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mardi, juin 07, 2016

La réforme du droit familial paralysée

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/

Québec refuse de s’engager à amorcer la modernisation du Code de la famille

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée
Photo: Jacques Boissinot La Presse CanadienneLa ministre de la Justice, Stéphanie Vallée
Les retombées législatives de l’affaire Éric contre Lola attendront : le gouvernement du Québec n’entend pas donner de suite immédiate au rapport de 600 pages déposé il y a tout juste un an par le Comité consultatif sur le droit de la famille. Cela même si la ministre de la Justice a tenté de convaincre ses collègues qu’il fallait agir, a appris Le Devoir.

« Sous ce gouvernement, oubliez la réforme du droit de la famille », se désole en entretien le juriste Alain Roy, qui a présidé les travaux du comité d’experts entre 2013 et 2015. M. Roy a rencontré la ministre Stéphanie Vallée vendredi dernier et est ressorti de la rencontre« profondément déçu », convaincu que les travaux de son comité resteront sans suite.

« On nous laisse croire que le dossier est actif, qu’on reconnaît l’importance du rapport, mais sans pour autant s’engager dans la suite du processus, dit-il. Au final, la poussière s’accumule sur le rapport, au point de le faire progressivement disparaître du radar. »

La ministre Vallée lui aurait assuré « que le dossier n’est pas tabletté et que l’idée de réformer certains secteurs du droit de la famille mérite d’être à terme envisagée », relate M. Roy. Mais dans la foulée, elle « a refusé de s’engager de quelque manière que ce soit à assurer une suite au rapport, notamment par la tenue de consultations publiques ».Constat ? « Aucune annonce à court ou moyen terme. La ministre a d’autres priorités. »

Conseil des ministres

Pourtant, selon un document confidentiel obtenu par Le Devoir de source gouvernementale et destiné au Conseil des ministres, Mme Vallée a proposé à ses collègues d’élaborer et de« rendre public un document de consultation basé sur les recommandations du rapport, lequel ferait l’objet d’une consultation publique ».

Datée du 25 avril 2016, la note détaille le budget estimé pour les consultations souhaitées (entre 375 000 $ et 400 000 $) et donne la liste des villes où on prévoit les tenir. Signées de la main de Mme Vallée, les trois pages parlent d’un document de consultation et d’un questionnaire qui « pourraient être en ligne à la mi-juin », avant une tournée prévue de la fin août à la fin octobre.

Mme Vallée rappelle dans le texte qu’elle avait promis le 8 juin 2015 que le gouvernement ferait « connaître au cours des mois [suivants] les suites qu’il entend donner en vue de moderniser le droit de la famille pour mieux répondre aux besoins actuels des couples et des familles ».

Consensus

La réforme proposée par le comité consultatif est majeure, indique-t-elle aussi à ses collègues — le document de 600 pages propose 82 recommandations. Les modifications au droit de la famille « bouleverseraient les droits et obligations des couples et des familles québécoises, écrit-elle. La réforme nous commande donc d’être vigilants et d’assurer l’existence d’un consensus social avant d’apporter des changements législatifs aussi importants. »

D’où l’idée d’une consultation publique pour « constater les options qui font l’objet d’un consensus, sans nécessairement obliger le gouvernement à prendre dès maintenant position », souligne la ministre.

À ce jour, la position de Québec à l’égard d’une réforme du droit de la famille demeure ambiguë. Interrogée lundi sur les suites qu’elle entend donner au rapport Roy, la ministre Vallée — qui a pratiqué le droit familial avant d’entrer en politique — a répondu auDevoir « qu’il est manifeste que le modèle familial québécois a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. Plusieurs documents, rapports et recommandations ont été formulés dans les dernières années, et cela contribue à la réflexion en cours au sujet de l’adaptation du droit de la famille et aux réalités du XXIe siècle. »

Son bureau a par ailleurs indiqué qu’il « ne commente pas les discussions du Conseil des ministres ».

Trop vaste ?

