Êtes-vous Meryl ou Nicole?

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Je ne suis pas un fan de Rambo Gauthier.
  Mais si le goon de la Côte-Nord devenait (on ne sait jamais, tout est possible) premier ministre du Québec, je ne manifesterais pas dans les rues et ne casserais pas de vitrines.
Je dirais: «Le peuple a parlé. Maintenant, croisons les doigts, et espérons que notre PM prendra de bonnes décisions. Ce n’est pas mon homme, mais c’est lui qui dirigera la province pour les quatre prochaines années, qu’on le veuille ou non.
«Alors, rallions-nous derrière lui, ouvrons l’œil, et s’il erre, ramenons-le dans le droit chemin.»
C’est ce qui s’appelle «la démocratie».
RESPECTER LA DÉMOCRATIE
Face à l’élection de Trump, il y a deux façons de réagir quand on est Américain.
La façon Meryl Streep: «C’est un con, je ne veux rien savoir de lui, ce n’est pas mon président et il est hors de question que je l’écoute quand il parle.» (Je paraphrase, mais c’est essentiellement ce que la comédienne a dit aux Golden Globes.)
Ou la façon Nicole Kidman: «Maintenant que Trump est élu président, nous devrions tous le soutenir, car c'est sur lui que repose désormais notre pays. Quoi qu'il arrive, il est là désormais, alors, faisons avec...»
Ou on est mauvais perdant et on dit: «La démocratie n’est respectable que lorsqu’elle va dans mon sens et me donne raison.»
Ou on dit: «Je respecte la démocratie quoi qu’il advienne...»
Hier, Bill et Hillary Clinton étaient présents à l’investiture de Donald Trump.
Parce qu’ils respectent l’homme? Parce qu’ils appuient ses prises de position? Parce qu’ils admirent son style?
Non.
Parce que ce sont des patriotes et qu’ils respectent le processus démocratique et les institutions de leur pays.
Ça ne veut pas dire qu’on ferme les yeux et qu’on accepte aveuglément tout ce que le nouveau chef dit et fait.
Mais on lui donne une chance.
Et s’il déconne, on le combat de façon démocratique.
Pas en cassant des vitres ou en foutant le bordel.
NOTE DE PASSAGE
Hier, Trump a prouvé qu’il n’était ni un ange ni une bête.
Juste un gars «ben ordinaire».
Il a pris la défense des petits travailleurs. Il a promis de rassembler les Américains.
Il a dénoncé le racisme («Il n’y a pas de place pour les préjugés dans le cœur d’un patriote»).
Et il a déclaré que sa priorité n’était pas de policer le monde entier, mais de sortir son pays du trou et de le remettre sur la voie du progrès économique (une attaque directe à George W. Bush et à son intervention en Irak).
Bref, des idées tout à fait honorables.
Mais son discours (qui ressemblait plus à un discours de victoire électorale qu’à un discours d’investiture) manquait d’envergure, d’ampleur et – surtout – de profondeur historique.
Comparé à Obama (qui citait Jefferson à tout bout de champ, même quand il commandait une pizza), Trump avait l’air d’un vendeur de chars usagés qui vantait la fiabilité de la suspension d’une Chevy 76.
Ce n’était pas catastrophique.
Mais ce n’était pas génial non plus.
Juste correct.
Attendons voir avant de crier. Ou d’applaudir.