Photo: Commission Charbonneau / La Presse canadienne
Marc-Yvan Côté, ancien ministre québécois des Transports, lors de la commission Charbonneau
Philippe Couillard est catégorique : l’ex-collecteur de fonds libéral Marc-Yvan Côté n’a joué aucun rôle — même occulte — dans l’organisation de sa campagne à la chefferie du Parti libéral du Québec en 2013.
Le premier ministre dit avoir «demandé personnellement» au «beu de Matane», qui est banni à vie du Parti libéral du Canada, de ne pas se mêler de sa campagne à la succession de Jean Charest.
«Avant même que je ne l’annonce publiquement […], je l’ai rencontré. Je lui ai dit: “M.Côté, je ne veux pas que vous participiez à ma campagne”», a-t-il relaté lors d’un point de presse jeudi matin. M. Couillard affirme avoir «également transmis cette instruction à l’équipe de direction de [sa] campagne, qui l’[a] répandue dans toute l’organisation».
Pourtant, Le Journal de Montréal titrait jeudi matin que «Marc-Yvan Côté [était] bel et bien impliqué dans la campagne de Philippe Couillard».
Pour preuve, Le Journal cite des courriels entre des militants libéraux de longue date et M. Côté. Dans l’un d’entre eux, Lise Grondin prend soin de remercier l’ex-ministre de l’équipe Bourrassa dans les heures suivant la victoire décisive de M. Couillard aux dépens de Pierre Moreau et Raymond Bachand.
«Quelle belle journée. Même si tu étais dans l’ombre, félicitations d’être toujours là, et encore là… Reste avec nous, on va en avoir besoin», a écrit l’ex-directrice de cabinet du président de l’Assemblée nationale Michel Bissonnet le 17 mars 2013.
L’ex-responsable de l’organisation de la course à la direction de 2013 de M. Couillard pour l’Est-du-Québec, Josée Lévesque, a pour sa part bavardé avec M. Côté dans les jours suivants. Mme Lévesque assume actuellement les responsabilités de directrice de cabinet du whip en chef du gouvernement, Stéphane Billette.
La tenue de leurs échanges n’avait «rien à voir avec la politique», a indiqué le chef du gouvernement sans donner plus de détails. Mais M. Couillard a insisté : «M.Côté n’avait aucun rôle dans l’organisation de [sa] course à la direction, aucun mandat, aucune autorisation, point final.»
Les partis d’opposition exigent la tenue d’une commission parlementaire durant laquelle M. Côté, Mme Grondin et Mme Lévesque pourraient répondre à leurs questions. M. Couillard a balayé cette idée, soulignant qu’«une commission parlementaire, c’est le sommet d’un forum partisan».
Réaction de Lisée
Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, lui a reproché de cacher les ressorts de sa victoire de 2013.
«Il ne veut pas nous dire de quoi MmeLévesque a parlé à Marc-Yvan Côté le lendemain d’une élection où elle [lui] avait livré tout l’Est-du-Québec, le terreau de Marc-Yvan Côté, clé en main», a-t-il lancé en chambre avant de se tourner vers le ministre Pierre Moreau.
«Qu’en pense le président du Conseil du trésor, qui est arrivé bon deuxième dans cette course? Est-ce qu’il veut, lui, savoir la vérité?»
Le chef caquiste, François Legault, a pour sa part décrit le PLQ comme un «parti de copinage où les amis passent avant l’intérêt public». «On comprend aujourd’hui que Philippe Couillard n’a jamais voulu faire le ménage», a-t-il dit.
Le candidat malheureux à la direction du PLQ Pierre Moreau dit n’avoir «aucune raison» de jeter le doute sur la légitimité de M. Couillard comme chef libéral. Il estime que son adversaire a fait le nécessaire en dictant à l’ex-ministre Marc-Yvan Côté — actuellement sous le coup d’accusations de fraude et d’abus de confiance — de demeurer en retrait de sa campagne. «Quel geste voulez-vous qu’il ait pu poser de plus? Il ne pouvait quand même pas le couler dans le béton, Marc-Yvan Côté.»
La tenue d’une commission parlementaire est de mise pour clarifier le rôle joué par Marc-Yvan Côté dans la campagne à la chefferie du PLQ de Philippe Couillard.
L'homme a commencé sa carrière d’organisateur politique au temps des enveloppes brunes, et il l’a poursuivie jusqu’à l’ère du numérique et des courriels encombrants.
La feuille de route de Marc-Yvan Côté est entachée par les scandales, petits et grands. En 2005, il avait avoué son implication dans le financement illégal du PLC lors de la commission Gomery. Banni à vie du PLC, cet organisateur « radioactif » n’aurait jamais dû obtenir une deuxième chance comme organisateur politique.
