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mardi, janvier 10, 2017

Des testaments parfois mémorables... parfois moins

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Publié le 10 janvier 2017 à 06h15 | Mis à jour à 06h15
Barack Obama, président des États-Unis de 2009 à... (photo MANDEL NGAN, archives agence france-presse)
Barack Obama, président des États-Unis de 2009 à 2017,
 prononcera un discours d'adieu aujourd'hui.
PHOTO MANDEL NGAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
RICHARD HÉTU
La Presse
Le 17 septembre 1796, George Washington a lancé une tradition que Barack Obama poursuivra aujourd'hui à Chicago en prononçant un discours d'adieu. Le 44e président ne se contentera pas de défendre son bilan. Comme Washington et le 34e président, Dwight Eisenhower, il voudra laisser à la postérité des mises en garde mémorables et pertinentes. On verra s'il fera mieux que son prédécesseur George W. Bush. En attentant, un bref retour sur les testaments des Washington, Eisenhower et Bush.
Haro sur « l'esprit de parti »
À une certaine époque, le discours d'adieu de George Washington était aussi vénéré aux États-Unis que l'adresse d'Abraham Lincoln à Gettysburg. Or, après la conquête républicaine de tous les leviers de pouvoir à Washington, il n'a peut-être jamais été aussi d'actualité. Car il met en garde les Américains contre « les pernicieux effets de l'esprit de parti » qui poussent « les hommes à chercher la sûreté et le repos dans le pouvoir d'un seul ; et tôt ou tard, plus habile ou heureux que ses rivaux, le chef de quelque faction met cette disposition à profit pour s'élever sur les ruines de la liberté publique ». Washington affirme que cet esprit de parti expose également son pays à la corruption par l'étranger. « Il donne de l'influence aux étrangers, et introduit la corruption dans toutes les branches du gouvernement ; et c'est ainsi que la politique et la volonté d'une nation sont soumises à la politique et à la volonté d'une autre nation. » C'est comme si le premier président avait prévu Donald Trump et Vladimir Poutine.
Gare au « complexe militaro-industriel »
Dwight D. Eisenhower n'a pas inventé l'expression « complexe militaro-industriel », qui fait référence aux entreprises d'armement, aux lobbyistes et membres du Congrès dont les efforts communs finissent par gonfler les dépenses militaires. Mais il l'a rendue célèbre en l'insérant dans son discours d'adieu, le 17 janvier 1961 : « Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. » Une telle mise en garde pouvait sembler étonnante de la part d'un homme ayant passé l'essentiel de sa vie d'adulte chez les militaires. Mais le général à la retraite et héros de la Seconde Guerre mondiale craignait que les dépenses militaires ne viennent plomber les budgets civils. Sa crainte s'est matérialisée. Et la promesse de Donald Trump d'augmenter massivement les dépenses militaires doit sourire aujourd'hui au complexe militaro-industriel.
La lutte entre « le Bien et le Mal »
Huit ans plus tard, les Américains sont à même de constater la nature éphémère ou illusoire des succès revendiqués par George W. Bush lors de son discours d'adieu. « L'Afghanistan est passé d'un pays où les talibans abritaient Al-Qaïda et lapidaient des femmes dans la rue à une jeune démocratie qui combat le terrorisme et encourage les jeunes filles à aller à l'école. L'Irak est passé d'une dictature impitoyable et d'un ennemi juré des États-Unis à une démocratie arabe au coeur du Moyen-Orient et à un ami des États-Unis. » Au plus bas dans les sondages, le 43e président avait profité de ce discours pour défendre son bilan et sa doctrine formulée après le 11-Septembre. « Le Bien et le Mal sont présents dans ce monde, et entre les deux, il n'y a pas de compromis possible. » Saluant l'élection du premier président noir, Bush avait décrit son investiture prochaine en des termes que Barack Obama ne risque pas d'utiliser concernant celle de Donald Trump : « Ce sera un moment d'espoir et de fierté pour notre pays tout entier. »