Donald Trump s'en prend à une icône des droits civiques

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/monde/

Publié le 14 janvier 2017 à 13h56 | Mis à jour à 13h56
Des manifestants protestent contre le président élu lors... (AFP)
Des manifestants protestent contre le président élu lors d'une marche honorant Martin Luther King.
AFP
SÉBASTIEN BLANC
Agence France-Presse
Washington
Donald Trump a vivement critiqué samedi un élu noir démocrate, figure historique du mouvement des droits civiques, à l'ouverture d'un week-end de commémoration de Martin Luther King.
John Lewis, qui en est à son 16e... (Archives AFP) - image 1.0
John Lewis, qui en est à son 16e mandat, a indiqué vendredi, qu'il n'assisterait pas à la cérémonie d'investitures de Donald Trump, qui aura lieu le 20 janvier au Capitole.
ARCHIVES AFP
Le milliardaire n'a visiblement pas apprécié que John Lewis, un pilier du Congrès depuis trois décennies, ait annoncé qu'il n'assisterait pas à la cérémonie d'investiture du président élu vendredi.
«Je ne considère pas ce président élu comme un président légitime», a justifié le parlementaire, dans une émission qui doit être diffusée dimanche par NBC.
«Les Russes ont contribué à l'élection de cet homme. Et ils ont pris part à la destruction de la candidature de Hillary Clinton», a fait valoir M. Lewis, 76 ans.
Cédant à sa propension à livrer des querelles personnelles sur Twitter, Donald Trump a répliqué samedi dans une série de tweets matinaux.
Cédant à sa propension à livrer des querelles... (AFP) - image 2.0
Cédant à sa propension à livrer des querelles personnelles sur Twitter, Donald Trump a répliqué samedi dans une série de tweets matinaux.
AFP
«Le parlementaire John Lewis ferait mieux de passer du temps à s'occuper d'aider sa circonscription, qui est dans un état déplorable et qui se désintègre (sans parler de la criminalité qui la gangrène) plutôt que de se plaindre à mauvais escient des résultats de l'élection. Paroles, paroles, paroles - pas d'action ni de résultats. Regrettable!», a-t-il écrit.
Le futur 45e président des États-Unis a immédiatement suscité des réactions outrées, d'abord au nom de la dignité de la fonction présidentielle, ensuite en raison du respect qui entoure la personnalité de John Lewis.
Héros antiségrégation
Ce militant a participé aux marches de protestation de Selma à Montgomery, menées dans l'État de l'Alabama en 1965 au nom du droit de vote des Noirs, qui ont marqué la lutte des droits civiques aux États-Unis.
Lors de l'une de ces marches, les contestataires avaient été attaqués par la police locale et M. Lewis avait subi une fracture du crâne.
«Je ne suis pas d'accord avec ce qu'a déclaré John Lewis, mais je rends hommage à l'homme qu'il est. Son honnêteté. Son intégrité. Son courage. Des qualités inestimables», a écrit David Axelrod, un ancien proche conseiller de Barack Obama.
Des internautes reprochent aussi à M. Trump d'être monté au créneau justement au moment où les États-Unis s'apprêtent à rendre leur traditionnel hommage annuel à Martin Luther King.
John Lewis a été un compagnon de route du célèbre pasteur pacifiste mort assassiné, dont le mémorial est au coeur de Washington.
C'est justement là que ce sont rassemblés samedi près de 2000 manifestants, noirs dans leur majorité, après une marche le long du National Mall, l'esplanade bordée par les principaux musées et mémoriaux de Washington.
Ils ont répondu à l'appel du révérend Al Sharpton, une personnalité respectée du mouvement de défense des droits des Noirs.
«Nous voulons faire comprendre à ce pays qu'il faudra davantage qu'une élection pour effacer ce pour quoi les gens ont lutté, et tout ce qui a été obtenu», a lancé M. Sharpton, qui s'exprimait du haut d'une tribune et sous une pluie fine.
Il a appelé son auditoire à lutter pour conserver les acquis de huit ans d'administration du pouvoir par Barack Obama.
«Marche des femmes»
Mais les personnes rassemblées partageaient le même pessimisme à la perspective de la présidence Trump qui s'ouvre dans moins d'une semaine.
Venue de New York, Valerie Williams s'est dite «scandalisée» par les récentes nominations du magnat de l'immobilier, illustrant selon elle le règne de l'argent au détriment des couches les plus défavorisées de la population.
«J'ai le sentiment que ces quatre prochaines années il n'y aura personne au gouvernement pour s'intéresser à mes préoccupations», a-t-elle confié à l'AFP.
Des centaines de milliers d'Américains se préparent à marquer leur rejet de l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche par des manifestations dans tous les États-Unis, mais surtout en convergeant vers Washington pour un rassemblement historique le 21 janvier.
Cette «Marche des femmes», née d'un simple message publié sur Facebook, pourrait attirer 200 000 personnes selon les organisateurs.
Samedi un autre parlementaire démocrate, Mark Takano, a publié sur son compte Twitter une photo de Martin Luther King, en annonçant qu'il n'assisterait pas non plus à la cérémonie d'investiture de Donald Trump.