15 février 2017 09h53|Europe Clément Zampa - Agence France-Presse à Strasbourg Béatrice Roman-Amat - Agence France-Presse
Photo: Patrick Hertzog Agence France-Presse
Avec ce vote favorable, une grande partie du texte devrait très prochainement être mise en oeuvre de manière provisoire, le temps qu’il soit ratifié par l’ensemble des Parlements nationaux et régionaux de l’UE.
Malgré de vives contestations, le Parlement européen s’est prononcé mercredi pour l’AECG, le tumultueux accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada.
Avec ce vote favorable, une grande partie du texte devrait très prochainement être mise en oeuvre de manière provisoire, le temps qu’il soit ratifié par l’ensemble des Parlements nationaux et régionaux de l’UE, ce qui prendra des années.
Réunis en session plénière à Strasbourg, les eurodéputés ont été 408 à se prononcer pour le texte, 254 à voter contre et 33 à s’abstenir.
Dans le même temps, environ 700 opposants à l’AECG, selon la police, manifestaient dans Strasbourg jusqu’au parlement européen. Plusieurs dizaines d’autres ont bloqué l’entrée du bâtiment dès le matin.
« Dire oui [à l’AECG], c’est piétiner le peuple », clamait une banderole, tandis que d’autres affirmaient « Démanteler la démocratie ? Hors de question ! »
Les adversaires de l’AECG le jugent antidémocratique, trop favorable aux multinationales, léger sur l’environnement ou encore dangereux pour l’agriculture européenne.
« En ces temps d’incertitude, avec un protectionnisme croissant à travers le monde [l’AECG] souligne notre ferme engagement en faveur d’un commerce durable », leur a répondu la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, à l’issue du vote.
Un vif débat
« Rien dans cet accord » n’affectera « la sûreté de la nourriture que nous mangeons ou des produits que nous achetons » ni n’entraînera « la privatisation » des services publics, avait-elle assuré un peu plus tôt aux eurodéputés, au cours d’un débat de trois heures, parfois houleux.
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, doit, lui, s’exprimer dans l’hémicycle jeudi pour souligner « le caractère singulièrement progressiste de l’accord », un « exemple pour les futurs accords commerciaux », selon son cabinet.
« Les échanges intenses sur [l’AECG] témoignent du caractère démocratique de la prise de décision en Europe », a pour sa part insisté le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.
Le texte — appelé Accord économique et commercial global (AECG, CETA en anglais) — supprimera 99 % des droits de douane. Mais il prône également la coopération en matière sociale, sanitaire et environnementale.
L’accord était soutenu par les eurodéputés de droite, ainsi que les libéraux et la plupart des socialistes.
Ce vote fait « primer la défense des intérêts européens sur les fantasmes », se sont réjoui les Français Tokia Saïfi et Franck Proust, membres du groupe du Parti populaire européen (PPE, droite), le plus important du Parlement.
Les Verts, l’extrême gauche, l’extrême droite et certains socialistes ont voté contre.
Le groupe Socialistes et démocrates (le deuxième du Parlement) a été particulièrement divisé sur ce texte.
Son président, l’Italien Gianni Pittella, y était favorable « à titre personnel », mais la délégation française, par exemple, a fustigé « une menace directe pour l’emploi », qui « n’intègre pas l’urgence climatique et environnementale, ni le principe de précaution ».
Les écologistes sont tout aussi sévères, à l’image du Français Yannick Jadot, qui voit dans l’AECG « l’aboutissement d’un processus de dérégulation, de privatisation de la norme ».
« Nous sommes dans un moment trop précieux, trop rare de notre histoire, pour ne pas regarder ce qui explique les Brexit, les Trump », a-t-il observé.
Pour la présidente du Front national (extrême droite), Marine Le Pen, l’AECG est « un traité scélérat » qui détruira « des milliers d’emplois », après avoir été « soigneusement caché à tous les citoyens ».
Les tribunaux arbitraux, source d’inquiétude
Parmi les principales cibles des critiques, les tribunaux arbitraux amenés à être mis en place une fois que le traité aura été définitivement approuvé.
Ces juridictions pourront être saisies par une entreprise afin de demander réparation à un État ayant pris une réglementation contraire à ses intérêts.
Le Parlement de la région belge de Wallonie s’en était vivement inquiété en octobre 2016, entraînant une minicrise diplomatique avec le Canada.
Au final, la signature formelle du traité par Bruxelles et Ottawa avait été retardée de quelques jours.
Avec l’approbation du Parlement européen, un long et incertain processus de ratification de l’AECG s’ouvre désormais dans l’ensemble des pays de l’UE.
