période des questions. C’est un projet de loi Harper. C’est tout à fait le modèle du gouvernement Harper.»
 
À Ottawa, le gouvernement conservateur du premier ministre Stephen Harper a eu recours à de nombreuses occasions au bâillon pour adopter des projets de loi sur la mise en oeuvre du budget incluant de nombreux autres sujets.
 
Le projet de loi 28, intitulé «Loi concernant principalement la mise en oeuvre de certaines dispositions du discours sur le budget du 4 juin 2014 et visant le retour à l’équilibre budgétaire en 2015-2016», porte également sur les tarifs des services de garde, l’abolition des centres locaux de développement (CLD), les honoraires des professionnels de la santé ainsi que les renseignements sur les opérations minières.
 
Les parlementaires sont réunis au Salon bleu, depuis la fin de l’avant-midi, lundi, pour un débat sur le projet de loi 28 qui doit s’étendre en continu sur plusieurs heures, après la suspension des règles habituelle pour le bâillon. Le vote final, qui doit permettre aux libéraux majoritaires de faire adopter le texte, n’est pas attendu avant mardi matin.
Avant la période des questions, les libéraux, par la voix du leader parlementaire Jean-Marc Fournier, se sont défendus de faire preuve d’intransigeance en recourant au bâillon pour la deuxième fois depuis la reprise des travaux parlementaires en février dernier.
 
«C’est ce que l’opposition dit, mais lorsque vous regardez la position dans laquelle nous sommes, on veut atteindre l’équilibre budgétaire en 15-16, a-t-il dit. C’est intransigeant de faire adopter la loi qui nous permet de l’atteindre? Parce qu’il faudrait attendre en 2020 pour l’adopter?»
 
En Chambre, le premier ministre Philippe Couillard a soutenu que tout délai dans l’adoption du projet de loi 28 prive le trésor public de 1 million par jour.
 
«Le retard d’adoption de ce projet de loi coûte 1 million de dollars par jour aux contribuables du Québec», a-t-il dit.
 
En point de presse plus tôt, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a accusé M. Couillard de rompre une promesse électorale avec la hausse des tarifs de garderie.
 
«M. Couillard avait promis de réduire le fardeau fiscal de la classe moyenne et là encore avec les tarifs de garderie, il vient rompre une promesse importante, a-t-il dit aux journalistes.Rappelez-vous la façon dont il parlait de la hausse des tarifs proposée par le Parti québécois, lui il arrive avec une hausse qui est encore plus importante.»
 
Le ministre des Finances, Carlos Leitao, qui avait déposé le projet de loi 28 fin novembre, a accusé les partis de l’opposition d’avoir forcé le gouvernement à recourir au bâillon en raison de leur obstruction durant la procédure régulière.

«Une fois à l’étude détaillée, les deux partis d’opposition avaient verrouillé leurs positions et annoncé qu’ils voteraient contre les mesures du projet de loi 28, même celles qu’ils étaient d’accord, même celles d’ailleurs qui venaient déjà, par concordance, des budgets précédents, ceux qui n’avaient pas été adoptés», a-t-il dit en Chambre.

Les péquistes et les caquistes ont plaidé vain que le recours au bâillon pour l’adoption du projet de loi 28 et ses nombreux sujets contrevenait à l’esprit du règlement de l’Assemblée nationale qui empêche l’utilisation de la procédure pour plus d’un projet de loi.

«Le gouvernement a profité de la loi sur le budget pour inclure quatre autres projets de loi qui portent sur des décisions controversées du gouvernement libéral, mais qui ne sont aucunement liés au budget 2014, a dit M. Bédard. Donc, l’objectif, c’est d’occulter les débats.»

Le député caquiste François Bonnardel a également accusé les libéraux de vouloir museler l’opposition.

«Vous bâillonnez l’opposition, vous bâillonnez une partie de la population du Québec, a-t-il dit. Honte à vous.»