Libre-échange: les jeunes péquistes en porte-à-faux avec leur chef

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Publié le 14 janvier 2017 à 05h00 | Mis à jour à 07h01
Ariane Cayer, présidente du Comité national des jeunes du PQ.... (Photo Jocelyn Riendeau, archives La Voix de l'Est)
Ariane Cayer, présidente du Comité national des jeunes du PQ.
PHOTO JOCELYN RIENDEAU, ARCHIVES LA VOIX DE L'EST
Les jeunes péquistes se mettent en porte à faux avec Jean-François Lisée sur un enjeu économique majeur à l'occasion du premier Conseil national du Parti québécois depuis l'élection du nouveau chef. Il lui demande de s'opposer à l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.
Or Jean-François Lisée s'est toujours dit favorable à cette entente, qui a été signée l'automne dernier, mais qui reste à être ratifiée par les Parlements pour être mise en application. Le leader péquiste demande cependant à Ottawa d'augmenter les compensations promises aux producteurs laitiers et fromagers avant que le gouvernement du Québec n'adopte le décret d'application de l'accord - condition essentielle pour sa mise en oeuvre.
Or, dans une proposition qui sera soumise aux militants péquistes réunis en conseil national ce week-end, le Comité national des jeunes du PQ (CNJPQ) demande carrément le rejet de l'entente. « Il est proposé que le Conseil national donne le mandat à l'aile parlementaire de se positionner contre l'Accord économique et commercial global », peut-on lire dans le cahier de propositions, obtenu par La Presse.
Lors d'un entretien vendredi soir, la présidente du CNJPQ, Ariane Cayer, a soutenu que l'aile jeunesse est en faveur du libre-échange, mais elle considère que l'accord Canada-Europe doit être rejeté. Non seulement parce qu'il risque de « nuire à notre industrie laitière », mais aussi parce qu'il permettrait à des entreprises de « poursuivre des États s'ils décident de changer leurs législations économiques ou environnementales ». La position du PQ demande des « éclaircissements », a-t-elle dit, cherchant à minimiser le différend. « Vous dites que M. Lisée serait en faveur [de l'accord] mais demanderait des compensations plus élevées, alors que nous on est en défaveur parce qu'il ne nous plaît pas », a-t-elle dit. 
La direction des communications de M. Lisée, Antonine Yaccarini, a confirmé que M. Lisée est « pour l'entente, mais que les compensations du fédéral doivent être suffisantes ». Quant à la proposition du CNJPQ, « ce sera discuté », s'est-elle limitée à dire.
COMPENSATIONS « RISIBLES »
L'automne dernier, Jean-François Lisée qualifiait l'accord de « très bon pour le Québec », parce qu'il permettra une hausse des exportations. Il faisait d'ailleurs la promotion du libre-échange avec l'Europe sous le gouvernement Marois, alors qu'il était ministre des Relations internationales et du Commerce extérieur.
Par contre, comme il l'indiquait en novembre, il juge insuffisantes, « risibles », les compensations proposées par Ottawa aux producteurs de lait et de fromage du Québec. Le gouvernement fédéral a mis sur la table 350 millions de dollars en cinq ans pour compenser la hausse de l'importation de fromages européens prévue à l'accord. L'Union des producteurs agricoles du Québec chiffre plutôt les pertes causées par l'entente à 1,5 milliard sur la même période. Jean-François Lisée a proposé la création d'un forum d'économistes choisis par Ottawa, Québec et l'UPA afin de fixer une compensation « juste » avant que le gouvernement Couillard n'adopte le décret d'application.
Si le premier ministre Philippe Couillard exige une compensation plus généreuse du fédéral, il n'entend pas retarder pas pour autant l'adoption du décret, qui doit survenir sous peu.