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mardi, août 16, 2016

Un conseiller de Trump impliqué dans un scandale de corruption

http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/

16 août 2016 | Frédéric Autran - Libération à New York | États-Unis
Le «New York Times» précise que les enquêteurs ukrainiens, dont les investigations se poursuivent, n’ont pas la preuve que Paul Manafort a bel et bien reçu les sommes d’argent indiquées sur le registre.
Photo: J. Scott Applewhite Associated Press
Le «New York Times» précise que les enquêteurs ukrainiens, dont les investigations se poursuivent, n’ont pas la preuve que Paul Manafort a bel et bien reçu les sommes d’argent indiquées sur le registre.
C’est un boulet de plus au pied de Donald Trump. Son directeur de campagne, Paul Manafort, serait mêlé à un vaste scandale de corruption en Ukraine. L’affaire, révélée dimanche soir par le New York Times, découle du travail du bureau ukrainien anticorruption. Après la révolution de 2014, qui a forcé le président Viktor Ianoukovitch — et allié de Vladimir Poutine — à fuir en Russie, les enquêteurs ont mis la main sur un « registre noir ». Retrouvé dans les locaux du Parti des régions, la formation pro-russe de Ianoukovitch, ce document secret de 400 pages, rédigé à la main en cyrillique, contient des centaines de noms. Celui de Paul Manafort y apparaît 22 fois entre 2007 et 2012. Au cours de cette période, Manafort, qui travaillait alors comme consultant pour le Parti des régions, aurait touché secrètement 12,7 millions de dollars en espèces.
 
Pas de preuve
 
Le New York Times précise que les enquêteurs ukrainiens, dont les investigations se poursuivent, n’ont pas la preuve que Paul Manafort a bel et bien reçu les sommes d’argent indiquées sur le registre. Mais un ancien responsable du bureau du procureur à Kiev, interrogé par le quotidien, estime que Paul Manafort « savait ce qui se passait » en Ukraine.« C’était évident pour n’importe quelle personne raisonnable que le clan Ianoukovitch, quand il est arrivé au pouvoir, était impliqué dans des affaires de corruption », ajoute-t-il. De fait, le bureau anticorruption estime que ce « registre noir » était l’un des rouages d’un système de corruption visant notamment à manipuler les élections.
 
Dans un communiqué cinglant, Paul Manafort a démenti les informations du quotidien. « Une fois de plus, le New York Times a choisi d’ignorer délibérément les faits et le journalisme professionnel pour promouvoir leurs préoccupations politiques, en choisissant d’attaquer ma personne et ma réputation plutôt qu’en présentant un récit honnête », écrit le directeur de campagne de Donald Trump. « La suggestion que j’ai accepté des paiements en espèces est infondée, stupide et absurde », a ajouté le stratège républicain, qui a vendu ses services à toute une série de dirigeants troubles, dont les despotes Ferdinand Marcos aux Philippines et Mobutu Sese Seko au Zaïre (ex-République démocratique du Congo).
 
Alors que Donald Trump est déjà accusé de faire le jeu de Moscou, ces révélations sur les liens entre Paul Manafort et le parti de l’ex-allié de Vladimir Poutine en Ukraine renforcent les soupçons. Dans un communiqué, la campagne d’Hillary Clinton s’est d’ailleurs empressée de demander au candidat républicain de « divulguer les liens de Paul Manafort et de tous les employés ou conseillers de Trump avec des entités russes ou pro-Kremlin ». Les critiques ne viennent pas uniquement du camp démocrate. Sur Twitter, certains républicains appellent Paul Manafort à démissionner.

vendredi, avril 08, 2016

Une phrase qui dit tout

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/

8 avril 2016 |Lise Payette
« N’attendez pas la solution de vos problèmes des hommes politiques puisque ce sont eux qui en sont la cause. »
 
C’est une phrase signée Alain Madelin, politicien libéral français dont il me serait difficile de partager toutes les idées, mais dont cette phrase a suscité chez moi un grand éclat de rire nécessaire après la semaine turbulente que nous venons de vivre politiquement au Québec. Ce qu’on appelle « l’affaire Hamad », qui a tenu le monde politique en haleine, mérite qu’on prenne le temps de réfléchir sérieusement à la situation dans laquelle nous nous trouvons comme peuple, sans l’avoir souhaité ou mérité.
 
Ce qu’il nous a été donné de vivre aurait été du matériel précieux pour un film de Woody Allen. Un ministre montré du doigt à un moment où l’UPAC vient de porter un grand coup dans les plus hautes sphères politiques québécoises, pendant que le mot « corruption » est sur toutes les lèvres : on peut choisir de fermer les yeux, ou il faudra avoir le courage de faire le ménage qui s’impose. Et le ménage, comme le suggère Madelin, ne viendra pas des politiciens. Eux, au contraire — et par habitude —, vont préférer balayer le tout sous le tapis.
 
