Annonce

Aucun message portant le libellé racisme. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé racisme. Afficher tous les messages

vendredi, septembre 29, 2017

CHRONIQUE Crosby et le privilège blanc

Fabrice Vil
29 septembre 2017 |Fabrice Vil | Hockey | Chroniques
Cet été, Dany Laferrière a dit au Devoir : « Pour extirper le racisme dans une société ou dans une ville, il faut interpeller surtout ceux qui n’en souffrent pas, pas les ostracisés. C’est comme pour les tremblements de terre, il faut aller chercher des forces neuves pour s’en sortir, des gens qui n’en sont pas victimes pour aider ceux qui en souffrent et à qui cela pose problème. »
 
Cette semaine, Sidney Crosby avait une occasion de jouer le rôle d’allié dans la lutte contre le racisme. Il a échoué.
 
Rappelons le contexte : aux États-Unis, quelques athlètes de la Ligue nationale de football (NFL), dont au premier chef Colin Kaepernick, un ancien quart-arrière des 49ers de San Francisco, ont manifesté en s’agenouillant lors de l’hymne national américain.
 
Ces footballeurs, en majorité noirs, ne se rebellent ni contre leur drapeau ni contre leur nation. Ils s’opposent au racisme systémique, et plus particulièrement au profilage racial et à la brutalité policière, qui sévit aux États-Unis.
 
L’affaire soulève les passions. Donald Trump s’en mêle, qualifiant même les footballeurs protestataires de « fils de putes ». La position de Trump suscite la désapprobation des joueurs et d’équipes de la NFL, ainsi que de la ligue elle-même. Plusieurs médias se lancent dans une campagne de désinformation, ignorant le véritable message des protestataires. Le site Breitbart, voilant à peine son racisme, les appelle même des « dégénérés antiaméricains ».
 
Pendant cette tourmente, une autre du même ordre : Stephen Curry, joueur vedette des Warriors de Golden State, champions de la NBA, déclare qu’il ne souhaite pas visiter la Maison-Blanche, contrairement à ce que veut la tradition en faveur des équipes championnes des ligues professionnelles américaines. Curry ne souhaite pas cautionner les actions de son président. Et voilà que Trump se saisit de Twitter pour annoncer de façon cavalière qu’il retire son invitation aux Warriors. La réaction de Trump déclenche l’ire de nombre de joueurs et entraîneurs de la NBA.
 
Alors que 70 % des joueurs de la NFL sont Noirs, pourcentage qui augmente à 74 % dans la NBA, il est difficile de ne pas voir dans cette situation une stratégie de Trump pour alimenter la division raciale aux États-Unis.
 
Tous les athlètes noirs n’ont pas verbalisé leur opposition à Trump. D’ailleurs, certains opposants aux protestataires diraient que P.K. Subban a pour sa part affirmé que par respect, il ne s’agenouillerait pas devant le drapeau américain. En désaccord avec ces propos de Subban, je considère toutefois qu’on ne peut exiger de chaque Noir qu’il porte la pression de la lutte contre le racisme. Subban a déjà dit qu’il est aux prises avec des incidents de racisme au hockey depuis l’âge de trois ans et demi. Souvenons-nous qu’un commentateur sportif a déjà commis un lapsus, suggérant que Subban devrait jouer au hockey « the white way ». Déjà jugé « trop flamboyant » par la Sainte-Flanelle, quel prix aurait à payer Subban s’il devait s’agenouiller devant le drapeau américain ?
 
De là l’importance du privilège blanc. Il permet, notamment, de s’opposer au racisme sans avoir à en subir les foudres. Qu’a fait Sidney Crosby, champion de la LNH ? Il a banalisé la gravité de la souffrance vécue par les Noirs en résultante des propos de Donald Trump.
 
Dimanche, les Penguins de Pittsburgh ont publié un communiqué annonçant qu’ils acceptaient l’invitation de visiter la Maison-Blanche. Le lendemain, Crosby a mentionné qu’il s’agissait « d’un grand honneur d’y être invité ». Pis encore, il a ajouté qu’il n’y avait « pas eu tant de discussion à ce sujet » au sein de son équipe. Le privilège blanc en action : ça ne se passe pas dans ma cour, pourquoi en parler ?
 
