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vendredi, octobre 23, 2015

Femmes autochtones : Québec confie l'enquête au SPVM

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/

Mise à jour le vendredi 23 octobre 2015 à 13 h 38 HAE

L'enquête sur les policiers de la Sûreté du Québec de Val-d'Or qui sont soupçonnés d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir à l'endroit de femmes autochtones de Val-d'Or a été confiée au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a annoncé vendredi la ministre de la Sécurité publique du Québec, au lendemain de la diffusion d'un reportage-choc d'Enquête. C'est donc le SPVM qui devra soumettre le dossier au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Lise Thériault a également annoncé que les huit policiers de la Sûreté du Québec concernés « font l'objet d'un retrait administratif », et ce, dès aujourd'hui. Il s'agit de cinq patrouilleurs du poste de la MRC de la Vallée-de-l'Or, et de trois autres travaillant ailleurs au Québec. Un porte-parole de la SQ, le capitaine Guy Lapointe, a précisé peu après que ces huit policiers resteront chez eux jusqu'à nouvel ordre. Il a aussi révélé qu'un neuvième policier visé par des allégations d'inconduite sexuelle est mort depuis.
La ministre a également annoncé la nomination de la capitaine Ginette Séguin à titre de directrice par intérim du poste de la MRC de la Vallée-de-l'Or. Le directeur par intérim qui était en poste jusqu'ici avait été nommé en juin, a précisé la ministre. « Nous considérons que c'était la chose à faire », a simplement commenté Mme Thériault à ce sujet, sans désavouer le prédécesseur de Mme Séguin.
Lise Thériault a aussi fait savoir que la sous-ministre associée à la Direction générale des affaires policières, Marie Gagnon, est arrivée à Val-d'Or vendredi, en compagnie du directeur général adjoint de la Grande fonction de la surveillance du territoire de la SQ, Sylvain Caron, afin de constater l'« état de la situation et dresser un état des lieux » afin que Québec puisse « prendre les mesures requises pour soutenir et rassurer les citoyens de Val-d'Or ».
Les « actions supplémentaires » qu'entend poser le gouvernement dans ce dossier seront décidées non seulement par le ministère de la Sécurité publique, a dit Mme Thériault, mais en collaboration avec le ministre des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, la ministre de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. « D'autres gestes seront posés », a-t-elle assuré.
Mme Thériault n'a cependant pas voulu se prononcer sur les nombreuses voix qui s'élèvent au sein des communautés autochtones pour demander à Québec de tenir une enquête publique. « Je les ai entendues. Ce que je peux vous dire, c'est que les membres de la commission des relations avec les citoyens vont se pencher sur la question », s'est-elle bornée à dire.
Discussions en cours entre QG et poste de Val d'Or pour augmenter effectifs pol. à la suite des révélations de -source
La ministre de la Sécurité publique a assuré que la décision de transférer le dossier au SPVM n'avait pas été justifiée par des « lacunes » dans l'enquête de la police provinciale. « C'est simplement parce que les gens n'ont pas confiance au département d'enquête de la SQ », a-t-elle dit, tout en faisant valoir que les enquêteurs de ce département sont « chevronnés » et que « leur intégrité [...] ne doit pas être mise en cause ».
Elle a aussi rappelé que les enquêteurs responsables du dossier étaient basés à Montréal, et non à Val-d'Or, et que l'enquête sur cette affaire avait été déclenchée dès que son cabinet a été mis au courant d'allégations en mai. Elle s'est braquée lorsqu'on lui a demandé si son ministère aurait pu agir de façon plus décisive dans cette affaire, en précisant que la plainte reçue à son cabinet ne contenait que des allégations, mais aucun nom de présumées victimes, ni aucun fait précis.
« On n'aurait pas pu faire plus. Et dans le reportage, il y a des faits qui n'ont pas été portés à la connaissance des policiers. »— Lise Thériault, ministre de la Sécurité publique

