Au Mexique, le mur de Trump réveille le patriotisme

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Publié le 01 février 2017 à 10h35 | Mis à jour à 10h35
Des artistes peignent le mur à Tijuana.... (PHOTO JOGE DUENES, REUTERS)
Des artistes peignent le mur à Tijuana.
PHOTO JOGE DUENES, REUTERS
YEMELI ORTEGA
Agence France-Presse
Mexico
Mettre le drapeau mexicain comme photo de profil sur internet, boycotter les produits américains comme Coca-Cola ou Starbucks: le Mexique, outré par le projet du président américain Donald Trump d'ériger un mur à la frontière, réagit avec un patriotisme fervent.
Le Mexique est d'ailleurs «le meilleur pays du monde», clament sur Twitter ou Facebook ses habitants, ponctuant leurs messages d'un «Viva Mexico!» enthousiaste, tandis que les initiatives se multiplient, portées par des hauts fonctionnaires, des artistes ou de simples citoyens.
Sur les réseaux sociaux, les mots-clés TodosSomosMéxico (Nous sommes tous Mexicains) et MiPaisEsMejorPorque (Mon pays est le meilleur parce que) font fureur, mais aussi ceux appelant à ne plus consommer de marchandises américaines : AdiosStarbucks, AdiosMcDonalds et AdiosCocaCola.
Le porte-parole du président Enrique Peña Nieto, ses ministres des Affaires étrangères et des Finances ont eux-mêmes montré l'exemple en changeant leur photo sur Twitter par la bannière verte, blanche et rouge du Mexique.
«Le Mexique a l'habitude de se montrer nationaliste quand surviennent ce genre d'attaques de l'extérieur», explique à l'AFP Damaso Morales, expert en relations internationales de l'Université nationale autonome de Mexico.
«Tout au long de notre histoire, nous nous sommes emmitouflés dans le drapeau pour nous lancer dans un nationalisme qui a même pu être parfois irrationnel», poursuit-il, faisant ainsi référence à un épisode célèbre de l'histoire mexicaine.
Lors de cet épisode, dont certains doutent de la véracité, un jeune cadet avait préféré se draper dans la bannière mexicaine et se jeter dans le vide, du haut du château de Chapultepec, plutôt que de la remettre aux forces américaines pendant la guerre de 1847.
Cette fois, le président Peña Nieto a appelé lundi soir, dans un message vidéo, à l'«unité nationale»: «Cela doit être la pierre angulaire de notre stratégie et de nos actions, à l'intérieur du pays et en direction de l'extérieur».
«Aujourd'hui plus que jamais, moi je me sens fier d'être Mexicain», a-t-il ajouté.
«Le mal est déjà fait»
Malgré sa faible popularité (12 % en janvier), le chef de l'État a rallié l'ensemble de l'échiquier politique autour de cette «unité nationale», ce qui incite Damaso Morales à parler d'«opportunisme politique» de sa part, pour faire oublier aux Mexicains les problèmes de leur pays confronté notamment à la violence du trafic de drogues.
«C'est un grand succès pour Peña Nieto, car il a réussi à obtenir la cohésion» sur ce thème, estime aussi Jesus Velasco, expert dans les relations entre le Mexique et les États-Unis à l'Université Tarleton State au Texas.
Le président a également été applaudi dans son pays quand il a annulé un déplacement officiel prévu aux États-Unis, un nouveau moment de tension diplomatique entre les deux pays.
Lors d'une rare conférence de presse vendredi, le milliardaire mexicain Carlos Slim, quatrième homme le plus riche de la planète, a salué la fibre patriotique de ses concitoyens, disant avoir éprouvé «une grande émotion» en voyant la réaction de la société mexicaine au projet de Trump.
«Cette unité nationale est la chose la plus surprenante que j'ai vue dans ma vie», a-t-il affirmé.
Difficile de savoir quelle pourrait être la portée des appels à boycotter les produits américains, omniprésents au Mexique, un pays dont plus de 80 % des exportations sont dirigées vers les États-Unis.
Pour Javier Oliva, expert en sécurité et professeur à la London School of Economics, ce nationalisme est juste «en réaction» aux annonces de Trump sans être vraiment dangereux.
«L'une des choses pour lesquelles on peut remercier Trump est que le monde sait désormais où se trouve le Mexique», note-t-il avec ironie.
Mais rétablir des relations bilatérales sereines «va prendre beaucoup de temps», observe Jesus Velasco.
«Le mal est déjà fait», souligne-t-il.