« Les Parlements nationaux [...] doivent rejeter le traité », a déjà lancé Karine Jacquemart, de l’ONG Foodwatch, qui juge « le CETA tout aussi mauvais » que le TTIP, l’accord de libre-échange négocié par l’UE avec les États-Unis.
Encore plus contesté, cet accord a d’ores et déjà été gelé avec l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Le livre est le résultat de 174 assemblées de cuisine et d’une dizaine d’assemblées publiques.
Il y a une désarmante simplicité dans ces priorités qui se dégagent de la tournée « Faut qu’on se parle ». Que veut-on ? Rien de très extravagant : d’abord, qu’on nous considère tous autant que nous sommes comme des citoyens et des citoyennes à part entière et non comme de simples intrants dans un système de production. On nous a dit depuis longtemps comment gagner notre vie et comment contribuer à l’économie, mais on nous a très peu parlé de toutes ces manières de mieux vivre. De fait, on les a presque oubliées…
Ce que nous rappellent ces milliers de personnes rencontrées, c’est ce nécessaire retour à des valeurs fondamentales et collectives de vivre-ensemble. Bien sûr, on veut du travail décent et significatif, où l’on peut exercer le plus librement ses talents, on souhaite évoluer dans un contexte d’économie prospère, une économie qui rend le monde équitable et épanouissant pour tous. On veut avoir accès au savoir et à l’éducation, pour s’élever comme personne à ce que l’humanité a de meilleur. On revendique, à juste titre, le respect des individus et des communautés, dans leur diversité, dans une société en harmonie avec ses choix. On souhaite une paix sociale, des conditions de santé pour tous et, bien entendu, le temps qu’il faut pour vivre avec les siens.
Les esprits malins diront peut-être que toutes ces priorités sont banales, et qu’on aurait pu les concevoir sans tenir d’assemblées de cuisine. Peut-être. Mais qu’on ait parlé avec tant d’insistance et d’émotion de ces nécessités, et ce, partout au Québec, ce n’est pas banal. Cela témoigne avec force que ces idées simples, indispensables pour mener une bonne vie, doivent plus que jamais être défendues dans l’espace public et sur la scène politique. Cela indique aussi que les gens considèrent manifestement que ces besoins fondamentaux doivent impérativement revenir au coeur des grandes orientations politiques de la société québécoise.
Voilà des priorités auxquelles on doit désormais donner corps. Et cela se fera, pour peu que chacun d’entre nous agisse selon sa façon de faire et en fonction du mode d’implication qui lui conviendra. Beaucoup d’entre vous ont décidé de continuer à tenir des assemblées de cuisine pour trouver plus d’idées et poursuivre le dialogue. C’est là une très bonne piste : il faut continuer à penser et à parler politique de façon non partisane. C’est aussi un bon moyen de contrer le manque d’information saisissant sur les idées qui nous sont chères. Il est essentiel que ces informations pertinentes circulent, qu’elles soient accessibles et disponibles facilement. Une autre façon d’agir, cruciale, repose sur la nécessité de promouvoir les propositions dont il a été question tout au long de cette tournée, partout, sur toutes les plateformes.
Un Québec qui veut se transformer pour être meilleur
Il est également possible de réaliser des changements à partir de nos implications dans les mouvements et les organisations sociales qui sont le véritable tissu de notre société, ce qui la fait vivre et la fait changer, évoluer. S’impliquer dans ces mouvements est souvent la meilleure façon de provoquer des transformations sociales importantes.
Il y a aussi la voie de l’implication au sein des partis politiques, en interpellant des élus de tous niveaux, en militant dans une organisation, en participant à la vie municipale et aux réunions du conseil, ou même en se portant candidat ou candidate. Mais la politique n’est pas qu’une affaire de partis. On oublie trop facilement que le rôle majeur de tous nos élus, à tous les niveaux, c’est de nous représenter, et de traduire nos besoins et nos aspirations dans leurs décisions. Alors, parlons-leur à ces élus de toute nature, invitons-les dans nos organismes, impliquons-les dans les démarches que nous menons, faisons en sorte de changer le regard qu’ils peuvent porter sur ce qui nous touche.
Sortons aussi voir les gens qui nous entourent, qui ne sont pas impliqués, qui n’ont pas organisé d’assemblées de cuisine, qui n’ont pas acheté ce livre, qui discutent rarement de politique, mais qui sont profondément concernés par celle-ci. Allons leur parler de toutes nos idées — celles dont nous venons de parler et bien d’autres encore — pour ranimer la flamme d’un Québec qui veut se transformer pour être meilleur, pour être à la hauteur de son plein potentiel.
Bref, ce n’est pas le travail qui manque, il y a des choses à faire pour tout le monde. C’est l’implication de tous, dans tous les contextes, qui fera une vraie différence.
