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samedi, octobre 17, 2015

Le retour en force de Gilles Duceppe

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STÉPHANE GOBEIL
MISE à JOUR 
On ne donnait pas cher de sa peau au départ de cette interminable campagne. Au plus bas dans les sondages, à chaque entrevue Duceppe devait répondre de la pertinence de sa formation, perçue comme mourante. Peu couverte par la plupart des médias, la campagne du Bloc fut longtemps invisible dans les grands médias nationaux.
Le Bloc, présent partout
Sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, ce fut tout le contraire. Aucun autre parti n’a mieux réussi à communiquer directement avec les gens. Pendant huit longues semaines, le chef du Bloc a ratissé le terrain, village par village, ville par ville. Partout, l’accueil était chaleureux et empreint d’un grand respect. Mais les intentions de vote ne suivaient pas.
À deux jours du vote, nul ne peut prédire avec certitude ce que sera le sort du Bloc. 
Et puis vinrent les débats des chefs.
Le tournant décisif? La tenue des deux débats télévisés. Ces événements correspondent parfaitement à la remontée du Bloc dans les sondages. Sans contredit, Gilles Duceppe a dominé ses adversaires par sa connaissance des dossiers, son sens de la répartie et sa profondeur. L’angle d’attaque du double discours du NPD et de son chef (Tom devrait parler à Thomas) a touché la cible en plein cœur.
12 sièges
À deux jours du vote, nul ne peut prédire avec certitude ce que sera le sort du Bloc. M. Duceppe gagnera-t-il son pari en remportant les 12 sièges permettant au Bloc de redevenir un parti officiel? Une chose est certaine, personne ne parle plus de parti mourant depuis que le Bloc flirte avec la première place chez les francophones.
Alors que Mulcair et Harper pourraient disparaître du paysage politique, avec un Trudeau comme premier ministre, le Québec n’a pas les moyens, me semble-t-il, de se passer d’un homme politique de la trempe de Gilles Duceppe.

Les leçons du passé

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17 octobre 2015 |Michel David | Québec
Jean-François Lisée, qui a toujours eu un sens aigu du marketing, ne pouvait tout de même pas laisser passer le vingtième anniversaire du référendum d’octobre 1995 sans publier un autre livre, qui sera en libraire la semaine prochaine. Certains lui ont reproché de raviver la polémique créée par la malheureuse phrase de Jacques Parizeau à propos de l’argent et des votes ethniques, mais comment parler du référendum sans évoquer cette conclusion dramatique ?
 
Il est vrai que M. Parizeau ne pouvait pas être surpris de l’appui que les communautés ethniques ont donné au Non. Les propos qu’il avait tenus lors d’un Conseil national du PQ tenu à Québec en janvier 1993 étaient sans équivoque : « On peut avoir une majorité dans le sens de la cause nationale que l’on veut faire avancer même si à peu près pas d’anglophones et d’allophones votent pour cela. Les Québécois peuvent atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés même si c’est presque exclusivement des Québécois de souche qui l’approuvent. C’est une forme de réalisme que de tirer ces conclusions. »
 
Dès lors, M. Lisée a raison de dire que s’il voulait blâmer quelqu’un pour la défaite du Oui, l’ancien premier ministre aurait dû s’en prendre aux Beaucerons, qui avaient en majorité voté non, ou encore aux électeurs de Québec, qui avaient appuyé le Oui dans une proportion moins élevée que dans les autres régions francophones. Pierre Karl Péladeau n’en a pas moins dit tout haut ce que pensent toujours de nombreux souverainistes, quand il a déclaré en mars dernier que l’immigration joue contre la souveraineté.
 
Quoi qu’il en soit, il est clair que la déclaration de M. Parizeau n’a rien fait pour améliorer les relations entre le mouvement souverainiste et les néo-Québécois, malgré tous les efforts pour s’en dissocier, pas plus que le projet de charte de la laïcité, avec laquelle M. Lisée avait également pris ses distances dans son précédent livre.

L’utilité des rappels historiques est de permettre d’éviter la répétition des erreurs du passé. Voilà pourtant que M. Lisée propose d’imposer aux nouveaux citoyens canadiens un délai de 12 mois avant de leur octroyer le droit de vote à une élection québécoise ou à un référendum. Du Mexique, le premier ministre Couillard s’est empressé de dénoncer une nouvelle tentative du PQ de créer deux classes de citoyens, l’une avec et l’autre sans droit de vote.
 
« L’emballement bureaucratique » d’Immigration Canada, qui a multiplié le nombre de nouveaux Canadiens, dont la reconnaissance s’est traduite par un appui massif au Non, était sans doute de la triche et il y a fort à parier qu’il y aura récidive dans l’éventualité d’un autre référendum.
 
Bien sûr, cela est déplorable, mais M. Lisée reconnaît lui-même que la « pluie » de nouveaux citoyens n’a pas été décisive. Il peut arriver que le remède soit pire que le mal. Même si le camp du Oui réussissait à empêcher quelques milliers de citoyens prématurés de voter Non, comment cette mesure serait-elle perçue par les centaines de milliers d’autres immigrants que les souverainistes ne peuvent renoncer à convertir à leur cause ? Plutôt que d’y voir un souci de préserver l’intégrité du processus démocratique, ils risquent de conclure que les nouveaux arrivants sont considérés comme des ennemis, ce que le camp fédéraliste ne cessera de marteler. En réalité, M. Lisée propose de répéter l’« énorme demi-bêtise » qu’il reproche à M. Parizeau.

