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mardi, juin 16, 2015

Dire oui à l'immigration suffira-t-il à régler le problème démographique du Québec?

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/national/

Mise à jour le lundi 15 juin 2015 à 23 h 36 HAE

Épreuve des faits - Le premier ministre Philippe Couillard croit qu'il faut relever les quotas d'immigration pour assurer l'équilibre démographique de sa province. Mais recevoir plus d'immigrants est-il la solution?
Un texte de Denis-Martin ChabotTwitterCourriel
« On a une réalité démographique au Québec qui est implacable, qui est la diminution de la population active depuis 2013-2014. Soit on se met à faire plus d'enfants nous-mêmes, soit on fait venir des gens d'ailleurs. Les choses étant ce qu'elles sont, on va continuer à attirer plus d'immigrants. »— Philippe Couillard, lors du congrès du Parti libéral du Québec

Vérification faite : non, recevoir plus d'immigrants ne résoudra pas le problème démographique de la province. Car encore faut-il arriver à retenir ces immigrants, ce qui n'est pas le cas au Québec à l'heure actuelle. Même si la capacité d'accueil existe, cela ne suffit pas.
Depuis cinq ans, le Québec a reçu environ 52 000 immigrants par année, atteignant ainsi ses objectifs. De ce nombre, environ les deux tiers sont issus de l'immigration économique, c'est-à-dire les immigrants qui se destinent soit à occuper un emploi, soit à gérer une entreprise ou à investir.
Mais tous ces nouveaux arrivants ne restent pas toujours. Plusieurs quittent la province au bout de quelques années.
L'Institut de la statistique du Québec rapporte que la province perd chaque année de 15 000 à 20 000 immigrants, soit 30 % de son objectif, au profit d'autres provinces ou d'autres pays.
Pour consulter ce graphique sur votre appareil mobile, cliquez ici. 
Il faut dire que le taux de chômage des immigrants au Québec se situait à plus de 11,6 % en 2013, date des plus récentes données, comparativement à 6,9 % pour les personnes nées au Canada.
Des avocats spécialisés en immigration disent aussi que beaucoup d'immigrants peinent à faire reconnaître leurs qualifications par les ordres professionnels.
Ils doivent en plus composer avec de longs délais d'attente pour l'obtention des papiers du gouvernement fédéral, qui varient de 11 à 60 mois, selon les pays d'origine.
En réussissant à garder un plus grand nombre d'immigrants, le Québec résoudrait plus rapidement son problème démographique.

Le français risque d’en pâtir, craint le chef du PQ

http://www.ledevoir.com/politique/

16 juin 2015 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
La ministre de l’Immigration déposera un projet de loi pour instaurer un système de déclaration d’intérêt pour la sélection des immigrants, qui permettra de choisir rapidement les candidats en fonction des besoins en main-d’œuvre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La ministre de l’Immigration déposera un projet de loi pour instaurer un système de déclaration d’intérêt pour la sélection des immigrants, qui permettra de choisir rapidement les candidats en fonction des besoins en main-d’œuvre.

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, juge que la hausse des seuils d’immigration que favorise le premier ministre Philippe Couillard risque de fragiliser le français au Québec.

« À l’époque de l’austérité libérale dans laquelle nous a plongé [sic] le premier ministre Philippe Couillard, alors que nous savons dès aujourd’hui que nos structures d’accueil sont insuffisantes pour ceux et celles qui ont choisi de venir au Québec, un dialogue avec la société m’apparait [sic] requis avant de prendre des décisions qui pourraient fragiliser encore davantage le français au Québec », a écrit lundi Pierre Karl Péladeau sur son compte Facebook.

Selon le chef de l’opposition officielle, il faudrait dépenser plus « pour que nous puissions être un pays accueillant et procurer l’accompagnement nécessaire pour l’apprentissage du français, la langue du Québec ».

Au cabinet de la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, on indique que les consultations sur les nouveaux seuils d’immigration pour la période 2016-2019 n’auront sans doute pas lieu avant janvier. D’ici là, la ministre a du pain sur la planche : elle présentera à l’automne une nouvelle politique sur l’immigration, assortie d’un plan d’action, qui feront l’objet d’une consultation publique. De plus, elle déposera un projet de loi pour instaurer un système de déclaration d’intérêt pour la sélection des immigrants, un système qui éliminera la liste d’attente et permettra de choisir rapidement les candidats en fonction des besoins en main-d’oeuvre.

Pour le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration, Maka Kotto, l’annonce de Philippe Couillard est « anticipée » et n’est basée sur aucune donnée probante. On ne sait pas si on est en mesure, déjà, de bien accueillir les nouveaux arrivants ; le chômage des immigrants récents est de 27 % à Montréal, contre 14 % à Toronto, et bon nombre d’entre eux touchent de l’aide sociale, a signalé le député de Bourget.

Pour le porte-parole caquiste, Simon Jolin-Barrette, avant même de proposer une hausse des seuils, il faut s’assurer de bien intégrer les immigrants et de bien les franciser.« L’immigration, ce n’est pas juste une question d’employabilité », estime le député de Borduas.

