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samedi, avril 18, 2015

«Nous avons un devoir de franchise»

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Pierre Céré, c’est l’inconnu de la course au leadership du PQ. Il l’admet lui-même, on le connaît peu. Le grand public se demande encore: «C’est qui ce gars-là?»...
« On a tous sa gueule à perdre, et je tiens à la mienne »
«Depuis le début, mon défi est d’être pris au sérieux. À chaque débat, on dit que je n’ai rien à perdre. C’est faux, on a tous sa gueule à perdre, et je tiens à la mienne», dit-il.
De son bureau montréalais, au pied du Mont-Royal, le président du Comité national des chômeurs se prête au jeu des questions avec Le Journal. L’emplacement fait saliver les promoteurs immobiliers. En vain.
Au mur, des photos de Daniel Cohn-Bendit, de Rimbaud et de Gérard Philippe. Un politicien hors norme, un poète maudit, un acteur mythique. Des exemples, des maîtres à penser.
Le teint hâlé, trahissant un récent séjour à Cuba, Pierre Céré réfute les propos de ceux qui disent (ou pensent) qu’il n’a pas d’affaire dans la course au leadership péquiste. Qu’il ne serait qu’un objecteur de conscience circonstanciel.
Au contraire, réplique-t-il, c’est dans la suite des choses...
Ami de Richard Desjardins
Depuis vingt ans, M. Céré milite en faveur des victimes de l’économie et dirige le Comité national des chômeurs, un groupe de pression subventionné par le ministère de Sam Hamad... Il milite pour ainsi dire depuis toujours, depuis le cégep, bien avant d’être lui-même chômeur au pays de Richard Desjardins, un ami de longue date. Son militantisme l’a naturellement mené à la politique, au PQ plutôt qu’à Québec solidaire, trop «anti-capitaliste», à son goût.
Candidat dans Laurier-Dorion, Pierre Céré a fini troisième derrière le libéral Sklavounos et le solidaire Fontecilla. «À cause de la charte, c’est clair. Les libéraux ont joué la charte et la peur du référendum. Notre vote s’est effondré », se souvient-il.
Cette défaite, la plus dramatique de son histoire, devrait forcer le PQ à faire un examen de conscience; il l’y a invité, sans gêne aucune, au débat de Sherbrooke, dimanche dernier. «Nous avons un devoir de franchise», soutient M. Céré.
« Trop d’échappatoires »
Lui aussi, évidemment, croit que l’indépendance du Québec est nécessaire. Mais, à son avis, le PQ retombe toujours dans les pièges qu’il installe lui-même.
« On veut encore actualiser des études que personne ne lira. »
Avec un peu beaucoup d’impertinence, il parle du fond du cœur: « Il y a trop d’échappatoires. Des signatures, un Institut des mathématiques sémantiques de la souveraineté. On veut encore actualiser des études que personne ne lira. On sait que c’est faisable, l’indépendance. Même Jean Charest l’a dit. Alors quoi! »
«Nous n’avons qu’une seule et unique question à se poser: est-ce qu’on la veut, comme peuple, l’indépendance, oui ou non? Au Canada, nous sommes sous curatelle. Avec toutes nos ressources, nous pourrions faire nos choix politiques.»
«Pour y parvenir, il faut toucher le cœur des gens au lieu de consulter les oracles. Présentement, le PQ parle au PQ. S’il continue de parler à huis clos, il court à l’échec. Nous avons sérieusement besoin d’un renouvellement. Pas d’un nouveau vernis», explique le bouillant militant.
Un mois de vacances pour tous !
En attendant, il ne perd pas ses repères et travaille toujours à l’élaboration d’un programme d’assurance emploi made in Québec. Pauline Marois avait mandaté Gilles Duceppe pour y regarder de plus près, mais l’exercice n’était pas porté par les meilleures intentions.
«Le PQ a voulu faire de la politique politicienne avec cette affaire-là, il voulait une chicane (avec Ottawa)», se rappelle-t-il.
Mais il n’y a pas eu de chicane puisque Pauline Marois a laissé tomber. «Mais moi, j’y crois toujours», dit Pierre Céré.
« Après tout, nous sommes dans un pays nordique, un mois de vacances serait la moindre des choses »
Son programme «électoral» comporte une mesure qui pourrait plaire aux Québécois: un mois de vacances pour tous. Faisable, ça aussi, dit-il. «Après tout, nous sommes dans un pays nordique, un mois de vacances serait la moindre des choses», insiste-t-il.
«Un parti de vieux ringards»

