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dimanche, septembre 06, 2015

Québec secondaire

http://www.journaldemontreal.com/

CA_Tania-Longpre
  Sur le quai, au chalet, dans les Laurentides. 
Drapeau québec— « T’as décidé pour qui t’allais voter ? » 
— « J’vais voter pour le NPD, le Bloc est mort ; j’voterai pas pour les Libs certain, pis Harper, jamais dans cent ans ! » 
— « Et... le NPD, tu sais ce qu’ils offrent, leur programme ? » 
— « Pas vraiment, mais faut voter pour quelqu’un, pis ce sont les plus hauts dans les sondages, donc, si on veut battre Harper... »  
Petite discussion de fin d’été où personne n’a la tête à la politique, évidemment. Conversation qui témoigne aussi de la méconnaissance de certains Québécois dans les partis fédéraux, qui veut voter « du bon bord » sans trop savoir ce que ce « bon bord » veut pour le Canada, pour le Québec.
D’ailleurs, je n’en ai pas parlé de l’été moi-même. La réalité, c’est que je ne me suis jamais vraiment intéressée à la politique fédérale. Comme plusieurs, je ne me suis jamais véritablement sentie concernée par ce qui se passait à Ottawa. Je vote pour le Bloc, et si le Bloc n’existait pas, je ne voterais probablement pas au fédéral, c’est aussi simple que ça. 
Évidemment, je préfèrerais de loin que le Bloc n’existe plus et que le Québec soit un pays, mais au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, ce n’est pas le cas, et ce ne devrait pas être le cas non plus dans quatre ans, lors des prochaines élections fédérales. Le Bloc a donc toute sa légitimité à Ottawa, du moins, pour les prochaines années. 
Je crois par contre à la nécessité d’un parti représentant le Québec d’abord, le Québec tout court à Ottawa. Qui parle en notre voix, pour qui le Québec n’est pas qu’une province parmi d’autres, et surtout pour qui le Québec n’est pas un dossier secondaire. 
Évidemment, il est compréhensible que certains, constatant que la question nationale n’est pas au programme, décident de voter en tentant de faire du Canada un pays « plus à leur image » en votant « à gauche », pour le NPD. Malheureusement, la monopolisation du débat politique sur l’axe gauche-droite devient le pire ennemi de l’indépendance du Québec, et ça, les fédéralistes l’ont très bien compris, peu importe leur parti de provenance.  
Si les gens de « gauche » veulent vraiment du changement, je les inviterais bien humblement à lire les programmes des partis et à écouter attentivement les débats des chefs avant de voter pour la plus belle pancarte, la plus belle cravate ou le plus beau sondage. Si ces gens ne se reconnaissent pas dans la politique fédérale, leur choix légitime devrait être le Bloc, parce qu’ils le veulent ou non, ce n’est pas en votant Bloc qu’ils voteront pour Harper, quoi que les autres partis en disent, et s’ils veulent vraiment voter à gauche, et ne pas voter pour le Bloc pour des motifs douteux et contradictoires, je les invite à voter pour le Parti vert, un vrai parti de gauche assumé et sans ambiguïté, et qui, au moins, reconnaît le droit d’un peuple à son autodétermination. 

mercredi, juin 10, 2015

Nos exils

http://www.journaldemontreal.com/

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PHOTO ANNIE T ROUSSEL / AGENCE QMI

CA_Tania-Longpre
Hier, J’ai regardé, émue, les funérailles de mon Premier ministre Jacques Parizeau. Entendre chanter Claude Dubois et son « Si dieu existe » me donne des frissons à chaque fois. On dira ce que l’on voudra de l’homme, mais il faudra se lever tôt pour critiquer la puissance et la justesse de sa voix. 
Il y a eu d’autres belles voix à la cérémonie d’hier. L’une d’elles portait un magnifique témoignage, celle de Jean-Martin Aussant, héritier intellectuel de Monsieur Parizeau. Il termina sa prise de parole en annonçant « la fin des exils, autant géographiques qu’intellectuels », comme pour annoncer son retour à la politique québécoise ou pour annoncer celui de Duceppe, au Bloc... Comme pour affirmer que lorsqu’une porte se referme, aussi gigantesque soit-elle, d’autres continuent de s’ouvrir. Étrange quand même qu’en quelques jours, la famille indépendantiste vive autant de soubresauts. C’est dans le chaos que naissent les étoiles, dit-on. 
Est-ce que le retour de Duceppe annonce la nouveauté, la fraîcheur politique ? Je ne mentirai pas en disant que cela manque de... renouvellement, disons. Après la vague de reprises de films et de chansons, nous en sommes maintenant au recyclage de politicien. J’ai écrit en 2011 que le Bloc se comportait en filière du NPD et que les Québécois lui préfèreraient l’original. Je pense encore que ç’a été une grossière erreur lors de la dernière campagne de Gilles Duceppe. J’espère que son équipe veillera justement à ne pas faire les mêmes erreurs qui lui ont coûté sa vigueur en 2011.
Duceppe sera par contre entouré d’une équipe de candidats pleine de promesses. Je pense entre autres au comédien Denis Trudel, orateur de talent, à Gabriel Sainte-Marie, brillant jeune professeur et économiste ou à Xavier Barselou-Duval, jeune professeur de comptabilité. Lorsque j’entends que l’indépendance ne serait plus qu’une vielle barouette rouillée, c’est à ceux-là, et à plusieurs autres, que je pense. Alors que le Bloc est si bas dans les sondages, ils se sont lancés dans leurs investitures il y a quelques semaines, porteurs d’un espoir et d’une énergie vivifiante, colorée. Ils sont chargés d’audace, et ils ne sont pas seuls. 
***
En écoutant Jean-Martin Aussant, j’ai eu l’impression que l’exil des indépendantistes était réel. Nous sommes en séjour obligé, loin du pays où nous avons racines, où nous avons traditions, où nous avons légendes, où nous existons. Ce pays que bâtissaient les Lévesque, Parizeau, Laurin, Garon, etc. Une génération de politiciens idéalistes nous quitte, mais d’autres se lèvent. Inspirées par ce rêve d’exister qui n’est pas seulement celui des aïeux. Nous arriverons là où nous sommes déjà, écrivait Gaston Miron. 
Jacques Parizeau aurait aimé nous laisser «La souveraineté en héritage » comme l’indique le titre du dernier livre du sociologue Jacques Beauchemin, paru hier aux Éditions du Boréal. Beauchemin évoque, dans l’introduction de son livre qu’« il est possible que nous manquions notre rendez-vous avec l’histoire. Il appartient à ceux qui, comme moi, s’en inquiètent de le dire. » Ce livre ne pouvait pas tomber mieux, avec l’effervescence des derniers jours. Comme Beauchemin, je suis inquiète, évidemment, de voir que le rêve de Parizeau et de millions de Québécois pourrait s’effriter. Mais la poussière de rêve peut aussi s’envoler aux quatre vents, se poser et croître là où on ne le croyait plus.
La souveraineté en héritage, c’est peut-être finalement ce que Parizeau aura semé en nous. Poursuivons ce rêve qu’il nous a légué.