Alain Roy pense que Stéphanie Vallée « démontre un authentique intérêt pour la réforme »du Code de la famille. « Mais elle a frappé un mur au bureau du premier ministre ou au Conseil des ministres », a-t-il conclu de sa rencontre de vendredi. La ministre lui aurait dit que « l’agenda du ministère de la Justice doit aussi se concilier avec celui du gouvernement ». « J’en ai compris que ça bloquait en haut lieu, dit-il, et que les questions de justice sociale à la base du droit de la famille n’intéressent pas le gouvernement Couillard. »

Dans l’entourage du premier ministre, on réplique « qu’il n’y a pas de désintérêt » de la part du premier ministre, mais que l’ampleur des propositions du comité consultatif nuit à l’avancement du dossier. « On se demande par quel bout prendre ça », indique-t-on.

Or, le rapport de 600 pages a souvent été présenté comme un tout par les experts impliqués.« L’une de nos principales recommandations était d’assurer la cohérence d’ensemble du droit de la famille, ce qui lui fait actuellement cruellement défaut en raison des réformes ponctuelles et successives dont il a fait l’objet depuis la dernière grande réforme intervenue en 1980 », explique Alain Roy.

À deux ans des élections, M. Roy pense maintenant qu’il « est probablement déjà trop tard pour entreprendre un tel chantier ».

La décision de la Cour suprême dans l’affaire Éric contre Lola avait été largement interprétée comme une invitation à ce que Québec revoie son Code de la famille, jugé en partie discriminatoire. C’est dans ce contexte que le gouvernement Marois avait mis sur pied le comité Roy. Depuis, d’autres décisions des tribunaux — notamment sur l’adoption des enfants nés de mère porteuse, ou encore la portée juridique des mariages religieux — sont venues illustrer les difficultés d’accorder le droit de la famille aux réalités conjugales et familiales d’aujourd’hui.

L’enfant comme porte d’entrée
Le changement de fond au coeur de la réforme proposée serait d’instaurer un« régime parental impératif » : au lieu d’être le mariage, la porte d’entrée au droit de la famille deviendrait plutôt la naissance d’un enfant. Les parents d’un enfant commun seraient ainsi tenus à certaines obligations mutuelles — même s’ils vivent en union libre. Celui qui aurait sacrifié une partie de sa carrière pour s’occuper d’un enfant pourrait être dédommagé par un montant forfaitaire. Autrement, le rapport touche plusieurs grandes questions liées au droit de la famille : filiation, possibilité pour un couple marié de se soustraire au partage du patrimoine familial, autorité parentale, etc.

mardi, juin 09, 2015

DROIT DE LA FAMILLE Une réforme majeure entre les mains de Québec

http://www.ledevoir.com/societe/

9 juin 2015 |Guillaume Bourgault-Côté | Justice
À l’heure actuelle, les conjoints ayant vécu en union libre n’ont pas à dédommager leur ex après une rupture, mais doivent toutefois verser une pension alimentaire pour les enfants.
Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir

À l’heure actuelle, les conjoints ayant vécu en union libre n’ont pas à dédommager leur ex après une rupture, mais doivent toutefois verser une pension alimentaire pour les enfants.
Ce sera peut-être le gros héritage de la cause Lola contre Éric : une redéfinition majeure du code québécois de la famille, qui imposerait aux conjoints ayant un enfant une obligation financière mutuelle. Et cela, peu importe qu’ils soient mariés ou pas.
 
C’est là la principale recommandation émise par le comité consultatif sur le droit de la famille, qui a dévoilé lundi un imposant rapport de 600 pages et près de 1300 notes complémentaires. Les travaux du comité visaient à adapter le code aux « nouvelles réalités conjugales et familiales ». Le travail a été qualifié de « colossal » par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée.
 
Mis sur pied dans la foulée du jugement de la Cour suprême dans l’affaire Lola c. Éric, le comité a conclu deux ans de travaux sur un constat qui modifierait profondément l’esprit du droit familial au Québec : c’est le fait d’avoir un enfant — et non pas d’être marié — qui doit constituer la porte d’entrée au code de la famille, dit-on.
 
Le comité propose ainsi de créer un « régime parental impératif ». Dans celui-ci, « les parents d’un enfant commun seraient mutuellement tenus à certaines obligations l’un envers l’autre, peu importe qu’ils soient mariés ou en union de fait », a expliqué le président du comité, Alain Roy, professeur de droit à l’Université de Montréal.
 