Le PQ fait de la « vieille politique », déplore Céré

Pierre Céré est sévère envers le parti qu’il voudrait diriger. Trop encroûté dans ses habitudes. Trop sûr d’avoir trouvé un «sauveur», le PQ continue malheureusement de faire de la «vieille politique».
« On a mangé la volée de notre vie l’année dernière »
«On a mangé la volée de notre vie l’année dernière, mais c’est comme si tout le monde voulait oublier ça, passer à autre chose parce que le sauveur s’en vient. Wow! Si on fait ça, on va finir en soins de longue durée», mitraille le militant Céré.
Plus déplorable selon lui, le PQ n’est plus «en phase» avec le Québec moderne et ne peut plus porter efficacement un projet d’indépendance ralliant une majorité des Québécois.
«Le PQ est un parti qui a beaucoup vieilli. Il doit se secouer un peu. C’est un parti d’apparatchiks qui n’est plus en phase avec le Québec d’aujourd’hui».
Même les militants déchantent: «Les gens nous disent: Vous nous appelez juste quand vous avez besoin d’argent.»
Pétrole
Aux yeux des jeunes surtout, le PQ est devenu un «parti de vieux ringards», déplore-t-il. Il en tient pour preuve sa position sur le pétrole: il est pour lorsqu’il est au pouvoir, mais contre quand il retourne dans l’opposition.
M. Céré croit que la cuisante défaite de 2014 aurait dû forcer une réflexion approfondie sur l’avenir du parti. L’establishment a préféré opter pour le déni. Le départ de Pauline Marois a vidangé les remords et les remises en question n’ont pas été faites. Sur le triste épisode de 2014, M. Céré est du même avis que Bernard Drainville et Alexandre Cloutier.
«On n’aurait tout simplement pas dû aller en élection, mais continuer à gouverner en faisant des alliances avec les autres partis. Qu’on le veuille ou non, le bipartisme est terminé. Il faut apprendre à créer des majorités parlementaires», soutient-il.
Identité et laïcité
Comme d’autres, Pierre Céré juge que le PQ fait fausse route depuis des années en amalgamant laïcité et identité.
Ce virage identitaire ne lui plaît pas: «Les gens nous regardent, les jeunes surtout, comme de vieux ringards, encore avec la ceinture
fléchée.»
Tout ça, à son avis, plombe les chances de faire l’indépendance.
S’il était chef du PQ, il prendrait tout son temps avant de faire son entrée à l’Assemblée nationale.
Entre autres choses, il appellerait Jean-Martin Aussant, le fondateur d’Option nationale.
« Il faut rallier tout le monde, sans ça, on n’y arrivera pas », conclut-il.
Il se prononce sur le favori

Pas d’atomes crochus avec PKP
 

Qu’en pense le militant-candidat?
«PKP est dans une classe à part. Mais il est trop sûr de gagner. On dirait qu’il n’a pas fait ses devoirs. Ce n’est peut-être qu’une fausse impression.»
Croyez-vous vraiment avoir des chances de l’emporter, sérieusement?
«Je ferais un maudit bon chef... mais je suis réaliste (Rires).»
Le militant sait très bien que Pierre Karl Péladeau est toujours le chouchou des militants; le critiquer provoque parfois des huées. C’est injuste?
«En tout cas, moi, si j’avais fait le quart (des bourdes) de Pierre Karl Péladeau, je serais déjà mort.»
Vous ne l’avez pas en haute estime?
«PKP a de grosses, grosses chances de gagner, on s’entend. Pourtant, il ne démontre pas les qualités du leader, du rassembleur dont le PQ a besoin.»
Il ne vous impressionne pas?
«Ses idées et ses interventions sont souvent décousues, c’est assez spécial. Je suis parfois inquiet. Si je faisais des discours comme lui, je serais mort, je serais mort, mort...», insiste-t-il.
Il y des gens qui croient que vous vous cherchez un emploi, que la course permet de vous mettre en valeur?
«J’ai 55 ans, je n’ai pas de plan de carrière et je ne me cherche pas une job. Je suis heureux et j’aime ce que je fais. Je ne suis pas riche, mais je me débrouille bien. Mes enfants sont grands et ça me donne plus de marge.»
D’autres pensent que vous cherchez à attirer l’attention?
«Non, c’est pas moi, ça. Je n’aime pas passer à la radio, ou à la télé. Je trouve ça stressant.»
Votre organisation est importante?
«Nous sommes plus un commando qu’une armée, mais nous ne sommes plus à 0 %. C’est fini ça, M. 0 %. Les autres visent tous la 2e place. Moi, je veux un débat d’idées.»