Pour le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), Stephan Reichold, le gouvernement québécois a réduit ses budgets en immigration ces dernières années tandis que les transferts fédéraux ont augmenté substantiellement. Encore cette année, le budget du ministère a été amputé. Selon la compilation de la TCRI, ce budget est passé d’un peu plus de 175 millions de dollars en 2010-2011 à un peu moins de 166 millions pour l’année en cours. Or les transferts fédéraux destinés à l’immigration se sont élevés à 258 millions de dollars en 2010-2011 pour s’établir à un peu plus de 340 millions cette année, une hausse de 32 %. La différence a servi à renflouer le fonds consolidé, croit Stephan Reichold.

Chasser Harper à tout prix ?

http://www.journaldemontreal.com/

Stephen Harper, Triomphe, gala
PHOTO ARCHIVES / AGENCE QMI

Mathieu Bock-Coté
Notre époque invente des phobies à la douzaine. Ce vocabulaire est exaspérant au possible, mais tant qu’à le subir, aussi bien en faire usage de manière originale pour en nommer une nouvelle, qui dérègle l’esprit de bien des Québécois: la peur obsessive de Stephen Harper, qui en amène plusieurs à faire de son éviction aux prochaines élections leur priorité absolue. Harper, c’est le mal incarné. Harper bouffe les enfants. Harper, c’est le Taliban en chef d’un pays froid. Harper, c’est le superméchant qui ruine la réputation du Canada à travers la planète. C’est le pire pollueur de la terre et c’est un autocrate, en plus de cela. Je résume ici en quelques formules l’image du premier ministre du Canada au Québec. En un mot, depuis des années, Stephen Harper a été diabolisé.
Évidemment, le personnage est critiquable et son gouvernement l’est encore plus. Le Parti conservateur est aligné sur les exigences de l’Ouest canadien et le Québec est plus souvent qu’autrement désavantagé par les décisions d’Ottawa depuis 2006. On ajoutera que le mépris qu’a ce gouvernement pour le français est renversant. Un souverainiste dirait méchamment que c’est le prix à payer pour rester dans un pays qu’on ne contrôle pas. On ne peut pas consentir au lien canadien puis se désoler ensuite d’en subir les conséquences. Il y a des limites à l’incohérence. Vivre au Canada, c’est vivre dans un pays qui peut se passer de l’adhésion du Québec lorsque vient le temps de se choisir un gouvernement. Le fédéralisme, c’est à bien des égards une rationalisation de notre soumission dans un pays qui nie notre existence comme peuple fondateur et qui s’est déjà permis de nous imposer une constitution sans notre permission.
Mais à vouloir en finir à tout prix et au plus vite possible avec Stephen Harper, les Québécois ne risquent-ils pas d’oublier certains éléments dont ils devraient tenir compte dans leur analyse de la politique fédérale? Ces jours-ci, une question s’impose: pour qui voter s’il faut en finir avec Harper? Depuis 2011, les Québécois semblaient s’être décidés: le NPD serait le nouveau véhicule de leurs aspirations collectives à la chambre des communes. Sauf qu’en quatre ans, le NPD n’a jamais pris la peine de développer un discours un tant soit peu attentif aux intérêts du Québec. C’est à  bien des égards surprenant, surtout qu’il a bénéficié du vote nationaliste. Mais il n’est pas le seul à se montrer indifférent aux intérêts québécois. Ni le PLC, ni le PC n’ont développé une plate-forme spécifique pour le Québec. On ne se soucie plus de sa place dans la fédération. Convenons d’une chose : les Québécois eux-mêmes ne s’en soucient plus.
Les partis fédéraux entendent simplement gagner le Québec en misant sur leurs «valeurs» respectives. Le NPD dira qu’il représente mieux les valeurs progressistes des Québécois contre le gouvernement Harper qui les bafoue. Le PLC dira la même chose. Les conservateurs, eux, diront représenter les vraies valeurs des Québécois contre leurs propres élites médiatiques et culturelles qui trahiraient leurs préférences profondes. Ils se présenteront comme les gardiens de nos vraies valeurs, trop souvent étouffées par la rectitude politique. Au fond d’eux-mêmes, les Québécois seraient plus souvent en accord avec les conservateurs qu’on ne le dit. Il leur resterait seulement à le découvrir. En gros, chaque parti fédéral se présente comme le vecteur de nos valeurs, comme son meilleur traducteur politique.
Ce qui disparait à travers cela, ce sont les intérêts du Québec, à moins de les réduire à de simples préférences morales de gauche ou de droite dont on devrait tenir compte dans la construction du Canada. On ne pose plus la question d’un pouvoir québécois et on se contrefiche de ce qu’on appelait autrefois nos revendications historiques: on se contente de voir de quelle manière les valeurs qu’on nous prête, qu’elles soient de gauche ou de droite, nous permettront de construire un Canada qui nous ressemble. À bien des égards: c’est une nouveauté historique. Les Québécois savaient traditionnellement qu’ils étaient une minorité la fédération et défendaient conséquemment leurs droits nationaux. Ils savaient qu’ils n’étaient pas des Canadiens comme les autres et ils en tiraient quelques leçons.