C’était sans compter sur la générosité de sa première famille d’adoption, le PLQ, grâce à laquelle il a pu poursuivre une prolifique carrière à l’intersection du développement des affaires et de l’organisation politique.
De 2000 à 2012, il aurait agi comme l’un des principaux responsables du financement illégal au PLQ, avec les résultats que l’on sait. L’UPAC a mis fin à sa prodigieuse carrière, l’an dernier, avec son arrestation pour complot, fraude envers le gouvernement, corruption de fonctionnaires et abus de confiance. Il est toujours en attente de son procès.
Marc-Yvan Côté est un vieux fantôme qui hante la maison libérale depuis plus de 20 ans. Cette fois, une enquête du Journal de Montréal, courriels à l’appui, laisse entendre qu’il a joué un rôle dans l’organisation de la campagne à la chefferie du PLQ de Philippe Couillard, en 2012 et 2013.
Le premier ministre se décharge de toute responsabilité. De un, il avait demandé «personnellement» à Marc-Yvan Côté de se tenir à l’écart de sa campagne. De deux, il avait transmis la directive à l’équipe de direction de sa campagne. De toute évidence, quelqu’un, quelque part dans son organisation, n’a pas pris l’avertissement au sérieux.
M. Côté a aidé les organisateurs à repérer des délégués favorables à la candidature de M. Couillard. Au lendemain de sa victoire, une militante libérale, Lise Grondin, a envoyé un courriel au vieux routier. «Même si tu étais dans l’ombre, félicitations d’être toujours là, et encore là», lui écrit-elle.
Il est possible que Philippe Couillard n’ait rien su de l’implication de Marc-Yvan Côté dans sa campagne. Possible que celui-ci ait joué un rôle indirect et lointain. Possible, mais hautement improbable compte tenu des antécédents de ce collecteur et de l’ascendant qu’il exerçait sur les troupes libérales dans l’est du Québec. L’hypothèse la plus plausible, c’est que les organisateurs de Philippe Couillard, en dignes héritiers spirituels de Marc-Yvan Côté, n’ont pas pu se passer de ses précieux conseils.
Voilà une situation délicate pour les libéraux. Au pire, Marc-Yvan Côté était mêlé directement à la campagne de Philippe Couillard, ce qui contredirait des déclarations antérieures de la formation. En effet, le PLQ soutient que Marc-Yvan Côté a cessé de s’impliquer dans le parti en 2011. Au mieux, M. Côté jouait encore et toujours un rôle officieux d’artisan de l’ombre, ce qui en dirait long sur l’absence de jugement éthique des organisateurs « officiels » de M. Couillard.
Le premier ministre ne voit pas l’utilité d’une commission parlementaire pour clarifier cette situation encombrante. Si sa conscience est nette, comme il l’affirme, il n’aurait rien à craindre d’un exercice au cours duquel les élus de l’opposition se ridiculiseraient avec un tissu d’insinuations et de fausses rumeurs.
Cette commission permettrait d’entendre la version des principaux intéressés : Marc-Yvan Côté et les organisateurs de la campagne de M. Couillard, dont la crédibilité est mise en cause dans cette affaire.
Publié par Charles Payette pour (Québec) 98,5 fm le vendredi 01 avril 2016 à 05h01. Modifié à 08h40.
Sam Hamad/Cogeco Nouvelles
QUÉBEC - Le ministre Sam Hamad nie les affirmations de l'émission Enquête de Radio-Canada selon lesquelles il aurait été une source d'information stratégique pour l'octroi d'une subvention ayant servi aux intérêts de Marc-Yvan Côté, arrêté pour fraude et corruption le 17 mars dernier.
«Je n'ai pas commis de fautes. J'ai juste fait le suivi d'un dossier», a répondu l'actuel président du Conseil du trésor, vendredi matin, en entrevue avec Paul Arcand au 98,5fm.
Mis en ligne le vendredi 01 avril 2016 dans Puisqu'il faut se lever avec Paul Arcand
Radio-Canada dit avoir obtenu une série de courriels entre des hauts dirigeants de l'entreprise Premier Tech, du Bas-Saint-Laurent, parlant de l'«aide» offerte par leur «ami Sam». L'un de ces hauts dirigeants est l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté, alors vice-président du conseil d'administration de Premier Tech.
«J’ai eu des échanges pour un projet important. C’était un bon projet. J’ai fait le suivi. J’ai jamais, jamais parlé des informations au Conseil du trésor», s'est défendu Sam Hamad au 98,5fm.
Prêt de 11 millions et suvention de 8 millions
Les hauts dirigeants de Premier Tech souhaitaient au début de 2010 faire augmenter une aide offerte par Québec en vue de l'achat d'un concurrent. Selon les courriels obtenus par Radio-Canada, Marc-Yvan Côté informe d'autres hauts dirigeants de l'entreprise du Bas-Saint-Laurent de démarches qui auraient été entreprises par M. Hamad.
