Trump ne croit pas que Moscou ait cherché à le faire élire

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Publié le 11 décembre 2016 à 09h19 | Mis à jour à 11h05
Donald Trump... (Photo Don Emmert, archives Agence France-Presse)
Donald Trump
PHOTO DON EMMERT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
ANNE RENAUT
Agence France-Presse
Washington
Le président désigné des États-Unis Donald Trump a affirmé dimanche qu'il ne «croyait pas» aux conclusions de la CIA selon lesquelles la Russie a cherché à le faire élire, qui ont conduit des sénateurs républicains et démocrates à réclamer une enquête bipartite.
Dans un long entretien sur la chaîne Fox réalisé samedi, le milliardaire n'a rien dit sur son prochain chef de la diplomatie, un poste qui devrait échoir selon plusieurs médias au PDG du géant pétrolier ExxonMobil Rex Tillerson, proche en affaires du président russe Vladimir Poutine.
«Que je le choisisse ou non pour le "State"» (le ministère des Affaires étrangères), M. Tillerson est «un acteur de calibre mondial et un négociateur», a tweeté M. Trump après la diffusion de son interview.
Interrogé par Fox sur les conclusions de la CIA révélées vendredi soir par le Washington Post, M. Trump les a jugées «ridicules». «Je pense que c'est ridicule. C'est encore un prétexte. Je n'y crois pas», a déclaré le milliardaire.

Début octobre, le département de la Sécurité intérieure (DHS) et la direction du renseignement (DNI) -- qui chapeaute les 17 agences américaines de renseignement -- avaient conclu que la Russie avait piraté les comptes de personnalités et d'organisations politiques pendant la campagne dans le but «d'interférer dans le processus électoral américain», sans dire alors si cette interférence chercher à favoriser l'un des deux candidats au détriment de l'autre.
«Ils (la CIA, NDLR) ne savent pas si c'est la Russie ou la Chine ou quelqu'un d'autre. Ça peut être quelqu'un assis sur son lit quelque part. Ils n'en ont aucune idée», a affirmé M. Trump sur Fox.
Défiance
Son équipe de transition avait aussi rejeté samedi les conclusions de la célèbre agence américaine du renseignement jugeant que les analystes qui les ont produites «sont les mêmes que ceux qui disaient que (l'ancien président irakien) Saddam Hussein disposait d'armes de destruction massive».
Selon le magnat de l'immobilier, «ce sont les démocrates qui rendent ça public parce qu'ils ont subi une des plus grandes défaites de l'histoire politique de ce pays», ignorant le fait qu'Hillary Clinton a largement gagné le vote populaire avec 2,6 millions voix ou 2 %, selon les dernières estimations.
Donald Trump a aussi laissé entendre que d'autres agences de renseignement que la CIA «contestaient» cette assertion. «Certains groupes ne sont pas forcément d'accord. (...) Ils ne savent pas et je ne le sais pas».
Marquant sa défiance à l'égard de ces agences qu'il va diriger à partir du 20 janvier, le futur président a aussi annoncé qu'il ne souhaitait plus recevoir de breffages quotidiens du renseignement sauf si l'information «devait changer».
«Je les prends quand j'en ai besoin», a affirmé M. Trump. «Je n'ai pas besoin qu'on me dise la même chose et les mêmes mots chaque jour pendant les huit prochaines années. Car ça pourrait durer huit ans», a ajouté le milliardaire élu le 8 novembre pour un mandat de quatre ans.
Les conclusions de la CIA ont été publiées peu après que Barack Obama a ordonné un rapport exhaustif sur les piratages informatiques menés pendant la campagne présidentielle.
Appel bipartite
Des sources consultées par le Washington Post ont affirmé que des personnes liées à Moscou ont fourni au site WikiLeaks des courriels piratés sur les comptes de l'ancien directeur de campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton, John Podesta, et du parti démocrate, entre autres.
Selon le New York Times, les pirates russes ont également attaqué le parti républicain, mais n'ont rien diffusé de leurs découvertes sur cette dernière cible.
Des sénateurs de haut rang issus des deux camps, démocrate et républicain, ont estimé dimanche dans un communiqué commun que «les récentes informations sur une interférence russe dans notre élection devraient alarmer chaque Américain».
«Ça ne peut pas devenir une question partisane. Les enjeux sont trop élevés pour notre pays», ont écrit les républicains John McCain et Lindsey Graham avec leurs collègues démocrates, Charles Schumer et Jack Reed, appelant les élus du Congrès à s'unir pour enquêter sur ces cyberattaques.
Donald Trump a par ailleurs menacé sur Fox de ne plus reconnaître le principe d'une «Chine unique» gouvernée par Pékin, qui avait conduit Washington à rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan, sauf si Pékin fait des concessions.
Au risque de provoquer à nouveau la colère de la Chine, qui avait déjà été surprise par une conversation téléphonique rendue publique avec la présidente de Taïwan.

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