«Le pays ne nous tombera pas du ciel»

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Martine Ouellet est plus pressée que ses rivaux de faire l’indépendance du Québec

Seule femme de la course au leadership péquiste, Martine Ouellet est à première vue victime d’un paradoxe injuste: malgré une feuille de route appréciable et une implication notable au Parti québécois (PQ), ses appuis et sa notoriété ne sont pas à la hauteur.

Mais Mme Ouellet se réconforte avec des sondages qui la placeraient, elle aussi, au deuxième rang, derrière Pierre Karl Péladeau: « Et l’accueil des militants est très, très positif. Je pense que tout est possible », ajoute-t-elle en souriant.


« Je n’avais pas un plan de carrière qui m’amenait à la course à la chefferie du parti. »La députée de Vachon nous attendait dans ses quartiers de l’Assemblée nationale. Son petit bureau fait face à celui de François Gendron, patriarche du salon bleu, qui a donné son appui à Alexandre Cloutier. « Écoutez, moi, je n’avais pas un plan de carrière qui m’amenait à la course à la chefferie du parti. Bernard Drainville, et Alexandre Cloutier dans une moindre mesure, on le sait depuis longtemps », explique la députée.

Appui de François Avard

Pour l’heure, outre l’écrivain François Avard, ses appuis les plus voyants sont syndicaux: les Métallos et les cols bleus de Montréal. Des appuis naturels pour l’ancienne vice-présidente du SPQ Libre, un club politique de gauche greffé au PQ en 2004.

Sol Zanetti, d’Option nationale — et une cinquantaine de militants de cette formation politique — se rangent aussi derrière elle. Mais ces appuis restent décevants en regard du mérite de la candidate.

Martine Ouellet est arrivée au PQ à l’époque tumultueuse de Pierre Marc Johnson, poussé vers la sortie par Jacques Parizeau. Son parcours lui a permis de léguer au PQ une politique de gestion des déchets, une politique de l’eau, une politique énergétique « qui est encore la référence dans le milieu », dit-elle.

Interrompant une brillante carrière chez Hydro-Québec, elle se fait élire dans Vachon en 2004. Réélue depuis lors, la députée de Vachon a été ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement Marois. Après un combat épique contre les libéraux, elle fait adopter une réforme de la Loi des mines avec l’appui de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le pays

Martine Ouellet croit que la course peut encore réserver des surprises, surtout avec l’impétueux Pierre Karl Péladeau. Mais elle n’est pas de cette course que pour elle-même. C’est surtout l’idée de faire du Québec un pays qui l’anime.


« J’ai beaucoup de respect pour Québec solidaire, mais ils ne sont pas prêts [au pouvoir] »Son plan de match est simple: reprendre le pouvoir en 2018. Le PQ serait le mieux placé pour déloger les libéraux. « J’ai beaucoup de respect pour Québec solidaire, mais ils ne sont pas prêts [au pouvoir] », prévient-elle.

Secundo: le pays. Mme Ouellet est la seule à prôner un référendum dès le prochain mandat du PQ. Pas de finasseries, un référendum et une question claire. Comme en Écosse. Voulez-vous un pays? Oui ou merde?

« Mais il faut se mettre en mouvement, le pays ne nous tombera pas du ciel », dit-elle.

Un référendum avant 2023

« discours ambigus, les discours flous, à la limite mous, ont nui »Ses adversaires ont des démarches moins empressées. «Ils sont en continuité avec la stratégie du PQ des dernières années», déplore Mme Ouellet en signalant que les « discours ambigus, les discours flous, à la limite mous, ont nui ».

Alors si Martine Ouellet devient première ministre, un référendum aura lieu avant 2023. « Ça nous donne environ sept ans pour nous préparer. C’est faisable. Parizeau nous a amenés à notre destinée en six ans », conclut la candidate Ouellet.