Les Penguins de Pittsburgh et Sidney Crosby ont tout à fait le droit de visiter la Maison-Blanche. Et soutenir la lutte contre le racisme n’exige pas de tout faire, tout le temps, contre le racisme. Néanmoins, au nom de l’exercice de leurs propres droits et libertés, il arrive trop souvent que les personnes blanches se désengagent de la lutte contre le racisme. Parce qu’elles n’en sont pas victimes.
 
Au milieu d’un débat polarisé qui oppose Donald Trump aux athlètes noirs, Crosby ne pouvait ignorer que ses déclarations, en tant que meilleur joueur de hockey au monde, ont du poids. Il n’est pas obligé de traiter Donald Trump de voyou (« bum »), comme l’a fait le basketteur Lebron James. Toutefois, considérer l’invitation de la Maison-Blanche comme étant tout aussi honorable qu’elle le serait dans le cours normal des choses légitime la position de Trump et discrédite les revendications des Noirs.
 
Les entraîneurs de la NBA Steve Kerr et Gregg Popovich, tous deux Blancs, ont compris la pertinence de leurs critiques du gouvernement Trump et se sont prévalu de leur leadership en ce sens. Crosby, lui, a cru ignorer le débat. Dans les faits, il a soutenu le mauvais camp.

mercredi, juin 28, 2017

IDÉES — DÉFILÉ DE LA FÊTE NATIONALE Le sens de l’histoire au Québec

http://www.ledevoir.com/politique/

28 juin 2017 | Emilie Nicolas - Présidente de Québec inclusif et l’une des initiatrices de la Coalition pour l’égalité et contre le racisme systémique | Québec

Des joueurs de l’équipe de football de l’école Louis-Joseph-Papineau ont poussé un char allégorique au thème sportif.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
Des joueurs de l’équipe de football de l’école Louis-Joseph-Papineau ont poussé un char allégorique au thème sportif.
Lorsque je suis sortie de chez moi pour aller faire un tour au défilé de la Fête nationale à Montréal, j’ai, comme plusieurs, été saisie d’un immense malaise en voyant de jeunes Noirs poussant les chars sur lesquels paradaient en souriant des artistes blancs, et ce, sur plusieurs tableaux, de l’ouverture à la fermeture du défilé.
 
Comme Québécoise noire, j’y ai vu tout de suite une illustration douloureuse de la place trop souvent occupée par les Noirs dans la société québécoise de 1608 à nos jours, de l’esclavage formel au racisme systémique inavoué.
 
Ces inégalités historiques et contemporaines étaient représentées à merveille dimanche, en pleine rue Saint-Denis. En toute candeur, dans la joie, l’allégresse et l’aveuglement collectif. Disons que ça ne donne pas le coeur à la fête.
 
Très vite, les organisateurs se sont dégagés de toute responsabilité et ont cherché à donner tort aux milliers de personnes sur les réseaux sociaux qui voyaient, comme moi, dans ces images un rappel de l’esclavage et de la colonisation. Il serait « malhonnête de nous prêter des intentions », a déclaré Maxime Laporte, président du comité organisateur des fêtes de Laval et de Montréal — alors que les commentaires ne tombaient pas dans le procès d’intentions. Les jeunes « n’ont pas été choisis en fonction de la couleur de leur peau », renchérit-on sur le site Web de l’organisation.
 
Plutôt, la participation des jeunes au défilé aurait été convenue à la suite d’un don des organisateurs de la Fête à l’école publique Louis-Joseph-Papineau, en manque de financement et — car ? — largement fréquentée par des élèves racisés.
 
Leur bénévolat a donc été acheté, voilà qui est rassurant. Il aurait apparemment été farfelu de soutenir financièrement ces jeunes tout en leur offrant une place qui représente leur pouvoir de faire avancer la société, et non pas le défilé. C’est pour être écoresponsables, ajoute-t-on encore. Comme il est heureux que l’on puisse reproduire les inégalités sociales sans émettre trop de gaz à effets de serre !
 
