Présidentielle en France: Juppé renonce à remplacer Fillon

http://www.lapresse.ca/international/europe/

Publié le 06 mars 2017 à 06h45 | Mis à jour à 06h45
Alain Juppé et François Fillon en novembre 2016.... (REUTERS)
Alain Juppé et François Fillon en novembre 2016.
REUTERS
THIBAULD MALTERREDAPHNÉ BENOIT
Agence France-Presse
Paris
L'ancien Premier ministre Alain Juppé a renoncé lundi à servir de recours à une droite française en crise et ne remplacera pas dans la course présidentielle François Fillon, déterminé à maintenir sa candidature malgré les soupçons d'emplois fictifs qui gangrènent sa campagne.
«Je confirme une bonne fois pour toutes que je ne serai pas candidat à la présidence de la République», a déclaré à la presse le rival malheureux de François Fillon à la primaire de droite, en expliquant d'un air grave qu'il n'incarnait pas le «renouvellement».
Pressé par une partie de son camp de suppléer François Fillon, en chute libre dans les sondages, Alain Juppé a souligné que «jamais sous la cinquième République, une élection présidentielle ne s'était présentée de façon aussi confuse», avec une gauche «déboussolée», une extrême droite qui «en rajoute dans le fanatisme anti-européen» et la popularité croissante du centriste Emmanuel Macron, malgré son «immaturité politique» et la «faiblesse» de son projet.
«Quel gâchis. François Fillon avait un boulevard devant lui», a-t-il lâché.
«Le déclenchement des investigations de la justice à son encontre et son système de défense fondé sur la dénonciation d'un prétendu complot et d'une volonté d'assassinat politique l'ont conduit dans une impasse», a déploré cet homme politique de 71 ans qui jouit d'une bonne cote de popularité.
Le candidat désigné de la droite était initialement donné favori pour succéder en mai au socialiste François Hollande à l'Elysée mais le scandale déclenché par les salaires perçus par son épouse Penelope et deux de ses enfants avec des contrats d'assistants parlementaires a précipité sa chute dans les sondages.
Réunion de crise
Invité dimanche soir sur un plateau de télévision, François Fillon, 63 ans, a de nouveau exclu de jeter l'éponge malgré la multiplication des défections dans son propre camp, affirmant que «personne ne peut aujourd'hui l'empêcher d'être candidat».
Convoqué par les juges le 15 mars sans doute pour se voir signifier son inculpation, le candidat de la droite a réuni dimanche des dizaines de milliers de partisans à Paris près de la Tour Eiffel - 200 000 selon son entourage, 50 000 selon la police.
Alain Juppé a estimé lundi que le rassemblement des électeurs était «devenu plus difficile encore» du fait qu'une partie du centre a claqué la porte du parti et que le noyau dur des sympathisants du parti «s'est radicalisé».
Lundi, le feuilleton doit se poursuivre à 17h00 GMT (midi à Montréal) avec la réunion d'un Comité politique du parti de droite destiné à «évaluer la situation» alors que plus de 300 élus de la droite ont abandonné François Fillon, dont son directeur de cabinet et son porte-parole.
Dans la matinée, l'ancien président Nicolas Sarkozy avait proposé une rencontre avec François Fillon, son ancien Premier ministre, et Alain Juppé «pour trouver une voie de sortie digne et crédible à une situation qui ne peut plus durer». «C'est mort pour Fillon», aurait-il confié à des membres du parti dimanche.
La «menace» Le Pen «existe»
La droite redoute de plus en plus sérieusement une nouvelle défaite, cinq ans après l'échec du président sortant Nicolas Sarkozy face au socialiste François Hollande. Les enquêtes d'opinion donnent désormais leur candidat éliminé dès le premier tour, le 23 avril, derrière la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ancien ministre de François Hollande repositionné au centre.
Le président Hollande est sorti de sa réserve pour avertir que la «menace» d'une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle «existe», dans une interview publiée lundi par six journaux européens dont Le Monde.
«Si d'aventure la candidate du Front national (FN) l'emportait, elle engagerait immédiatement un processus de sortie de la zone euro et même de l'Union européenne», a-t-il prévenu.
Le vice-président du FN, Florian Philippot, a enfoncé le clou lundi en estimant que «beaucoup d'électeurs» indécis ou penchant pour François Fillon «voteront Marine Le Pen parce que ce sera le vote utile (...) et le vote qui correspond à leurs convictions».