« Puisque l’enfant est une responsabilité commune des parents, les désavantages économiques que le rôle parental peut occasionner ne doivent pas être supportés par un seul parent », estime M. Roy.
 
La proposition permettrait au conjoint qui a sacrifié une partie de son salaire ou de sa carrière pour jouer un rôle parental plus important d’obtenir une « compensation » de la part de l’autre conjoint. On ne parle pas d’un partage du patrimoine familial ou du versement d’une pension alimentaire, mais bien d’une « somme globale » qui serait déterminée à partir de lignes directrices décidées par Québec.
 
« Si un seul parent subit des pertes de revenus […], il n’est que justice que l’autre le compense au jour de la rupture », a indiqué Alain Roy en conférence de presse.
 
À l’heure actuelle, les conjoints ayant vécu en union libre n’ont pas à dédommager leur ex après une rupture. Ils doivent toutefois verser une pension alimentaire pour les enfants, une exigence qui ne changerait pas si le modèle du comité était adopté.
 
La cause Lola c. Éric avait été lancée par l’ex-compagne d’un milliardaire qui demandait une pension alimentaire pour elle-même après leur séparation. Si les propositions du comité avaient été en vigueur à ce moment, elle aurait pu obtenir une compensation de son ex-conjoint — après avoir fait la preuve d’un sacrifice économique.
 
Droit de retrait
 
Le rapport dévoilé lundi propose plusieurs autres transformations majeures. Entre autres : la réintroduction, pour les couples mariés, d’un droit de retrait (opting out) des obligations liées au mariage — le partage des biens, par exemple. Depuis 1989, il est impossible de s’exclure des règles du patrimoine familial avant un divorce : les « effets du mariage » sont essentiellement immuables. C’est là une disposition que le comité ne juge plus nécessaire.
 
« Un couple peut vouloir le mariage en raison de ce que l’institution représente sur le plan religieux, social ou culturel, mais sans vouloir les effets juridiques qui y sont normalement assortis », a expliqué Alain Roy.
 
« Ce serait une véritable révolution », a réagi lundi la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne. La loi de 1989 « avait été une énorme victoire pour les féministes. L’idée était de protéger [économiquement] les femmes qui étaient davantage à la maison. Or, est-ce que la progression économique des femmes a été suffisante depuis pour mériter un tel changement ? C’est la question que nous nous poserons » en analysant cette proposition, a-t-elle indiqué en entretien.
 
Unions de fait
 
Le comité recommande par ailleurs à Québec de ne pas modifier les droits et obligations desconjoints de fait — un type d’union qui représente 38 % des couples avec ou sans enfant. Une question de libre choix, a soutenu M. Roy en conférence de presse.
 
Si les couples vivant en union libre désirent signer un contrat d’union de fait pour encadrer leur relation, ils ont la possibilité de le faire. Mais le comité estime que ce geste doit demeurer volontaire (opting in) : pas question de « marier de force » tous les couples du Québec, en somme.
 
Le comité suggère également de modifier le régime de la filiation pour les enfants issus demères porteuses. Si les deux parties — parents d’intention et mère porteuse — y consentent, une procédure permettrait d’établir plus rapidement le lien de l’enfant avec les parents d’intention. Une autre disposition imposerait à ces parents d’intention une responsabilité financière à l’égard de l’enfant et de la mère porteuse si jamais ils ne voulaient plus de l’enfant en cours de processus.
 
Le comité propose finalement de donner aux beaux-parents certains droits semblables à ceux des grands-parents (maintien d’un lien avec l’enfant de leur ex-conjoint). Il recommande aussi d’abolir l’union civile, un droit qui avait été introduit en 2002 mais qui ne serait plus utile (notamment parce que les conjoints de même sexe peuvent maintenant se marier).
 
Québec étudie
 
À Québec, la ministre Vallée a reçu le rapport avec intérêt, tout en se gardant d’y donner son appui : le gouvernement étudiera les propositions avant de décider quelles suites leur donner. « On a porté une attention particulière à protéger la liberté de choix », a signalé Mme Vallée en entretien. Elle avait déjà indiqué être opposée à l’idée d’imposer aux conjoints de fait des obligations semblables à celles découlant d’un mariage. « Mais il y a en même temps cette préoccupation du partage équitable des responsabilités qui découlent de l’arrivée d’un enfant », salue-t-elle.
 
