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vendredi, décembre 23, 2016

TRANSFERTS FÉDÉRAUX EN SANTÉ Où s’arrêtera l'écroulement du front commun des provinces?

http://www.ledevoir.com/politique/canada/

Après le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse pourrait être la prochaine province à se désolidariser des autres pour signer une entente avec Ottawa

23 décembre 2016 | Hélène Buzzetti à Ottawa
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), est très proche du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Brian Gallant (à gauche), est très proche du premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Le front commun provincial a officiellement volé en éclats jeudi sur la question des transferts fédéraux en santé : le Nouveau-Brunswick a annoncé qu’il s’était entendu avec Ottawa, tandis que la Nouvelle-Écosse confirme que des pourparlers avec le gouvernement fédéral sont en cours. La pression sera d’autant plus intense sur les autres provinces que l’équipe de Justin Trudeau confirme que celles qui refuseront de signer une entente ne recevront tout simplement pas leur part des fonds.

L’entente bilatérale conclue avec le Nouveau-Brunswick jeudi fait en sorte que la province touchera sa part des 11,5 milliards de dollars sur 10 ans offerts par Ottawa pour les soins à domicile et la santé mentale, soit 230 millions.

« Je comprends qu’il y a différentes provinces qui ont une approche différente lorsqu’il s’agit d’envisager le rôle du gouvernement fédéral dans le système de santé. Mais nous, nous accueillons cela favorablement, a expliqué en conférence de presse le premier ministre Brian Gallant. Nous pensons que le fait d’avoir le gouvernement fédéral, le soutien de toutes ses ressources pour nous aider à développer […] les bons résultats, les bonnes mesures d’imputabilité, déterminer comment en avoir le plus pour notre argent en investissant dans les soins à domicile et les soins pour les personnes âgées est une bonne chose. »

L’entente avec le Nouveau-Brunswick stipule de plus que le transfert fédéral général destiné à la santé augmentera annuellement de 3 %, ou plus si le taux de croissance du PIB est plus élevé. Ce taux était plutôt de 6 % depuis 2004, et les provinces demandaient son maintien.

Il s’agit donc d’un retour à la proposition initiale d’Ottawa puisque lundi, en cours de négociation avec les provinces, le gouvernement fédéral avait changé de cap et offert un taux de croissance annuel de 3,5 % fixe. Certains analystes, en se basant sur les prévisions de croissance de l’économie, avaient conclu que cette seconde offre s’avérerait peut-être moins généreuse à long terme.

Les négociations entre Ottawa et les 13 provinces et territoires s’étaient soldées par un échec lundi et Ottawa avait retiré son offre. Mais on savait qu’en coulisse, le Nouveau-Brunswick négociait une entente bilatérale. Des rumeurs veulent que jusqu’à six autres provinces et territoires fassent de même. La Nouvelle-Écosse a confirmé jeudi qu’elle était l’une d’elles.

« Nous continuerons de travailler fort pour obtenir une entente appropriée pour la Nouvelle-Écosse, indique la déclaration du premier ministre Stephen McNeil transmise par courriel au Devoir. Nous parlons avec le gouvernement fédéral et sommes encouragés par leur volonté d’avoir ces conversations. »

Le Devoir a contacté toutes les autres provinces et celles qui ont répondu refusent les négociations bilatérales, soit le Québec, l’Ontario, l’Alberta et le Manitoba.

En entrevue avec Le Devoir, le ministre de la Santé de Colombie-Britannique, Terry Lake, affirme que « ces rumeurs sont lancées par Ottawa ». « C’est une tactique du gouvernement fédéral pour donner l’impression qu’il peut diviser pour mieux régner. Ce n’est pas l’approche de collaboration promise par ce gouvernement et c’est très frustrant, pour dire franchement. […] Je ne vois aucune preuve [qu’il y a des négociations], alors ça m’amène à penser qu’Ottawa bluffe. »

Il se dit « déçu » de la décision du Nouveau-Brunswick de faire bande à part « parce que nous avions tous convenu à Ottawa de se tenir ». En outre, il estime qu’Ottawa ne peut pas refuser à certaines provinces des fonds versés à d’autres. « Ce serait dangereux pour le gouvernement fédéral de penser qu’il peut traiter les provinces et territoires différemment lorsqu’il finance les soins de santé nécessaires. »

En coulisse, en effet, une source fédérale confirme que les 11,5 milliards sur 10 ans promis aux provinces ne seront versés qu’à celles qui signeront une entente. « On ne peut pas transférer sans l’aval des provinces et on ne fera pas de chèque en blanc non plus, explique une source fédérale. Si on ne réussit pas à s’entendre avec les provinces, il n’y a pas de transfert. […] Ce que ça veut dire pour les gens du Nouveau-Brunswick, c’est que eux vont recevoir les services. »

Prise de bec avec Québec

Aucun ministre québécois n’a accordé d’entrevue jeudi pour commenter l’éclatement du front commun. Mais sur Twitter, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a écrit que « le Nouveau-Brunswick accepte une baisse de financement du fédéral, mais se met en même temps à la remorque des autres provinces et territoires pour obtenir une meilleure offre ». De fait, la province maritime a obtenu d’Ottawa l’assurance que si jamais une autre province obtenait dans ses négociations bilatérales une meilleure entente, il pourrait l’obtenir aussi.

