Le FMI parie sur une croissance américaine plus forte sous Trump

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Publié le 16 janvier 2017 à 09h18 | Mis à jour à 10h34
Ce regain d'optimisme du FMI tient principalement à... (Photo Evan Vucci, AP)
PHOTO EVAN VUCCI, AP
Ce regain d'optimisme du FMI tient principalement à «la relance budgétaire» annoncée par le président élu Donald Trump qui s'est engagé à investir massivement dans les infrastructures, note l'institution, tout en soulignant l'«incertitude» entourant encore son programme économique.

Agence France-Presse
Jeremy TORDJMAN
Le FMI a adressé lundi un message d'encouragement à la future administration Trump en faisant le pari que son plan de relance budgétaire allait doper l'économie américaine, tout en mettant en garde contre toute tentation «protectionniste».
À cinq jours de l'entrée en fonctions de Donald Trump, la première économie mondiale voit ainsi ses prévisions de croissance relevées de 0,1 point cette année (+2,3%) et, surtout, de 0,4 point en 2018 (+2,5%) par rapport aux projections publiées il y a trois mois, selon un rapport du Fonds monétaire international sur la conjoncture mondiale.
Ce regain d'optimisme tient principalement à «la relance budgétaire» annoncée par le président élu américain qui s'est engagé à investir dans les infrastructures, note l'institution tout en soulignant l'«incertitude» entourant son programme et en niant qu'il s'agisse d'une quelconque marque de «soutien» politique.
Le FMI se montre plus mesuré concernant le reste du globe pour lequel il laisse inchangées ses prévisions (+3,4% cette année; +3,6% en 2018) même s'il envisage une accélération encore plus forte si la relance aux États-Unis s'avérait plus «large» qu'envisagé.
Pour l'heure, M. Trump a promis un plan dans les infrastructures de plus de 500 milliards de dollars et peut compter sur un Congrès a priori acquis à sa cause.
L'optimisme du Fonds tranche en tout cas avec la prudence de la Banque mondiale qui avait, la semaine dernière, abaissé ses prévisions de croissance mondiale face à «l'incertitude» américaine.
Le FMI, dont les États-Unis sont le premier actionnaire, adresse toutefois une mise en garde au futur président américain en l'exhortant à ne pas mettre à exécution sa menace de représailles commerciales contre le Mexique ou la Chine.
«Nous pensons que les pays se rendront compte que ces mesures ne sont pas dans leur intérêt, notamment quand il y a un risque de représailles par d'autres pays», a estimé le chef économiste du FMI, Maurice Obstfeld.
Ce scénario ne peut toutefois pas être totalement écarté et remettrait «grandement» en cause les prévisions actuelles du Fonds, a reconnu M. Obstfeld. «Le déclenchement d'une guerre commerciale pourrait provoquer de fortes perturbations», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.
Cible privilégiée de M. Trump, le Mexique semble déjà en pâtir, avec une prévision de croissance sabrée de 0,6 point en 2017 comme en 2018, en raison des inquiétudes sur la future politique américaine.
Déséquilibres chinois
Le FMI fait aussi part de son inquiétude pour le Royaume-Uni qui s'apprête à engager de difficiles négociations sur sa sortie de l'Union européenne à l'heure où deux pays majeurs du Continent --France et Allemagne-- tiennent leurs élections générales en 2017.
«Les conditions de la sortie britannique de l'Union européenne restent indéterminées et le calendrier électoral est surchargé, avec de possibles répercussions économiques négatives», a assuré M. Obstfeld.
L'institution, qui avait prédit de sombres lendemains en cas de vote favorable au Brexit, a toutefois dû corriger sa copie lundi en relevant nettement sa prévision de croissance britannique cette année (+0,4 point, à 1,5%). «La demande intérieure a mieux résisté que prévu», concède le FMI.
Sur le papier, les voyants sont en revanche au vert pour la Chine, dont la prévision de croissance est nettement revue à la hausse cette année (+0,3 point, à 6,5%), portée là encore par le soutien économique du gouvernement.
Mais des inquiétudes demeurent sur la deuxième économie mondiale: le poids de la relance publique couplée à l'expansion «rapide» du crédit et aux problèmes de solvabilité des entreprises augmentent les risques de «ralentissement brutal», prévient le FMI.
Autre géant des marchés émergents, l'Inde devrait, elle, pâtir de sa décision surprise en novembre de démonétiser quelque 24 milliards de billets de banque afin de lutter contre la fraude.
Le FMI prévoit ainsi une croissance indienne plus faible cette année (-0,4 point) en raison du «choc sur la consommation» créé par «des pénuries de liquidités».
Et, comme prévu, le Brésil et la Russie devraient sortir en 2017 de deux années consécutives de récession.
Plus généralement, le FMI prévient que les risques que la croissance mondiale s'avère décevante sont «élevés», citant notamment le renchérissement du coût du financement des Etats, la «faiblesse» de certains bilans bancaires en zone euro et les risques «d'aggravation des tensions géopolitique».