Lorsqu'un journaliste lui a demandé comment elle se sentait face aux nouvelles révélations d'Enquête, la ministre Thériault, visiblement émue, a eu peine à répondre. Après un long silence, elle a finalement répondu, en sanglotant, qu'elle était « aussi choquée que la population ». « Il est temps qu'on fasse quelque chose. C'est ce qu'on va faire, c'est ce qu'on dit », a-t-elle ajouté, après avoir repris ses esprits.
Le SPVM invite toute personne désirant transmettre de l'information au sujet de ce dossier à communiquer avec les enquêteurs au 1 844-615-3118.
« Des mesures exceptionnelles et extraordinaires », selon la SQ
Peu après le point de presse de Mme Thériault, le capitaine Lapointe a expliqué que la SQ a été informée des allégations criminelles visant les policiers de Val-d'Or le 12 mai, à la suite d'informations révélées à des journalistes en région pour un reportage. Selon lui, la SQ a immédiatement déclenché une enquête et a entamé une série de rencontres avec l'ensemble des victimes pour recueillir leur version. Ces rencontres ont été menées par des enquêteurs du service des enquêtes régionales de la SQ.
Les plaintes et l'enquête ont par la suite été transférées à la direction des normes professionnelles à Montréal le 15 mai, et le ministère de la Sécurité publique a été informé du dossier. Les policiers ont droit à la présomption d'innocence, a rappelé le porte-parole de la police provinciale.
M. Lapointe a par ailleurs affirmé que le directeur de la SQ, Martin Prud'homme, est préoccupé par l'impact de la diffusion du reportage d'Enquête sur la confiance du public et des peuples autochtones envers le corps policier. « C'est pour cette raison que des mesures exceptionnelles et extraordinaires ont été prises, parce que ce n'est pas la pratique habituellement », a-t-il ajouté.
À l'instar du premier ministre Philippe Couillard jeudi, Mme Thériault a aussi rappelé que le Bureau d'enquête indépendante (BEI) qui doit dorénavant diriger les enquêtes portant sur des policiers n'est pas encore fonctionnel. Bien que sa directrice a été nommée en janvier, a-t-elle dit, les enquêteurs viennent tout juste d'être embauchés et doivent maintenant recevoir des formations.
La ministre de la Sécurité publique dit s'attendre à ce que d'autres femmes portent plainte, et les incite à contacter le SPVM pour dénoncer les agressions subies. « Il est primordial que vous fassiez ce geste, puisque ce que vous avez vécu est traumatisant et doit être dénoncé ». Elle a assuré que les contrevenants seront traduits en justice si ces allégations s'avèrent. « Des pourris, il peut y en avoir », a-t-elle convenu, tout en demandant à la population à ne pas mettre tous les policiers « dans le même panier ».
Dans un communiqué publié vendredi, le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, Jacques Frémont, a cependant « vivement déploré que près de 900 jours après que l'Assemblée nationale ait adopté la loi instituant le BEI, celui-ci n'est toujours pas fonctionnel et la police fait toujours enquête sur la police. »
« Les allégations d'agressions sexuelles faites par des femmes autochtones de la région de Val-d'Or contre des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont fait l'objet d'une enquête interne par d'autres policiers de la SQ. Cette situation démontre bien l'importance d'un processus impartial, indépendant et transparent pour redonner confiance aux citoyens », a-t-il expliqué.
Me Frémont a par ailleurs profité de l'occasion pour réitérer la demande de son organisme, qui souhaite que le règlement visant à encadrer le déroulement des enquêtes du BEI soit modifié « afin d'étendre la définition de blessures graves aux blessures graves d'ordre psychologique de même que celles qui découlent d'une agression sexuelle ». Selon lui « il est encore temps d'inclure les agressions sexuelles dans la définition, puisque ce règlement n'a toujours pas été édicté ».

Quand la police est une menace pour les femmes autochtones de Val-d'Or

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/special/2015/10/femmes-autochtones-val-dor/

Exclusif - Sévices sexuels, abus de pouvoir et intimidation à l'endroit de femmes autochtones. Des allégations graves dont font l’objet des policiers de la Sûreté du Québec de Val-d’Or. « On allait dans un chemin dans le bois et là, ils me demandaient de leur faire une fellation. [...] Ils me payaient chacun 200 $. 100 piastres pour le service, 100 piastres pour que je ferme ma gueule », raconte Bianca.
Enquête a recueilli le témoignage troublant de plusieurs femmes autochtones, qui, pour la première fois, prennent la parole et dénoncent publiquement le mépris et les abus qu’elles subissent de la part de ceux qui normalement devraient les protéger. Les policiers.