Mme Vallée a qualifié « d’intéressante » l’idée d’une clause d’opting out pour le mariage, mais soutient qu’il faudra en analyser tous les impacts possibles avant d’y adhérer.
 
Au Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne estime que le rapport « fait un bon pas dans la bonne direction », même si le conseil aurait souhaité qu’il aille plus loin. « Ça nous donnerait un régime moins inéquitable pour le conjoint qui a sacrifié sa carrière pour élever un enfant », a-t-elle dit.

La fin de la punition corporelle?
Sera-ce la fin de la fessée ? Le comité consultatif recommande au gouvernement de « bannir en toutes lettres dans le Code civil le recours à la punition corporelle ». Il s’agirait d’un « puissant message social », dit-on… tout en reconnaissant que ce serait plus symbolique qu’autre chose, puisque le Code criminel canadien accorde une immunité aux parents ayant eu recours à une force physique dite« raisonnable » pour corriger un enfant. Mais selon le comité, c’est une question de droit de l’enfant à la sécurité, à l’intégrité et à la dignité.

vendredi, mai 15, 2015

Ottawa débouté, nouvelle victoire pour Khadr en Cour suprême

http://ici.radio-canada.ca/regions/alberta/

Mise à jour le jeudi 14 mai 2015 à 16 h 58 HAE  Radio-Canada avec La Presse Canadienne

Omar Khadr devait être considéré comme un mineur, tranche la Cour suprême

La Cour suprême du Canada rejette l'appel du fédéral qui voulait qu'Omar Khadr soit considéré comme un contrevenant adulte pour des crimes commis en Afghanistan en 2002.
Le plus haut tribunal du pays soutient que l'ex-détenu de Guantanamo aurait dû être traité comme un jeune contrevenant pour la peine de huit ans qu'il a reçue et subir sa peine dans une prison provinciale et non dans un pénitencier fédéral. Cette décision ne touchera Omar Khadr que s'il retourne en prison.
Khadr a obtenu sa libération sous caution la semaine dernière en attendant le résultat de son appel pour sa condamnation pour crimes de guerre aux États-Unis. Il a passé les 13 dernières années derrière les barreaux.
Ottawa conteste cette libération sous caution dans une cause distincte.
Il s'agissait de la troisième fois que le dossier d'Omar Khadr se retrouvait devant la Cour suprême et de la troisième fois qu'elle lui donnait raison.
Le gouvernement fédéral a qualifié sans relâche le jeune homme de terroriste endurci, affirmant qu'il avait en fait reçu cinq peines concurrentes de huit ans pour chacun de ses crimes de guerre : une conclusion que la Cour suprême a brusquement rejetée.
Dans un rare jugement rendu sur le banc quelques minutes à peine après la fin de l'audience, jeudi, la juge en chef Beverley McLachlin a rejeté l'appel du gouvernement fédéral, déclarant que M. Khadr n'a pas reçu cinq peines concurrentes.
Réaction d'Ottawa
Le ministère de la Sécurité publique du Canada se dit déçu par cette décision. Dans un communiqué, Jeremy Laurin, un porte-parole du ministre Steven Blaney, rappelle qu'Omar Khadr a plaidé coupable de « crimes odieux », notamment pour le meurtre du soldat américain Christopher Speer.
Ottawa assure que ses pensées et ses prières vont à la famille de M. Speer.
En entrevue à Radio-Canada,  Béatrice Vaugrante, directrice générale d'Amnestie Internationale,  explique que ce n'est pas fini et souligne « l'acharnement du gouvernement fédéral » dans ce dossier. « Le Canada n'a pas encore épuisé tous ses recours », ajoute Mme Vaugrante.
Les États-Unis et le Canada ont tous les deux leur part de responsabilité dans la mauvaise gestion de ce dossier, selon Béatrice Vaugrante. D'abord les États-Unis qui ont enfermé et interrogé Omar Khadr à Guantanamo et ensuite Ottawa, qui aurait dû le transférer dès 2002 au canada.