C’est là que l’engagement citoyen pourra faire changer les choses. Il est évident que nous devons continuer d’exiger que la vérité soit faite et que la justice puisse jouer son rôle quel que soit le poste que la personne impliquée occupe.
 
Le peuple est piégé. Il ne sait plus où donner de la tête. On pourrait même penser qu’il est tellement dégoûté par ce qu’il découvre des manoeuvres de ses politiciens qu’il pourrait se mettre en colère. Il est évident qu’il n’acceptera rien qui ressemblerait à un « arrangement » pour sauver la face de qui que ce soit. Il ne veut plus des explications habituelles qui servent à présenter comme « normaux » des comportements qui ne sont pas acceptables.
 
Le premier ministre Philippe Couillard prend toute la situation de haut. Il donne des leçons, prêche sur les marches de l’église où on vient de dire adieu à la première femme qui a siégé comme députée à l’Assemblée nationale, dit que le ministre Hamad a toute sa confiance et que le responsable des questions d’éthique va se pencher sur toute la question. Avant jeudi, il avait été décidé que monsieur Hamad garderait tous les privilèges qui venaient avec le titre de ministre. On voulait traiter son cas comme une « maladie », rien de plus. La fameuse présomption d’innocence sera donc hautement respectée. Le choc a été encore plus grand quand on a appris que le ministre avait filé en Floride pour se reposer pendant que le bon peuple avait l’impression d’être le dindon de la farce.
 
Le Parti libéral du Québec a déjà été un grand parti politique. Il y a bien longtemps. Il s’est appliqué à devenir ce qu’il est maintenant et que nous avons eu tort de ramener au pouvoir sitôt après la défaite de 2012. Le ménage n’avait pas été fait et le parti a continué à se gangrener.
 
Son arrogance en ce moment ne trompe personne. Il va tout faire pour se tirer d’affaire, c’est sûr. En ce vendredi, une semaine après la débâcle, c’est à vous de décider de la suite à donner à toute cette affaire. Il fallait entendre la période de questions du mardi 5 avril alors que toutes les questions ont porté sur l’affaire en cause pendant 45 minutes. Le ton avait quelque chose de lugubre. On aurait pu penser que M. Couillard se chargerait de répondre, car c’est son rôle dans les circonstances, mais il ne l’a pas fait. Il a laissé monsieur « ceci étant » (Jean-Marc Fournier) faire la job à sa place. Presque 45 minutes de M. Fournier répondant aux questions de l’opposition avec au moins trois « ceci étant » par réponse, ça ne déclenche pas un enthousiasme fou.
 
Il faut porter attention à tout ce que Sam Hamad aura à raconter. Comme il a un français un peu laborieux, il aurait peut-être dû tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler. Il nous restera à prier pour que le Commissaire à l’éthique ne mette pas des années à éclairer notre lanterne.
 
Mais la chose la plus importante pour nous, c’est d’exiger que la vérité soit sur la table une fois pour toutes. Il faut aussi que ceux et celles qui tiennent au Parti libéral l’accompagnent dans une remise en question qui s’impose et un nettoyage en profondeur pour qu’il puisse espérer retrouver sa place auprès des citoyens du Québec.
 
Autrement, il ne restera qu’à lui faire des funérailles nationales qui seront sans doute suivies par un petit cocktail où les collecteurs de fonds reprendront du service.

vendredi, avril 17, 2015

Couillard tire sur le détenteur du messager

http://www.ledevoir.com/politique/

Éclaboussé par les médias de Québecor, le premier ministre se tourne vers PKP

17 avril 2015 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
Philippe Couillard a défendu son intégrité avec véhémence jeudi en Chambre, avant d’être applaudi par son caucus.
Photo: Jacques Boissinot
La Presse canadienne
Philippe Couillard a défendu son intégrité avec véhémence jeudi en Chambre, avant d’être applaudi par son caucus.
Excédé par les reportages des médias de Québecor sur le rôle qu’il a joué au sein de l’entreprise Amorfix Life Sciences, Philippe Couillard est passé à l’attaque jeudi en tirant sur le propriétaire du messager, Pierre Karl Péladeau.
 