Il est question de deux appels qui auraient été faits par M. Hamad à son prédécesseur au ministère du Développement économique, Clément Gignac, et au président d'Investissement Québec, Jacques Daoust.
Le 7 mai 2012, le premier ministre Jean Charest annonce officiellement le prêt de 11 millions $ d'Investissement Québec et la subvention du ministère du Développement économique de 8 millions $. Sam Hamad, ministre du Développement économique, est présent à l'annonce.
Des dons au parti Libéral
«Enquête» soutient que pour sa part, Marc-Yvan Côté s'activait pour le financement politique de Sam Hamad. Selon la compilation de Radio-Canada, certains dirigeants et administrateurs de Premier Tech, ainsi que des membres de leur famille ont donné plus de 20 000 $ au Parti libéral du Québec (PLQ) de 2008 à 2012, alors que Marc-Yvan Côté et sa famille immédiate ont pour leur part donné plus de 17 000 $ au PLQ dans les mêmes années.
Dans le quotidien le Soleil, Hamad avait déjà qualifié les révélations de «pétard mouillé»
Celui qui est aussi présentement ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes a confié à Paul Arcand qu'il n'avait pas parlé à Marc-Yvan Côté depuis 2012.
L'opposition attend des réponses
Jeudi, l'opposition a demandé à Philippe Couillard d'agir immédiatement. On verra s'il le fera ou à tout le moins s'il commentera ou donnera un vote de confiance à son ministre, aujourd'hui.
Le Parti québécois réclame de son côté des enquêtes de l'UPAC et du commissaire à l'éthique, et demande, comme la CAQ, le retrait de Sam Hamad du Conseil des ministres, alors que le député de Québec Solidaire Amir Khadir réclame sa démission.
PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 8 H 05 | Mis à jour il y a 5 minutes
Normandeau arrêtée par l'UPAC
L'ex-ministre libérale des Affaires municipales Nathalie Normandeau, son ex-chef de cabinet Bruno Lortie, et l'ex-vice-président de la firme de génie-conseil Roche, Marc-Yvan Côté, devront répondre à des accusations de corruption, de fraude et d'abus de confiance, après avoir été arrêtés jeudi matin par l'Unité permanente anticorruption (UPAC).
L'ex-président de Roche, Mario Martel, une ex-vice-présidente de la même firme de génie, France Michaud, figurent également au nombre des accusés, tout comme deux hommes associés au Parti québécois, soit Ernest Murray, un ex-responsable du bureau de circonscription de Pauline Marois dans Charlevoix, et François Roussy ex-maire de Gaspé et ancien attaché du député Gaétan Lelièvre.
Les activités de financement politique de l'ex-vice-première ministre du Québec Nathalie Normandeau ont été scrutées à la loupe lors des audiences de la commission Charbonneau. Mme Normandeau et MM. Lortie et Côté ont tous été entendus à ce sujet.
Tous avaient nié avoir quoi que ce soit à se reprocher.
La commission avait démontré que Mme Normandeau avait utilisé son pouvoir discrétionnaire à 14 reprises pour financer des infrastructures municipales dans l'Est du Québec, dans des dossiers où les municipalités concernées faisaient affaire avec Roche.
Or son chef de cabinet, Bruno Lortie, s'est appuyé pendant des années sur son ami Marc-Yvan Côté, lui-même un ex-ministre libéral, pour organiser des cocktails de financement au profit de Mme Normandeau, qui devait amasser des dons totalisant 100 000 $ par année.
L'UPAC n'a pas publiquement confirmé ces opérations, mais a annoncé qu'elle tiendra une conférence de presse portant sur le dénouement des enquêtes Joug et Lierre à 11 h. Le patron de l'UPAC, Robert Lafrenière, sera accompagné pour l'occasion du responsable de la direction des enquêtes sur la corruption, André Boulanger.
Les enquêtes Joug et Lierre portent notamment sur des soupçons d'abus de confiance, de corruption, de fraude et de financement illégal.
Le premier ministre Philippe Couillard a souligné que les arrestations montrent que l'UPAC fait son travail en « toute indépendance », tout en faisant valoir que son gouvernement évolue dans un contexte « tout à fait différent ».
Le PLQ qu'il dirige, a-t-il dit, préconise des « pratiques exemplaires » en matière de financement politique, et il ne fait plus que du « financement populaire ». En ce sens, les arrestations d'aujourd'hui ne disent « rien » sur les libéraux d'aujourd'hui.
La ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, a refusé de commenter « les opérations policières en cours ».