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lundi, février 13, 2017

Relations canado-américaines: Mulroney en renfort

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/

EXCLUSIF
Publié le 13 février 2017 à 05h00 | Mis à jour à 05h00

(Ottawa) L'ancien premier ministre Brian Mulroney a joué un rôle de premier plan dans les efforts du gouvernement Trudeau pour établir des relations de travail cordiales avec le président des États-Unis Donald Trump et les membres influents de sa nouvelle administration.
Le premier ministre Justin Trudeau pourra d'ailleurs tirer profit de ce travail diplomatique mené en coulisses par M. Mulroney auprès de M. Trump et certains de ses ministres quand il rencontrera aujourd'hui pour la première fois le président américain à la Maison-Blanche.
Selon des informations obtenues par La Presse, M. Mulroney a eu quelques conversations avec le président Trump depuis sa victoire à l'élection présidentielle de novembre dernier afin de lui souligner l'importance des relations économiques et commerciales entre les deux pays et le rassurer sur les orientations du gouvernement de Justin Trudeau.
Le premier ministre Justin Trudeau pourra tirer profit... (ARCHIVES PC)
Le premier ministre Justin Trudeau pourra tirer profit du travail diplomatique mené en coulisses par Brian Mulroney auprès de Donald Trump et certains de ses ministres quand il rencontrera aujourd'hui pour la première fois le président américain à la Maison-Blanche.
ARCHIVES PC
Négociations commerciales
L'ex-premier ministre, qui est le père de l'accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis, conclu en 1987 alors que Ronald Reagan était président, et de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), s'est également entretenu avec le secrétaire au Commerce Wilbur Ross, un ami personnel depuis plusieurs années.
C'est à M. Ross, un milliardaire du monde des finances, que Donald Trump a confié l'important mandat de renégocier l'ALENA afin d'obtenir une meilleure entente pour les États-Unis. S'il est impossible d'arracher des concessions aux deux autres signataires, M. Trump a promis de déchirer cette entente qui est entrée en vigueur en 1994.
Selon nos informations, M. Mulroney a joué un rôle d'intermédiaire entre M. Ross et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, qui a aussi comme mandat de veiller au bon déroulement des négociations commerciales entre les deux pays.
«Le gouvernement Trudeau ne pouvait pas faire appel à une meilleure personne que Brian Mulroney pour établir de bonnes relations. Il connaît bien M. Trump et plusieurs membres de son administration», a déclaré à La Presse hier l'ancien premier ministre du Québec Jean Charest, qui a notamment été ministre de l'Environnement dans le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney.
«Pendant la campagne présidentielle, j'ai dîné avec M. Mulroney et il venait d'avoir une conversation téléphonique avec Donald Trump. Et quand M. Mulroney a célébré son 75e anniversaire de naissance, j'étais à son party à Palm Beach, et Wilbur Ross faisait partie des invités», a ajouté M. Charest depuis Le Cap, en Afrique du Sud.
«Brian connaît ces gens-là, il connaît les organisateurs, il connaît les réseaux. Il a toujours su nouer des relations avec eux avec sincérité. Il l'a aussi fait du côté des démocrates», affirme-t-il.
Après l'élection présidentielle de novembre dernier, les proches collaborateurs de Donald Trump étaient convaincus que le gouvernement Trudeau avait espéré jusqu'à la toute fin une victoire de la démocrate Hillary Clinton, bien que le premier ministre et ses ministres aient refusé de s'immiscer dans la campagne américaine. La «bromance» entre M. Trudeau et l'ancien président démocrate Barack Obama avait aussi alimenté la suspicion à la Maison-Blanche. Enfin, la déclaration dithyrambique de Justin Trudeau lors de la mort de l'ex-dictateur cubain Fidel Castro a provoqué la colère de Donald Trump, selon nos informations.