« Et on ne fera pas ça contre le Canada, on fera ça pour le Québec. Pour la planète aussi parce que le Québec a beaucoup à apporter sur la scène internationale. Actuellement, nous sommes bâillonnés par le Canada », insiste-t-elle.

Le PQ avant la carrière

Cadre supérieure chez Hydro-Québec, son poste commandait un salaire élevé et un régime de retraite très généreux. Martine Ouellet a tout laissé tomber: la carrière, la retraite, tout! Pour le PQ et pour le pays?

«Vous trouvez que c’est rare? Mais c’est ça», dit-elle.

Pauline Marois lui avait demandé de «couper tout lien d’emploi avec Hydro-Québec» parce que sa nomination au poste de ministre des Ressources naturelles montrait une «apparence» de conflit d’intérêts.

Une demande excessive quand on sait combien de profs, de médecins ou de fonctionnaires ont été nommés ministres dans leur domaine de compétence.

Conflit d’intérêts?

«Je n’étais pas vraiment en conflit d’intérêts puisque j’étais gestionnaire, mais il y avait une question de perception, et Mme Marois me l’a demandé, alors je l’ai fait», raconte la candidate.


« Quand t’es une femme, il faut en donner deux fois plus »Avec un serrement au cœur, avoue-t-elle. On ne quitte pas sans regret un employeur aussi prodigue qu’Hydro-Québec. «Quand t’es une femme, il faut en donner deux fois plus», rappelle Mme Ouellet.

Pas besoin d’une autre charte

La fameuse charte de la laïcité et des valeurs québécoises qu’ont défendue l’an dernier Pauline Marois et Bernard Drainville n’est pas nécessaire, estime Martine Ouellet.

«Je félicite Bernard pour la façon dont il a mené ce dossier-là. C’était un dossier sensible, mais on a vu ce que ça a donné.»

Le gouvernement aurait-il dû faire autre chose?

«Je ne remets pas en cause le passé. C’est facile de juger a posteriori, mais je crois qu’il aurait été plus intéressant de s’entendre avec la CAQ. Trouver un compromis comme je l’ai fait avec la Loi sur les mines. Au moins, aujourd’hui, on aurait quelque chose, une base sur laquelle travailler.»

Une charte de la laïcité est inutile?

«Il y a d’autres véhicules. La Charte québécoise des droits et libertés et la Loi sur la fonction publique; on pourrait travailler avec ça.»

Pensions de vieillesse
« Il faut dire ce qu’on fera »

Il faut que les péquistes se remobilisent, et Martine Ouellet formule un souhait:

«L’indépendance, c’est maintenant que ça se prépare, on ne peut pas juste dire qu’on veut un pays, il faut que les gens sachent où l’on s’en va.»

Le PQ aurait-il déjà dû faire ses devoirs?

«Ça nous appartient de documenter ça. C’est fastidieux, mais c’est notre responsabilité de le faire. Les gens ont des questions concrètes, et c’est à nous de donner des réponses.»

Le Code criminel, l’assurance emploi, les pensions de vieillesse, tout doit être documenté. Des centaines de milliers de personnes âgées profitent du soutien d’Ottawa.


« Il faudra répondre le plus rapidement possible sur les pensions. »«Il faudra répondre le plus rapidement possible sur les pensions. C’est une évidence totale. En 1980, les pensions, c’était dans le débat! En 1995, c’était dans le débat! En Écosse, c’était dans le débat! Et même durant la dernière campagne électorale, les libéraux faisaient le tour des résidences pour aînés, alors, il faut être prêts à dire ce qu’on fera.»

Comment se fait-il qu’on ne sache pas déjà tout ça?

«On n’a pas été très actif en cette matière au cours des 20 dernières années. Nous aurions pu le faire. On peut le faire avec la société civile.»

Le pays sale

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18 avril 2015 |Michel David | Québec
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En août 2014, le premier ministre Couillard, tombeur du PQ, avait été accueilli en véritable héros à la réunion du Conseil de la fédération tenue à Charlottetown, que son homologue de l’Île-du-Prince-Édouard, Robert Ghiz, avait qualifiée de « rencontre historique ».
 
M. Couillard avait profité de l’occasion pour annoncer que le Québec allait se joindre à la Stratégie canadienne de l’énergie, que le gouvernement de Pauline Marois avait boudée, et inviter ses collègues des autres provinces à se retrouver à Québec au printemps 2015 pour un grand sommet sur les changements climatiques.
 