Omar Khadr en quelques dates

  • Naissance à Toronto d’Omar Khadr. Son père, Ahmed Saïd Khadr, est un immigrant égyptien, alors que sa mère, Maha Elsamnah, est d’origine palestinienne. La famille s’installe au Pakistan peu après.

lundi, avril 20, 2015

COMMUNES Plusieurs députés et ministres veulent le maintien de la prière

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20 avril 2015 15h56 |Mélanie Marquis - La Presse canadienne | Canada
Le plus haut tribunal au pays ne s’est cependant pas prononcé sur la récitation de la prière à la Chambre des communes, qui se fait derrière des portes closes.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne
Le plus haut tribunal au pays ne s’est cependant pas prononcé sur la récitation de la prière à la Chambre des communes, qui se fait derrière des portes closes.
Ottawa — Au moins trois membres du cabinet du gouvernement Harper se prononcent en faveur du maintien de la prière qui est récitée avant chaque séance à la Chambre des communes.
 
Les ministres Peter MacKay (Justice), Lisa Raitt (Transports) et le ministre d’État Maxime Bernier (Petite entreprise) ont plaidé lundi que la tradition devait demeurer.
 
Selon M. Bernier, le texte de la prière « fait référence aux convictions de chacun des membres de la Chambre des communes ».
 
La semaine dernière, la Cour suprême du Canada a sommé le maire Jean Tremblay de cesser de prononcer publiquement une prière à l’ouverture des séances du conseil municipal de Saguenay.
 
Privilège parlementaire
 
Le plus haut tribunal au pays ne s’est cependant pas prononcé sur la récitation de la prière à la Chambre des communes, qui se fait derrière des portes closes.
 
Dans leur décision unanime, les juges ont écrit qu’« il est possible que la prière de la Chambre soit soumise au privilège parlementaire ».
 
Le bureau du chef parlementaire du Nouveau Parti démocratique (NPD) s’est adressé au bureau du président de la Chambre, Andrew Scheer, pour lui demander de se prononcer sur les impacts que pourrait avoir le jugement à Ottawa.
 
Le bureau de M. Scheer n’a pas offert de réponse précise jusqu’à présent.

vendredi, avril 17, 2015

Le maire de Saguenay se pliera au jugement, mais à contrecoeur

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17 avril 2015 |Brian Myles | Villes et régions
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, réclame une intervention des gouvernements.
Photo: Jacques Boissinot
Archives
La Presse canadienne
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, réclame une intervention des gouvernements.
La mort dans l’âme, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a indiqué jeudi qu’il allait se plier à la décision de la Cour suprême interdisant la prière dans les conseils municipaux. Il s’en est pris du même souffle à l’indolence de Québec et d’Ottawa dans la défense des valeurs des« vrais Québécois ».
 
« On va arrêter la prière, c’est sûr. Mais je ne peux pas être en accord non plus, après m’être battu aussi longtemps », a-t-il dit.
 
Le maire aurait souhaité l’aide des gouvernements supérieurs pour défendre le prétendu droit à la prière des élus dans les conseils municipaux.
 
« Le gouvernement du Québec, on leur a parlé au début. La patate était chaude un peu et ce ne sont pas tous des braves », a lancé le maire catholique.
 
« Il faut être vigilant pour que nous, on conserve nos acquis, a-t-il enchaîné. Là, on est après s’effriter, surtout les Québécois. Les autres, je ne les ai pas vus se faire attaquer bien fort ces temps-ci et se défendre. Mais les vrais Québécois, avec notre histoire, on n’est pas tellement actifs pour se défendre. »
 
Le maire Tremblay ne comprend visiblement pas les principes à l’oeuvre dans l’arrêt unanime rendu mercredi par la Cour suprême.
 
Selon la Cour, le droit à la liberté de conscience et de religion, garanti par la Charte canadienne des droits et libertés, exige de l’État « qu’il ne favorise ni ne défavorise aucune croyance, pas plus que l’incroyance ».
 
« Tout le monde veut que l’État soit neutre, mais être neutre, ce n’est pas nécessairement rejeter les religions », estime au contraire le maire Tremblay.

Intervention réclamée
 
M. Tremblay invite les gouvernements à intervenir pour préserver les valeurs et traditions religieuses du Québec. Il invite le premier ministre, Philippe Couillard, à résister à la tentation de décrocher le crucifix de l’Assemblée nationale.
 
