Davos: Trump déclenchera-t-il une guerre commerciale?

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Publié le 19 janvier 2017 à 08h57 | Mis à jour à 08h57
Les propos de M. Trump «sont une déclaration... (AP)
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Les propos de M. Trump «sont une déclaration de guerre», a affirmé à l'AFP le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, en marge du Forum de Davos, en réaction aux menaces du futur président d'imposer des taxes sur les importations, notamment sur les voitures produites à l'étranger.

ANTONIO RODRIGUEZ
Agence France-Presse
Davos, Suisse
À la veille de la prise de fonction de Donald Trump, les économistes réunis au World Economic Forum (WEF) se demandent si ses attaques contre la Chine, le Mexique ou l'Allemagne n'augurent pas d'une guerre commerciale.
Les propos de M. Trump «sont une déclaration de guerre», a affirmé à l'AFP le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, en marge du Forum de Davos, en réaction aux menaces du futur président d'imposer des taxes sur les importations, notamment sur les voitures produites à l'étranger.
Dans un entretien accordé au quotidien populaire allemand Bild et au journal britannique Times et paru lundi, le président élu a redit vouloir lourdement taxer, au titre des droits de douane, les importations aux États-Unis de produits fabriqués au Mexique, y compris pour le constructeur allemand BMW.
Des propos qui ont ému une bonne partie de l'élite économique présente à Davos, un lieu qui prône le libéralisme depuis des lustres et qui a toujours fait du protectionnisme son ennemi.
«La guerre commerciale, c'est comme la vraie guerre. La paix est un bénéfice mutuel, mais la guerre est une destruction mutuelle», a prévenu M. Stiglitz, qui redoute que les pays visés ne prennent à leur tour des mesures de représailles qui pénaliseraient les exportations américaines.
Avec M. Trump, «il y a bien sûr un risque que les États-Unis deviennent protectionnistes et cette dimension crée de potentielles tensions commerciales», a admis l'économiste Nouriel Roubini, lors d'un débat sur le rôle de la Chine dans la globalisation, pays qui constitue la principale cible des attaques du futur locataire de la Maison Blance.
Le président chinois, Xi Jinping, a d'ailleurs profité de son passage à Davos pour lancer un appel face aux menaces de Trump. «Nous devons rester attachés au développement du libre-échange (...) et dire non au protectionnisme», a-t-il affirmé dans son discours.
Même message du côté des dirigeants d'entreprise: l'homme le plus riche de Chine, Wang Jianlin, actif notamment dans le cinéma, a instamment demandé à M. Trump de ne pas ruiner l'industrie des loisirs par une guerre commerciale.
«Un poignard pointé vers l'Ohio»
À Davos, le nom de M. Trump est sur toutes les lèvres, malgré son absence. Et les avertissements se sont multipliés avant sa prise de fonction.
La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, s'est exprimée en termes diplomatiques, sans citer le futur président. «Tourner le dos à la mondialisation est une approche erronée», a-t-elle assuré.
L'ancien secrétaire au Trésor américain, Larry Summers, lui, n'y est pas allé par quatre chemins, attaquant directement M. Trump. «Les victimes de ces politiques populistes seront les bas revenus et la classe moyenne, au nom desquels elles sont menées», a-t-il assuré.
Pour illustrer ses propos, il a rappelé que les menaces de M. Trump ont provoqué une forte chute du peso mexicain ces derniers mois, rendant ainsi les ouvriers du pays voisin encore plus compétitifs par rapport aux Américains.
«La dépréciation du peso est un poignard pointé vers l'Ohio», un État victime de la désindustrialisation qui a voté pour le candidat républicain, a-t-il prévenu.
Face au retour attendu du protectionnisme aux États-Unis, certains participants au WEF ont esquissé des pistes pour répondre aux États-Unis.
«La première chose que fera M. Trump sera de répudier l'Accord de partenariat transpacifique (TTP)», a assuré M. Roubini. «Cela donne des options à la Chine non seulement en Asie ou dans la région Pacifique, mais aussi jusqu'au Mexique!», a affirmé l'économiste, qui a appelé le pays latino-américain, en première ligne face à M. Trump, à se rapprocher du géant asiatique si M. Trump mettait ses menaces à exécution.
Alicia Barcena, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), a d'ailleurs regretté que le Mexique n'ait pas profité de Davos pour lancer la riposte.
«Il manque une stratégie forte du Mexique qui ne devrait pas tout miser sur la négociation avec Donald Trump. Lui, il a déjà dit ce qu'il voulait. C'est au tour du Mexique de le faire maintenant».