Un rôle important
Le quotidien The Globe and Mail a rapporté le mois dernier que M. Trudeau avait décidé de faire appel aux services et aux conseils de M. Mulroney et de Derek Burney, l'ex-ambassadeur du Canada à Washington durant les négociations sur le libre-échange, afin de lancer sur le bon pied les relations bilatérales avec la nouvelle administration républicaine. Mais on ignorait jusqu'ici la nature de ses interventions pour faciliter les discussions entre les deux gouvernements.
À titre d'exemple, c'est M. Mulroney qui a également suggéré à Stephen Schwarzman, PDG de Blackstone Group LP qui préside un «comité stratégique» de 16 grands patrons américains nommés par Donald Trump pour le conseiller sur les questions économiques, de rencontrer Justin Trudeau et ses ministres à Calgary, le mois dernier, alors que le premier ministre tenait une retraite de deux jours de son cabinet.
M. Mulroney siège au conseil d'administration de Blackstone Group LP, un des plus importants fonds d'investissement privés au monde, depuis 2007. M. Schwarzman a finalement rencontré M. Trudeau et ses ministres à Calgary et a tenté de les rassurer à propos des velléités protectionnistes de M. Trump.
Au terme de cette rencontre, M. Schwarzman a déclaré : «Je ne crois pas qu'il [le premier ministre Justin Trudeau] devrait être trop inquiet, parce que le Canada est tenu en haute estime. Nous avons une relation commerciale équilibrée entre les États-Unis et le Canada, et ce n'est pas le genre de situation qui devrait vous inquiéter.»
Conférence à Toronto
Signe du rôle important qu'il a joué en coulisses, Brian Mulroney, qui a été au pouvoir de 1984 à 1993, sera un des principaux orateurs, en compagnie de la ministre Freeland, lors d'une conférence organisée par le Conseil canadien pour les Amériques qui aura lieu le 21 février à Toronto. Le thème de la conférence est : «Une nouvelle Amérique du Nord (A New North America)».
Selon Jean Charest, le fait que M. Mulroney a accepté de donner un précieux coup de main au gouvernement libéral de Justin Trudeau démontre que l'ex-premier ministre est «un Canadien avant d'être un conservateur. Cela ne fait aucun doute... Même s'il a aimé les batailles partisanes, être Canadien avant tout a toujours fait partie de ses aspirations. 
D'ailleurs, M. Charest a affirmé que les gouvernements ne devraient jamais hésiter à faire appel à d'anciens premiers ministres lorsque les circonstances l'exigent. «Espérons que le Canada en tire une bonne leçon. Il ne faut pas que la politique partisane nous force à mettre de côté les anciens premiers ministres. On aurait tort de le faire.»
Il a souligné que lui-même l'a fait quand il a demandé à l'ancien premier ministre Pierre Marc Johnson de représenter le Québec durant les négociations de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne. Pour la première fois, les provinces ont été invitées à participer aux négociations d'un accord commercial international.
***
Cinq ministres avec Trudeau
Le premier ministre Justin Trudeau ne sera pas seul à Washington aujourd'hui. Cinq ministres influents l'accompagneront durant son premier tête-à-tête avec le président Donald Trump à la Maison-Blanche, a fait savoir hier soir le bureau du premier ministre. Les cinq ministres sont Bill Morneau (Finances), Ralph Goodale (Sécurité publique), Chrystia Freeland (Affaires étrangères), Marc Garneau (Transports) et Harjit Sajjan (Défense). Dans le cas de MM. Morneau et Sajjan et de Mme Freeland, il s'agira de leur deuxième visite dans la capitale américaine en une semaine.