Témoignage de Bianca Moushoun


Le témoignage de Priscillia Papatie


Le témoignage d'Angela King



Édith Cloutier, du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or


La famille de Cindy Ruperthouse



À la suite de notre passage à Val-d’Or, la Sûreté du Québec a été mise au courant de certains comportements de ces agents. Priscillia a porté plainte, notamment, mais ce n'est pas le cas pour toutes les femmes que nous avons rencontrées. Au total, 14 dossiers ont été ouverts et transmis à la direction des normes professionnelles de la SQ. Huit d'entre eux ont été rencontrés et font l'objet d'une enquête.
Après la diffusion de notre reportage, les huit policiers ont été relevés administrativement de leurs fonctions. Le ministère de la Sécurité publique a confié l'enquête à un autre corps de police, soit le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il pourrait s’ensuivre des poursuites pénales et criminelles. Une nouvelle directrice par intérim a aussi été nommée au poste de la SQ de Val-d'Or.
C’est à l’entrée de Val-d’Or, en bordure de la 117, que l’on a retrouvé le corps d’une jeune femme autochtone en 2003. Jeannie Poucachiche est morte assassinée le jour de ses 20 ans. Dès le retour d’octobre, des femmes, des enfants viennent se recueillir.
Ils viennent aussi pour Cindy Ruperthouse, une Algonquine de 44 ans dont on est sans nouvelles depuis le printemps 2014. Une autre disparue, parmi tant de disparues au Canada, pour qui de nombreuses voix réclament une commission d’enquête.

La réponse de la Sûreté du Québec


Les libéraux plus soucieux de leur image que des Autochtones, selon le PQ

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Le député Pascal Bérubé
Le député du PQ Pascal Bérubé  Photo :  PC/Jacques Boissinot
Au sein des partis d'opposition, nombreuses sont les voix qui s'élèvent pour reprocher à Québec, et à la ministre de la Sécurité publique en particulier, de n'avoir pas agi plus tôt dans le dossier des femmes autochtones de Val-d'Or qui aurait été victimes d'agressions sexuelles et d'abus de pouvoir aux mains de policiers de la Sûreté du Québec (SQ).
Au Parti québécois (PQ), on reproche à Lise Thériault d'avoir confié dans un premier temps l'enquête sur ces allégations à la SQ elle-même. Aux yeux du PQ, il a fallu que Radio-Canada diffuse un reportage sur cette affaire pour que la ministre se ravise et transfère l'enquête au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
« On fait face à un gouvernement qui veut davantage préserver son image que venir en aide aux femmes autochtones », a dénoncé le député péquiste Pascal Bérubé.
De l'avis des députés péquistes Carole Poirier, Pascal Bérubé et Guy Leclair, « le laxisme du gouvernement dans le dossier est inacceptable ». Guy Leclair se demande pour sa part où est le ministre québécois des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley.
« Était-il seulement au courant de la situation, demande M. Leclair. Son silence dans le dossier est troublant ». 
La CAQ réclame une commission d'enquête
À la Coalition Avenir Québec (CAQ), les porte-parole en matière de justice, Simon Jolin-Barrette, et en matière d'affaires autochtones, Mathieu Lemay, exigent sans délai l'instauration d'une commission d'enquête dans le dossier des présumés abus commis envers les femmes autochtones.
Pour la CAQ, le mandat de cette éventuelle commission doit englober tous les enjeux tels que la disparition et l'assassinat de femmes autochtones, de même que la violence conjugale et les agressions sexuelles dont certaines d'entre elles seraient victimes.
« Les nations autochtones doivent être consultées et impliquées dans la mise en place et l'exécution de cette commission d'enquête. »— SimonJolin-Barrette et Mathieu Lemay, députés de la CAQ

Québec solidaire se rendra sur place
Manon Massé, députée de Québec solidaire, estime louable la décision du gouvernement de Philippe Couillard de confier l'enquête au SPVM. Mais elle se demande du même souffle si l'intérêt de Québec pour la question ne fera pas place rapidement à « l'indifférence ».
Mme Massé se questionne de surcroît sur les raisons qui ont poussé Lise Thériault à retirer l'enquête des mains de la SQ cinq mois après qu'elle eut appris l'existence des allégations.
« Mais pourquoi pas plus tôt? Parce que ce n'était pas passé à la télévision? », a-t-elle souligné.
Québec solidaire assure qu'il fera preuve de vigilance dans ce dossier. La semaine prochaine, le député Amir Khadir se rendra dans la région de Val-d'Or afin de voir comment le parti peut à l'avenir porter les demandes des femmes autochtones jusqu'à l'Assemblée nationale.