Ce qui frappe le plus durement dans les réactions de ces responsables, c’est le refus de faire une lecture des symboles chargés d’un sens historique qui saute pourtant aux yeux d’une grande part du public. Ce refus de l’analyse tend même vers une culpabilisation des spectateurs qui auraient osé « voir les couleurs » des gens en haut et en bas des chars. « Honte à vous qui voyez le passé partout et refusez de tourner la page ! » lance-t-on du haut de son confortable daltonisme social à propos d’un événement dont le but principal est, ironiquement, le rappel de notre passé collectif, tableau par tableau.
 
Histoire plurielle
 
Ce qu’on nous dit ici, c’est que l’histoire du Québec qui mérite d’être rappelée au public en cette fête nationale doit à tout prix exclure l’histoire des Noirs du Québec. Parce qu’avec ce sens de l’histoire-là, attention, on verrait que la « couleur » influe encore sur nos hiérarchies, dans nos parlements comme dans nos événements culturels. Comprendre l’histoire des Noirs, c’est voir plus clair dans ce qui s’est passé samedi dernier, mais aussi dans plusieurs iniquités sociales contemporaines, dont le financement inégal des écoles que fréquentent nos jeunes.
 
Je dénonce donc ce refus de voir pour ce qu’ils sont l’ensemble des symboles et des rappels historiques contenus de dans ce défilé tristement mémorable de la rue Saint-Denis, qu’ils aient fait l’objet ou non d’intentions explicites. Puisque la célébration de l’Histoire est l’objectif principal de la Fête nationale, on devrait être en droit de s’attendre à ce que ces organisateurs aient un sens développé de l’histoire plurielle de l’ensemble des Québécoises et des Québécois.
 
S’il y a un tel décalage entre les réactions au défilé sur les médias sociaux et celles des porte-parole, c’est que l’organisation a manqué de ce sens de l’histoire. Elle devra à l’avenir mieux représenter la métropole et prendre des décisions qui, à chaque étape de la planification des festivités, respectent et célèbrent la dignité de tous. On diminuerait ainsi les risques de gaffes symboliques majeures dans une journée qui, après tout, est justement une importante affaire de symboles.
 
À Montréal, une personne sur trois environ est racisée. On pourra applaudir au caractère inclusif de la Fête nationale quand cette diversité sera adéquatement présente et à l’honneur en haut des chars, dans les organismes partenaires, dans les instances, bref, partout. Pas avant.

mercredi, août 26, 2015

Un journaliste hispanique expulsé d'une conférence de presse de Trump (VIDÉO)

http://quebec.huffingtonpost.ca/

Publication: 

Un célèbre présentateur de la chaîne hispanique américaine Univision a été brièvement expulsé d'une conférence de presse du turbulent milliardaire Donald Trump, candidat républicain à l'élection présidentielle de 2016 et connu pour ses propos anti-immigration.
Quand le présentateur s'est levé pour lui poser une question, Donald Trump s'est adressé à un autre journaliste et lui a demandé sèchement de se rassoir. «Asseyez-vous. On ne vous a pas appelé. Asseyez-vous», a déclaré le grandiloquent candidat républicain.
«J'ai le droit» de poser une question, lui a répondu Jorge Ramos. «Non nous n'avez pas le droit. On ne vous a pas appelé», a rétorqué Donald Trump. «Retournez à Univision», a poursuivi le républicain, détournant ostensiblement son regard du journaliste, qui a été escorté vers la sortie.
Interrogé sur cet incident, Donald Trump a expliqué que le journaliste n'avait pas respecté les règles. «Il s'est levé et a commencé à crier», a-t-il affirmé.
Le journaliste a pu ensuite revenir dans la salle et poser plusieurs questions au candidat sur l'immigration. Jorge Ramos avait jugé lui-même «absurde» le projet du républicain sur ce dossier, qui prévoit le renvoi des quelque 11 millions d'immigrés clandestins des États-Unis.
Lui-même fils et petit-fils de migrants, Donald Trump s'était déjà illustré par une tirade contre le Mexique, lors de l'annonce de sa candidature en juin. «Quand le Mexique nous envoie ses gens, ils n'envoient pas les meilleurs éléments. Ils envoient ceux qui posent problème. Ils apportent avec eux la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs», avait-il déclaré.
Donald Trump, qui a fait une entrée fracassante dans la course à la Maison-Blanche, a creusé l'écart avec ses concurrents républicains, selon un sondage CNN/ORC du 18 août.