Le président mexicain veut un dialogue «respectueux» avec Trump

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Publié le 20 janvier 2017 à 18h50 | Mis à jour le 20 janvier 2017 à 23h30
Le nouveau président américain s'est engagé à construire... (Photo archives Reuters)
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Le nouveau président américain s'est engagé à construire un mur à la frontière des deux pays, à renvoyer les migrants illégaux et renégocier les accords commerciaux liant les deux pays pour défendre les emplois américains.

Agence France-Presse
MEXICO
Le président mexicain Enrique Peña Nieto a félicité vendredi Donald Trump pour son investiture à la présidence américaine tout en souhaitant un dialogue «respectueux» avec celui qui avait tenu un discours très anti-mexicain durant sa campagne.
«Nous allons travailler ensemble pour renforcer nos liens avec une responsabilité partagée», a écrit M. Peña Nieto dans une série de messages sur Twitter. «Nous allons établir un dialogue respectueux avec le gouvernement de @realDonaldTrump».
«La souveraineté, l'intérêt national et la protection des Mexicains guideront la relation avec le nouveau gouvernement américain», a déclaré le chef de l'État mexicain, tandis que se déroulaient au Mexique plusieurs manifestations hostiles à Donald Trump qui ont rassemblé moins de monde que prévu.
Le Mexique a indiqué que son ministre des Affaires étrangères et son ministre de l'Économie rencontreraient leurs homologues américains mercredi et jeudi prochain.
Contre toute attente, le peso s'est apprécié vendredi de 1,6% à 21,90 pesos pour un dollar, contre 22,25 pesos la veille, après l'investiture de Donald Trump.
Le nouveau président américain s'est engagé à construire un mur à la frontière des deux pays, à renvoyer les migrants illégaux et renégocier les accords commerciaux liant les deux pays pour défendre les emplois américains.
Durant sa campagne, le magnat de l'immobilier avait déclaré que de nombreux migrants illégaux mexicains étaient des criminels et des violeurs.
Des Mexicains plutôt résignés
Dans une salle d'une université de Mexico, des étudiants ont soupiré ou parfois détourné le regard en assistant vendredi sur grand écran à l'investiture de Trump, pendant que quelques centaines de manifestants défilaient dans les rues.
Si la société mexicaine a exprimé son mécontentement au moment où le magnat de l'immobilier entrait à la Maison Blanche, les réactions n'ont toutefois pas été aussi virulentes ni massives qu'annoncées.
Une cinquantaine d'étudiants s'étaient réunis à l'Institut autonome de technologie de Mexico - des rangs duquel sont sortis les actuels ministres de l'Economie, des Affaires étrangères et le directeur de la banque centrale mexicaine -, pour écouter le premier discours du président Trump.
Pour Ana Padilla de 23 ans, étudiante en sciences politiques et relations internationales, Trump s'est adressé directement à ses électeurs et non à l'ensemble de la nation américaine.
«Il envoie un message dangereux aux minorités des Etats-Unis, musulmans, femmes, immigrants, qui me préoccupe» commente l'étudiante, qui malgré les incertitudes liées à ce nouveau contexte politique n'écarte pas la possibilité d'aller étudier à Washington ou New York.
Les visages de ces jeunes ont affiché de la préoccupation lorsqu'ils ont entendu Donald Trump affirmer qu'il allait rendre le «pouvoir au peuple», tandis que l'image de la candidate malheureuse Hillary Clinton a déclenché des murmures dans l'assistance.
«Servitude annoncée» 
«En tant que Mexicain, ce qui m'afflige le plus, c'est ce changement radical de discours qui ne cherche pas à concilier», réagissait Carlos Galina, un autre étudiant partisan d'Hillary Clinton.
«Aujourd'hui ça aurait pu être le premier jour de l'investiture d'une femme en tant que présidente des États-Unis» soufflait-il.
Plus virulents, des manifestants s'étaient réunis devant l'ambassade des États-Unis et près du monument de l'Ange de l'Indépendance, dans le centre-ville, pour protester contre celui qui avait qualifié les migrants illégaux mexicains de criminels et de violeurs.
Parmi eux, José Antonio Lopez, militant dans l'association Mouvement populaire révolutionnaire, anticipait que le gouvernement de Enrique Peña Nieto serait le «plus servile» de l'histoire de la relation entre les deux pays. Pour lui, l'extradition vers les  États-Unis du puissant narcotrafiquant Joaquin «El Chapo» Guzman en est une première démonstration.
Le président mexicain a d'abord comparé Trump «à Mussolini et ensuite il dit qu'il cherchera une bonne relation avec lui ! L'extradition de «El Chapo» est l'illustration de cette attitude servile qui s'annonce», déplore-t-il.
Les analystes mexicains étaient toutefois partagés au lendemain de l'extradition de Guzman vers New York, certains y voyant un geste de gratitude à l'égard de l'administration Obama, d'autres une première «offrande» au nouvel occupant de la Maison Blanche.
En fin de journée, deux autres manifestations se sont déroulées dans la capitale, réunissant environ deux mille manifestants.
En dépit de la profonde colère déclenchée par le discours très anti-mexicain de Trump durant la campagne, une certaine résignation semblait prévaloir parmi la population.
Sur les marchés financiers, la nouvelle dégringolade du peso que beaucoup redoutaient n'a finalement pas eu lieu. Contre toute attente, le peso s'appréciait même de 1,6% pour s'échanger à 21,90 pesos contre un dollar en fin de journée.
«Souveraineté, intérêt national»
«Il y a le sentiment que les taux de change ont déjà beaucoup fluctué, et que beaucoup de mauvaises nouvelles ont déjà été intégrées», expliquait à l'AFP Benito Berber, expert financier auprès de Nomura Securities.
Le peso avait atteint son plus bas niveau historique la semaine dernière, à 22 unités pour un dollar après que Trump eut réaffirmé son intention de construire un mur à la frontière et menacé de taxer fortement les entreprises qui délocalisent au Mexique.
Le président mexicain a félicité Donald Trump en milieu de journée et souhaité un dialogue «respectueux» avec celui dont la visite à Mexico avait déclenché la polémique.
«Nous allons travailler ensemble pour renforcer nos liens, avec une responsabilité partagée», a écrit M. Peña Nieto dans une série de messages sur Twitter.
«La souveraineté, l'intérêt national et la protection des Mexicains guideront la relation avec le nouveau gouvernement américain» a-t-il exprimé.
Les ministres des Affaires étrangères et de l'Economie rencontront leurs homologues américains mercredi et jeudi prochain pour aborder les thèmes de la sécurité, des migrations et du commerce.
Ce sera une première prise de température de la relation bilatérale que devra effectuer le nouveau ministre des Affaires étrangères Luis Videgaray, instigateur de la visite de Trump à Mexico, qui avait dû démissionner du gouvernement en septembre face aux réactions outrées des Mexicains.