Un policier blâmé pour être entré «sans droit» dans une résidence

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Publié le 28 janvier 2017 à 09h17 | Mis à jour à 09h17
Un policier du Service de police de Mirabel... (PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)
PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE
Un policier du Service de police de Mirabel qui a abattu un chien de 45 kg d'une balle dans la tête a été reconnu coupable par le Comité de déontologie policière d'avoir « pénétré sans droit » dans la résidence d'une citoyenne sans même s'annoncer.

Un policier du Service de police de Mirabel qui a abattu un chien de 45 kg d'une balle dans la tête a été reconnu coupable par le Comité de déontologie policière d'avoir « pénétré sans droit » dans la résidence d'une citoyenne sans même s'annoncer. L'agent Gordon Coones n'a pas encore reçu sa sanction dans cette affaire.
Cet après-midi d'octobre 2014, Ginette Godin-Lachaine regarde la télévision dans sa chambre avec ses trois chiens, dont Ernest, un berger allemand croisé avec un rottweiler. Une alarme retentit dans sa maison depuis le départ d'une équipe de peintres, deux heures auparavant. Or, ni elle ni sa fille Dominique, aussi présente, n'appellent les policiers.
Soudain, l'horreur. Le chien Ernest grogne, puis un coup de feu éclate dans l'escalier menant à l'étage. Sorti de nulle part, l'agent Gordon Coones déboule les trois dernières marches et s'écrase dans le salon, près du molosse, gravement blessé. Ginette Godin-Lachaine lâche un hurlement de désespoir. « Un policier vient de tirer sur Ernest ! », crie-t-elle, alors que le policier pointe toujours son arme en direction du chien et de sa fille, à son chevet.
L'agent Coones, un policier de 25 ans d'expérience, soutient avoir crié « Police, police ! » à plusieurs reprises à l'intérieur de la résidence, sans que personne lui réponde. Une version des faits contredite par les deux femmes et un témoin auditif du drame qui venait d'appeler les pompiers. « L'agent Coones est entré dans la résidence sans s'annoncer », a tranché le Comité qui n'a pas cru sa version des faits. Toutefois, le fait que le policier se soit senti menacé par le molosse n'est pas contredit.
Même s'il voulait s'assurer que personne n'était en danger dans la maison, l'agent Coones n'avait aucun droit d'entrer par la fenêtre entrouverte de la résidence de Mme Godin-Lachaine ce jour-là, selon le commissaire. Le policier répondait à une alarme d'incendie et non à un appel de détresse. Ainsi, les exceptions du Code criminel qui permettent à un policier d'entrer par effraction dans un lieu privé sans mandat ne s'appliquaient pas dans le cas présent.
« L'agent Coones n'avait aucun motif raisonnable de croire qu'une personne était en train de commettre une infraction et encore moins que celle-ci était susceptible de mettre en danger la vie ou la santé d'une personne », écrit le commissaire Pierre Gagné dans son jugement du 10 janvier.
LA VILLE CONDAMNÉE
Par ailleurs, en septembre dernier, la Ville de Mirabel a été condamnée par la Cour du Québec à verser 9019 $ à la famille, avec intérêts et frais de justice, dont 5000 $ pour dommages moraux, pour la mort de son chien. La juge Annie Breault, de la division des petites créances, n'a également pas cru la version du policier.
« [Elles] ont subi une intrusion de leur domicile qui peut être qualifiée de violente. Dans le cadre de l'intervention policière, Mme Godin a craint d'être atteinte par le tir du policier puisqu'elle suivait le chien Ernest. L'arme de service du policier Coones a été pointée en direction de Dominique. Finalement, les demanderesses ont toutes trois assisté à l'agonie, puis au décès de leur chien. Mme Godin, tout particulièrement, a vécu une grande peur ce soir-là et a fait pendant plusieurs mois des cauchemars », écrit la juge dans son jugement.