Il prévoit avec raison qu’une disposition légale imposant un délai de 12 mois aux nouveaux citoyens avant de pouvoir voter serait contestée devant les tribunaux. « Cela permettrait de faire la démonstration de la nature partisane de la pratique fédérale », explique-t-il. Et si la Cour suprême invalidait malgré tout la loi québécoise, il suggère d’utiliser la disposition de dérogation.
 
Un tel scénario est envisageable, mais en quoi cela contribuerait-il à faire voir le projet souverainiste sous un jour plus favorable aux néo-Québécois ? On leur dira plutôt que si un gouvernement souverainiste ne respecte pas la Charte des droits du pays qui les a accueillis, cela augure mal pour ce qui se passerait dans un Québec indépendant.
 
Le projet de loi sur l’identité québécoise présenté par Pauline Marois en 2007, qui aurait interdit aux Canadiens qui venaient s’établir au Québec de se présenter aux élections sans avoir une connaissance « appropriée » du français, en avait rendu plusieurs mal à l’aise au PQ, précisément parce qu’il avait pour effet de créer deux classes de citoyens. Il ne fallait pas que les droits d’un Canadien venant s’installer au Québec régressent, avait expliqué Bernard Landry. De la même façon, tant que le Québec fera partie du Canada, il serait gênant qu’un nouveau citoyen n’y ait pas les mêmes droits qu’en Ontario.

Justin Trudeau s’impose partout

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17 octobre 2015 |Guillaume Bourgault-Côté | Canada
Questionnés à savoir si Justin Trudeau est prêt à diriger le gouvernement, 42 % des répondants ont dit oui.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienneQuestionnés à savoir si Justin Trudeau est prêt à diriger le gouvernement, 42 % des répondants ont dit oui.
Difficile de dire s’il sera minoritaire ou majoritaire, mais le prochain gouvernement sera presque certainement libéral. À trois jours des élections, un nouveau sondage Léger confirme que Justin Trudeau termine cette longue campagne en pleine ascension. Et qu’il a toutes les raisons d’être confiant pour lundi.

Dans les faits, le chef libéral s’impose partout : intentions de vote au Canada et au Québec, meilleur premier ministre, parti qui incarne le plus le changement…

Le coup de sonde mené pour Le Devoir, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec accorde 38 % des intentions de vote aux libéraux de M. Trudeau, contre 30 % pour les conservateurs de Stephen Harper et 22 % pour les néodémocrates de Thomas Mulcair. Dans les trois dernières semaines, les libéraux ont volé sept points au NPD, alors que les conservateurs ont vu leurs appuis stagner.

La domination des libéraux se déploie un peu partout à travers le pays. Au Québec, d’abord, où les libéraux (31 %) disposent maintenant d’une avance de six points devant les néodémocrates. Le Bloc québécois se situe à 23 % (soit le même résultat qu’aux élections de 2011) et les conservateurs sont à 20 % — un vote principalement concentré dans la région de Québec.

Pour le NPD, il s’agit d’un recul spectaculaire dans la province responsable de la vague orange de 2011: le 2 septembre dernier, un sondage Léger accordait 46 % au parti de M. Mulcair, contre seulement 20 % pour les libéraux.

Mais prédire les résultats au Québec s’annonce ardu, et la carte électorale du Québec (78 sièges) pourrait ressembler à une pizza mardi matin. Raison ? Le vote francophone, déterminant dans une vaste majorité de circonscriptions, est actuellement parfaitement divisé entre libéraux (27 %), bloquistes (27 %) et néodémocrates (26 %). Les non anglophones sont très majoritairement libéraux (51 %). Tout mis ensemble, « on peut parler d’une lutte à quatre », estime le sondeur Christian Bourque, vice-président de Léger.

Le PLC en Ontario

En enlevant le Québec des résultats nationaux, Léger crédite les libéraux d’un appui de 40 % dans le ROC, six points devant les conservateurs, et loin devant le NPD (21 %).

En Ontario (121 sièges), le PLC obtient 45 % des intentions de vote, devant les conservateurs (33 %) et le NPD (20 %). En Atlantique (32 sièges), le PLC pointe à 51 %, plusieurs longueurs devant le NPD (28 %) et les conservateurs (19 %).

La lutte est plus chaude en Colombie-Britannique (42 sièges), avec le PLC à 33 %, les conservateurs à 28 % et le NPD à 27 %. Le Parti vert d’Elizabeth May obtient 11 % dans cette province où elle a été élue en 2011. Les conservateurs maintiennent une avance de 20 points en Alberta (34 sièges), alors que les provinces des Prairies (28 sièges) sont plutôt pro-conservateurs (41 %, sept points devant les libéraux).

Selon Christian Bourque, trois scénarios sont envisageables pour lundi : un gouvernement libéral minoritaire ou majoritaire… et peut-être un gouvernement conservateur minoritaire, même si cette dernière hypothèse semble plus improbable. « Mais il y a une tendance lourde depuis le 14 août : une progression constante des libéraux », dit-il.

Les Canadiens se font d’ailleurs de plus en plus à l’idée d’un premier ministre Trudeau : 29 % des répondants du sondage pensent qu’il serait la meilleure personne pour occuper cette fonction, devant M. Harper (23 %) et M. Mulcair (19 %). 44 % des répondants pensent désormais que le Parti libéral formera le prochain gouvernement (16 points de plus qu’il y a une semaine), et 32 % pensent que c’est le parti qui incarne le plus le changement (une hausse de cinq points en une semaine).

Questionnés à savoir si M. Trudeau est prêt à diriger le gouvernement, 42 % des répondants ont dit oui. La même question au sujet de M. Mulcair lui donne 39 % d’approbation.

Ce sondage a été mené en ligne entre le 13 et le 16 octobre auprès de 2086 Canadiens, dont 996 au Québec. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 2,1 % dans 19 cas sur 20.