mardi, mai 05, 2015

Non, ce n'est pas le projet d'une génération

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FETE NATIONALE
PHOTO D'ARCHIVES
CA_Tania-Longpre
Bientôt les Québécois sauront qui deviendra le 8e chef du Parti Québécois et chef de l’opposition officielle- même si pour plusieurs le chef semble déjà choisi. Le hasard fait que nous apprendrons son nom à quelques jours du 35e anniversaire du premier référendum, le 20 mai prochain.
Je n’étais pas encore née lors du premier référendum de 1980. Lors du deuxième, j’étais en sixième année du primaire. Dans la cour d’école, je disais que je votais « pour l’équipe avec des grosses fleurs sur les pancartes » tout en sautant à la corde et je me balançais des histoires de grands : c’était mon regard d’enfant qui se posait sur la campagne référendaire.
Ma pensée politique n’était pas celle d’aujourd’hui, mais elle était teintée par un enthousiasme débordant envers la « cause », influencé grandement par des parents indépendantistes qui y voyaient l’aboutissement de leur rêve. Malheureusement, il a fallu de peu pour que leur rêve devienne réalité. 
Au fil des années, ce rêve devenait le mien et ma pensée s’affranchissait de celle de mes parents. Jusqu’au moment, jeune adulte, d’un contrat de travail dans l’Ouest canadien. Mes parents m’avaient certes transmis cette soif de pays, mais cette expérience professionnelle ne me faisait que confirmer qu’il était impératif que le Québec assume sa destinée et devienne ce pays. 
Il m’arrive de faire de mauvais rêves lorsque je m’endors en pensant que je ne pourrai peut-être jamais cocher « oui » et participer activement à la naissance d’un nouveau pays. Je suis attristée de constater que le Québec s’efface de plus en plus dans la Confédération canadienne et qu’à force de vivre comme un pays qui ne l’est pas, perd toute sa particularité à grands coups de multiculturalisme et de jugements de cour qui ne font que l’affaiblir.
Je suis d’une génération décomplexée et affirmée. Je suis d’une génération qui aspire au mieux pour sa collectivité et pour elle-même. Cette génération est conscientisée et n’a jamais été aussi informée. Je suis d’une génération qui prend sa place et qui sait se faire entendre.
Depuis quelques années, une certaine élite bien-pensante fédéraliste aime bien dépeindre les indépendantistes comme des blancs de souches aux idées arriérées et au projet de pays de plus archaïques. Que ce projet de pays est le projet d’UNE génération, d’une époque révolue et qu’il s’était ringardisé. Comme si la naissance d’un nouveau pays n’était pas, justement, un projet innovateur.
Croire à l’indépendance, ce n’est pas réservé à la catégorie que semblent vouloir mousser les fédéralistes de ce monde. Je suis née en 1984, la moitié de ma famille est née en Italie et je préfère de loin les cannolis à la tarte au sucre.
À 31 ans, j’ai encore ce rêve plein la tête pour ce peuple qui n’en finit plus de ne pas naître, comme écrivait Miron. Je veux voir la naissance de ce pays et y contribuer. Je veux qu’il existe, pour vrai, et je ne suis pas seule.
Pourtant, lorsque je vois les mêmes fédéralistes s’agiter devant la naissance d’un bébé royal, figure iconoclaste d’une monarchie archaïque et poussiéreuse, je me dis que cette idée d’indépendance n’a jamais été aussi d’actualité.
Et pour ce faire, il suffit non pas de tourner à gauche ou à droite, mais bien prendre la direction de l’indépendance.