Les propos alarmistes du maire Tremblay ont trouvé un écho jusqu’à Louiseville. Le maire Yvon Deshaies, déjà favorable au retour de la peine de mort, craint d’être submergé par les femmes portant le niqab ou la burka.
 
« Maintenant, il faut que les Québécois se tiennent debout et disent : ça fait. Tantôt, nos Québécoises vont se promener avec le niqab. […] On va se faire envahir et on ne sera plus chez nous », a prédit le maire Deshaies.
 
Tout comme la Ville de Saguenay, Louiseville respectera la décision de la Cour suprême.

vendredi, mars 27, 2015

COUR SUPRÊME Ottawa pourra détruire les données du registre des armes à feu

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Québec créera son propre registre d'armes

27 mars 2015 12h08 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
Le registre des armes à feu que Québec voulait constituer devra donc être bâti à partir de rien.
Photo: Jacques Nadeau
Archives Le Devoir
Le registre des armes à feu que Québec voulait constituer devra donc être bâti à partir de rien.
Alors que le gouvernement du Québec place ses finances publiques sous le signe de l'austérité, la Cour suprême du Canada l'oblige à prendre une décision qui pourrait avoir une conséquence financière significative. Dans un jugement très divisé, où les trois juges québécois font bande à part, le plus haut tribunal du pays a tranché qu'Ottawa avait tout à fait le droit de détruire les données contenues dans son registre des armes à feu. Le registre que Québec voulait constituer devra donc être bâti à partir de rien.

Dans leur jugement d'à peine 29 pages, les cinq juges de la majorité écrivent que la destruction des données «est un exercice licite de la compétence législative en matière de droit criminel».

«Pour certains, écrivent pour la majorité Thomas Cromwell et Andromache Karakatsanis, la décision du Parlement de détruire ces données affaiblira la sécurité publique et entraînera le gaspillage de sommes considérables de fonds publics. D'autres verront le démantèlement d'un régime mal avisé et le rétablissement trop tardif du droit à la vie privée des propriétaires d'armes à feu qui respectent les lois. Or, ces opinions divergentes sur le bien-fondé du choix de politique générale du Parlement ne sont pas en litige dans la présente affaire. Comme on l'a dit à maintes reprises, les tribunaux ne doivent pas s'interroger sur la sagesse d'une loi: ils doivent uniquement se prononcer sur sa légalité.»

Le gouvernement conservateur a officiellement mis la hache dans le registre des armes à feu en 2012, une fois sa majorité obtenue. Et comme elle avait promis en campagne électorale qu'elle mettrait un terme à ce registre honni «une bonne fois pour toutes», l'équipe conservatrice a aussi rendu obligatoire la destruction de toutes les données, incluant les copies que les provinces avaient en leur possession. C'est à cette destruction que Québec s'est opposé. En vain.

Les juges de la majorité écrivent que «la thèse du Québec signifierait par extrapolation que l'adoption de la Loi sur les armes à feu a eu un effet contraignant – le maintien des données du RCAF – que le Parlement n'est pas à même de défaire seul.»

La minorité ne pouvait pas être plus en désaccord. Elle signe un jugement dissident de 72 pages. Fait remarquable, elle est signée par les trois juges québécois de la Cour – Richard Wagner, Louis LeBel, Clément Gascon –, trio auquel se joint Rosalie Abella.

«D'après nous, le démantèlement d'un partenariat tel le contrôle des armes à feu doit se faire dans le respect du principe du fédéralisme qui sous-tend notre Constitution. Ainsi, le Parlement ou une législature provinciale ne peut légiférer pour mettre fin à un tel partenariat sans tenir compte des conséquences raisonnablement prévisibles de cette décision pour l'autre partenaire.»

Les juges dissidents s'amusent même à prouver que ce registre découlait d'un partenariat fédéral-provincial en citant le discours à la Chambre des communes livré en 1995 par un député, un certain… Stephen Harper. «Certes, avait dit M. Harper à l'époque, c'est le ministère de la Justice qui assume la responsabilité globale du contrôle des armes à feu, mais l'administration du programme est surtout l'affaire des gouvernements provinciaux et territoriaux».

