Négociations pour la paix en Syrie: mise en garde des rebelles

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Publié le 23 janvier 2017 à 06h31 | Mis à jour à 08h12
Les négociations à l'hôtel Rixos, dans la capitale... (REUTERS)
Les négociations à l'hôtel Rixos, dans la capitale kazakhe, rassemblent pour la première fois le régime de Damas et des combattants rebelles.
REUTERS
MAXIME POPOVMAYA GEBEILY
Agence France-Presse
ASTANA
Les rebelles syriens ont promis de reprendre le combat contre l'armée de Bachar al-Assad en cas d'échec des négociations de paix qui ont débuté lundi à Astana sous le patronage de la Russie, de la Turquie et de l'Iran.
Cette mise en garde des rebelles est intervenue au premier jour de pourparlers dans la capitale du Kazakhstan destinés à renforcer le fragile cessez-le-feu en vigueur depuis le 30 décembre en Syrie.
«Si les négociations sont un succès, nous sommes pour les négociations. Mais si elles échouent, malheureusement, nous n'aurons pas d'autre choix que de continuer le combat», a prévenu Ossama Abou Zeid, un porte-parole de la délégation rebelle interrogé par l'AFP.
Les négociations ont bien débuté en fin de matinée dans l'hôtel Rixos d'Astana mais à la dernière minute, les rebelles ont finalement choisi de ne pas s'adresser directement aux représentants du régime même s'ils étaient tous assis autour d'une même grande table ronde.
Après une pause, les discussions dans des pièces séparées vont reprendre : les rebelles ont indiqué à l'AFP qu'ils s'entretiendraient avec les Turcs et que les émissaires du régime s'entretiendraient avec les Russes, avant que ces deux parrains des pourparlers ne se réunissent entre eux.
Ces négociations sont les premières entre Damas et des chefs rebelles ayant plusieurs milliers de combattants sous leur bannière et contrôlant effectivement des territoires. Les opposants politiques sont cette fois cantonnés à un rôle de conseillers.
Les deux camps ont affirmé dans leurs discours d'ouverture attendre avant tout des pourparlers un renforcement du cessez-le-feu instauré le 30 décembre en Syrie grâce à la médiation russo-turque et qui a conduit à une réduction des violences malgré des violations régulières.
Mohammad Allouche, qui mène la délégation rebelle, a insisté sur «le gel des opérations militaires» en Syrie et l'amélioration de l'accès à l'aide humanitaire pour la population civile, selon le porte-parole Ossama Abou Zeid.
M. Allouche a également demandé que les milices iraniennes, menées par le Hezbollah, et qui combattent aux côtés des troupes de Bachar al-Assad, ainsi que les combattants kurdes du Parti de l'Union démocratique (PYD), soient désignés comme «groupes terroristes».
Le chef de la délégation de Damas, le très expérimenté Bachar Jaafari, a insisté de son côté sur la création d'un «processus politique» de règlement du conflit et une séparation stricte entre rebelles et jihadistes de l'organisation État islamique et de Fatah al-Cham (ex-Front al-Nosra, Al-Qaïda en Syrie).
Surveillance du cessez-le-feu
L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui sert de médiateur entre les deux camps à Astana, a pour sa part appelé à la création d'un mécanisme de surveillance et de mise en oeuvre du cessez-le-feu sur le terrain.
«Nous n'en avions pas par le passé et c'est souvent la raison pour laquelle nous avons échoué» dans le règlement du conflit, a-t-il déclaré, saluant toute initiative visant à «renforcer la confiance» entre les deux parties.
Les rebelles soutiennent cette proposition. Ces mécanismes et l'accès à l'aide humanitaire seraient «une base forte qui pourra être poursuivie à Genève», où des pourparlers politiques doivent avoir lieu sous l'égide de l'ONU le 8 février, a précisé un porte-parole rebelle, Yehya al-Aridi.
La trêve est encore fragile et régulièrement violée. Les rebelles reprochent ainsi aux forces gouvernementales de poursuivre les combats près de Wadi Barada, zone clé pour l'approvisionnement en eau de la capitale syrienne, Damas.
Des combats s'y sont déroulés dans la nuit de dimanche à lundi, ainsi que dans la région de Damas, où l'armée syrienne a repris le siège de Madaya, ville sous contrôle rebelle près de la frontière libanaise, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Neuf civils ont été tués dimanche dans des raids menés par l'aviation du régime contre la province rebelle de Homs, selon la même source.
Astana consacre le changement de donne qui s'est opéré en Syrie ces derniers mois après l'intervention en force de l'armée russe et le désengagement progressif des Américains.
Résultat: les troupes syriennes ont repris fin 2016 le contrôle total d'Alep, la deuxième ville du pays, forçant les rebelles à accepter un cessez-le-feu négocié par la Russie, parrain de Damas, et la Turquie, soutien des groupes armés. Et la question d'un départ du pouvoir de Bachar al-Assad ne se pose plus.
Parallèlement sur le terrain, des bombardiers russes à longue distance ont frappé pour la deuxième fois en trois jours des positions du groupe Etat islamique à Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, selon l'armée russe. Les jihadistes de l'EI, tout comme ceux de Fatah al-Cham, sont considérés comme des «terroristes» par tous et donc exclus du processus d'Astana.