samedi, février 04, 2017

Prudence avant la première rencontre Trump-Trudeau

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/

Publié le 04 février 2017 à 05h00 | Mis à jour à 10h14

Quand aura lieu la toute première rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le président des États-Unis Donald Trump ? Les proches collaborateurs de Justin Trudeau font désormais preuve de la plus grande prudence quant à la date de cette rencontre à la lumière du traitement qu'a jusqu'ici réservé M. Trump aux leaders des pays qui sont traditionnellement des alliés des États-Unis.








Si le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, affirmait il y a deux semaines qu'une rencontre entre MM. Trudeau et Trump aurait lieu « d'ici 30 jours », et qu'à Ottawa, on disait travailler sur le premier tête à tête entre les deux leaders le plus rapidement possible, les proches collaborateurs croient qu'il est préférable, dans l'immédiat, d'établir des liens de communication à l'échelle des ministres.
En coulisses, certains avaient évoqué plus tôt cette semaine la possibilité qu'une rencontre au sommet ait lieu à Washington dès hier ou au début de la semaine prochaine. Mais ces informations ont été démenties.
«Il n'y a pas encore de date pour une rencontre », a confié une source gouvernementale qui a requis l'anonymat parce qu'elle n'était pas autorisée à discuter publiquement de ce dossier
Pour l'heure, aucune rencontre n'apparaît sur l'écran radar au cours des deux prochaines semaines, selon nos informations.
Alors que Stephen Harper avait rencontré Barack Obama... (PHOTO Carlo Allegri, Archives Reuters)
Alors que Stephen Harper avait rencontré Barack Obama un mois après l'investiture de ce dernier, en 2009, aucune date n'est encore fixée pour la première rencontre entre le nouveau président des États-Unis et le premier ministre du Canada.
PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS
À titre de comparaison, l'ancien premier ministre Stephen Harper avait rencontré Barack Obama le 19 février 2009, un mois après son investiture, à Ottawa. L'ancien président des États-Unis avait d'ailleurs choisi d'effectuer sa toute première visite officielle à l'étranger au Canada, comme d'autres présidents avant lui. Mais dans les rangs libéraux, on n'est pas très enthousiaste à l'idée que la première rencontre entre MM. Trudeau et Trump ait lieu à Ottawa. On préfère qu'elle se déroule à Washington, de crainte qu'il n'y ait de grandes manifestations dans la capitale canadienne.
RELATIONS COMPLEXES
Chose certaine, la façon dont Donald Trump a traité le premier ministre australien Malcom Turnbull, durant un entretien téléphonique le week-end dernier, a jeté une douche froide sur l'ensemble des corps diplomatiques à Washington, y compris les diplomates canadiens.
Selon le Washington Post, Donald Trump ne s'est pas gêné pour adresser des reproches sévères au premier ministre Malcolm Turnbull lors d'un échange téléphonique houleux, le week-end dernier, au sujet d'un accord sur l'accueil de migrants qui avait été conclu entre les deux pays alors que Barack Obama était encore au pouvoir. Le quotidien a aussi rapporté que M. Trump avait brutalement mis fin à la conversation avec son interlocuteur australien au bout de 25 minutes, même si l'entretien devait durer une heure. Avant de raccrocher, M. Trump aurait dit à M. Turnbull que la conversation qu'il venait d'avoir avec lui avait été « de loin la pire » qu'il avait eue avec un leader étranger, toujours selon le Washington Post. L'Australie est l'un des plus proches alliés des États-Unis.
Selon l'agence Associated Press, M. Trump aurait aussi tenu des propos désobligeants durant son entretien téléphonique d'une heure avec le président du Mexique Enrique Peña Nieto, il y a une dizaine de jours.
DE MINISTRE À MINISTRE
« Pour le moment, nous misons sur les rencontres à l'échelle des ministres », a souligné à La Presse une autre source gouvernementale, qui a elle aussi requis l'anonymat, illustrant la complexité des relations diplomatiques avec Washington depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui multiplie les invectives et les menaces, à la fois contre des alliés et contre des adversaires des États-Unis.
Ainsi, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s'est entretenue au téléphone avec son homologue américain, Rex Tillerson, jeudi, quelques heures après que ce dernier eut pris officiellement les commandes du département d'État américain. Le 23 janvier, le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a pu discuter au téléphone avec son nouvel homologue américain, le secrétaire à la Défense James Mattis.
Lundi, le ministre des Transports, Marc Garneau, qui préside maintenant le comité du cabinet sur les relations canado-américaines, pourrait avoir un premier entretien avec la secrétaire aux Transports, Elaine Chao.
En prévision de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, le premier ministre Justin Trudeau a remanié son cabinet afin de tenir compte de la nouvelle dynamique au sud de la frontière.
En plus de nommer Chrystia Freeland à la tête de la diplomatie canadienne - elle connaît bien les rouages de la politique américaine pour avoir vécu quelques années aux États-Unis -, M. Trudeau a confié à un député de la région d'Ottawa, Andrew Leslie, le poste de secrétaire parlementaire de la ministre des Affaires étrangères. M. Leslie, un ancien militaire, connaît bien deux membres importants de l'administration Trump, soit le secrétaire à la Défense James Mattis et le conseiller en matière de sécurité nationale Michael Flynn - deux anciens officiers supérieurs des Forces armées américaines avec qui il a servi en Afghanistan.