Talonné par le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, qui lui demandait de reconnaître que des épargnants floués avaient manqué d’information de la part d’Amorfix dont il était le président du conseil d’administration, Philippe Couillard est sorti de ses gonds : « Avant de regarder la paille dans les yeux des autres, on regarde la poutre dans ses yeux à soi. Il a dans sa propre formation politique un membre de son caucus qui détient 40 % de l’empire médiatique le plus influent du Québec. Ça, c’est de la gouvernance à régler. »
 
« Il n’y a pas une société démocratique qui accepterait la situation de contrôle d’un empire médiatique de [cette] taille », a ajouté le premier ministre.
 
Mercredi, Philippe Couillard avait toutefois refusé de saisir la perche qu’un journaliste lui tendait en liant la couverture médiatique qui le visait et Pierre Karl Péladeau. « Vous m’amenez à dire que, parce qu’un de mes adversaires politiques aurait le contrôle, encore aujourd’hui, sur un groupe de média, ça aurait une influence sur les nouvelles qui sont rapportées. Je ne veux pas aller là parce que je me rendrais coupable moi-même de ce que je reproche à mes adversaires », avait-il dit.
 
Lors de son passage dans le milieu des affaires, Philippe Couillard a siégé au conseil d’administration d’Amorfix, une petite société de recherche pharmaceutique, à compter de 2009 pour en occuper la présidence de 2010 à 2012. L’actionnaire principal, Peter Hans Black, faisait aussi partie du conseil de la société. À titre de président de la firme de gestion de fortune Interinvest Global Asset Management, ce financier est accusé de détournement de fonds, il a fait l’objet de poursuites judiciaires de la part d’épargnants floués et il s’est vu imposer des amendes par l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui a révoqué le permis de la firme, selon une enquête des médias de Québecor.
 
Certains investisseurs poursuivent Peter Hans Black qui aurait touché une rémunération d’Amorfix alors qu’elle n’avait pas été dévoilée publiquement. « Est-ce que le premier ministre reconnaît qu’à la lumière des documents qui ont été déposés devant les autorités des marchés financiers à Toronto, que l’information qui leur était accessible ne permettait pas aux épargnants d’avoir une idée précise [des] avantages que retirait M. Black de sa participation au conseil d’administration et des activités d’Amorfix ? » a demandé Stéphane Bédard au premier ministre lors de la période de questions à l’Assemblée nationale. Courroucé, Philippe Couillard a bondi : « Ça suffit ! Ça suffit ! Ni mon intégrité ni celle de la compagnie Amorfix et de sa gouvernance ne sont en jeu. Ce sont des questions privées entre un membre du conseil d’administration [M. Black], sa compagnie [Interinvest] et ses clients. Ça n’a rien à voir. »
 
Quant aux paiements de l’ordre de 40 000 $ qu’Amorfix a faits au financier, ils visaient le remboursement de dépenses sur pièces justificatives, a répété Philippe Couillard.
 
Amalgames et démolition
 
« On parle ici de fraude, les épargnants ont été fraudés et ce qui est reproché, c’est qu’Amorfix a servi à frauder », a avancé Stéphane Bédard.
 
« Les épargnants qui se plaignent, c’est les clients d’Interinvest. Ce n’est pas Amorfix, ce n’est pas relié à Amorfix en aucune façon, et bien sûr encore moins à moi », a fait valoir le premier ministre.
 
Dans un point de presse mercredi, Philippe Couillard a dit qu’il faisait l’objet d’un « effort de démolition » politique à la suite de la diffusion de l’enquête par les médias de Québecor. Il s’est indigné des « amalgames », des « fausses associations » et de la « culpabilité par association » dans lesquels la couverture journalistique a versé, selon lui. Son association avec un financier à la réputation douteuse n’était pas sans rappeler ses liens avec un autre présumé fraudeur, Arthur Porter.
 
Dans ce point de presse, Philippe Couillard avait indiqué que les membres du conseil d’Amorfix n’étaient pas au courant d’enquêtes de l’AMF visant Peter Hans Black. Il s’est défendu d’avoir manqué de vigilance en n’effectuant pas de vérification sur les démêlés de M. Black. « Il faut être vigilant, mais il faut avoir des raisons pour déclencher ce genre de vérification. »
 
Une heure plus tard à l’Assemblée nationale, Philippe Couillard a révélé qu’il avait été question au conseil d’Amorfix d’un reportage de l’émission Enquête, de Radio-Canada, sur M. Black et une de ses clientes des Bermudes. C’était en 2009. « On a demandé à M. Black de nous expliquer la situation. Il a protesté avec force de son innocence disant que c’était des allégations sans fondement et que la chose serait réglée. Et il n’y a pas eu de suite à ça. » L’année suivante, Philippe Couillard acceptait la présidence du conseil d’Amorfix.