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Trump change de ton, sollicite les conseils d’Obama et refait l’unité de son parti, pendant que la moitié du pays est encore sous le choc

11 novembre 2016 |Marco Fortier
Barack Obama a reçu Donald Trump à la Maison-Blanche, les deux hommes se serrant la main devant les médias après une rude campagne.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse
Barack Obama a reçu Donald Trump à la Maison-Blanche, les deux hommes se serrant la main devant les médias après une rude campagne.
Il faudra bientôt l’appeler « Monsieur le Président ». Et il se comporte en conséquence. Donald Trump a mis de côté son ton hargneux et a lancé une vaste opération de séduction à la Maison-Blanche et au Capitole, jeudi, dans l’espoir de rassurer les Américains et de guérir les profondes blessures qui déchirent le Parti républicain.
 
Le président désigné a serré la main du président Barack Obama et de hauts gradés du Parti républicain qu’il avait couverts d’injures en campagne électorale. Trump a décrit en termes élogieux le président Obama ainsi que Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants, avec qui il était en guerre ouverte à la fin de la course à la Maison-Blanche.
 
Malgré ce changement de ton, les divisions au sein de la société américaine restent vives : une centaine de personnes manifestaient devant le nouvel hôtel de Trump, au coeur de la capitale, dans l’avenue Pennsylvanie entre la Maison-Blanche et le Capitole. Des dizaines de manifestations anti-Trump ont pris place au pays durant toute la journée de jeudi.
 
Trump et les hauts dirigeants du Parti républicain ont convenu d’une trêve au terme d’une campagne brutale. Les deux camps s’étaient littéralement déchirés après la diffusion de la vidéo incriminante de 2005 où Trump se vante d’agresser des femmes en toute impunité.
 
« Nous allons accomplir des choses spectaculaires pour le peuple américain », a lancé Donald Trump en rencontrant Paul Ryan, numéro un du Parti républicain, jeudi à Washington. Le président et la majorité républicaine au Congrès pourront mettre en avant « très rapidement » le changement de cap proposé en campagne électorale, a affirmé Trump.
 
Il a énuméré ses trois priorités : des réformes en santé et en immigration, puis la création d’emplois. « Big-league jobs », a précisé Donald Trump après avoir rencontré Mitch McConnell, leader de la majorité républicaine au Sénat. Trump s’est notamment engagé à éliminer l’Obamacare, qui fournit une assurance médicale à 20 millions d’Américains démunis.
 
Signe du changement de ton en cours, au moment même où Trump lançait son opération de charme à Washington, des éléments importants de son programme électoral avaient disparu de son site Web de campagne.
 
Sa promesse d’interdire « totalement et complètement » l’accès du pays aux musulmans s’était envolée, tout comme l’engagement d’annuler la signature des États-Unis sur l’Accord de Paris sur les changements climatiques. Sa liste des candidats pressentis pour devenir juges à la Cour suprême avait aussi disparu, a rapporté l’agence Reuters.
 
Questionné sur sa promesse maintes fois répétée de faire emprisonner Hillary Clinton pour l’affaire des courriels, Trump a tourné les talons.
 
Ce vernis de respectabilité a surpris des membres influents des deux partis à Washington. Ils se sont demandé quelle mouche avait piqué Trump, réputé pour ses coups de gueule dévastateurs davantage que pour ses aptitudes de rassembleur. « Ce qui s’est produit ? Trump est le président désigné. Nous devons souhaiter qu’il soit bien entouré pour l’empêcher de faire foncer le Titanic dans un glacier », a affirmé sur Twitter Ana Navarro, une stratège républicaine qui a voté pour Hillary Clinton.
 
Un membre important de l’entourage de Trump était à ses côtés durant toute cette journée d’introduction aux cercles du pouvoir à Washington : Jared Kushner, son gendre de 35 ans, marié à sa fille Ivanka, est décrit comme le prochain directeur de cabinet du président Trump.
 
Kushner fait partie des rares proches de Trump qui ont eu un effet calmant sur le bouillant candidat à la présidence durant la campagne, selon les analystes américains. D’autres médias évoquent la possible nomination de Stephen Bannon, réputé pour son conservatisme abrasif, à l’image du nouveau président.
 
Poignée de main historique
 
En fin d’avant-midi, le moment que le monde entier attendait s’est produit : Donald Trump a fait son entrée à la Maison-Blanche. Il a eu droit à un entretien de 90 minutes avec le président Barack Obama, qui lui a expliqué les tenants et aboutissants de la présidence.
 
Pendant ce temps, Michelle Obama a reçu Melania Trump, qui deviendra la première dame à compter du 20 janvier 2017. Une légère entorse au protocole de la Maison-Blanche a été notée par des observateurs : aucune photo des deux couples ensemble n’a été prise. On a plutôt eu droit à une séance de questions avec des journalistes dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche, suivie par une poignée de main entre le président Obama et son successeur.
 
« Monsieur le Président désigné, nous ferons tout en notre possible pour vous aider à réussir. Parce que si vous avez du succès, le pays a du succès », a affirmé Barack Obama. Il a dit avoir apprécié son « excellente conversation » avec Trump, et celle entre Michelle Obama et Melania Trump.
 
Le nouveau président a adopté un ton tout aussi conciliant. Trump a fait part de son « grand respect » pour Obama, qu’il avait pourtant qualifié de « pire président de l’histoire des États-Unis » en campagne électorale. « J’ai hâte de collaborer avec vous à l’avenir, y compris pour solliciter vos conseils », a précisé le magnat de l’immobilier.
 
Donald Trump se pliait ainsi à un rituel sacré de la démocratie américaine : la passation harmonieuse des pouvoirs, a souligné à CNN Douglas Brinkley, historien spécialisé dans la présidence. Barack Obama et George W. Bush sont ainsi devenus de réels amis qui ont gardé un respect mutuel dans la foulée de la passation des pouvoirs en 2008.