jeudi, janvier 26, 2017

Une taxe sur les produits mexicains pour payer le mur

http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/

Publié le 26 janvier 2017 à 16h25 | Mis à jour à 18h11
Une partie du mur frontalier à Sunland Park,près... (PHOTO REUTERS)
Une partie du mur frontalier à Sunland Park,près de la ville mexicaine de Ciudad Juarez.
PHOTO REUTERS
JÉRÔME CARTILLIERSYLVAIN ESTIBAL
Agence France-Presse
Washington et Mexico
Le président des États-Unis Donald Trump envisage, entre autres possibilités, la mise en place d'une taxe sur les produits mexicains pour financer la construction d'un mur à la frontière qui a provoqué jeudi un pic de fièvre entre les deux immenses pays voisins.
En pleine discorde sur ce projet de mur, promesse emblématique du magnat de l'immobilier durant sa campagne, et sur la renégociation de l'accord de libre-échange ALÉNA, le président mexicain Enrique Pena Nieto a annulé sa visite à Washington, prévue dans moins d'une semaine.
Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a évoqué jeudi après-midi à bord de l'avion présidentiel Air Force One, la mise en place de cette taxe de 20% qui ferait partie d'une vaste réforme.
«En faisant cela, nous pouvons récolter 10 milliards de dollars par an et facilement payer pour le mur grâce à ce seul mécanisme», a-t-il déclaré, affirmant que ce projet avait été évoqué avec les élus de la Chambre des représentants comme du Sénat.
Quelques heures plus tard, il a partiellement fait machine arrière sur ses propos, affirmant qu'il s'agissait seulement d'une proposition parmi d'autres.
Donald Trump a signé mercredi un décret donnant le coup d'envoi, largement symbolique à ce stade, au projet de construction d'un mur renforcé le long de l'immense frontière avec le Mexique.
Commentant l'annulation de la rencontre avec son homologie mexicain, il a estimé qu'elle aurait été «stérile». La veille, M. Pena Nieto avait condamné l'initiative américaine qui, «au lieu de nous unir, nous divise».
«Nous allons maintenir les lignes de communication ouvertes», a tempéré le porte-parole de la Maison Blanche.
Le sénateur républicain Lindsey Graham a exprimé, avec une point d'humour, son profond désaccord avec ce projet de l'administration Trump: «Sécurité aux frontières, oui. Taxes aux frontières, non», a-t-il tweeté, rappelant que le Mexique était le troisième partenaire des États-Unis et qu'une guerre commerciale serait néfaste pour la croissance ses deux pays.
«Pour faire simple, toute politique entraînant une hausse des prix de la Corona, de la tequila et des margaritas est une très mauvaise idée», a-t-il ajouté, concluant d'un «Mucho Sad». 
«Un monde en colère»
Sur l'immigration illégale, véritable cheval de bataille de la nouvelle administration, Donald Trump a signé un autre décret mercredi pour appliquer plus sévèrement la législation.
Il prévoit de réduire les financements fédéraux de Washington pour les quelque 200 «villes sanctuaires» aux États-Unis qui accueillent depuis des décennies des immigrés clandestins.
Le président s'est attiré les foudres des maires démocrates de Los Angeles, New York ou Chicago. Ce dernier, Rahm Emanuel, ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous Barack Obama, a lancé: «Que vous soyez de Pologne, du Pakistan, de l'Inde, d'Irlande, d'Israël, du Mexique ou de Moldavie, vous êtes les bienvenus à Chicago».
Le président septuagénaire pourrait aussi décider, dans les jours à venir, de bloquer pendant un mois l'arrivée en Amérique de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.
Ce projet de décret présidentiel, que le quotidien Washington Post a publié mercredi, est intitulé «Protéger la nation d'attaques terroristes par des étrangers» et prévoit également l'arrêt complet pendant quatre mois du programme américain d'admission de réfugiés de pays en guerre.
Les Syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont seulement 10 000 ont été acceptés aux États-Unis en 2016, seraient, eux, définitivement interdits d'entrer.
L'administration Trump entend accepter 50 000 réfugiés cette année, toutes nationalités confondues, contre plus de 100 000 prévus par l'équipe Obama.
Elu sur des slogans de campagne isolationnistes et de lutte contre le «terrorisme islamique radical», le nouvel occupant de la Maison-Blanche a affirmé mercredi soir sur ABC qu'il fallait agir dans «un monde en colère».
«Ce n'est pas une interdiction contre les musulmans mais cela concerne des pays qui ont beaucoup de terrorisme», a-t-il affirmé, provoquant la colère des groupes de défense des droits de l'homme.
«Tourner le dos à des réfugiés vulnérables ne va pas protéger les États-Unis», a condamné l'ancien patron du centre national du contre-terrorisme, Michael Olsen, aujourd'hui membre de l'association Human Rights First. Au contraire, «cela va nourrir le récit mensonger de (l'organisation djihadiste) État islamique pour qui nous sommes en guerre contre les musulmans et non contre les groupes terroristes».