Mais puisque le Québec contemporain se vit à l’écart de la question nationale et ne s’imagine plus subordonné d’aucune manière dans le Canada, il croit désormais pouvoir vivre la politique fédérale sur un registre «normal». Nous vivons une forme de souveraineté psychologique qui n’est pas adossée à la souveraineté politique. Nous ne croyons plus devoir nous soucier de notre place dans le Canada non plus que de l’autonomie du seul gouvernement contrôlé par une majorité de francophones. On trouve même des souverainistes «de gauche» pour dire qu’ils en ont assez de voter à Ottawa à partir de la question nationale. C’est comme s’ils voulaient, le temps d’une élection, du moins, se délivrer de leur nationalisme et adhérer à un progressisme pur.
À terme, cela nous coupe de la réalité. Les Québécois, à Ottawa, ont des priorités étrangement éthérées, très peu liées à leurs intérêts nationaux. Ils veulent sauver l’environnement, dénoncer la guerre, œuvrer pour la paix dans le monde, et ainsi de suite. C’est très bien. On ne peut pas être contre la vertu. Mais il est fascinant de voir à quel point ils peinent à identifier leurs intérêts spécifiques, particuliers, nationaux, que ce soit en matière environnementale, économique, internationale ou linguistique. Le Québec contemporain se définit de moins en moins comme une nation et de plus en plus comme une société et se complait dans une vision apolitique, ou dépolitisée, de son existence collective. Tôt ou tard, il en paiera le prix.
Si jamais le NPD devenait majoritaire à Ottawa et y parvenait grâce à l’appui du vote québécois, on pourrait dire que les Québécois auront contribué, de manière à tout le moins paradoxale, à la mise en place d’un des gouvernements les plus centralisateurs de l’histoire canadienne, qui entend étendre de manière radicale l’État fédéral, notamment en empiétant comme jamais sur les compétences provinciales, que ce soit en matière d’éducation ou d’affaires municipales. Faudrait-il s’en réjouir? Ne s’agirait-il pas d’une perte d’autonomie majeure pour le Québec et cela, à un moment où le gouvernement libéral à Québec semble condamner l’État québécois à l’impuissance et pratique le fédéralisme pur et pur?
Le retour de Gilles Duceppe a redonné politiquement vie au Bloc. Quels que soient nos désaccords avec ses idées ou avec sa manière d’avoir gouverné le Bloc pendant près de 15 ans, il faut convenir qu’il restaure la crédibilité de l’option souverainiste sur la scène fédérale. Il redonne un véhicule explicite au nationalisme et il rappelle que le Québec n’est pas qu’une province sur dix. On lui en veut de dire qu’il  appuiera le PC ou le NPD au choix, selon ce qu’ils offriront au Québec. C’est pourtant une attitude de bon sens élémentaire : le Québec ne gouvernera jamais le Canada et il est structurellement dans l’opposition. Avant d’être de gauche ou de droite, les partis fédéraux sont des partis canadiens, au service du Canada. Eux le savent, même si les Québécois ne le savent plus. La question que devraient se poser les Québécois est simple : de quelle manière défendre leurs intérêts devant un gouvernement qui inévitablement, leur échappera?
Le Bloc devra définir sa stratégie prochainement. Gilles Duceppe suivra-t-il la ligne orthodoxe définie ces derniers mois par Mario Beaulieu? Reviendra-t-il à sa stratégie classique de 2011? Quelle serait la position du Bloc si le prochain gouvernement fédéral était minoritaire? À quelles conditions l’appuierait-il ? Quelles seraient ses revendications? Tout cela est terriblement concret: cela forcera le Bloc à définir selon lui les termes les plus fondamentaux de l’intérêt national. À tout le moins, il a une vertu : il rappelle que le Québec a des intérêts fondamentaux que le régime de 1982 (ni même celui de 1867) ne peut satisfaire. On se demandera aussi : quel rôle se donnera le Bloc dans la stratégie souverainiste qui se dessine actuellement au Parti Québécois?
Si jamais la souveraineté est définitivement vaincue, un jour, il se peut que le nationalisme québécois doive s’investir à Ottawa, comme en d’autres temps, des nationalistes comme Marcel Masse s’y étaient investis. Ce serait alors une position de repli honorable. Mais pour l’instant, s’ils votent massivement pour le NPD sans que ce dernier n’ait même cherché à définir une plate-forme spécifique pour le Québec, ils neutralisent simplement leur nationalisme dans un parti qui en tire avantage sans rien donner en retour. On n’ira pas jusqu'à dire qu’il s’agit là d’un comportement politique suicidaire. On dira à tout le moins qu’il s’agit d’un comportement inconscient.