Un registre québécois à quel prix?

Dans les faits, beaucoup des données de ce registre étaient probablement périmées. En effet, dès leur entrée au pouvoir en 2006, les conservateurs ont accordé des amnisties successives aux propriétaires d'armes qui n'enregistraient pas leurs armes d'épaule, leur évitant les sanctions criminelles prévues par la loi pour leur omission administrative. Cela fait donc neuf ans que les données sur les armes d'épaule en circulation ne sont pas systématiquement mises à jour (certains propriétaires peuvent avoir continué à enregistrer leurs armes).

Il y a un peu moins de 2 millions de titulaires de permis d'armes à feu au Canada, dont 500 000 au Québec. Ces permis sont toujours nécessaires pour obtenir ou manier une arme à feu et les registres provinciaux où ils sont consignés ne sont pas remis en cause par l'actuel litige. Approximativement 7,4 millions d'armes sont en circulation au pays, dont 21 % au Québec. Les armes à utilisation restreinte (armes de poing) ou prohibées (armes automatiques) doivent encore être enregistrées. Les armes d'épaule représentent cependant la très grande majorité de toutes les armes en circulation au Canada (environ 90 %).

La mise en place du registre des armes à feu avait eu lieu sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien, en 1998. À l'époque, le ministre Allan Rock assurait que la chose ne coûterait que 2 millions de dollars au gouvernement fédéral à mettre sur pied. Des années plus tard, le vérificateur général en était arrivé à la conclusion que l'opération avait plutôt coûté un milliard de dollars aux contribuables. La question est de savoir si le gouvernement de Philippe Couillard veut à son tour se lancer dans cette aventure. Au cours des derniers mois, M. Couillard a indiqué qu'il irait de l'avant avec sa promesse d'instaurer un registre québécois, quelle que soit la décision de la Cour suprême, mais à la hauteur «des moyens»du Québec, sans expliquer ce qu'il voulait dire par là.
Québec créera son propre registre d'armes
Le gouvernement Couillard est «extrêmement déçu» de la décision rendue vendredi par la Cour suprême, qui autorise le fédéral à détruire les données du registre des armes d'épaule.

Mais le Québec maintient le cap: il créera son propre registre d'armes d'épaule, «par étapes et dans le respect de la capacité de payer des Québécois», a confirmé la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, vendredi.

«Il est évident que nous sommes extrêmement déçus de cette décision», a déclaré Mme Thériault en conférence de presse, à Québec, après avoir pris connaissance de la décision du plus haut tribunal du pays.

«Le message des Québécois n'a pas été entendu», a-t-elle ajouté en évoquant le vaste consensus obtenu au Québec sur cette question ainsi que l'unanimité de l'Assemblée nationale.

Sous l'angle de critères tels que la gestion des fonds publics et le fédéralisme coopératif, cette décision n'est carrément «pas acceptable», a ajouté la ministre, qui n'a toutefois par l'intention de tenter un ultime appel au gouvernement conservateur. «On s'est battu, on a perdu, parfait, on se lève les manches et on continue», a-t-elle dit.

Selon elle, les Québécois pourront poser un jugement sur le gouvernement conservateur aux prochaines élections fédérales cet automne.

Québec entend maintenant déposer un projet de loi en cette session parlementaire pour recommencer à zéro et mettre sur pied son propre registre des armes d'épaule. Car il s'agit d'une «base données essentielle», qui est consultée 900 fois par jour par les services de police du Québec, a plaidé Mme Thériault.

C'est une question de mois avant que le projet de loi soit adopté, a-t-elle estimé, mais pour la suite, la mise sur pied du régime et son entrée en vigueur, cela reste flou, puisqu'il faut notamment refaire la collecte des données.

Quant au coût, Mme Thériault évoque des estimations préliminaires de 30 millions $, tout dépendant du calendrier de mise en œuvre, mais les évaluations réelles seront connues en commission parlementaire, a-t-elle dit. L'évaluation de 30 millions $ semble bien modeste, considérant que le gouvernement libéral fédéral de Jean Chrétien avait fait scandale à la fin des années 1990 en mettant sur pied le registre au coût de 1 milliard $.
Patrice BergeronLa Presse canadienne