Une nouvelle technologie pour débloquer des artères inventée à Sherbrooke

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Publié le 12 janvier 2017 à 15h56 | Mis à jour à 15h56

(Sherbrooke) Une technologie inventée à la faculté de génie de l'Université de Sherbrooke (UdeS) permet maintenant de pratiquer des interventions en angioplastie qui étaient autrefois impossibles à réaliser par le biais des angioplasties traditionnelles. Une première opération, couronnée de succès, a été réalisée au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) sur un patient sherbrookois. Une première mondiale toute sherbrookoise... mais qui se déploie déjà dans d'autres hôpitaux du monde.
L'angioplastie est une technique qui permet de rouvrir des artères rétrécies ou obstruées sans avoir recours à une intervention chirurgicale importante.
Mais la méthode a ses limites très claires. «Le défi avec les méthodes traditionnelles d'angioplastie, c'est que lors de l'intervention, on se bute à des parois de vaisseaux très endurcies par l'accumulation de calcaire notamment. Il est donc impossible parfois de traverser le blocage parce qu'il est trop dur, ce qui nous empêche de procéder avec le reste du traitement», soutient le Dr Andrew Benko, radiologiste interventionnel au CIUSSS de l'Estrie-CHUS, le médecin qui a procédé à la première intervention mondiale avec cette nouvelle technologie.
Par exemple, les médecins se butent souvent à un problème lors des interventions aux jambes.
«L'angioplastie est l'intervention la plus courante pour traiter les blocages artériels de la jambe. Dans environ la moitié des cas, c'est impossible de traverser le blocage avec les guides standards. L'intervention est alors un échec. Le guide SoundBite peut nous permettre de franchir de tels blocages avec succès», ajoute le Dr Benko.
«C'est comme essayer de traverser un mur de brique avec un spaghetti cuit», illustre le professeur Martin Brouillette, le chercheur derrière le SoundBite.
Mais qu'est-ce que fait exactement le SoundBite que ne font pas les guides traditionnels?
Il s'agit d'une technologie qui permet, de façon très contrôlée, de transmettre des ondes de choc par des fils-guides afin de traverser spécifiquement les tissus fortement calcifiés dans le système vasculaire artériel. Pour imager, on peut penser au travail d'un marteau-piqueur.
D'autres applications, d'autres hôpitaux
C'est dans le laboratoire du professeur Martin Brouillette, de la faculté de génie de l'UdeS, qu'est née cette idée promise à un avenir très prometteur.
«Nous avons commencé à travailler sur le projet en 2004. Au départ, on voulait défaire des pierres au rein, mais en cours de route, nous avons vu d'autres applications possibles encore plus prometteuses», explique Martin Brouillette en insistant pour souligner le travail de deux doctorants dans son équipe, Steven Dion et Louis-Philippe Riel.
Cette première intervention à l'aide de la technologie de SoundBite s'inscrit dans une étude internationale approuvée par Santé Canada qui s'effectuera auprès de 30 patients à Sherbrooke, à Montréal et en Autriche. La compagnie SoundBite medical, cofondée par Martin Brouillette, travaille actuellement à adapter sa technologie pour des applications coronariennes.
L'entreprise compte déjà 25 employés, alors qu'elle a été créée il y a un an et demi à peine. «Vingt-cinq employés un an et demi après la création de l'entreprise? Qu'un patient ait déjà été opéré avec notre appareil? Oui, c'est très exceptionnel, c'est vraiment rapide», se réjouit Martin Brouillette.
Et son fil-guide ne s'arrêtera pas à cette étude. «D'ici la fin de l'année, nous en aurons au Canada, en Autriche et aux États-Unis», ajoute-t-il.
La compagnie SoundBite medical travaille actuellement à adapter sa technologie pour rendre le fil-guide encore plus souple pour des applications coronariennes en cardiologie.
«On aimerait beaucoup qu'un premier patient soit opéré avant de l'année! Mais c'est une prévision optimiste», ajoute Martin Brouillette.
Est-ce que la technologie sherbrookoise se retrouvera un jour parmi les équipements standards dans les hôpitaux partout dans le monde?
«Ça dépendra beaucoup du résultat de l'étude lorsque les 30 patients auront été opérés. Mais les premiers résultats sont très prometteurs», précise le Dr Simon Bérubé, cardiologue au CHUS.
En effet, un deuxième patient sur les 30 patients sélectionnés a déjà été opéré à Sherbrooke avec succès.