NB accepte une baisse du financement du fed mais se met en même temps à la remorque des autres PT pour obtenir une meilleure offre. 

M. Barrette n’a pas répondu aux reproches que lui a adressés le premier ministre Gallant. En conférence de presse, ce dernier s’en est pris vertement à M. Barrette, qui avait la veille accordé des entrevues à des médias du Nouveau-Brunswick pour enjoindre au gouvernement provincial de ne pas céder.

« Je dois dire que j’ai été soufflé d’entendre le ministre de la Santé du Québec venir dire aux médias du Nouveau-Brunswick comment on doit gérer la santé et nos négociations avec le gouvernement fédéral, a déclaré M. Gallant. L’ironie me dépasse. Si une autre province était allée au Québec pour dire aux Québécois et au gouvernement du Québec comment ils devraient gérer leur système de santé et comment ils devraient négocier avec le gouvernement fédéral, on sait tous quelle serait la réaction du gouvernement du Québec. Alors j’ai été très surpris de voir cela. »

M. Gallant s’est par ailleurs fait demander s’il ne jouait pas le jeu de son ami, lui qui est très proche de Justin Trudeau ainsi que de son influent ministre Dominic LeBlanc. « Nous voyons cela comme une force, d’être sur la même longueur d’onde, et d’avoir les mêmes priorités que le gouvernement Trudeau. »

mercredi, décembre 21, 2016

Bilinguisme à Gatineau? Justin Trudeau «avoue» avoir été «baveux»

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/

Publié le 20 décembre 2016 à 10h06 | Mis à jour le 20 décembre 2016 à 18h00
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.... (Chris Wattie, archives REUTERS)
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.
CHRIS WATTIE, ARCHIVES REUTERS
MÉLANIE MARQUIS
La Presse Canadienne
Ottawa
Le premier ministre Justin Trudeau «avoue» qu'il a été «baveux» en passant un commentaire sur le bilinguisme qui en a fait sourciller plus d'un, jeudi dernier.
À la question de l'animateur Patrice Roy, qui lui demandait s'il appuyait l'idée de désigner Ottawa ville bilingue, il a répliqué en demandant si Gatineau serait prête à en faire autant.
«Est-ce que la Ville de Gatineau serait ouverte à devenir une ville bilingue, elle?», a-t-il lâché, sourire en coin.
Le premier ministre s'attendait à ce que cette boutade lâchée sur le plateau de la télévision de Radio-Canada revienne le hanter.
«Je le savais», a-t-il laissé tomber lors d'une entrevue de fin d'année avec La Presse canadienne, lundi après-midi.
«J'étais en train d'être baveux, là. Ça, je l'avoue», a candidement poursuivi M. Trudeau.
Il a tenu à assurer qu'il ne fallait pas y voir une critique de la politique du Québec en matière de langues officielles.
«Pas du tout, pas du tout! Non, non, non. Le Québec doit être français d'abord pour que le Canada puisse être bilingue», a insisté le premier ministre, se présentant comme un ardent défenseur et promoteur de la dualité linguistique.
«J'ai été prof de français à Vancouver, je sais à quel point c'est important, le bilinguisme», a-t-il fait valoir.
Justin Trudeau a réitéré que la décision entourant la désignation bilingue de la capitale nationale appartenait aux élus municipaux d'Ottawa et non au gouvernement fédéral.
«L'idée de faire une ville ou une autre une ville bilingue, ça appartient à la ville elle-même», a-t-il soutenu.
En vertu de la Charte de la langue française, les municipalités peuvent être reconnues bilingues lorsque plus de la moitié des résidants de leur territoire sont de langue maternelle anglaise.
La Ville de Gatineau est bien loin du compte. Selon les données du dernier recensement de 2011, 11 pour cent de la population a déclaré l'anglais seulement comme langue maternelle.
En Ontario, les municipalités peuvent être administrées seulement en anglais ou dans les deux langues.
Le débat entourant la désignation officielle d'Ottawa comme ville bilingue refait surface périodiquement.
Il s'est de nouveau imposé dans le cadre des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération.
Le maire d'Ottawa, Jim Watson, s'est prononcé contre l'idée à plusieurs reprises.
Justification insuffisante
Les explications de Justin Trudeau ont laissé sur leur appétit les porte-parole néo-démocrate et bloquiste en matière de langues officielles.
«Ça ne me satisfait pas du tout. Qu'il avoue avoir été baveux, c'est une chose, mais ce que je vois dans sa réaction, c'est qu'il n'a pas l'air de comprendre ce qu'est le statut bilingue au Québec», a tranché en entrevue le député Mario Beaulieu, député du Bloc québécois.
Pour le député François Choquette, du Nouveau Parti démocratique (NPD), ce que le premier ministre a présenté comme une moquerie est plutôt un symptôme de sa méconnaissance du dossier.
«Ma perception, c'est qu'il s'est retrouvé devant une question à laquelle il ne savait pas quoi répondre. La question est pourtant très importante et très d'actualité à l'aube du 150e», a-t-il regretté à l'autre bout du fil.
Le député de Drummond convient que la décision sur la désignation bilingue revient aux élus municipaux d'Ottawa, mais il considère que cela ne devrait pas dispenser Justin Trudeau de sa responsabilité de «faire preuve de leadership» dans le dossier des langues officielles.
La réplique «baveuse» du premier ministre avait été fort mal reçue par l'Association des communautés francophones (ACFO) d'Ottawa.
Sa directrice générale, Isabelle Miron, avait déclaré à Radio-Canada qu'il avait «réussi en une seule phrase à s'aliéner absolument tout le monde, à la fois les francophones et les gens de Gatineau»