Publié le 14 février 2017 à 21h00| Mis à jour le 14 février 2017 à 21h00
Justin Trudeau s'apprête a accepter la poignée de main tendue par le président américain Donald Trump. PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE
CASSANDRA SZKLARSKI La Presse Canadienne Toronto
À quel moment une poignée de main signifie-t-elle plus qu'une poignée de main? Dès qu'elle implique l'imprévisible président américain Donald Trump, qui a transformé cette convention sociale en événement scruté dans les moindres détails.
Quelques salutations étranges de M. Trump, dont celle plutôt terne qu'il a offerte au premier ministre Justin Trudeau, ont fait l'objet de discussions entre des experts et des amateurs de politique qui ont tenté de décrypter la portée et la signification de chaque geste ou expression de Donald Trump.
Une experte de l'étiquette, Leanne Pepper, reconnaît avoir été frappée par les poignées de main agressives du président américain, qui a tendance à attirer brusquement la personne vers lui et à tenir longuement la main de son vis-à-vis.
Elle se réjouit de l'attention que le sujet semble avoir auprès du public et espère que cela amènera un retour de la bienséance dans la société.
«Les gens se réveillent quant à l'importance du savoir-vivre parce que c'est l'une de ces choses qui ne sont plus enseignées de nos jours - à la maison, dans l'éducation et à l'école», a analysé Mme Pepper, consultante en matière en protocole et conseillère en image de Toronto.
«Une poignée de main est le premier contact qu'on a avec une autre personne et les gens vous jugent en fonction de cette poignée de main - si c'est une poignée de main mouillée, molle ou si c'en est une qui écrase les os. On doit être quelque peu ferme, mais pas en écrasant les os», a-t-elle illustré.
Donald Trump a la réputation d'avoir un style de poignée de main agressif, ce qui a été interprété par certains comme un jeu de pouvoir visant à déstabiliser la personne devant lui. Cela semblait évident lors de ses poignées de main avec son vice-président Mike Pence, son candidat à la Cour suprême Neil Gorsuch et le premier ministre japonais Shinzo Abe.
Le premier ministre canadien, de son côté, a manifestement préparé son premier contact avec Donald Trump, selon l'expert en langage corporel Mark Bowden, qui estime que M. Trudeau a tenu son bout.
Une forte poignée de main peut être chargée de sous-entendus et de signaux subtils, surtout quand les caméras sont présentes, a exposé le consultant en stratégie et en image qui compte l'ex-premier ministre Stephen Harper parmi ses anciens clients.
La lutte de pouvoir entre les dirigeants commence par le côté auquel chacun se trouve, selon M. Bowden.
«Quiconque est du côté gauche de la poignée de main a le bras le plus grand et le plus fort, il apparaît plus grand et plus fort. Alors on doit savoir que lorsqu'on arrive à droite pour une poignée de main, il faut contrebalancer pour que votre bras ait l'air plus grand et plus fort», a ajouté M. Bowden, qui est président de la firme de consultants Truth Plane.
«Le contre-balancement, c'est qu'on tient son bras droit pour que sur la photo qui est prise, on ait l'air d'avoir le bras le plus grand, celui qui a l'air le plus grand», a-t-il ajouté.
Une poignée de main «normale» devrait être accueillante et brève, selon Mme Pepper, soulignant que l'objectif est d'abord d'accueillir la personne.
«C'est de haut en bas, quelque peu ferme, sans écraser les os, et on est environ à distance de bras. Et deux ou trois mouvements vers le bas sont pratiquement tout ce que vous avez besoin de faire», a-t-elle décrit.
Une photo qui a fait le tour des réseaux sociaux, lundi, montre M. Trump tendant la main à M. Trudeau, qui semble se moquer de son interlocuteur.
L'experte en image Sylvie Di Giusto estime qu'il ne faut pas chercher un sens dans cette image puisqu'il s'agit d'un moment trop bref dont on ignore le contexte.
Mais une autre experte, Pat Stonehouse, croit que la photo peut avoir capté une «micro-expression» du premier ministre canadien - une expression faciale involontaire qui traduit un réel sentiment.
Mis à part le petit sourire qu'il esquisse, s'il faisait confiance à M. Trump, il aurait regardé son visage au lieu de fixer sa main, selon elle.
«M. Trudeau pensait à quelque chose, parce que ses yeux s'étaient élargis et qu'il fixait par terre, et il y avait aussi sa lèvre... Sa lèvre s'est soudainement serrée», a-t-elle analysé.
Finalement, MM. Trudeau et Trump ont eu une poignée de main relativement magnanime - le président a laissé plus de place à son vis-à-vis.