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samedi, janvier 14, 2017

Le PQ prêt à une enquête sur la rémunération et les fonctions de certains de ses employés

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PUBLIÉ LE VENDREDI 13 JANVIER 2017 À 12 H 37 | Mis à jour le 13 janvier 2017 à 20 h 57

Un « bal des hypocrites » : voici comment le chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale, Jean-François Lisée, qualifie le comportement du Parti libéral, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire, qui réclament une enquête sur la rémunération et les fonctions des employés de la whip du Parti québécois, Carole Poirier.
« Ils veulent des enquêtes? On est prêt à participer à toutes les enquêtes dans la mesure où elles s’appliquent à la CAQ, à Québec solidaire et au Parti libéral », a rétorqué Jean-François Lisée vendredi, alors qu'il assistait à l'assermentation de Catherine Fournier et de Marc Bourcier, vainqueurs des récentes élections partielles dans les circonscriptions de Marie‑Victorin et de Saint‑Jérôme.
Le cas qui préoccupe tant le PLQ, la CAQ que Québec solidaire est celui de Carole Poirier, députée péquiste d'Hochelaga-Maisonneuve et whip en chef de l'opposition officielle. Mme Poirier dispose de 14 employés, dont cinq occupent les fonctions d'agents de liaison.
Ces agents de liaison, payés par les fonds publics, doivent avoir comme port d'attache l'Assemblée nationale ou un bureau de circonscription, en vertu du Règlement sur la rémunération et les conditions de l'Assemblée.
Or, libéraux, caquistes et solidaires reprochent, d'une part, aux agents de liaison de Carole Poirier, de ne pratiquement jamais se trouver à leur port d'attache. Et ils allèguent, d'autre part, que ces derniers s'adonnent à des activités partisanes, aux frais des contribuables.
Le commissaire à l'éthique collige des informations sur cette situation et n'a pas encore indiqué s'il mènerait une enquête.
À la permanence du parti ou au Tim Hortons...
Pour Jean-François Lisée, il est normal que les agents de liaison soient sur le terrain : « Il faut qu'ils travaillent quelque part, dit-il, en donnant l'exemple de l'agent de liaison du PQ pour la région de Laval, où le parti n'a pas de député à l'heure actuelle.
Son port d'attache est techniquement à l'Assemblée nationale, mais rien ne lui interdit de travailler chez lui, du Tim Hortons ou à la permanence du Parti québécois. Jean-François Lisée, chef de l'opposition officielle, expliquant la situation de l'agent de liaison du PQ pour la région de Laval
Toutefois, la règle parlementaire stipule que les employés d'un député doivent avoir, pour port d'attache, l'un des édifices occupé ou loué par l'Assemblée nationale ou encore le bureau de circonscription du député en question. Ce à quoi M. Lisée rétorque qu'au sens littéral, un port d'attache n'est pas un endroit où les vaisseaux restent en permanence. « Je voudrais les voir le moins possible à leur port d'attache », dit-il, consentant tout de même à dire que ces agents de liaison devraient y revenir « de temps en temps ».
« Ils [les agents de liaison] sont liés à la whip », tranche le chef du PQ.
« Des zones grises »
Alors, nous on a constamment des conversations avec le secrétariat - non partisan – de l’Assemblée nationale, pour vérifier : "est-ce qu’on peut faire ci ou ça? Dire ceci ou cela?" Et ils nous le disent. Car effectivement […] il y a des zones grises. Et on se conforme toujours à ce que dit l’Assemblée. Jean-François Lisée, chef du PQ
Jean-François Lisée reproche par ailleurs à ses adversaires du PLQ, de la CAQ et de Québec solidaire de faire mine de s'offenser de cette situation, parlant d'« un bal des hypocrites ». Le chef péquiste prédit que dans les semaines à venir, d'autres situations de ce genre seront mises en lumière, et pas seulement qu'au PQ, mais dans les autres partis.
Par communiqué, vendredi, la députée Carole Poirier a dit respecter les règles de l'Assemblée nationale en ce qui a trait au travail de ses employés. Elle affirme qu'au sens large, les attachés politiques - dont les agents de liaison - ne sont pas des spécialistes du travail législatif.
« Des abus de pouvoir », critique le PLQ
Le whip en chef du Parti libéral du Québec, Stéphane Billette, estime que, dans cette histoire, les actions du PQ sont « inacceptables », que ce parti fait preuve « d'un manque d'éthique flagrant » et même « d'abus de pouvoir ».
L’opposition officielle doit impérativement rembourser la totalité des salaires versés pour ses employés fantômes qui n’ont jamais mis les pieds à l’Assemblée nationale. Stéphane Billette, whip en chef du gouvernement
Distinction entre militantisme et travail parlementaire
Du côté de la CAQ, Éric Caire et Donald Martel ont affirmé en conférence de presse, vendredi, qu'aucun des employés de leur formation politique, payés par l'Assemblée nationale, ne se consacrait à des activités partisanes durant ses heures de travail.
Ainsi, M. Caire affirme qu'il ne tolérerait pas qu'un employé néglige de préparer ses dossiers, sous prétexte qu'il est allé travailler à la permanence de la CAQ.
Nos deux députés qui vont prêter serment aujourd’hui [Catherine Fournier et Marc Bourcier du PQ], est-ce que pendant leur campagne électorale, les gens qui travaillaient à leur élection étaient payés par l’Assemblée nationale? Éric Caire, député de la circonscription de La Peltrie pour la Coalition avenir Québec
Éric Caire affirme qu'« un mur de feu » doit être érigé entre militantisme et travail parlementaire.
Manon Massé, de Québec solidaire, s'inquiète pour sa part de l'embauche récente, par le chef péquiste Jean-François Lisée, d'Évelyn Abitbol et de Paul St-Pierre Plamondon à titre de conseillers.
La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques veut que la source de leur rémunération et le lieu où ils exercent leurs fonctions soient révélés.
Qu'est-ce qu'un whip?
Le whip est le député désigné par le chef de chaque parti pour assurer la cohésion du groupe ainsi que la discipline et l'assiduité de ses membres.
Des précédents à Ottawa
Sur la scène fédérale, le Nouveau Parti démocratique conteste en Cour fédérale une décision rendue en 2015 par le Bureau de la régie interne de la Chambre des communes, dans une affaire similaire, qui l’oblige à rembourser 2,7 millions de dollars.
Le Bureau a conclu que des députés du NPD avaient contrevenu aux règles en utilisant une partie de leur budget de parlementaire pour financer le travail politique fait dans des bureaux régionaux, dits « satellites », plutôt qu'à Ottawa.
En 2012, ce même Bureau de la régie interne estimait que l'ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe n'avait pas enfreint les règles d'utilisation de son budget parlementairepour rémunérer le directeur général de son parti, de 2004 à 2011.
Le bureau avait souligné que même si M. Duceppe avait fait une utilisation inappropriée des fonds mis à sa disposition, le règlement n'était pas clair à ce sujet.