jeudi, septembre 10, 2015

L’austérité d’abord

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10 septembre 2015 |Michel David | Québec
Que le poste de leader parlementaire soit le prix du ralliement de Bernard Drainville ou que Pierre Karl Péladeau ait voulu illustrer le renouveau qu’il souhaite, il demeure que le député de Marie-Victorin était le meilleur candidat. Ayant lui-même eu l’occasion de goûter à la médecine de M. Drainville durant la course à la chefferie, le nouveau chef du PQ aurait été bien mal avisé de ne pas mettre ses talents à profit.
 
M. Drainville est un souverainiste convaincu et un remarquable tribun, qui peut parler d’indépendance avec une grande passion, mais il sait aussi que ce n’est pas ce qui pourrait permettre au PQ de gagner la prochaine élection. M. Péladeau aura beau transformer le PQ en « machine de guerre », c’est d’abord sur son bilan que le gouvernement Couillard sera le plus vulnérable.
 
Courtiser les militants péquistes en proposant d’entrée de jeu le report d’un éventuel référendum à un deuxième mandat était une erreur stratégique que M. Drainville a tenté de corriger tant bien que mal, mais il a maintenu du début à la fin que le nouveau chef du PQ devait d’abord et avant tout prendre la direction de la lutte contre l’austérité. À entendre M. Péladeau mercredi à l’issue du caucus de ses députés, lui-même semble maintenant en être convaincu.
 
Être en mesure de faire élire un gouvernement majoritaire sur la promesse de tenir un référendum dans un premier mandat, comme le vise sans doute M. Péladeau, ne sera pas une mince affaire. Rafraîchir l’argumentaire souverainiste ne peut qu’être utile, mais il faudra surtout donner à un nombre suffisant d’électeurs qui demeurent imperméables à la souveraineté de bonnes raisons de tourner le dos aux libéraux.
 
Bernard Drainville excelle dans le pathos, quitte à faire un peu de démagogie. On peut lui faire confiance pour s’indigner tant qu’il le faudra de ce qu’il a appelé le « coût humain » de l’austérité libérale. Il lui reste à convaincre son chef que le report du déficit zéro est le corollaire de la lutte contre l’austérité. Dénoncer les compressions tout en acceptant l’échéancier budgétaire du gouvernement ne rime à rien, comme l’a bien compris Justin Trudeau. Durant la course à la chefferie, jamais M. Péladeau n’a voulu le reconnaître.
 

L’opposition officielle ne peut pas combattre l’austérité en faisant abstraction des syndicats du secteur public, qui sont sur la ligne de front et qui ont fait de la lutte contre les compressions budgétaires leur cheval de bataille dans les négociations pour le renouvellement des conventions collectives.
 
L’arrivée de M. Péladeau, dont la conversion à la social-démocratie et aux vertus du syndicalisme en laisse plusieurs sceptiques, a jeté un froid sur la relation privilégiée que le PQ a entretenue avec le monde syndical depuis près d’un demi-siècle, malgré d’inévitables périodes de friction. Son refus d’appuyer les centrales syndicales dans leur bras de fer avec le gouvernement n’était pas de nature à favoriser un rapprochement.
 
Le PQ enverrait cependant un « très mauvais signal à sa base militante » s’il maintenait cette position, a souligné le président de la CSN, Jacques Létourneau. L’affaire est délicate : s’il est vrai que les syndiqués demeurent nombreux dans les rangs péquistes, il est tout aussi manifeste que les demandes salariales du front commun paraissent excessives aux yeux d’une grande partie de la population.
 

Pour compliquer encore les choses, voilà maintenant que la CAQ fait de l’oeil aux enseignants, une clientèle naturelle du PQ, en voulant les exempter du gel salarial que le gouvernement entend imposer à tous les employés de l’État pendant deux ans. À entendre François Legault parler des limites du « ménage » dans les finances publiques dont il s’était fait le grand promoteur, c’est comme s’il voulait jouer au PQ le même tour que Justin Trudeau au NPD, en le débordant sur sa gauche. Curieusement, la CAQ ne parle plus de soumettre les enseignants à une procédure d’évaluation, comme elle le proposait jadis.
 
Il serait impensable que le PQ assiste en spectateur à l’affrontement qui s’annonce. Dans la perspective de l’élection d’octobre 2018 et plus encore dans celle d’un référendum, l’appui à tout le moins tacite du monde syndical est indispensable.
 
M. Péladeau a préféré confier à son nouveau leader parlementaire le soin de préciser la position de son parti. La « clause de non-appauvrissement » proposée par M. Drainville, autrement dit une indexation à l’inflation, demeure loin de l’augmentation de 13,5 % en trois ans que réclament les centrales syndicales, mais cela constituerait une nette amélioration par rapport aux 3 % en cinq ans qu’offre le gouvernement. Sauf que cela supposerait aussi le report du déficit zéro.