À DÉCOUVRIR SUR LAPRESSE.CA

Branle-bas de combat au SPVM pour une fuite

http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/actualites-judiciaires/

EXCLUSIF
Publié le 21 décembre 2016 à 05h00 | Mis à jour à 08h40
Deux policiers du SPVM soupçonnés d'avoir remis une... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)
PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE
Deux policiers du SPVM soupçonnés d'avoir remis une copie du constat d'infraction au chroniqueur Patrick Lagacé ont vu leurs déplacements à l'intérieur des locaux de police vérifiés grâce aux registres d'utilisation des cartes magnétiques.

Allées et venues surveillées, courriels passés au crible, mouvements informatiques épiés : une question posée par Patrick Lagacé au bureau de Denis Coderre quant à un constat d'infraction du maire a déclenché un branle-bas de combat au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), révèle un nouveau document judiciaire.
La dénonciation, rédigée en vue d'obtenir le registre des appels entrants et sortants du chroniqueur de La Presse, lève le voile sur l'enquête éclair menée par les Affaires internes du service afin de trouver les auteurs d'une fuite qui - de son propre aveu - dérangeait M. Coderre.
Deux policiers soupçonnés d'avoir remis une copie du constat d'infraction à M. Lagacé ont vu leurs déplacements à l'intérieur des locaux de police vérifiés grâce aux registres d'utilisation des cartes magnétiques.
L'enquêteur Normand Borduas, des Affaires internes, a aussi obtenu «les courriels de la journée du 3 décembre 2014 [jour de la fuite présumée] pour les deux employés visés», ainsi que la liste «des fichiers consultés» par les mêmes individus. En vain.
La dénonciation montre que M. Borduas a demandé le 23 janvier à avoir accès aux registres téléphoniques complets, ainsi qu'aux «informations sur l'abonné et les tours cellulaires» du chroniqueur Patrick Lagacé pour une période de deux semaines de décembre 2014. Le jour même, la juge de paix Suzanne Bousquet autorisait la demande.
Le numéro du cellulaire à surveiller avait été fourni à la police par une «attachée politique du maire Denis Coderre».
«Sans motif réel»
Rien dans sa dénonciation ne permet de savoir si M. Borduas avait épuisé tous ses autres recours avant de mettre un journaliste sous surveillance. Il n'évoque aucun argument particulier quant au statut du chroniqueur.
«Nous sommes troublés de constater que le SPVM a demandé un mandat sans motif réel, autre que de trouver les sources de Patrick Lagacé. Et nous comprenons encore moins comment un juge de paix a pu l'autoriser», a déploré hier Alexandre Pratt, directeur principal de l'information à La Presse.
«Patrick Lagacé a simplement fait son travail de journaliste : poser des questions sur un sujet d'intérêt public.»
La dénonciation a été obtenue par La Presse après des procédures devant les tribunaux.
Le constat d'infraction en question avait été délivré en mars 2012 à l'endroit de Denis Coderre, alors député fédéral, pour avoir omis de payer l'immatriculation de son véhicule.
Ce n'est que deux ans plus tard, alors que le politicien était devenu maire de Montréal, que Patrick Lagacé en a obtenu une copie. Une mention inhabituelle au constat faisait croire à certains policiers que l'amende de 444 $ n'avait pas été acquittée.
Plus tôt cet automne, le SPVM avait admis avoir obtenu un mandat de surveillance contre le cellulaire de Patrick Lagacé.
«Est-ce que moi, je me fais suivre?»
En entrevue au 98,5FM, toujours cet automne, le maire avait relaté avoir été profondément dérangé par le fait que le chroniqueur avait obtenu la copie d'un constat d'infraction qui le concernait, se qualifiant de «victime».
«À un moment donné, je me dis : est-ce que moi, je me fais suivre? Est-ce que la situation syndicale fait qu'on me check présentement? Est-ce que ça, c'est légal? J'ai dit à [l'ex-directeur] Marc Parent : là, c'est Coderre le citoyen, est-ce qu'on peut fouiller dans les registres comme ça et commencer à envoyer ça à gauche et à droite?», a affirmé le maire en ondes. «Ce n'était pas une demande d'enquête. J'ai demandé à Parent : est-ce que c'est légal, cette affaire-là ? Je me demande si je me fais surveiller et, donc, il a fait une enquête.»
L'amende avait été acquittée en temps opportun par Denis Coderre.