Il avait posé deux conditions à son adhésion à la stratégie commune : celle-ci devrait respecter les compétences du Québec et comporter un volet de lutte contre les changements climatiques. Quand on a demandé au ministre de l’Environnement, David Heurtel, si les participants à la rencontre de Québec allaient se pencher sur la question des sables bitumineux, qui sont les premiers responsables des émissions de GES au Canada, il a cependant expliqué que « la question de l’énergie est une question distincte ».
 
Autrement dit, une stratégie énergétique pancanadienne doit inclure la lutte contre les changements climatiques, mais on ne doit pas parler d’énergie quand on discute de changements climatiques. Décidément, le fédéralisme canadien obéit à une logique très particulière visant à ménager la chèvre et le chou.
 
C’est le même raisonnement tortueux qui fait en sorte que le projet Énergie Est sera évalué sans tenir compte des émissions de GES provoquées par l’extraction du pétrole des sables bitumineux qui coulera dans le pipeline de TransCanada, alors qu’en facilitant son exportation, le Québec contribuerait à en stimuler aussi la production, comme le fait valoir un nouveau rapport publié mardi par l’Institut Pimbina.
 

À l’issue de sa rencontre de mardi avec ses homologues provinciaux, le premier ministre a donné des signes d’impatience inhabituels devant le manque de leadership du gouvernement Harper, qui tarde à rendre publiques ses cibles de réduction de GES pour l’après-2020, en prévision de la conférence qui aura lieu à Paris à la fin de l’année.
 
On n’en est pas encore aux vives remontrances que Jean Charest adressait périodiquement à M. Harper, mais la grande déférence à laquelle M. Couillard nous a habitués dans ses rapports avec son homologue canadien commençait à devenir un peu gênante devant une mauvaise volonté aussi manifeste.
 
À trois reprises, M. Heurtel a tenté d’amorcer un dialogue avec sa vis-à-vis fédérale, Leona Agglukak, mais ce fut peine perdue. Mme Agglukak est si occupée qu’elle n’a pas davantage trouvé le temps de recevoir l’ambassadrice spéciale des Nations unies, qui avait fait un détour par Ottawa avant de se rendre à Québec.
 
Au moment où les provinces réunies à Québec pressaient Ottawa d’agir, le ministre canadien des Ressources naturelles, Greg Rickford, déclarait à New York que le bilan du gouvernement Harper au chapitre de l’environnement était « déjà exemplaire ». À bon entendeur, salut !
 
M. Charest s’était fait une spécialité de profiter des tribunes internationales auxquelles il avait accès pour opposer la bonne conduite du Québec en matière d’environnement à la délinquance fédérale. Son successeur s’est réjoui qu’une journée de la Conférence de Paris soit réservée aux gouvernements subnationaux et aux régions. On verra bien.
 

M. Couillard a assuré que le premier ministre Prentice, absent pour cause de campagne électorale, était conscient de l’urgence de la situation, mais la chute des prix du pétrole n’est pas de nature à inciter les Albertains, qui avaient perdu depuis longtemps l’habitude des déficits, à accepter de nouvelles contraintes à l’exploitation des sables bitumineux.
 
Non seulement les provinces ne s’entendent pas sur le principe de fixer un prix au carbone, mais le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, minimise les émissions canadiennes de GES dues au pétrole, invitant plutôt la communauté internationale à concentrer ses efforts sur une réduction de l’utilisation du charbon. Tout cela n’augure pas très bien pour la suite des choses.
 
Lors du point de presse qui a suivi la rencontre de Québec, on a demandé à M. Couillard ce qu’il pensait des compressions budgétaires que le gouvernement Harper a imposées à l’Environnement. Il a préféré esquiver la question, et pour cause.
 
En 2015-2016, l’enveloppe budgétaire consacrée à la protection de l’environnement sera inférieure de 14 millions à celle de 2014-2015, qui était elle-même inférieure de 9 millions à celle de 2013-2014.
 
Soit, les GES qui seront émis par la cimenterie de Port-Daniel n’ont aucune commune mesure avec les émissions provenant des sables bitumineux, mais ce projet n’en demeure pas moins le plus polluant de toute l’histoire du Québec.